Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Révolution et contre-révolution, les deux Eglises du Nicaragua

· Inprecor n° 215, 17 mars 1986 · p. 13-18 · 6 146 mots

Nicaragua Amérique centrale États-Unis

D 1935, Par choral de Monnu carine b nos de ma,

EPUIS sa nomination comme cardinal, au mois de mai multiplie les provocations vis-à-vis

Chacune de ses tournées pastorales se convertit en diatribes contre la révolution sandiniste. Le 15 octobre 1985, date de la promulgation de l'état d'urgence, la Sécurité d'Etat saisissait une publication de l'archevêché, Iglesia, qui était publiée sans se conformer aux dispositions légales.

Le 3 janvier 1986, le ministère de l'Intérieur annonçait la fermeture de Radio Catolica pour n'avoir pas retransmis le message de Nouvel an du président Ortega. « Erreurs techniques », plaida pour sa défense la hiérarchie catholique. Mais elle peut difficilement invoquer le même prétexte pour excuser les ultimes déclarations d'Obando qui, en voyage aux Etats-

Unis, réitérait le 22 janvier 1986, devant la presse américaine, ses affirmations quant aux « terribles persécutions » dont serait victime l'Eglise du Nicaragua. L'Osservatore Romano, organe du Vatican, s'est empressé de reprendre à son compte ces accusations. Par pure coincidence sans doute, elles viennent au

Maria MERRI

L'une des particularités de la révolution nicaraguayenne a été sans conteste la présence massive, sans précédent dans l'histoire moderne, de chrétiens, catholiques pour la plupart, tout au long du processus révolutionnaire (2). Le plus exceptionnel, ce n'est pas tant la place qu'ont occupé individuellement dans la lutte des chrétiens, voire des prêtres qui intégrèrent les rangs du FSLN et combattirent dans la guérilla, comme le fit le père Gaspar Garcla (3). Ce qui est remarquable, c'est la participation à la révolution, à grande échelle, de chrétiens en tant que tels, leur engagement militant ne se faisant pas à côté de leur foi, et encore moins contre elle, mais bien à partir de leur réflexion évangélique. Dans un article de Giulio Girardi, paru dans la revue Nueva Nicaragua, on peut lire : « Une église fidèle au Christ ne peut qu'être du côté des pauvres. (...)

Il ne s'agit pas d'une option purement idéaliste mais d'une participation réelle à cette entreprise historique. Etre chrétien signifie pour beaucoup de Nicaraguayens avoir fait un choix révolutionnaire, c'est-à-dire une option pour les pauvres dans le sens du bloc social révolutionnaire ; celle-ci signifie vivre la foi et la lutte pour la libération comme un seul engagement. » (4) Cela s'est traduit par l'intégration de chrétiens dans les rangs du Front sandiniste, sans qu'ils aient à renier leurs convictions religieuses, et, après la prise du pouvoir, par la présence de prêtres dans le gouvernement révolutionnaire.

Le conflit entre deux projets évangédu gouvernement. La doit les situer dans le combat contre le liques, qui sont aussi deux projets politiques radicalement opposés, est l'expression la plus claire de la crise vécue par l'Eglise catholique depuis Vatican II. Ce concile tenu voici vingt ans décidait d'impulser - en prenant la mesure du décalage existant entre l'institution et la société —, une Eglise « dans » le monde. C'est ce que souligne Gustavo Gutierrez, un religieux péruvien théoricien de la « théologie de la libération » : « Dans le cas de l'Amérique latine, cela veut dire regarder en face la situation de pauvreté inhumaine et d'oppression que vit l'immense majorité du peuple de ce continent et être sensible à son aspiration à la libération. » (5) Le concile Vatican II ne fera qu'esquisser cette option pour les pau-

L'OPTION PRÉFÉRENTIELLE POUR LES PAUVRES La conférence des évêques latino-américains, qui s'est tenue à Medellin en Colombie en 1968, marqua le tournant d'une Eglise qui, après avoir été pendant des siècles le meilleur allié des colonisateurs puis des bourgeoisies en place, se voulut depuis lors « authentiquement pauure, missionnaire et pascale, déliée de tout pouvoir temporel et audacieusement engagée dans la libération de l'homme tout entier et de tous les hommes » (6). L'option préférentielle pour les pauvres prise alors, et qui sera développée lors de la conférence de Puebla, au Mexique, en 1979, doit s'exprimer par une « véritable solidarité avec les pauvres (qui) signifie faire nôtres leurs problèmes et leurs lutmoment où Ronald Reagan veut obtenir du congrès le vote d'une augmentation substantielle de l'aide à la contra.

