Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RFA

Grève pour le droit de grève

· Inprecor n° 215, 17 mars 1986 · p. 19-20 · 1 926 mots

Syndicalisme Allemagne

Grèves pour le droit de grève

RFA

LORS que la bourgeoisie d'autres pays, comme l'Angle-

A terre, la Edicat turbulent al tu ao des one.-

-ments syndicaux turbulents, la RFA fut longtemps considérée comme un modèle de paix sociale et de la collaboration entre patrons et syndicats. Mais moins de deux ans après la grève pour les 35 heures de 1984, la RFA connaît encore actuellement des mobilisations ouvrières importantes. Comme l'explique l'article de Peter Bartelheiemer que nous publions ci-dessous, des centaines de milliers de travailleurs ont fait grève dans les jours qui précédaient Noël 1985 contre un projet de loi du gouvernement Kohl qui porte atteinte au droit grève. Le 5 février 1986 encore, 750 000 travailleurs,

Peter BARTELHEIMER

Le candidat à la chancellerie, vient d'être désigné par le Parti social-démocrate (SPD), Johannes Rau, n'a pas eu de chance. Son agent publicitaire a fait passer dans tous les journaux fédéraux l'intégralité de sa profession de foi, dans laquelle il invite tous ses « chers concitoyens et concitoyennes » à partir en campagne contre « l'érosion de la cohabitation politique ». Le slogan de sa campagne, « Réconcilier au lieu de diviser », concerne aussi bien la paix dans le monde que la paix sociale. « Sans nécessité, gémit Rau, la coalition libéralo-chrétienne au pouvoir a provoqué le conflit entre partenaires sociaux le plus explosif depuis

1945. » Au moins en ce qui concerne l'ambiance dans les syndicats, Rau se

GROGNE DANS LES SYNDICATS

Certes, les affiches et les badges du syndicat de la métallurgie IG-Metall sur la grève sont encore aux couleurs du drapeau de la République fédérale, noir-jaune-rouge. Cependant, les formules magiques des années du « miracle économique » et de la « collaboration des partenaires sociaux », tels que

« paix sociale », « réconciliation »

« cohabitation » ont fait long feu auprès des militants.

Le 6 janvier 1986, à Stuttgart, environ 150 d'entre eux ont perturbé la traditionnelle rencontre de l'Epiphanie du Parti libéral (FDP) - qui fait partie de la coalition gouvernementale —, en se mêlant aux invités et en agitant des billets de banque pendant le discours du ministre de l'Economie Bangemann, pour faire ainsi allusion aux « subventions » remises par le groupe industriel Flick à des politiciens du FDP. Ces syndicalistes scandèrent également des slogans et entonnèrent des chansons du mouvement ouvrier. Quelques jours plus tard, Wallmann, maire

La fin de la cohabitation sociale de Francfort et suppléant à la présidence de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) qui domine la coalition au pouvoir, dut passer entre une rangée d'environ 80 syndicalistes, alors qu'il voulait se rendre à la Maison des syndicats de Francfort pour du Nouvel-an organisée par la Confédération des syndicats allemands (DGB). Comme les briseurs de grève pendant la lutte pour les 35 heures en 1984, le dirigeant de la CDU fut abreuvé d'injures et de quolibets. Plus tard, son discours fut couvert par les slogans et les sifflets intempestifs des manifestants: « Wallcapital, fichez le camp de notre salle ! "

Wallmann déclara par la suite qu'il avait été bousculé et frappé, alors que les syndicalistes comparaient plutôt la scène à « une mêlée comme on en voit lors des soldes d'hiver ». Pendant plusieurs jours, les titres de la presse nationale assurèrent Wallmann des excuses de la DGB et du désaveu formel du SPD à l'égard de toute « violence ». Seul le porte-parole des Verts eut le courage de défendre « les troubles et les désordres », ce qui fut fortement apprécié par la gauche syndicale de Francfort.

