des manifestations massives à Washington et à Los Angeles pour défendre lo ES 9 et 16 mars prochains, l'Organisation nationale des femmes (NOW) appelle à droit des femmes à l'avortement. Depuis quelques années, les partisans du « droit à la vie » ont en effet redoublé leur offensive anti-féministe au travers d'attaques n'hésitant pas à poser des bombes - on comptait quelque 25 attentats à l'explosif en
Nous avons demandé à notre camarade Andrea Morrell, membre de la direction du
Parti socialiste des travailleurs (SWP), de faire le point sur la situation et sur les nouvel-
1985, de la force militante des travailleuses allemandes dans la grève des 35 heures en 1984, des « Femmes contre la crise » de Belgique, des batailles menées par les militantes anglaises et allemandes dans leurs syndicats respectifs, des groupes femmes au sein du mouvement de la paix européen - à Greenham et dans la campagne anti-OTAN dans l'Etat espagnol en particulier. Ce sont là autant d'exemple qui témoignent de la combativité des femmes dans ces divers pays.
Souvent, elles ont engagé la lutte en partant de revendications immédiates qui n'avaient apparemment rien à faire avec leur oppression spécifique. Mais il est frappant de constater que, tôt ou tard, toutes ces mobilisations ont pris une dimension féministe et que les femmes concernées, en raison même de leur double rôle dans la famille et la société, ont presque chaque fois été amenées à mettre en place des structures organisationnelles propres dans lesquelles elles pourraient discuter de leurs problèmes spécifiques.
A l'évidence, il s'agit là d'un héritage direct du mouvement autonome des femmes des années 1970. Ce dernier, pourtant, en tant que mouvement Organisé de manière indépendante, avec ses structures propres, ses groupes femmes et ses coordinations, a connu des reculs, voire des défaites depuis cinq ou six ans, à de rares exceptions près (voir l'article sur le mouvement féministe de l'Etat espagnol dans le dossier qui suit). Il n'a plus été capable d'initier des campagnes de masse comme cela avait été le cas sur la question de la contraception et l'avortement. Dans certains pays, il a même quasiment disparu. Il n'y a pas lieu de s'en étonner si l'on tient compte des échecs subis par le mouvement ouvrier dans le même temps et du niveau de conscience politique nécessaire pour passer à une phase supérieure de la lutte : la plupart des revendications touchant à l'oppression spécifique des femmes impliquent une confrontation ouverte avec l'appareil d'Etat.
Toutefois, il est évident que les reculs du mouvement autonome des femmes se sont fait durement sentir dans les organisations du mouvement ouvrier où les femmes se retrouvent souvent sur des positions très défensives, face aux directions syndicales, peu soucieuses de la défense de leurs intérêts spécifiques. Ce qui pose le problème de la continuité de la lutte que mènent les femmes pour leur libération et donc de la bataille nécessaire pour qu'existe un mouvement féministe indépendant, s'appuyant sur la radicalisation des travailleuses qui ont été à l'avant-garde de bien des luttes mentionnées plus haut. Quelles sont les perspectives concrètes qui s'offrent dans ce sens pour la période à venir ? Quelles sont les tâches des marxistes révolutionnaires à ce propos ? C'est là le débat qui est devant nous et qui devra faire l'objet d'un autre article. •
Jacqueline HEINEN, le 17 février 1986.
USA
Interview d'une militante du SWP systématiques contre les cliniques qui effectuent des interruptions 1984 — pour tenter de décourager les femmes désirant avorter. les perspectives de mobilisation qui se dessinent.
Jacqueline HEINEN : - Cela fait pas mal de temps que nous suivons avec attention la extrêmement agressive des forces réactionnaires qui, aux Etats-Unis, s'en prennent au droit à l'avortement. Quelle est l'ampleur de cette offensive ?
Andrea MORRELL : - Voici maintenant deux ou trois ans que se développe une vague d'attentats contre les cliniques spécialisées pratiquant des avortements Les commandos agissent en général en plein jour dans l'intention évidente de harceler les patientes et de les intimider. Les protestations de toutes parts ont été telles que le département de la Justice a fini par engager des poursuites contre certains des plastiqueurs, mais beaucoup de ces attentats sont restés impunis. Il faut dire que le mouvement « pour le droit à la vie » se sent encouragé par le soutien explicite de nombreux parlementaires, aussi bien démocrates que républicains et surtout par Reagan même qui a donné le ton en s'adressant par téléphone aux participants d'une manifestation anti-avortement, 1985 à Washington. Récemment, il a été jusqu'à envoyer un télégramme de sympathie à l'occasion des « funérailles »
Cela donne des armes à tous ceux qui s'opposent au droit des femmes de contrôler leur corps et qui font tout ce qui est en leur pouvoir pour saborder la loi sur l'avortement adoptée en 1973
Sont d'ailleurs commencé après. En 1975, le gouvernefédéral décidait de supprimer les subventions accordées jusque là aux Etats pour l'aide médicale aux femmes pauvres désirant avorter. immédiatement décidé de couper totaleallocations en question et à l'heure qu'il est, seuls treize d'entre eux sur cinquante continuent à accorder une aide aux plus démunies. Compte tenu de la montée vertigineuse des prix de l'ensemble des services médicaux aux EtatsUnis, il devient virtuellement impossible pour elles de réunir les fonds nécessaires pour pouvoir avorter dans une clinique.