hiérarchie ecclésiastique, qui avait dénoncé l'expulsion par le gouvernement de dix prêtres étrangers utilisant leur chaire comme autant de tribunes contre la révolution, ne se prive pas quant à elle de déplacer et d'envoyer à l'étranger des prêtres ou des religieux engagés dans le processus révolutionnaire. A ce jour, plus d'une soixantaine d'entre eux ont été victimes des tracasseries de l'épiscopat. Le ministre de l'Intérieur,

Tomas Borge, souligne à juste titre que si persécution il y a au

Nicaragua, « c'est celle qu'exerce la hiérarchie catholique contre les prêtres et les religieux progressistes » (1).

Ainsi, le conflit entre l'Etat révolutionnaire et la hiérarchie ecclésiastique réactionnaire se double d'une tension et d'une polarisation croissante au sein même de l'Eglise, entre, d'une part, ceux qui considèrent que leur engagement évangélique la révolution et, de l'autre, ceux pour qui

« marxisme athée » est à l'ordre du jour.

pour eux » (7). La savoir parler conférence de Medellin peut donc être considérée comme l'acte de naissance de la ihéologie de la libération. Ce changement se traduira, dans l'organisation de l'Eglise, par l'apparition et la multiplication des communautés ecclésiastiques de base (CEB) et des « délégués de parole ».

Cette prise en charge par les laïcs de l'évangélisation est un facteur explosif dans une Eglise structurée de manière verticale, également au niveau idéologique.

nicaraguayenne peu, sinon en pire, du reste de l'Amérique latine : peu de prêtres, la plupart étrangers, des communautés religieuses tournées vers elles-mêmes, une liturgie qui n'avait toujours pas été rénovée, une hiéconservatrice alliée du pouvoir qui ne s'apercevra de l'existence d'une dictature qu'au moment où des secteurs de la bourgeoisie rentreront dans l'opposition. L'expérience de la communauté

1. Barricada, 7 janvier 1985.

2. Les églises évangéliques protestantes, qui représentaient environ 3 % de la population au moment de la révolution, ont également été partie prenante de ce processus, notamment sur la côte Atlantique, avec l'Eglise morave.

3. Gaspar Garcia Liviana, prêtre qui rejoindra la guérilla du Front sandiniste dans les montagnes, mort sur le front Sud le 11 décembre

1978.

4. Giulio Girardi, « Foi dans la révolution », revue Nueva Nicaragua, 1983.

« Vatican II et

5. Gustavo

Gutierrez, l'Eglise latino-américaine » dans Diakona numéro 36, décembre 1985. Péruvien, Gutierrez est, avec Leonardo Boff, l'un des théoriciens de la théologie de la libération.

6. Medellin, « Juventud 15 ».

7. Medellin, « Pobreza 13 ».

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paysanne fondée en 1965 par le père Ernesto Cardenal à Solentiname était l'exception qui confirmait la règle. C'était « une Eglise endormie quand sonna l'heure de Medellin » (8). Si cette conférence n'eut pas au Nicaragua une répercussion de même ampleur qu'au Brésil, au Guatemala ou au Salvador, le changement se fit sentir, d'autant plus qu'il coincidait avec une remontée des luttes urbaines et payCHRÉTIENS ET RÉVOLUTIONNAIRES

Entre 1968 et 1970, les communautés de base se développèrent dans les paroisses les plus pauvres, notamment à Managua, parallèlement , une agitation croissante parmi les étudiants de l'université centro-américaine (UCA) que dirigeaient les jésuites. Fait significatif, en octobre et en novembre 1970, puis de nouveau en 1971, quand les étudiants de l'UCA, soutenus par une vingtaine de prêtres, occupèrent la cathédrale de Managua pour protester contre les arrestations et les tortures, l'archevêché affirma sa solidarité tout en déplorant et en condamnant l'action des ecclésiastiques. A partir de ce moment, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) commença à prendre contact avec les prêtres, les religieux, la catholique, les communautés de base. Le Mouvement révolutionnaire chrétien, fondé par le père Uriel Molina en 1971, formera bon nombre de jeunes qui soit rejoindront directement la lutte armée du FSLN, soit l'aideront en servant de courrier, en cachant des armes et des hommes (9). La communauté de Riguero, quartier pauvre de Managua, fondée des étudiants de l'UCA et le père Molina, sera également un vivier de militants et de cadres du Front, dont Luis Carrion et Joaquim Cuadra (10).

