Inprecor 1974–2004

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FRANCE

Bilan d'une législature : des promesses de changement à la cohabitation

· Inprecor n° 214, 3 mars 1986 · p. 5-7, 7-11 · 7 272 mots

France

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ARS 1986 : les élections législatives sont inscrites de lon-

-quer l'épilogue de l'expérience de la gauche réformiste entamée le 10 mai 1981 (1).

Le renversement de majorité, le retour du balancier à droite, est constaté dans toutes les élections qui ont ponctué la vie politique française depuis cinq ans (élections municipales, cantonales, européennes) et confirmé par les sondages qui tombent quasi quotidiennement. Il est surtout inscrit, comme aboutissement inéluctable, au plus profond de la politique menée par la gauche, celle de la collaboration de classe.

Sur les décombres des espoirs déçus, la droite à pris son élan, creusant l'écart électoral, de l'ordre de 15 % selon les dernières estimations. Par rapport à 1981, le climat a changé du tout au tout : la promesse de changement rose des socialistes s'est évanouie et la grisaille du réalisme a envahi l'horizon. La vague libérale a emporté les valeurs progressistes dont la gauche se réclamait, laissant comme détritus sur le sable après le reflux, l'individualisme, le racisme et la soif de profit ...

En 1981, les uns espéraient, les autres redoutaient un nouveau juin 1936 : le basculement de l'Histoire par le soulèvement ouvrier, les grands déferlements populaires, les occupations d'usines ... Rien de tout cela ! Les courbes dans lesquelles les statisticiens inscrivent l'activité ouvrière n'ont jamais été aussi plates qu'au long de ces cinq dernières années. La crise

Francis SITEL

Il est de bon ton, aujourd'hui, de déprécier l'élan populaire qui a accompagné la victoire électorale de la gauche en mai et juin 1981. Ne fallait-il pas être bien exalté pour croire que tout allait changer ? Serge July, directeur du très branché journal Libération, a écrit ainsi un livre, les Années Mitterrand, dans lequel il vante la « normalisation inachevée ». Il affirme notamment qu' « une culture économique commune s'est imposée qui rend possibe une cohabitation des idées hier encore impensable ».

« Cohabitation », le mot à la mode est lâché ! Cela permet de mesurer la distance d'hier à aujourd'hui. Car, malgré tout, si la gauche a gagné en 1981, c'est sur la base d'engagements qui ont été alors entendus. S'en souvenir autorise les bilans.

LE BILAN DE LA GAUCHE : UNE

LEÇON DE CHOSES RÉFORMISTE

Mitterrand avait mis en avant comme priorité la lutte contre le chômage, par la réduction de la semaine de travail à 35 heures dès 1985 et la relance de la croissance économique. Telle était bien la pierre angulaire du changement promis. Celuici devait se concrétiser par l'augmentation rapide du pouvoir d'achat des bas salaires et des familles, la cinquième semaine de

Bilan d'une législature

inévitable des cartes. congés payés, la retraite à 60 ans, la démocratisation de l'entreprise par l'association des travailleurs aux décisions et l'élargissement des droits syndicaux. Pour assurer ce progrès social, le gouvernement de gauche devait se doter des outils économiques nécessaires : la nationalisation des grands groupes industriels et du crédit, afin d'engager une politique industrielle d'indépendance et de reconquête du marché intérieur, une réforme fiscale abolissant les privilèges des rentiers, taxant les grandes fortunes et les hauts revenus.

Au cours de la première année d'exercice, le gouvernement de Pierre Mauroy a effectivement mené une politique de relance par la consommation et a engagé les grandes réformes inscrites au programme de la gauche : les nationalisations, la cinquième semaine de congés payés, la retraite à 60 ans, la réduction de la semaine de travail à 39 heures sans perte de salaire, les lois Auroux concernant les droits des travailleurs dans l'entreprise. Ce sont précisément ces changements que Mitterrand désigne aujourd'hui comme les « acquis sociaux » du régime. Tandis que le garde des Sceaux, Robert Badinter, abolissait la peine de mort, supprimait la de l'Etat, les tribunaux d'exception et la loi anticasseurs édictée par la droite pour neutraliser les manifestations populaires.

Ce fut la première phase du nouveau régime, celle dite de l'état de grâce, une du mouvement ouvrier n'a pas pris les formes convulsives que pouvait laisser présager le raz-de-marée électoral de 1981 qui avait porté François Mitterrand et les socialistes au pouvoir, mais celles du délabrement, du désarroi et du retrait. N'empêche ! Le paysage politique de 1986 s'en trouve profondément transformé, mais de façon souterraine, moléculaire, difficile à apprécier avec précision. Du coup, l'échéance électorale, parce qu'elle va précipiter les phénomènes à l'œuvre, est grosse de modifications débordant les striets enjeux électoraux. Et ceux-ci ne se réduiront pas au simple enregistrement des scores pronostiqués par les sondages.

Ce qui ne devait être qu'un épilogue prend les allures d'une nouvelle ouverture. Sur l'inconnu ! D'abord parce que nul ne sait ce que sera la « cohabitation » au soir du 16 mars, entre un président de gauche, dont le mandat n'arrive officiellement à expiration qu'en 1988, et la nouvelle majorité parlementaire, de droite. Surtout, parce qu'à travers ce problème institutionnel va se trouver posée une possible redistribution

Au lendemain du 16 mars, dans le nouveau décor politique, vont se dessiner différemment des données politiques et sociales qui restent encore floues aujourd'hui. Il sera alors possible de dire s'il s'agit simpiement d'un intermède avant la victoire définitive de la droite, ou si c'est la troisième phase de l'expérience de la gauche réformiste qui est engagée.

politique très tôt dénoncée comme irresponsable et dangereuse par les « réalistes » du gouvernement, tels que Jacques

Delors. Dès avril 1982, avec le premier plan de rigueur économique, et surtout à partir de mars 1983, ce sont ces derniers qui imposèrent leur loi et convertirent le gouvernement à l'austérité. C'est de leur politique que l'on peut faire aujourd'hui le bilan : celui de bons gestionnaires du système, mais de piètres « acteurs du changement ».

