Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETAT ESPAGNOL

La loi du PSOE sur l'avortement, une insulte aux femmes ; interview de Justa Montera, féministe et dirigeante de la LCR

· Inprecor n° 214, 3 mars 1986 · p. 21 · 1 278 mots

Femmes État espagnol France Nicaragua

Danisat un renembre dernier, in mouamen omisite 4 010 emmes venant. U ler au 3 novembre dernier, le mouvement féministe de l'Etat espagnol orde tout le pays, très jeunes ou plus âgées, employées, ouvrières et même paysannes du fin fond de l'Andalousie, actives ou non dans les structures du mouvement autonome des femmes. Nous avons demandé à Justa Montero, féministe connue, l'une des animatrices de la commission avortement de Madrid et membre du Bureau politique de la Liga communista revolucionaria (LCR), section de la IVe Internationale

ETAT ESPAGNOL dans l'Etat espagnol, de répondre à nos questions.

Judith BAKER : - Durant les Journées de Barcelone, vous avez effectué deux avortements - interdits par la loi dans le cas des femmes concernées - et vous avez rendu aussitôt publique votre action. Qu'est-ce qui vous a menées à prendre une telle initiative et quelle en a été la portée politique ?

Justa MONTERO : - La raison en est que la loi sur l'avortement promulguée par le gouvernement du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) est une véritable insulte pour les femmes. Elle ne résoud rien dan$. la mesure où concerne que 3% des femmes en ne reconnaissant le droit à l'avortement qu'en cas de viol, de malformation du fœtus ou de risque grave pour la santé de la mère. En outre, la femme concernée dépend d'une commission spécialisée à laquelle elle doit présenter un certificat signé par deux médecins (et un autre signé par la police en cas de viol).

Alors nous avons décidé, après avoir consulté l'assemblée des femmes sentes aux Journées, qui ont été unanimes à nous appuyer, d'effectuer deux avortesur ces femmes enceintes (dont l'une mineure) dont le cas n'entrait pas dans le cadre défini par la loi, afin de mettre en évidence les limites absurdes de cette dernière. La police est intervenue après que nous ayons rendu la chose publique, mais nous avions prévu le coup : 3 000 femmes avaient signé une déclaration affirmant qu'elles prenaient la responsabilité collective de ces avortements. Le secret concernant le nom des protagonistes a été bien gardé et la police pouvait toujours chercher. L'écho de cette initiative a contraint les partis de gauche et les syndicats à exprimer leur soutien à cette action. Et après une semaine de polémiques dans la presse et de débats très animés dans tout le pays, le juge chargé de l'affaire a dû clore le dossier, faute de preuves.

Cela dit, les femmes du mouvement sont parfaitement conscientes que le seul objectif de ce type d'action est de dénoncer la loi. C'est une forme de lutte. Mais il n'est pas question pour nous de nous transformer en groupes d'assistance et de nous substituer aux carences des services sociaux. Le but, pour nous, c'est que l'Etat prenne en charge les avortements de toutes les femmes qui le demandent,.

La loi du PSOE sur l'avortement: une insulte aux femmes sans aucune condition, en accord avec le mot d'ordre central de la campagne que nous menons depuis plusieurs années - mot d'ordre que les Commissions ouvrières (CCOO), les comités de quartier et les organisations de gauche (à l'exception du PSOE, bien sûr) ont fini par soutenir « Avortement libre, les femmes décident! ».

- Quels ont été les autres thèmes de mobilisation du mouvement des femmes durant la dernière période ?

- L'un des thèmes centraux a été la question de la lutte contre la militarisation de la société et contre le maintien de l'Etat espagnol dans l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Des groupes femmes se sont constitués au sein de la coordination nationale de ce mouvement, tout en étant liés aux strucmouvement de la paix. Ils ont participé à toutes les mobilisations pacifistes sur des thèmes spécifiques touchant plus particulièrement les ont été organisés devant les entreprises d'armement, les écoles, les hôpitaux, les bâtiments du ministère de la Santé et de l'Éducation pour exiger plus d'écoles, du dont le taux actuellement les 25 %, en un mot pour que les besoins sociaux des femmes soient satisfaits. Beaucoup de femmes ont participé à ces manifestations centrées sur le mot d'ordre principal du mouvement de la paix : « Etat espagnol hors de l'OTAN ».

— Selon toi, qu'est-ce qui explique la force du mouvement autonome des femmes de l'Etat espagnol, en comparaison des reculs que connaît le mouvement féministe dans la plupart des pays européens et nord-américains ?

- Il y a peut-être une première explication qui est la genèse de ce mouvement, né il y a dix ans dans le cadre de la lutte anti-franquiste, en lien étroit avec les partis de gauche et d'extrême gauche, avec une orientation très radicale au départ.

crois surtout que ce qui fait sa force, c'est sa continuité et le fait que, depuis une décennie, nous avons su gagner un véritable poids politique au travers des campagnes et des actions de masse que nous avons menées. Non seulement nous avons pu toucher des femmes de toutes les couches sociales, mais le mouvement a été capable d'intégrer les différents niveaux de conscience qui s'expriment parmi les femmes.

L'existence et le maintien de la coordination nationale, par delà les hauts et les bas, a permis de faire la jonction entre les divers thèmes de luttes et de débats, chacun se renforçant et se nourrissant l'un l'autre.

Par ailleurs, la confrontation entre les différentes expériences a permis à beaucoup de femmes de prendre conscience que toutes ces luttes se heurtaient au même adversaire. Enfin, je crois qu'une des grandes forces du mouvement dans notre pays, c'est que les féministes ont appris à surmonter le sectarisme et à respecter l'opinion de femmes partageant un point de vue différent du leur.

- Tout cela s'est reflété dans les Journées de novembre ?

- Absolument. Ce qui était frappant, notamment le nombre de jeunes femmes - 16-17 ans - qui sont venues à la rencontre et qui se sont regroupées dans des commissions propres pour débattre de leurs problèmes à la maison, à l'école, durant leurs temps de loisir, dans les discothèques etc. Et tout le monde a été également surpris par le important de travailleuses et d'ouvrières qui ont posé leurs problèmes spécifiques dans les discussions en commissions. D'autant qu'elles étaient venues sur la seule base du bouche à oreille, des tracts distribués et des affiches collées par les groupes féministes.

La presse n'avait donné aucun écho à cette initiative, pas une ligne en dépit de la conférence de presse que nous avions faite avant. Il a fallu que nous soyions 4 000 - et que nous rendions public le fait d'avoir effectué deux avortements — pour que les gens en entendent parler !

Il y a une chose qui a été très frappante pour nous toutes : c'est combien le mouvement avait mûri depuis les rencontres que nous avions tenues à Grenade en 1979. A cette époque, une femme du Nicaragua avait pris la parole, et elle avait été sifflée par les femmes présentes. Cette fois-ci, la parole a été donnée à la représentante du Nicaragua pour clore la rencontre. Elle a expliqué combien elle était émue de la solidarité qu'elle avait rencontrée à travers toute l'Europe et en particulier dans l'Etat espagnol, combien il était important que les féministes européennes comprennent que la lutte des femmes au Nicaragua, c'était une part de leur propre lutte. Et lorsqu'elle s'est tue, toutes les femmes se sont levées, les larmes aux yeux, en criant : « Nicaragua vaincra ! » Ce fut un moment d'intense émotion, et surtout, je crois que cela marque un grand pas en avant pour le mouvement féministe de l'Etat espagnol.

Propos recueillis par Judith BAKER, le 9 février 1986.

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