Le tremblement de terre de 1972 jouera un rôle d'accélérateur de ce mouvement. La situation dramatique de la population, la prévarication honteuse de Somoza — qui s'appropriait la quasi totalité de l'aide internationale - conjuguées à une augmentation de la répression, renforcèrent la crédibilité de la lutte armée que menait le Front comme solution possible pour venir à bout de la dictature. Beaucoup de jeunes chrétiens rejoignirent à ce moment le Front, dont les actions se faisaient de plus en plus audacieuses.

Et la hiérarchie ecclésiastique ? Depuis 1971-1972, elle avait pris ses distances

Elle se situait dorénavant sur les mêmes positions que l'opposition bourgeoise organisée dans le Front d'opposition large (FAO) ou dans les organisations professionnelles du type du Conseil supérieur de l'entreprise privée (COSEP), qui voulaient négocier une issue à la dic-

Ainsi, en janvier 1977, dans un même message pastoral, l'Eglise refusa toute légitimité au somozisme ainsi qu'au FSLN, dénonçant « ces mouvements qui s'autoproclament libérateurs mais qui favorisent le débordement des passions » (11). Jusqu'au dernier moment, lors de la victoire insurrectionnelle, la hiérarchie catholique, unie à la bourgeoisie d'opposition, tentera de négocier depuis Caracas, au Vene-

9. Le père Molina est l'un des principaux animateurs du centre œcuménique Antonio Valqui regroupe catholiques et pasteurs évangéliques engagés dans le processus révolutionnaire. C'est, avec l'Institut historique centronoire de la hiérarchie catholique.

10. Le récit de cette expérience, comme celle de Solentiname, est contenu dans Christianos en la Revolucion, Margaret Randall, Ma-

Communiqué de l'épiscopat, « Lutte idéologique dans le camp religieux et sa signification politique », 2e congrès nicaraguayen de sciences sociales, Managua, 1981.

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La réunion appelle à l'instauration de nouveaux niveaux de relation et de coopération avec les luttes des peuples de la Caraibe et d'Amérique centrale.

Cette réunion s'est tenue au moment où la révolution cubaine est plus forte que jamais, malgré les attaques constantes qu'elle subit de la part des Etats-Unis et notamment des menaces militaires, un blocus économique et des atta-

La réunion a célébré la chute de Duvalier obtenue par le peuple haitien, ainsi fidèle à sa noble tradition de liberté.

Elle s'oppose vigoureusement aux tentatives de préserver le pouvoir antipopulaire par un duvaliérisme sans Duvalier. Le courage du peuple haitien est une source d'inspiration pour les luttes de la Caraibe. La conférence s'est solidarisée avec la lutte pour une authentique démocratie en Haiti. Elle estime que la démocratisation en Haiti implique le respect de la souveraineté et le droit au libre retour des exilés politiques. La conférence s'est prononcée contre toute tentative d'intervention militaire des Etats-Unis en Haiti.

Les organisations anti-impérialistes considèrent que la visite projetée par Ronald Reagan à Grenade, pays autrefois libre et souverain, est une tentative d'officialiser la néo-colonisation de ce pays frère. De plus, elle la condamne comme un acte d'arrogance impérialiste, une insulte à tous les patriotes de Grenade et un affront à tous les peuples de la région de la Caraibe.

La réunion a exprimé sa profonde préoccupation devant la militarisation croissante de la Caraibe et de l'Amérique centrale de la part de l'administration Reagan, en particulier avec l'utilisation de Porto-Rico comme base armée pour lancer des agressions et des interventions militaires contre la

Caraibe et l'Amérique centrale. Elle a également montré sa préoccupation devant la militarisation croissante du Honduras et son utilisation comme siège des camps de mercenaires qui attaquent le territoire nicaraguayen. De plus, elle dénonce l'utilisation d'Antigua et dans le même but. Elle réclame que la région de la Caraibe soit déclarée zone de paix, d'indépendance et de développement. Elle déclare que sans paix dans notre région il ne saurait y avoir de développement social et économique.

Sur ce sujet, la conférence considère que la dette extérieure de la région, qui est la plus élevée du monde par tête l'élargissement de la junte révolutionnaire, l'intégration de la garde nationale, etc. Dans le communiqué du 2 juillet 1979, elle accepta du bout des lèvres l'insurrection, en déclarant : « Tous nous souffrons et sommes touchés par l'extrémité que représentent les insurrections révolutionnaires, mais on ne peut nier sa légitimité morale et juridique. » (12) Avait- elle encore le choix ? Et, dans la foulée, la hiérarchie catholique mit en garde contre

« les abus liés à tout processus révolutionnaire » tels que « les menaces contre la propriété et les biens privés ».