Côté bonne gestion, les membres du gouvernement et les dirigeants du Parti socialiste (PS) ne sont pas avares d'argumaintes et maintes fois répétés.

ments

Profitant de la désinflation mondiale et de l'embellie provoquée en France par la baisse des prix du pétrole et du dollar, ils se vantent de leurs bons résultats en matière de maîtrise de l'inflation (4,8 % en

1985), du rééquilibrage des échanges extérieurs (la balance commerciale a connu en 1985 un déficit de 22 milliards de francs, inférieur de moitié à celui de

1984), de la stabilité du franc (dont la parité par rapport au mark allemand s'est maintenue depuis 1983), de la réduction des prélèvements obligatoires (le nouveau

1. Le 16 mars auront lieu aussi les élections aux conseils régionaux, institutions mises en place par la loi sur la décentralisation administrative du gouvernement Mitterrand.

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OUAND ON A BAISSE LA FRANCE DEVANT LES GRANDE nol. François Mitterranc le dis que ce rest pas justi Mitterrand, Mauroy et Rocard en 1981. (DR) credo du président). A quoi ils ajoutent ce qui est censé constituer une première diminution de la croissance du chômage : appréciation contestable compte tenu des camouflages des chiffres obtenus grâce à la multiplication des stages de formation, des contrats à durée déterminée et des Travaux d'utilité collective (TUC) (2).

Côté changement, les contre-performances du point de vue des attentes des travailleurs, sont incontestables. Résumons-les rapidement. Désindexation et baisse des salaires à partir de l'impulsion donnée en ce sens dans la fonction publique. Individualisation et concurrence accrue entre les salariés. Diminution des budgets sociaux par la réduction des allocations chômage et des dépenses de santé (établissement du forfait hospitalier et austérité budgétaire pour les hôpitaux). Précarisation accrue des emplois, avec le développement des contrats à durée déterminée, du temps partiel, des TUC pour les jeunes. Blocage total de l'immigration, expulsions massives, « aide au retour » des travailleurs immigrés. Loi sur l'aménagement du temps de travail (autorisant notamment la flexibilité des horaires de travail), qui démantèle une bonne partie du Droit du travail dans la mesure où le temps de travail se calcule sur une base annuelle, ce qui permet d'assurer la rentabilité maximum des équipements ; après bien des péripéties, le gouvernement aura finalement mené à terme in extremis ce « grand » projet.

Toutes ces mesures, que la droite en son temps n'avait pu imposer, ont de graves conséquences sur la condition de la classe ouvrière. La tendance générale est indiscutablement celle d'une profonde dégradation de ses conditions de vie et de travail (3).

Le débat sur le bilan de la gauche au gouvernement n'est pas, comme elle voudrait le faire croire, de nature économique, mais bien totalement politique. Les velléités du PS de lutter contre le chômage, d'utiliser les nationalisations de grands

MULEGRAND DE TOUTES

LES FORCES DE LA FRANCE groupes industriels et des principales banques, pour relancer l'économie et reconquérir le marché intérieur, ne se sont pas brisées sur le mur des contraintes économiques, elles se sont dissoutes dans la collaboration de classes. Parce qu'à aucun moment les dirigeants socialistes n'ont voulu s'attaquer aux intérêts capitalistes, ils ont fini par les servir. Aujourd'hui, les profits des capitalistes s'accroissent de manière vertigineuse, la Bourse se porte à merveille, tandis que les travailleurs, les jeunes, les femmes et les immigrés en payent durement le prix.

Les reniements ne se sont pas, bien évidemment, bornés au seul champ économique et social. La défense de l'école laïque face aux privilèges accordés par la droite à l'école privée, essentiellement catholique, était une valeur traditionnelle de la gauche. Après avoir longtemps négocié pour trouver un compromis avec la hiérarchie catholique, le gouvernement a finalement reculé devant les mobilisations massives organisées par la droite et le lobby de l'école privée. Une capitulation qui a signifié pour la gauche une défaite masur cette question de l'école, qui constituait un clivage décisif face à la droite depuis les origines de la République.

En ce qui concerne la politique internationale, domaine réservé du président de la République, les illusions étaient sans doute moindres et elles ont été vite dissipées, une fois passé le discours de Cancun au Mexique, en octobre 1981, dans lequel Mitterrand appelait les peuples à lutter pour leur liberté et prônait de nouvelles relations Nord-Sud. Sous sa direction, la France est restée le fidèle lieutenant de l'impérialisme américain, sa demeurant plus atlantiste que celle de ses prédécesseurs, ce qui l'a conduit à approuver bruyamment le déploiement des missiles américains Pershing en Europe. Troisième puissance nucléaire, troisième fournisseur d'armes mondial, gendarme de l'ordre néo-colonial en Afrique, la France a continué à tenir son rôle impérialiste dans le monde. Mitterrand a envoyé les troupes françaises au Tchad et au Liban, il a maintenu la domination coloniale française sur les prétendus départements d'outre-mer, y compris la Kanaky, malgré les engagements pris et le soulèvement du peuple kanak.