Une offensive en règle
contre le droit à l'avortement
De leur côté, le gouvernement fédéral et le département de la Défense ont ont supprimé le remboursement pour avortement qu'ils accordaient à leurs employées
La droite s'en est donc pris à ce droit élémentaire des femmes en usant d'abord de l'arme économique. Ensuite, elle a centré ses attaques sur les mineures en faisant toute une campagne pour imposer la nécessité d'une autorisation des parents en cas d'avortement pour les moins de 18 ans - des projets de loi dans ce sens ont été déposés dans une douzaine d'Etats. Et maintenant, on a affaire à une offensive frontale, soutenue par Reagan, pour tenter d'abroger la législation de 1973.
- Quelle a été la réaction du mouvement des femmes américain à ces attaques?
- La question n'a pas vraiment été prise en charge par le mouvement féministe ces dernières années, ce qui représente un recul indéniable par rapport à l'époque antérieure. Il faut dire que, durant toute une période, il existait une tendance au sein du mouvement à opposer la bataille pour l'amendement à la Constitution sur les droits égaux (ERA) (1) à celle sur l'avortement. Tu sais que la campagne pour l'ERA a été réellement très large. Le mouvement ouvrier y voyait un enjeu d'importance, et, à partir de 1976, il a montré qu'il était prêt à se mobiliser, en mettant notamment l'accent sur le thème « à travail égal, salaire égal ». Or, malgré cela, malgré les innombrables mobilisations initiées par le mouvement des femmes qui ont culminé dans le rassemblede 50 000 personnes organisé L'amendement à la Constitution sur les droits égaux (ERA) fut adopté par le Congrès américain en 1972. Mais pour être incorporé définitivement dans la Constitution, il devait être ratifié par les trois quarts des 50 Etats de l'Union dans un délai de 7 ans, qui fut plus tard étendu à 10 ans. La campagne de masse dont parle Andrea Morrell fut donc celle pour faire ratifier l'ERA par la, majorité requise d'Etats.
conjointement par le NOW et le mouvement ouvrier en Illinois en 1978 (au moment où la ratification de l'ERA était discutée par la législature de cet Etat, ndlr.), nous avons perdu la bataille.
Cette défaite a porté un coup au mouvement ouvrier et encore plus au mouvement féministe, entraînant une vague de découragement dans ses rangs. La direction du NOW a commencé théoriser qu'il était préférable de mettre l'accent sur l'élection de politiciens bien disposés à l'égard des femmes, plutôt que sur les mobilisations de masse. C'est ainsi que, durant toute la période préélectorale, en 1984, l'activité du NOW a consisté à faire du porte-à-porte en faveur de la candidate du Parti démocrate, Geraldine Ferraro, co-équipière de Walter Mondale, en expliquant que si cette dernière devenait vice-présidente des EtatsUnis, cela ferait avancer la cause des femmes, alors que le programme de Mondale ressemblait comme deux gouttes d'eau à celui du Parti républicain de Reagan et qu'il préconisait l'offensive d'austérité contre les travailleurs. Et pendant ce temps, les attaques contre le droit à l'avortement conti-
- Il y a eu un tournant dans l'orientation du NOW après la réélection de Reagan, puisqu'il appelle maintenant à ces manifestations en défense de l'avortecorrespondu à une réorientation de l'ensemble des mouvements de masse qui avaient eu tendance à mettre un bémol sur leurs revendications durant la campagne électorale pour soutenir, qui Jackson, qui Mondale, et qui se sont finalement rendus compte que les mobilisations constituaient le seul moyen de se faire entendre. C'est à partir de là qu'a été organisée la gigantesque manifestation qui a rassemblé 100 000 personnes le 20 avril 1985 contre la menace nucléaire, contre l'intervention impérialiste en Amérique centrale, contre la complicité américaine avec le régime d'apartheid en Afrique du Sud, et pour les emplois et la justice sociale aux Etats-Unis.