Le triomphe de la révolution, le 19 juillet, la place incontestée qu'occupa le

FSLN comme seule organisation ayant été capable de mener la lutte jusqu'à la victoire révolutionnaire, l'appui du sandinisme de l'immense majorité des croyants, placèrent la hiérarchie dans une politique difficile: renier la légitimité révolutionnaire et s'opposer au

FSLN aurait signifié se marginaliser de la population et perdre de ce fait toute crédibilité. D'autant que l'apparente unité antisomoziste qui avait prévalu durant les dernières années, dissimulait une lézarde au sein de l'Eglise, faille qui ne pouvait que s'élargir aux dépens de la hiérarchie si choisissait de mener ce type de mocratie et le progrès social. le régime raciste de Prétoria. des autres territoires tion plus effective. à son succès. politique. D'une certaine façon, à sa manière, l'Eglise tira aussi les leçons de la révolution cubaine : pour y avoir été partie prenante de la contre-révolution, l'Eglise cubaine se réduisit peu à peu comme une peau de chagrin. Ce lourd bilan pesa dans la réflexion des évêques nicaraguayens.

DE L'ACCORD AU CONFLIT L'attitude prise par les sandinistes au lendemain de la prise du pouvoir laissait peu de marge de manœuvre à l'épiscopat. La reconnaissance par les sandinistes du rôle des chrétiens dans la révolution ne se limita pas à des déclarations platoniques. La Junte de gouvernement de reconstruction nationale (JGRN) fit appel à quatre prêtres pour des postes ministériels : Miguel d'Escoto aux Affaires étrangères, Ernesto Cardenal à la Culture, Fernando Cardenal responsable de la campagne d'alphabétisation et, peu après, Edgar Parrales, nommé sous-directeur de l'Instiles (13). En tout, c'est une dizaine de prêtres qui furent désignés pour des charges publiques à divers niveaux.

Il semble que la hiérarchie ait finalement choisi d'appuyer le processus révolutionnaire, après avoir hésité pendant de d'habitant, étrangle encore plus nos économies. Elle considère que les problèmes de la dette extérieure sont non seulement économiques mais aussi fondamentalement politiques et que la dette n'est pas payable. Elle considère de plus que l'unique solution à ce problème réside dans la création d'un nouvel ordre économique international. La réunion exprime son soutien à la lutte du peuple du Guatemala pour la dé-

Notre réunion manifeste son indignation devant l'existence dans notre région de territoires sous domination coloniale et souligne que la lutte populaire contre cette domination s'amplifie. Elle apporte son appui à tous les peuples qui mènent encore une lutte anticolonialiste, comme c'est le cas pour Porto-Rico, les Iles Vierges, la Martinique, la

Guadeloupe, la Guyane française et les Antilles hollandaises

Elle lance un appel aux chefs des gouvernements du

Caricom, afin qu'ils réitèrent la demande exprimée par les ministres des Affaires étrangères à St-Kitts en mai 1985, pour que cesse le blocus des Etats-Unis contre le Nicaragua et pour résister aux pressions de Washington visant à diviser les îles de la Caraibe orientale sur la question de la commercialisation de la production de bananes.

La réunion demande que cesse la violation des droits de l'homme en Amérique centrale et dans la Caraibe.

La réunion apporte son soutien au peuple sud-africain en lutte contre le système d'apartheid honteux qu'applique

La réunion appelle les peuples de la région à rester vigilants afin d'être sûrs que les voix populaires ne seront pas étouffées par l'impérialisme et ses alliés dans la région et les processus de fraude qui pourraient avoir lieu.

Depuis notre dernière réunion voilà 19 mois à La Havane, il y a eu des avancées concrètes dans la lutte des peuples de la région, comme dans le cas de Haiti, et une nouvelle situation prend forme, qui exige de nous un degré d'unité supérieur, de meilleures communications et une coopéra-

Enfin, les participants à la conférence ont exprimé leur gratitude au Front sandiniste de libération nationale et au peuple du Nicaragua pour avoir accueilli cette réunion et pour les excellentes conditions de travail qui ont contribué longs mois. La publication de la lettre pastorale de l'épiscopat nicaraguayen, le