Le dynamitage du bateau de l'organisation écologique Greenpeace durant l'été 1985 a pris figure de symbole : pour protéger le centre d'essais nucléaires du Pacifique et la présence française dans cette région du monde, le gouvernement socialiste n'a pas hésité à commettre ce qu'il a lui-même qualifié de « crime ». Les élans humanistes et les nobles paroles n'ont pas pesé lourd dans cette sinistre histoire de barbouzes qui est venue prendre place dans la collection des scandales sordides dont la Ve République est fort riche.

Après l'extradition des militants basques réfugiés en France, qui bafouait le droit d'asile, après le recours systématique aux procédures les plus antidémocratiques de la Constitution pour faire passer ses lois, l'affaire Greenpeace a permis d'apprécier ce que sont, pour cette gauche-là, les limites de son attachement aux libertés, dernière valeur dont elle pouvait encore prétendre se réclamer.

La législature se termine du reste sur deux événements révélateurs : l'accueil du dictateur haitien Bébé Doc, en accord avec les USA, et un nouvel engagement militaire au Tchad en défense du gouvernement néo-colonial d'Hissène Habré.

LE MOUVEMENT OUVRIER

PAYE LA NOTE Pour les travailleurs et le mouvement ouvrier, la note de l'expérience réformiste est lourde. Le « sale boulot » (selon l'expression de Fabius lui-même) du gouvernement socialiste, d'abord avec, puis sans la participation du PCF à partir de l'été 1984, n'est pas resté sans effets. Alors que durant près de deux décennies la classe ouvrière avait porté ses espoirs de changement sur l'union de la gauche, celle-ci, une fois au gouvernement, a continué et aggravé la politique d'austérité voulue par

Une telle situation s'est traduite par une dégradation importante du rapport des forces entre les classes. Au moment où le capitalisme accentue ses attaques tous azimuts contre les travailleurs pour relever ses taux de profit et aggraver l'ex-

2. Ces fameux TUC ont été mis en place par le gouvernement pour offrir une « insertion professionnelle et sociale » aux jeunes. Il s'agit en fait de demi-emplois, payés un demi-salaire censés compléter la formation des jeunes concernés. Ils ne constituent en fait que des petits boulots qui, souvent, dans les admi-

3. Cf. « Bilan économique et social de la 48 et 49. Sur tous ces points, nous renvoyons à cette étude du Groupe de travail économique

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ploitation, où l'on voit le racisme et les idées d'extrême-droite progresser à grands pas, les valeurs progressistes de changement social et d'action collective ont connu un important reflux. La crise du système, grâce à la gauche réformiste, a été intériorisée en crise du mouvement ouvrier.

La combativité ouvrière, qui avait commencé à décroître avant 1981, ne s'est pas relevée au cours de ces dernières années. Au contraire, au cours de celles-ci, on a constaté un très faible taux d'activité revendicative des masses travailleuses. Ce qui permet à Mitterrand de se vanter d'avoir réussi là où ses prédécesseurs avaient échoué, dans l'établissement de la « paix sociale ». Et d'en faire un argu-

Cette situation traduit les graves difficultés dans lesquelles se débat la classe ouvrière face à l'offensive de très grande ampleur que mène contre elle la bourgeoisie. L'expérience gouvernementale de la gauche, loin de favoriser la reprise des luttes et la riposte ouvrière, a semé la division dans les rangs des travailleurs et une profonde désorientation politique. D'où crise formidable du mouvement ouvrier organisé.

Le PCF, parti hégémonique dans la classe ouvrière jusqu'au milieu des années 1970, traverse une crise sans précédent que traduit son affaissement électoral : perte de la moitié de son électorat entre 1979 et 1984. A quoi il faut ajouter la perte de la gestion d'une partie des municipalités qu'il la chute libre de ses effectifs et l'anémie militante, le discrédit politique très profond qui pèse sur la direction Marchais, y compris dans les rangs mêmes du parti. Aujourd'hui, après sa participation au gouvernement de Mitterrand durant trois années, le déclin du PCF est jugé inéluctable par une très large partie de l'opinion (cf. encadré).

L'autre pôle de cette crise est le mouvement syndical. Celui-ci s'est montré non seulement incapable de proposer des axes de riposte à la crise mais, confronté au gouvernement de gauche, il s'est alisur les options gouvernementales. D'où une désaffection massive des travailleurs à l'égard des centrales syndicales et une crise des équipes militantes à tous les niveaux.

La Confédération générale du travail (CGT) accompagne le PCF dans son mouvement de déclin. La Confédération française démocratique du travail (CFDT) connaît une baisse importante de ses effectifs et de son audience, tandis que sa direction est emportée dans une spectaculaire dérive droitière qui la conduit à vitesse accélérée à la cogestion. La Fédération de l'éducation nationale (FEN) est menacée de scission au profit de Force ouvrière (FO) d'une part, et de la CGT de l'autre. FO qui, grâce à son soi-disant apolitisme affiché, avait mieux réà la crise du syndicalisme, connaît également des remous importants. quelques éléments qui permettent de se faire une idée d'ensemble du tableau. Dans ces conditions, il faut prendre au sérieux une étude de l'Union des industries

PCF, objectif : plus de 10%

Le 21 avril 1981, le dirigeant du PCF Lajoinie expliquait : « Nous consi-

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métallurgiques et minières (VIMM, patronat de la métallurgie), qui estime que « le taux de syndicalisation est probablement tombé de 20 % il y a dix ans à 15 % » (4). La CGT aurait moins de 800 000 adhérents et la CFDT entre 400 000 et 500 000.