Les événements de Francfort et de Stuttgart ne sont que des épisodes isolés dans une bataille qui a pour enjeu la capacité de grève du mouvement syndical ouest-allemand. L'insolence à l'égard des notables de la coalition au pouvoir, encore impensable il y a un an, traduit le changement de climat dans les syndicats. Après qu'en octobre dernier 650 000 personnes aient participé aux manifestations syndicales contre la politique d'austérité, qu'en décembre plus de 500 000 travailleurs et travailleuses aient cessé leur travail plus tôt en réponse au projet de limitation des droits syndicaux, 1986 promet d'être une année chaude. Un an avant les élections législatives de mars 1987 au Bundestag (Parlement allemand), le gouvernement a conditionné son avenir d'après les chiffres donnés par les syndicats, ont débrayé à l'occasion de la présentation du projet de loi devant le Parlement. Le 6 mars, ils étaient presque un million.

En même temps, 50 000 travailleurs du secteur public faisaient des débrayages à répétition pour la revendication d'une augmentation salariale de 6 % avancée par le syndicat du secteur public (OTV). Le syndicat de la métallurgie (IG-Metall), parmi les plus combatifs, se prépare à relancer la bataille pour les 35 heures et d'en faire un thème central de la campagne pour les élections législatives en Allemagne fédérale au début

1987. Manifestement, la RFA est à la veille d'une épreuve de force importante entre le gouvernement et les syndicats.

politique au résultat d'une nouvelle épreuve de force avec les syndicats. Si le gouvernement gagnait, l'aile combative des syndicats pourrait perdre sa capacité de résistance. S'il devait faire marche arrière face aux exigences syndicales, une crise gouvernementale pourrait se produire, dont la conséquence serait probablement une défaite électorale de la

L'ARME DU LOCK-OUT

De quoi s'agit-il dans ce conflit?

Dans pratiquement aucune autre démo l'Ouest, le droit de grève n'est soumis à des restrictions aussi importantes qu'en

RFA. Non garanti expressément par la

Constitution fédérale (la Loi fondamentale), ce droit a été sans cesse modifié par les tribunaux. Ainsi, d'après la législation en vigueur, les grèves « politiques » (c'est- à-dire dirigées contre des mesures gouvernementales ou parlementaires), sont illégales, tout comme les grèves « sauvages » (non appelées par les syndicats) ou les grèves de solidarité internationale.

Comme base au droit du travail, on trouve un jugement de la Cour fédérale du travail de 1955, qui déclare : « Les luttes sociales (grèves et lock-out) sont en général indésirables, car elles portent atteinte à la paix sociale à laquelle toute la communauté est intéressée. » De cette situation juridique découle d'une part le fait que les grèves ne sont légales qu'exceptionnellement et dans de strictes limites, et d'autre part que, selon ce qu'on appelle le

« principe de l'égalité des armes », la pratique du lock-out se trouve complètement justifiée, bien qu'elle soit par exemple interdite par la Constitution de l'Etat de

Hesse. Dans un autre jugement de 1980, la Cour fédérale du travail a autorisé les patrons à répondre à toute action de grève entamée par les syndicats par le lock-out d'un quart des employés du secteur en

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K

He Koll. von)

W Manifestation de solidarité avec les sidérurgistes de la Ruhr. (DR)

Dans aucun autre pays d'Europe occidentale l'arme du lock-out n'est utilisée aussi massivement que par les patrons allemands. Ainsi, lors des grèves dans l'imprimerie, en 1976, il y avait 90 000 lockoutés pour 16 000 grévistes. En 1978, dans l'industrie métallurgique de la région de Stuttgart, 80 000 métallos avaient fait grève et 200 000 furent lock-outés. Dans la conscience du mouvement ouvrier, une des fonctions essentielles du syndicat consiste à protéger ses membres et à leur assurer un soutien financier en cas de grève et de lock-out, proportionnellement à la cotisation versée et à l'ancienneté syndicale, ce qui équivaut, en règle générale, aux deux-tiers environ du salaire. Pour affaiblir la capacité de grève, les patrons ont de plus en plus recours à une forme de lock-out « à froid », à savoir le chômage technique : les entreprises extérieures au secteur en grève sont fermées, « pour raisons techniques ». En 1971, l'IG-Metall de la région de Stuttgart-Mannheim avait appelé 120 000 de ses membres à la grève : les patrons de la métallurgie lockoutèrent 300 000 métallos du secteur en grève ; 280 000 autres, répartis sur tout le pays, furent victimes des fermetures d'entreprises « pour raisons techniques ». Les syndicats imposèrent alors, avec l'appui du chancelier de l'époque, Willy Brandt, le droit à une allocation pour les chômeurs techniques, financée par le fonds d'assurance-chômage, et qui fut finalement prélevée sur la contribution des salariés à ce fonds.