17 novembre 1979, provoqua à la fois la stupéfaction parmi ceux qui pensaient, à juste titre d'ailleurs, que la hiérarchie catholique était viscéralement réactionnaire, et une joie profonde chez tous les chrétiens qui s'imaginaient que les évêques avaient décidé d'accompagner le processus révolutionnaire. Les deux réactions sont compréhensibles, quand on lit la lettre : « Nous nous adressons au peuple du Nicaragua, dont nous faisons partie, qui cherche le chemin de la vérité et la réalisation de la justice dans le moment présent du processus révolutionnaire que vit notre patrie et sur lequel beaucoup de gens dans le monde ont les yeux fixés. (...) Nous le faisons comme pasteurs de l'Eglise, conscients du fait que beaucoup de chrétiens ont participé à l'insurrection et travaillent actuellement à

12. Idem.

13. Ernesto Cardenal, prêtre diocésain. Fernando Cardenal, prêtre et membre de la Compagnie de Jésus. Miguel d'Escoto, prêtre et membre de la congrégation Maryknoll. Edgar

Parrales, prêtre diocésain. Le père Parrales demandait depuis 1983 à Rome son retour à l'état laïc.

Le Pape, dont la politique est de le refuser aux prêtres qui en font la demande, préférera le suspendre en janvier 1985 a divinis en même temps que les trois autres.

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Bendito el que viene en nombre del Senor NICARAGUA UNIDA EN SU FE TE PROCLAMA CARDENAL DE Le cardinal-archevêque Miguel Obando y Bravo. 1 (DR) la consolidation du triomphe. (...) On entend parfois s'exprimer avec crainte l'inquiétude que le processus en cours ne s'achemine vers le socialisme. Nous devons observer : (...) si ce socialisme est un dont la majorité des Nicaraguayens sont les bénéficiaires, si solidairement nous tous, Nicaraguayens, participons à une économie planifiée, si les richesses sont destinées au bien commun, si l'on réduit les différences entre les riches et les pauvres, entre la ville et la campagne, (...) alors un socialisme comme celui-

Best un bien pour notre révoluComment expliquer la « divine surl'épiscopat, connaissant ses prises de position plus que mitigées avant la révolution et surtout le chemin pris depuis lors. Tout d'abord, précisons que l'Eglise « officielle » ne fait aujourd'hui plus guère référence à cette Lettre, moment d'égarement qu'elle attribue à la pénétration marxiste en son sein. Trois facteurs jouèrent un rôle important. Premièrement, à ce moment-là du processus révolutionnaire, la hiérarchie était divisée quant à l'attitude à adopter et elle l'est encore aujourd'hui. Elle était dans l'expectative. Deuxièmement, beaucoup de prêtres, de religieux et de laïcs s'engagèrent dans la construction de ce nouveau Nicaragua, sans attendre les directives des évêques, relativisant par là-même le poids et l'autorité de ces derniers (15). Troisièmement, enfin, et c'est sans doute le facteur déterminant, la bourgeoisie était elle aussi dans l'attente. Si elle sentait bien que le pouvoir politique n'était plus entre ses mains, elle ne savait pas encore quelle attitude prendre vis-àvis du FSLN.

Au début de mai 1980, les dirigeants bourgeois Violetta Chamorro puis Alfonso Robelo démissionnèrent du conseil d'Etat, espérant ainsi créer une crise politique. Quelques jours plus tard, le 16 mai, l'épiscopat fit parvenir à la presse le comsuivant: « Considérant que les cironstances d'exception sont aujour-

LA PAZ d'hui dépassées, des laïcs chrétiens peuvent assumer avec la même efficacité les charges publiques qu'occupent certains prêtres » (16). Difficile de croire au hasard. Moins d'un an après la victoire, s'ouvrit le conflit entre la hiérarchie catholique et le gouvernement sandiniste, de façon simultanée à la première rupture significative entre le FSLN et la bourgeoisie d'opposition.