Le PS, pour sa part, s'appuyant sur l'appareil d'Etat, a sans doute mieux traversé l'épreuve. Mais lui aussi connaît une crise militante importante. Il a perdu, c'est bien le moins, son image de « parti de changement » et il va devoir affronter la cohabitation avec la droite. Or, s'il ne manque ni de courants ni de leaders qui tirent à hue et à dia dans la perspective des futures élections présidentielles, il est singulièrement pauvre en matière de projet politique. Si bien que plus le temps passe, plus le PS demeure dans l'état immature de « parti du président ». Au point que c'est Mitterrand lui-même qui a dû prendre les rênes de la bataille des législatives, le PS trottinant derrière lui en psalmodiant : « Avec le président ! »

On en revient donc toujours à Mitterrand. C'est bien vers lui qu'il faut à présent se tourner pour, avec la distance qui sied, faire le bilan de ces dernières années et apprécier les perspectives immédiates. LA STRATÉGIE PRÉSIDENTIALISTE

DE MITTERRAND On ne compte plus les livres publiés à l'heure actuelle sur l'histoire de ces cinq dernières années. C'est-à-dire, en fait, sur celui qui a présidé à leur déroulement, François Mitterrand lui-même. Tous s'efforcent de déchiffrer le secret qui a permis à celui qui se présentait comme le successeur de Jean Blum de se métamorphoser en héritier de

Le vieil adversaire du général, le polémiste acharné dans la dénonciation des « institutions liberticides » (mises en place par de Gaulle après le coup d'Etat qui lui donna le pouvoir en 1958), une fois porté à leur tête, s'y est voluptueusement moulé et a mimé à la perfection le style gaullien. Etrange paradoxe d'un politicien qui, après s'être affirmé à travers son combat contre la Ve République, en est venu à consolider celle-ci. On a longtemps dit que les institutions étaient taillées à la seule mesure de leur fondateur et qu'elles ne lui survivraient pas. Propos démentis par les succès à répétition de Georges Pompidou et de Giscard d'Estaing qui, l'un et l'autre traîtres au père fondateur, surent assurer la continuité de la Constitution à travers les nécessaires ruptures de politique et de style. Mais c'est avec un tout autre éclat que l'épreuve de l'alternance à gauche a confirmé la solidité de ces mê-

C'est sans doute à force de prétendre les combattre que Mitterrand est devenu le plus fin connaisseur et le plus habile praticien desdites institutions. Un talent qui, sur plus de vingt années, lui a permis de s'ériger, lui le représentant de la gauche formé à l'école de la IVe République (où les parlementaires et l'Assemblée nationale dominent la vie politique et le président de la République joue un rôle effacé), en un nouveau monarque républicain. Et ce, parce qu'il a compris le premier que, sous la Ve République, il n'y avait pas de stratégie de pouvoir hors de la durée et ne s'appuyant pas sur cette clef de voûte qu'est l'élection du président au suffrage universel.

C'est ce qui lui a permis de construire une carrière en forme de stratégie présidentialiste. Fondée sur plusieurs paris successivement inscrits dans la durée, elle s'est développée en trois phases que l'on peut caractériser en reprenant les termes

4. Le Monde du 7 novembre 1985. En ce qui concerne les effectifs de la CGT, voir

Jacques Kergoat dans le Monde

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de Léon Blum, dirigeant socialiste des années 1930 : la conquête du pouvoir sous le drapeau de l'union de la gauche, l'exercice du pouvoir au prix d'un retournement de politique, et, à présent, l'occupation de ce pouvoir.

Lorsqu'en 1965, profitant du gauche socialiste comprimée entre un de Gaulle indéboulonnable et un PCF inébranlable (à l'époque il recueillait environ 20% des suffrages), Mitterrand se présente aux élections présidentielles. Il croit en un projet apparemment irréaliste. Son pari consiste à s'affirmer comme le représentant de la gauche, unie derrière lui. Il mènera cette entreprise avec l'appui du PCF et en bousculant la vieille et exangue SFIO, le parti social-démocrate dirigé par Guy Mollet. L'Union de la gauche, à ses yeux, est l'instrument qui doit permettre de ressusciter et de rénover ce qui deviendra le Parti socialiste et de rééquilibrer la gauche aux dépens du PCF. C'est aussi un tremplin pour, à terme, gagner les élections présidentielles.

La force de Mitterrand sera de tenir ce cap, contre vents et marées, jusqu'en 1981, et ce malgré les pressions multiples dont il est l'objet. D'abord classe politique dans sa quasi totalité, et laquelle l'anticommunisme traditionnel dans ce pays empêche de gouverner avec les communistes, toute alliance avec le PCF étant supposé interdire par avance l'alternance grâce à laquelle une gauche « responsable » pourrait arriver au pouvoir. Puis celle du PCF lui-même qui, fin 1977, rompt l'union de la gauche qui avait été conclue en 1972, à l'occasion de la réactualisation du programme commun de gouvernement passé entre le PS et le PCF. Le PCF, qui craint de se trouver Rencontre au sommet entre le PCF et le PS en 1982. (DR)

confronté à une expérience gouvernementale dont il serait partie prenante, prétexte alors du refus du PS d'inclure dans la liste des groupes industriels et bancaires nationalisables les filiales de ces groupes, pour dénoncer le « virage à droite » du PS et son recul devant la perspective d'une rupture avec le capitalisme. L'échec qui résulte pour la gauche en 1978, vaincue par ses divisions internes, permet à une partie du PS, derrière Rocard entre autres, d'exiger que soit définitivement tournée la page de l'Union de la gauche.