Enfin, en 1984, les patrons et la coalition de droite tentèrent d'utiliser le lock-out « à froid » pour briser la grève pour les 35 heures. L'IG-Metall entama alors une série de grèves-bouchon dans

Wichiger

NE HETPNRTIVE,1

les centres vitaux des deux régions, avec 55 000 participants. Les patrons ripostèrent par le lock-out de 170 000 ouvriers des régions en grève et en mirent 373 000 autres à la porte par le biais de fermetures d'usine sur tout le territoire fédéral. Simultanément, le gouvernement Kohl interdisit à l'Agence nationale pour l'emploi, laquelle est responsable de l'assurance-chômage, le versement des indemnités aux « chômeurs techniques ». Sous la pression de la mobilisation syndicale — plus de 230 000 personnes manifestèrent le 28 mai 1984 à Bonn —, les tribunaux obligèrent les agences locales à verser les indemnités.

En automne dernier, le gouvernement Kohl décida, en riposte, pressé par le FDP et les patrons, de proposer un projet de loi qui interdirait le paiement des « chômeurs techniques », par le moyen d'une modification de la juridiction, dès l'instant où les syndicats avancent une même revendication dans toutes les régions. Le paragraphe 116 incriminé de la Loi sur la défense de l'emploi (qui régit l'assurance-chômage) avait jusque-là autorisé le paiement des « chômeurs techniques » pour fait de grève, quand les revendications syndicales présentaient des divergences insignifiantes.

OBJECTIF : DIVISER

Le gouvernement poursuit trois buts à travers ses attaques. Premièrement, il veut forcer les syndicats à régionaliser le plus possible leurs politiques salariales, par crainte des coûts possibles des grèves, et à accepter plutôt des salaires plus bas et des conditions de travail plus pénibles

LARCET

GEWERKSCHAFTE-UNDI SPI-FÜHRUNE

AN DIE SPITZE!

ALLE ZU HIESTHI

PREMARME DES BETRIE

DGS

SOLIDARITAT

MIT DEN

HAHLARBEIT

dans les régions à fort taux de chomage.

Deuxièmement, il veut contraindre l'IG-Metall - qui a remporté en 1984, grâce à la lutte et avec le Syndicat du papier et de l'imprimerie, la semaine de 38,5 heures et qui a le droit d'exiger à partir de septembre 1986 de nouvelles négociations pour la semaine de 35 heures , à choisir entre, d'une part, renoncer à une nouvelle lutte nationale sur cet objectif unitaire et, d'autre part, courir le risque de laisser des centaines de milliers de lock-outés « à froid » à la rue et sans indemnités. Verser à ceux-ci des indemnités reviendrait à vider les caisses de grève en quelques jours. Cependant, si les syndicats envoient leurs adhérents dans les agences locales pour l'emploi, ils divisent les participants à la lutte entre indemnisés et non indemnisés, dans la mesure où les lock-outés ne peuvent absolument pas compter avec certitude sur une aide sociale.

Enfin et surtout, le gouvernement veut atteindre l'IG-Metall et quelques autres syndicats qui ont mené des grèves victorieuses au cours de ces dernières années. Il veut gagner une « aile modérée » des syndicats, autour du syndicat de la Chimie (IG-CPK), à la collaboration avec le gouvernement et diviser ainsi la DGB. Le président de l'IG-CPK, Hermann Rappe, qui s'était déjà désolidarisé de la lutte de 1984 pour les 35 heures, s'est prononcé en faveur d'un compromis qui laisserait intacte la législation actuelle des conflits salariaux et limiterait le recours au droit de grève au domaine des revendications qualitatives.

Au sein de l'IG-Metall, ce sont les femmes qui ont imposé des luttes dans les entreprises, face à une direction hésitan-

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