Si l'on examine aujourd'hui les grandes étapes de cette crise entre l'Eglise et l'Etat révolutionnaire, de 1980 à aujourd'hui, on voit qu'elles coincident exactement avec les attaques contre la révolution et acquièrent une dimension internationale. Il serait faux de n'y voir qu'un conflit interne, avec pour seuls protagonistes la hiérarchie nicaraguayenne d'une part, le FSLN et les chrétiens révolutionnaires de l'autre. L'impérialisme américain, en même temps qu'il armait la contra, a développé, de concert avec le Vatican, une campagne idéologique autour de la prétendue persécution subie par l'Eglise. A partir de 1981, date où commencèrent les aides massives de Washington aux mercenaires, on peut détacher trois faits importants qui illustrent l'escalade entreprise par la hiérarchie religieuse : juin 1981, l'épiscopat lance un ultimatum aux prêtres qui sont dans le gouvernement, leur enjoignant de choisir entre leurs fonctions sacerdotales et leurs charges publiques ; août 1983, la hiérarchie s'oppose au Service militaire patriotique (SMP), dénonçant la « violence armée » des sandinistes ; enfin, en avril 1984, dans la lettre pastorale publiée à l'occasion de la semaine sainte, l'archevêché lance un appel « à la réconciliation nationale », c'est-à-dire au dialogue avec la contre-révolution armée. L'évêque Vega allait jusqu'à déclarer qu'un « peuple qui ne sent pas garantis ses droits civils et sociaux a aussi le droit de chercher de l'aide où il peut », en faisant allusion au financement américain de la contra (17). On pourrait y ajouter la bataille contre la politique du gouvernement en matière d'éducation, la tentative d'ôter toute légitimité aux élections présidentielles et législatives de 1984 et, parallèlement, la dénonciation chaque fois plus virulente des prêtres et des religieux opposés à la hiérarchie et qualifiés de faux prophètes. Ce sont là exactement les axes de bataille de l'opposition intérieure - Coordination démocratique nicaraguayenne (CDN), COSEP, la Prensa — et des contras regroupés dans la Force démocratique nicaraguayenne (FDN).

UNE CARTE MAITRESSE

DANS LE JEU DE LA CONTRE-RÉVOLUTION Aujourd'hui, il ne fait pas de doute que l'Eglise est la pièce maîtresse de l'op position à la révolution. Les partis bourgeois sont faibles, peu crédibles. Leur appui populaire est nul, ils sont en proie à des divisions intérieures. Les élections de novembre 1984, qu'ils avaient réclamé à cor et à cris, ont prouvé qu'ils étaient incapables de lutter seuls contre les sandinistes. Seule l'Eglise est à même de lutter idéologiquement contre le FSLN et de lui disputer sa légitimité

L'Eglise veut canaliser, sinon le mécontentement tout du moins la lassitude qui peut exister dans certaines couches populaires, due à la profondeur de la crise économique, à la détérioration réelle des conditions de vie et à la pénurie. Après la guerre de libération et son coût en vies humaines. la guerre d'agression dévastatrice dont nul ne voit pour l'instant la fin, pèse sur la conscience des secteurs les moins politisés de la population. Les appels à déserter le SMP ou à dialoguer avec la contra rencontrent de ce fait un certain écho dans ces mêmes couches. Les attaques visant les prêtres présents dans le gouvernement sandiniste et, plus généralement, tous les chrétiens engagés dans le processus révolutionnaire, ont le même but : détacher les chrétiens de la révolution, en opposant une « Eglise populaire », entendue comme l'Eglise du gouvernement, à la seule Eglise qui serait légitime, celle de Rome et de la hiérarchie catholique, en démontrant que marxisme et christianisme sont antinomiques.

Par ses seuls moyens, l'Eglise nicaraguayenne ne serait pas à même de mener à bien cette tâche. Il est difficile de faire une estimation exacte du nombre de prêtres présents au Nicaragua. On estime leur nombre à environ 200 à 250, dont une majorité, environ 60%, d'étrangers (18). Le clergé diocésain et national, dont les représentants sont souvent les mêmes per-

14. « Compromis chrétien pour un nouveau Nicaragua », 17 novembre 1979, centre Antonio Valdivieso, Managua, 1982.

15. Sans parler de la « concurrence » protestante toujours possible. Entre 1979 et 1984, le nombre de fidèles des Eglises évangéliques est

16. « Lutte idéologique ... », op. cit.

17. Amanecer, revue du centre Valdivieso, numéro 38-39, décembre 1985.

18. Chiffres donnés dans Envio numéro 30, décembre 1983, qui ne concernent que les seuls prêtres, aucune statistique n'existant quant au nombre de membres des divers ordres religieux, hommes et femmes, travaillant dans le pays.