Si Mitterrand ne cède pas à cette tentation, c'est qu'il continue à considérer que seule cette même union de la gauche, même en creux dès lors que les communistes se défaussent, est en mesure de mobiliser l'électorat populaire pour accéder au pouvoir. C'est pourquoi il mènera sa campagne en 1981 en se revendiquant de l'union et qu'il offrira, une fois la victoire acquise, des postes ministériels au PCF.

C'est en réussissant le tour de force d'imposer au PCF une union que ce derrécusait et en tirant les bénéfices électoraux de cette attitude, que Mitterrand a gagné et a donné au PS son triomphe de 1981. De là, l'autorité absolue de Mitterrand sur son parti et l'audience qui reste la sienne encore aujourd'hui dans l'électorat de gauche, y compris sa composante communiste.

Si la conquête du pouvoir gouvernemental avait exigé une grande détermination et une certaine image de rectitude, l'exercice du pouvoir allait appeler souruse. Une fois close la période l'« état de grâce », celle où le peugauche a vécu dans l'attente du changement, sa patience étant entretenue par la mise en train de réformes censées concrétiser les « 110 propositions » du candidat Mitterrand, il s'agissait de gouverner. Gouverner, décliné dans la rubrique réformiste de la collaboration de classes, ne pouvait signifier que gérer la crise sur le dos des travailleurs et au profit des privilégiés. Il y fallait un retournement de politique. Ce fut l'effacement du changement au profit de la rigueur, puis de l'aus-

Ce changement-là, amer, impliquait deux transformations politiques fondamentales à opérer au moindre coût : l'alignement des socialistes sur la nouvelle politique « réaliste » sans casser le PS, et la rupture de l'union de la gauche sans provoquer une crise perturbatrice des équilibres politiques.

Grâce à la durée dont il estimait pouvoir disposer, Mitterrand a mené de main de maître cette double opération combinée. A travers les trois premiers gouvernements dirigés par le premier ministre Mauroy, depuis la « parenthèse de la rigueur » en avril 1982 jusqu'à l'austérité assumée en mars 1983 toujours au nom des engagements pris, et de la continuité symbolisée par Mauroy, Mitterrand a habitué le PS aux indigestions de couleuvres et a usé le PCF pris au piège de la participation gouvernementale. Ce dernier, déjà gravement affaibli en 1979 et en 1981, a vu s'accélérer sa crise interne et son discrédit

Lorsqu'en juillet 1984, après la défaite majeure essuyée sur la question de l'école privée, Pierre Mauroy s'efface au profit de Laurent Fabius, le PCF quitte le gouvernement sans que ce départ ne provoque la moindre vague. Et le PS assume sans remous les nouveaux mots d'ordre

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emblématiques du régime : « modernisation » et « rassemblement », c'est-à-dire le ralliement explicite aux exigences de la compétitivité capitaliste et les clins d'œil

La mue était alors achevée, au prix d'une baisse de popularité impressionnante dans les sondages et d'un recul électogauche se réfugièrent massivement dans l'abstentionnisme. De quoi faire espérer à la droite une victoire facile en 1986, lors des élections législatives. C'était ne pas compter sur la ténacité du président, sur sa volonté de mener à terme son mandat, jusqu'en 1988, voire d'ambitionner son

Tout occupée à calmer ses propres impatiences et à se gausser des déconvenues du peuple de gauche, la droite n'a pas vu les chausses-trappes tendues sur son chemin. D'abord, elle s'est avérée incapable d'apprécier à sa juste mesure le phénomène politique nouveau et décisif représenté par la montée du courant du Front national (FN) de Jean-Marie Le Pen. On vit la même droite dénoncer la propagande xénophobe, le poison raciste diffusé par l'extrême droite, et emprunter largement à celle-ci ses thèmes pour ses propres discours, quand ce n'est pas s'allier localement avec elle pour gagner les élections ! Ayant atteint des scores électoraux dépassant les 10 %, équivalents à ceux du PCF, le Front national est à présent une force avec laquelle les représentants de la droite, tels que Jacques Chirac, son principal leader, doivent comp ter. Le Pen, c'est, après le Rassemblement pour la République (RPR) et l'Union pour la démocratie française (UDF), en quelque sorte la troisieme famille de: la

LES EFFETS ANTICIPÉS DE LA COHABITATION Cette situation a encouragé Mitterrand à sortir un coup habile de son sac à malices : la réforme électorale établissant le scrutin départemental à la proportionnelle et à un tour. Celui-ci, en mars, va se substituer au scrutin majoritaire uninominal à deux tours, mode d'élection qui avait constitué jusque là le pilier de la représentation parlementaire sous la Ve République. C'est lui, en effet, qui entraînait une bipolarisation de la vie politique en fonction de l'affrontement, au second tour, des deux grandes coalitions de gauche et de droite. Le nouveau mode de scrutin, à l'inverse, permet une double autonomisation : celle du PCF, d'une part, qui rend caduc le cadre jusque-là obligé de l'union de la gauche et, d'autre part, celle du Front national par rapport à la droite. Ce dernier est à présent assuré d'un groupe parlementaire substantiel et peutêtre indispensable à la réalisation d'une majorité absolue de droite. Une telle situation, que le RPR de Jacques Chirac et l'UDF craignent comme la peste, serait génératrice de contradictions au sein de la droite en avivant les lignes de fracture entre droite « libérale » et droite « auto-

Par contre, dans ce cadre, le PS peut expliquer que s'il atteint 30 % des voix et demeure le premier parti, il conservera un rôle pivot dans la future assemblée nationale, les jeux restant alors ouverts. Le paradoxe de cette nouvelle loi est que si, en tout état de cause, elle interdit au PS de gagner les élections, elle peut lui permettre de ne pas les perdre totalement.

qu'intervient « coup » de Mitterrand, le défi de la cohabitation. Au cœur des institutions de la Ve République, mi-présidentielles et mi-partion : le cas de figure, jusqu'à présent inédit, d'une majorité parlementaire de couleur politique opposée à celle du président de la République. Le cas aurait pu se présenter en 1978, alors que Giscard était président, si la gauche avait gagné les élec tions législatives. Il est fort probable pour mars 1986, qui devrait voir l'élection d'une majorité de droite. Si le président dispose du droit de dissolution de l'Assemblée, bien inutilisable à « chaud », cette dernière n'a pas le pouvoir de démissionner le président de la République. C'est donc l'impasse institutionnelle !