Même si le NOW et la Coalition des femmes syndicalistes (CLUW) ne soutenaient pas en tant que telles cette manifestation, il y avait des milliers de jeunes femmes qui défilaient ce jour-là avec des T-shirts féministes ou des T-shirts de l'ERA, et cela a très certainement influencé le cours de la direction du NOW. Lors de son congrès, en juillet dernier, un débat a eu lieu sur la question de l'avortement et il a été décidé de lancer une campagne de masse autour d'une pétition affirmant le droit des femmes à contrôler leur corps, l'objectif étant de rassembler un million de signatures d'ici le 9 mars 1986.
Le NOW a appelé à une manifestation à Washington ce jour-là et à une autre à Los Angeles une semaine plus tard, avec la ferme intention d'en faire les
WANTED haches ENGLAND IRELAND UBER for incitement to
Mt Reland
Manifestation irlandaise aux Etats-Unis. (DR) mobilisations les plus massives qui aient jamais existé aux Etats-Unis pour le droit à l'avortement. Il a été décidé en outre de s'adresser tout particulièrement aux jeunes femmes, sur les campus, ce qui est très important car beaucoup d'entre elles jouent un rôle de premier plan dans le mouvement anti-guerre et dans le mouvement anti-apartheid. Cette initiative présente donc un pas en avant très positif du point de vue de l'orientation du NOW. Le CLUW soutient également la manifes-
— Je me rappelle que le CLUW a joué un rôle important au moment des mobilisations pour le droit à l'avortement et
- Le CLUW a toujours défendu une postion correcte sur la question de l'avortement et il continue à peser dans la lutte pour l'égalité des femmes. Cette organisation, née au moment de la campagne pour l'ERA, est liée à la Fédération américaine du travail-Congrès des organisations industrielles (AFL-CIO) (principale confédération syndicale aux EtatsUnis, ndlr.) et elle est même représentée dans son exécutif. Il est vrai qu'elle n'est pas parvenue à surmonter un problème essentiel, à savoir qu'elle est dominée par une direction syndicale bureaucratique et qu'elle n'organise pas véritablement les femmes à la base des syndicats. Mais son existence même, et le fait qu'elle ait perduré durant toutes ces années est un facteur positif pour tous ceux et toutes celles qui attachent de l'importance à l'organisation syndicale des femmes.
Après avoir connu une phase de reflux à la suite de l'échec de la lutte pour les droits égaux, le CLUW est redevenu plus visible depuis quelques temps, au travers de communiqués de presse, de meetings et parfois de manifestations. On peut dire que c'est une organisation qui joue un rôle progressiste, d'autant qu'elle a un caractère multi-racial, vu la présence en son sein de femmes noires et latino-américaines. Si le mouvement pour l'avortement tend à se développer et à s'élargir, le CLUW aura un rôle à jouer pour centrer la campagne en direction du mouvement ouvrier, ce qui en retour pourrait avoir un effet positif sur le fonctionnement de cette organisation.
— Tu penses que la mobilisation a des chances de se poursuivre au-delà des manifestations de mars ?
- Oui, parce qu'elle s'appuie sur une radicalisation évidente des femmes, s'exprimant au travers de la participation active des travailleuses, et des Noires en particulier, à la vie des syndicats, dans des structures de base telles que les commissions d'hygiène et de sécurité ; ou encore au travers du rôle qu'elles jouent au sein du mouvement anti-guerre, notamment dans l'organisation « Mobilisation pour la survie » qui a été l'une des principales initiatrices de la mobilisation du 20 avril 1985. Il est certain que la vague de radicalisation féministe des années 1970 a non seulement entraîné des changements en profondeur à l'égard des femmes dans l'opinion publique, mais qu'elle a modifié la perception que les femmes ont d'elles-mêmes et la manière dont elles appréhendent leur place dans la société.
Ces évolutions ont eu un impact sur la direction du NOW. Il y a quelques années, cette dernière avait été jusqu'à soutenir - à l'unisson avec Carter -que si les femmes voulaient vraiment des droits égaux, il fallait qu'elles acceptent de faire leur service militaire, tout comme les hommes. Or, le dernier congrès du NOW, sans revenir formellement sur cette position, a adopté une résolution très progrescontre l'intervention en Amérique centrale, dans la ligne de la position qui avait été la sienne au moment de la guerre du Vietnam. Il ne fait aucun doute que l'attitude des femmes nicaraguayennes a pesé de manière positive dans ce sens. Car, depuis longtemps, l'Association des femmes nicaraguayennes (AMNLAE) avait compris l'importance de nouer des liens avec les féministes américaines. Des représentantes de cette organisation ont participé aux congrès du NOW, intervenant dans les débats et encourageant les femmes américaines à s'engager en première ligne dans la défense du Nicaragua. Sur ce plan, les derniers développements au sein du NOW apparaissent comme très positifs. Propos recueillis par Jacqueline HEINEN, le 10 décembre 1985. 19.