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sonnes, est généralement plus réactionnaire que les ordres religieux et le clergé étranger. Traditionnellement, il y a toujours eu plus d'étrangers que de Nicaraguayens parmi les prêtres. Dessiner une carte carte politique du clergé est encore plus ardu. Avec la même réserve quant à la précision des statistiques et des chiffres on estimait qu'en 1984 environ 46 % de ces prêtres appuyaient le processus révolutionnaire à des degrés divers,

54% s'y opposaient plus ou moins. Il ne faut pas oublier que depuis cette date, l'épiscopat s'est chargé d'envoyer par-delà les frontières bon nombre de prêtres parmi les plus engagés et d'en faire venir d'autres dont le profil idéologique concordait plus avec ses vues. Quoiqu'il en soit, les forces de l'Eglise sont faibles et l'enjeu est énorme : la lutte de l'Eglise et dans l'Eglise ne concerne pas aujourd'hui le seul Nicaragua mais bien toute l'Amérique latine. Pour leur part, la Maison-Blanche et le Vatican l'ont fort

Dès la première élection de Ronald Reagan, ses conseillers mettaient l'accent dangers que représentait à leurs yeux la théologie de la libération pour la domination US dans l'arrière-cour de son empire. Le document de Santa-Fé du Parti républicain affirmait : « La politique extérieure des USA doit commencer à affronter (et non plus simplement réagir a posteriori) la théologie de la libération telle qu'elle est utilisée en Amérique latine par

"théologie de la libération". Le rôle de l'Eglise en Amérique latine est vital pour le concept de liberté

Lamentablement, marxistes léninistes ont utilisé l'Eglise comme une arme politique contre la propriété privée et le système capitaliste de production, infiltrant la communauté religieuse d'idées plus communistes que chrétiennes. » (19)

Pour intervenir de la sorte, l'impérialisme américain s'est doté d'un certain nombre d'institutions dont la plus puissante est l'Institut de la religion et de la démocratie (IRD), fondée en 1981 par un groupe de la nouvelle droite américaine nommé Coalition pour une majorité démocratique (CDM), dont l'un des membres n'est autre que Jeanne Kirkpatrick.

Best essentiellement subventionné par les fondations de Smith Richardson et Sarah Scaife qui, en de multiples occasions ont servi de prête-nom financier à la CIA. Cet institut, qui considère avec un remarquable sens de la nuance que la théologie de la libération fait partie de la stratégie soviétique à l'échelle mondiale, a porté tous ses efforts ces dernières années sur le Nicaragua. Son soutien matériel se partage tout à fait œcuméniquement entre, d'une part, l'aide apportée à certains membres du Conseil national des Eglises évangéliques du Nicaragua (CPEN), afin de lutter contre le Comité pro-aide au développement (CEPAD), qui regroupe la majorité des Elises évangéliques (protestantes), organisme jugé « marxiste léniniste » et, d'autre part, celle apportée à la hiérarchie catholique via la Commission de promotion sociale, de l'archevêché de

Monseigneur Obando fut personnellement décoré par l'IRD en 1982. La COPROSA, qui éditait Iglesia, la revue saisie en octobre dernier par la Sécurité d'Etat, se charge de développer des projets communautaires et de formation intensive de séminaristes. Ses finances doivent bien se porter puisqu'elle reçoit aussi des subventions de l'Aide pour le développement international (AID) liée au département d'Etat américain. Les sommes versées jusqu'en octobre par l'AID atteignaient le chiffre de 593 000 dollars. Et ce n'est pas tout. Une compagnie privée, la W.R. Grace Corporation - dont le directeur, John Peter Grace, est le fondateurprésident de l'Institut américain pour le développement syndicalisme (AIFLD) notoirement lié à la CIA — apporte également son obole aux bonnes œuvres du cardinal. En mai 1984, l'un des dirigeants de la firme, John Meeham, rédigea un rapport à ses directeurs dans lequel il rendait compte de ses discussions avec Obando et concluait : « L'archevêque a mis en place un plan de développement pour empêcher les menées marxistes-léninistes des sandinistes. (...) Il a besoin d'aide et si nous pensons qu'il a raison, nous devrions l'aider matériellement, car il paraît capable de mener à bien son opposition. Si l'on excepte l'Eglise, il n'y a aucune opposition solide qui puisse prétendre à autant de soutien local. » (20) L'argumentation a dû toucher juste, puisque peu après cette société versait plus de 30 000 dollars à la COPROSA.

Mais l'aide matérielle, aussi nécessaire soit-elle, n'est pas suffisante. La hiérarchie ecclésiastique d'être la seule Eglise légitime, appuyée en cela par le Vatican. La campagne menée par Jean-Paul II contre tout ce qui remet en cause la tradition de l'Eglise, tant sur le plan théologique que sur celui du fonctionnement de l'institution, amène le Vatican à développer une politique qui converge objectivement avec celle de l'administration américaine en ce qui concerne le Nicaragua. Rome a mis toute son autorité dans la balance du côté de la hiérarchie contre les chrétiens engagés dans la révolution. La question de la présence de prêtres dans le gouvernement sandiniste en est la meilleure illustration.