Reprenant l'idée que Giscard avait évoquée en son temps, Mitterrand a annoncé son intention de « respecter la Constitution », donc de mener à terme son mandat de sept ans, en précisant que, dans ce cas, il ne resterait pas « inerte ».

C'était placer la droite devant un dilemme. Ou bien elle maintient sa charge contre la gauche, continue à clamer sa volonté de clore l'expérience tout ce que la gauche a fait. C'est alors annoncer l'affrontement avec le président, voire la crise de régime, et donc prendre le risque de se voir accusé de ne pas respecter la sacro-sainte Constitution et perdre l'électorat modéré, effrayé par la perspective du chaos. Ou bien elle accepte la perspective de la cohabitation et, dans ce cas, se voit contrainte d'engager une désescalade, révisant en baisse ses ambitions politiques et se pliant au recentrage que lui impose Mitterrand, qui a fixé le cadre de ladite cohabitation

Chaban-Delmas recevant Mitterand à Bordeaux : la cohabitation anticipée ? (DR) le respect des « acquis sociaux » du régime. C'est alors prendre le risque d'avaliser le bilan gouvernemental de la gauche et laisser un espace libre au radicalisme de l'extrême droite.

Confrontée à ce thème de la cohabitation, qui a totalement polarisé le débat politique des derniers mois, la droite y a laissé des plumes. Elle est apparue hésitante quant à ses perspectives politiques, incapable d'apporter une réponse cohérente et unifiée. Déjà divisée par la montée du courant Le Pen, elle s'est à nouveau divisée entre « cohabitationnistes » cohabitationnistes » (Raymond Barre).

C'est que le cadre de la cohabitation imposé par Mitterrand conduit à un réagencement des perspectives politiques : la situation à l'issue des élections législatives de mars 1986 n'apparaît plus que comme une transition instable vers l'échéance décisive des élections présidentielles de 1988, ce qui a une double conséquence. La première, de réorganiser les enjeux à gauche, autour du président. Celui-ci, renvoyant au second plan Fabius, dont l'image a grandement pâli ces dernières semaines, a pris la tête de la bataille du PS, au grand dam de la droite. Il mène une campagne vide de toute proposition. Il s'agit simplement de défendre. les « acquis » — puisque « le programme de la gauche, c'est son bilan » - menacés par le retour de la droite. Bref, il s'agit d'inviter les Français à « ne pas rebrousser che-

La seconde conséquence est de per turber les rangs de la droite, en ravivant la « guerre des chefs » et en jetant une lumière crue sur leurs contradictions, en exploitant le fait que Jacques Chirac et Raymond Barre, rivaux acharnés pour les prochaines élections présidentielles, n'ont pas à répondre de la même façon aux échéances immédiates. L'un est chef de parti et leader de la majorité potentielle de droite, l'autre cultive son indépendance à l'égard de tout parti.

Mitterrand profite déjà d'un intéressant chassé-croisé. Barre prône la modéra-

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gramme commun de gouvernement. Leur premier objectif était d'écarter la question empoisonnée de la cohabitation. Le texte se situe d'emblée dans une telle perspective pour l'après 16 mars. En en payant le prix ! Peyrefitte, ancien garde des sceaux et éditorialiste du magnat de la presse Hersant, écrivait à ce propos dans Le Figaro du 17 janvier : « Il ne revient pas sur ce que les gauches ont tion. Il énumère pratiquement des objectifs raisonnables pour notre société, qui sur le revenu, allègement de la taxe professionnelle, plafonnement des impôts les plus élevés (à 60 puis 50% des revenus imposables), suppression de l'impôt assuran de analeme, dune grande partis du teur ai alie ange, poraire, suppression de l'autorisation administrative de licenciement, des seuils

Marie Le Pen du Front national la campagne pour le rétablissement de la peine de mort. Elle a renoncé à mettre en cause le remboursement de l'avortement.

Elle fait preuve de prudence en ce qui concerne les « acquis sociaux » de la qui, par ailleurs, ne s'est pas gênée pour remettre en cause le droit d'asile, s'attaquer aux immigrés, mener campagne pour la natalité (française) et démanteler tion et le réalisme en matière de propositions économiques et sociales, il donne de la sorte un label de sérieux au gouvernement actuel. Par ailleurs, il refuse la cohabitation et se met « en réserve » pour l'après 16 mars 1986. Chirac, lui, est contraint d'accepter la cohabitation mais il ne ménage pas ses critiques à la gauche et préconise une politique économique du type « néo-libéralisme musclé », à l'image de Thatcher et de Reagan, les rangs de la droite et de rameuter son électorat. Le premier accuse d'incohérence et d'opportunisme le second, tandis que d'irresponsabilité et de division.

June belle cacophonie, dont Mitterrand ne peut que se féliciter puisqu'elle lui permet d'espérer des marges de manœuvres réelles au lendemain du 16 mars 1986. Disposant des immenses pouvoirs que lui confère la présidence de la République, Mitterrand est en effet parvenu à bousculer le simple et traditionnel système binaire gauche/droite, pour lui substituer une équation à plusieurs inconnues sous le signe de l'imprévisible et renvoie les véritables choix aux futures combinaisons parlementaires.

Quelles sont les principales inconnues ? D'abord, le poids exact du PS : atteindra-t-il ou non les 30% lui assurant un rôle clé dans la future Assemblée ? Ensuite, le poids propre du RPR, dont dépendent les capacités de manœuvre de Chirac, selon qu'il sera ou non en mesure de renvoyer sans appel le PS à l'opposition et de contrôler les tendances centrifuges que Barre alimente au sein de l'UDF. Entin, le poids spécifique du Front national qui peut être ou non nécessaire à la réalisation d'une majorité parlementaire de droite. De la combinaison de ces diverses inconnues peuvent naître des scénarios politiques fort différents.

ALTERNANCE OU

Un article du quotidien le Monde a récemment fort bien résumé le climat politique actuel, à quelques semaines d'une échéance à bien des égards décisive : « Recherche projet, désespérément ! Ce pourrait être, dans cette campagne électorale presque exclusivement publicitaire, un contre-slogan, récité à l'infini. Rechermobilisateur; recherche homme neufs; recherche comment trouver matière à débat entre revenus du socialisme et des libéraux à qui le libéralisme fait peur ? Entre ceux qui ne veulent ni d'un programme ni d'un projet (François Mitterrand, pour que l'on vante son bilan ; Raymond Barre, pour ménager l'avenir) et ceux qui ne peuvent en avoir un digne de ce nom (le PS, pour plaire au président ; la droite, pour rassurer), que reste-t-il ? Des enjeux de pouvoir et des batailles d'image » (5).

S'ils étaient un peu lucides, les dirigeants politiques auraient toutes les raiappelé leurs peut enfin devenir libérale, grâce à l'évolution des esprits ».

Quels sont donc ces « objectifs raisonnables » ?

sur les grandes fortunes.

Poulenc, Saint-Gobain, CGE, Bull).

réglementaires, mise en question de la représentativité des syndicats...

L'« affermissement de l'identité française ».

du droit d'asile.

la domination en Nouvelle Calédonie, tous devant « rester français ».

gauche : le SMIC, la Sécurité sociale, les lois Auroux...

les droits et acquis des travailleurs. sons de s'alarmer d'un tel état de fait. Car ce trop plein de slogans et de formules creuses, qui coexistent avec un vide politique impressionnant, ces recentrages des uns et des autres au nom du consensus cohabitationniste, entraînent un déphasaavec les problèmes qui rongent la société française.

Le premier d'entre eux est le chômage. La gauche, en 1981, avait promis que sa réduction serait sa priorité numéro 1 et Pierre Mauroy affirmait se battre pour le contenir à « la crête des 2 millions de chômeurs ». Le tournant politique de 1983 a fait exploser les digues. Le nombre de chômeurs officiellement recensés en mars 1985 s'élevait à 2,5 millions, soit environ 3 millions en chiffres

Les mécanismes d'allocations, jugés trop coûteux en période d'austériont été réduits et, pour certains d'entre eux, démantelés. Faute de pouvoir contenir le chômage, le gouvernement s'est efforcé de déformer les statistiques en développant les contrats à durée déterminée et les stages de toutes sortes, en particulier pour les jeunes.

Les dernières enquêtes sur ces questions confirment que les formes du chômage changent, touchant maintenant le cœur même de la population les adultes, hommes et femmes, entre vingt-cinq et cinquante ans. Ces transformations profondes entraînent une modification des comportements face à l'emploi : de plus en plus de femmes se voient

La plate-forme RPR-UDF

Jacques Chirac et Jean Lecanuet ont annoncé en grandes pompes leur pro-

"acquis sociaux". Il ne cherche pas une revanche ni une restaura-

Une réforme de la fiscalité au profit des privilégiés : diminution de l'impôt

Une précarisation accrue de l'emploi : flexibilité, temps partiel, travail tem-

Un encouragement des aspirations répressives et une mise sous surveillance

L'aggravation de l'emprise coloniale sur les TOM-DOM et le maintien de

Bref, la droite a su mettre un peu d'eau dans son vin. Elle a laissé à Jean

Il est vrai que ces derniers ont déjà été ébréchés par la gauche elle-même, contraintes d'accepter le temps partiel, de plus en plus d'ouvriers acceptent des contrats à durée déterminée, enfin une part croissante des chômeurs se déclare prête à accepter n'importe quoi (6).

Le patronat profite de la situation ainsi créée pour accentuer ses attaques :

baisse des salaires, volonté en cause du SMIC (salaire minimum légal), déjà réalisée par le biais des TUC, développement du travail à temps partiel, flexibilité du travail etc. Il est remarquable que sur cette dernière question, dite de l'aménagement du temps de travail, le gouvernement, pour justifier son projet de loi qui remet en cause le Droit du travail, ait mis en avant l'argument qu'il faut faire barrage à une « déréglementation sauvage ». Comment mieux avouer l'esprit de capitulation ?

Ainsi, lentement mais sûrement, le chômage désagrège le tissu social. On voit réapparaître la pauvreté à une échelle de masse. Le comique Coluche a fait un triomphe médiatique en organisant grand show télévisé pour appeler chacun a verser son obole aux « restaurants du version new look des soupes populaires ! On constate la montée inexorable du racisme anti-immigrés, exploité et attisé par le courant de Le Pen.

5. Le Monde du 8 février 1986.

chômage en mars

1985 », Jean-Luc Heller, in Economie et statistique, revue de l'INSEE, numéro 83, décembre

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d'une politique qui, tournant le dos aux démodé », le Monde du 24 janvier 1986.

Face à ces menaces, c'est en fait, pour les forces politiques de gauche et de droite qui revendiquent le pouvoir comme leur le sauve-qui-peut idéologique, le ralliement indécent aux exigences des capitalistes, pour lesquels seule compte la « compétitivité des entreprises », c'est-à-dire leurs profits. Et le gouvernement de gauche approuve et appuie ce processus en appelant la chose « modernisation ». Le RPR et l'UDF se précipitent pour promettre de faire plus et mieux et clament : « Libéralisme ! Libéralisme! » Dans leur plate-forme commune, ces derniers, pour toute analyse économique, n'hésitent pas à écrire : « Aujourd'hui, la crise mondiale est finie. » Et de promettre la baisse des impôts, la libération totale des prix, la dénationalisation, plus de déréglementation et davantage de flexibilité (cf. encadré). Et d'en rajouter dans le racisme et l'idéologie sécuritaire ! était mieux inspiré lorsqu'il s'efforçait de mettre en garde les états-majors politiques en souligant les « incertitudes » de la situation, en écrivant : « Il existe objectivement de nombreux sujets de mécontentement. Le rejet fréquent des discours politiques et syndicaux, qui ne paraissent pas de nature à apporter des solutions concrètes aux problèmes de chacun, suscite, dans un premier temps, le désintérêt puis le dégoût et peut déboucher sur des phénomènes collectifs de crispation. L'opposition a-t-elle bien réfléchi au risque que des électeurs socialistes ou communistes, déçus de l'action de ceux qu'ils avaient porté au pouvoir en 1981, en fassent paradoxalement payer le prix à leurs adversaires politiques, si ceux-ci revenaient au pouvoir? » (7).

Serait-ce trop s'avancer de dire que, si la cohabitation est mûre au plan politique et institutionnel, elle apparaît beaucoup plus compromise sur le terrain so-

Il vaut la peine à ce propos de citer les fortes paroles de Michel Rocard, qui se targue de « parler vrai » et se pousse hardiment des coudes dans la cohorte des présidentiables : « Faut-il voir ici un tournant dans notre vie politique ? Les deux principaux programmes en présence, au-delà des déclarations liminaires, ne présentent plus deux systèmes économiques et sociaux s'excluant totalement. Ce rétrécissement du fossé est une retombée de l'alternance de 1981, les deux grandes forces politiques qui s'opposent ayant chacune leur expérience du gouvernement. L'approche réciproque des problèmes est moins éloignée, des valeurs communes sont reconnues explicitement des deux côtés, de même que quelques convergences sur le fond : le besoin accru d'autonomie des individus et des groupes, le développement nécessaire de l'esprit d'initiative et le rôle de l'entreprise, les rapports Est-Ouest ou la lutte contre l'inflation » (8).

Un tel discours permet de prendre une double mesure. D'une part, celle du rapprochement opéré entre la gouvernementale et une droite pourtant de plus en plus à droite. Ce qui permet d'avoir une idée de quoi demain sera fait, sous le signe de la cohabitation ! D'autre part, du décalage époustouflant qui sépare le discours politique dominant et la réalité des problèmes vécus par les

Deux repères utiles pour s'orienter et jauger les enjeux à la veille d'une situation qui ne pourra être que

LA LCR EN CAMPAGNE C'est en fonction de ces enjeux que la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), section française de la IVe Internationale, a engagé sa campagne. « Voyez rouge ! », telle est l'expression qui court sur les affiches et les brochures de la LCR. Face au désarroi des uns et aux recentrages des autres, dans la grisaille cohabitationniste, il s'agit d'affirmer la couleur! Celle d'un combat intransigeant contre la droite et l'extrême droite, résolument démarqué de la politique de collaboration de classes du PS et du PCF. Celle

Représentants de l'opposition RPR-UDF, lors d'un meeting unitaire. (DR) compromis et aux consensus, affirme la nécessité de ne pas céder d'un pouce sur les revendications et les acquis, d'opposer la mobilisation unitaire des travailleurs aux attaques capitalistes et à l'austérité. Celle d'une orientation qui, aux trahisons des réformistes, oppose la perspective de la rupture avec le capitalisme et l'exigence du socialisme.

La défense d'une telle politique est indispensable pour faire face au désarroi présent et préparer l'avenir. Même si elle reste aujourd'hui très minoritaire au sein du mouvement ouvrier, une telle orientation rencontre une audience auprès de beaucoup de travailleurs et de militants. Ces derniers, effet, réfléchissent à l'expérience que nous venons de connaître et commencent à en tirer les leçons.

Les thèmes principaux choisis pour mener cette campagne correspondent à des problèmes clés de la situation actuelle et à des mobilisations réelles. Il s'agit de la lutte pour les revendications, face à l'austérité, au chômage et aux attaques patronales; du combat pour l'égalité des droits pour les immigrés, contre le racisme ; de la mobilisation contre la menace nucléaire et la force de frappe française, pour la solidarité internationale avec les peuples en lutte, à commencer par ceux des TOM-DOM et de Kanaky.

Beaucoup de travailleurs, confrontés aux difficultés de la situation et à la crise majeure que connaît le mouvement ouvrier, partagent ces grands axes politiques. C'est parce qu'elle en est convaincue que la LCR a engagé une démarche unitaire afin de rassembler le plus de forces possibles pour défendre une telle orientation. Une orientation qui va bien au-delà de la seule échéance électorale.

Francis SITEL, le 17 février 1986. mond Soubie, Droit social numéro 7, juillet-

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