Il est extrêmement important pour le Nicaragua que ces prêtres, qui jouissent d'une immense popularité parmi la population, demeurent dans le gouvernement. Et il est tout aussi important pour l'impérialisme et l'opposition qu'ils partent ou qu'ils cessent d'être prêtres. Or, tous ont cette alternative faite en forme d'ultimatum. S'appuyant sur la réforme du droit canon de novembre 1983, qui interdit aux religieux d'occuper des charges publiques, le Vatican a tranché l'imbroglio juridico-clérical que constituaient les statuts tous différents des quatre prêtres, pour les suspendre a divinis de leurs fonctions, en janvier 1985, en passant par dessus les instances régulières de l'Eglise. Le

Pape, qui n'avait guère apprécié son dialogue houleux avec la foule des fidèles lors de sa visite au Nicaragua, en mars 1983, a voulu faire un exemple en forme d'avertissement à tous ceux qui se réclament de la théologie de la libération.

UN PROCESSUS DE MURISSEMENT

Ce qui se passe au Nicaragua se réperdans toute l'Eglise et chacun amené à « choisir son camp ». Le Pape a choisi le sien, en nommant l'archevêque de Managua, Obando, à la charge de cardinal, en sachant parfaitement qu'ainsi il avalisait, légitimait et augmentait l'importance de celui que la contra nomme « notre cardinal de la paix ». Ce dernier lui a bien retourné l'hommage, puisque c'est à Miami, devant tout le « gratin » de la contra, les Robelo, Eden Pastora, Arturo Cruz, etc., qu'il a étrenné la pourpre cardinalice en juin dernier.

Ceux qui dans l'Eglise luttent contre cette volonté idéologique et organisationnelle de « restauration identique à celle de Metternich » (21) sont aussi amenés à choisir leur camp. Lors de l'exclusion du père Fernando Cardenal des rangs des jé suites, le responsable d'Amérique centrale de cette compagnie religieuse a répliqué en l'assurant de sa solidarité. Le supérieur des Franciscains s'est, lui, élevé contre les accusations portées par Obando à Rome contre ceux qui refusent d'obéir à la hiérarchie. A ce même Obando, qui disait voir un pas de plus vers le totalitarisme dans les mesures gouvernementales d'ur gence du 15 octobre 1985, une centaine de prêtres et de religieux du Nicaragua lui ont répondu en accusant la hiérarchie

Men grande partie responsable de cette situation. La faille qui existait dans l'Eglise au moment de la révolution est maintenant devenue un fossé qui semble désormais difficile à combler.

Aujourd'hui, la révolution nicaraguayenne met au défi la théologie de la libération elle-même, car « jusqu'à présent, cette théologie avait été élaborée en relation avec une révolution possible, ou même imaginaire » (22). Or, il ne s'agit plus simplement aujourd'hui de défendre le droit de lutter contre l'exploitation ou contre la répression, c'est-à-dire contre l'ordre établi, mais de donner corps à quelque de nouveau. La révolution met le doigt sur la contradiction qui est inscrite dans cette théologie et qui ne se situe pas entre christianisme et bien entre la fidélité conséquente à l'op tion en faveur des pauvres et la fidélité à l'Eglise en tant qu'institution. Condamné par le Vatican au silence pendant un an, Leonardo Boff, l'un des « pères » de cette théologie a accepté la sanction en

19. Document de Santa-Fé, troisième pro-

20. Amanecer, juillet-août 1984

21. Hans Küng, El Nuevo Amanecer, supd'El Nuevo Diario du 7 décembre 1985. Küng, théologien suisse, a été interdit d'enseignement par la Sacrée congrégation pour la doctrine de la foi, pour avoir remis en cause l'infaillibilité papale.

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Membres de l'Association des travailleurs de la campagne. (DR) déclarant : « Je préfère rester dans l'Eglise plutôt que de marcher seul avec ma théologie » (23). Les frères Cardenal et Miguel d'Escoto, soumis à une sanction plus dure, ont fait le choix inverse en décidant non pas de marcher seuls, mais de marcher avec leur peuple dans la révolution plutôt qu'avec une Eglise qui les répudiait.

APPROFONDIR LA RÉVOLUTION

Quel est aujourd'hui le rapport des forces entre la hiérarchie catholique et l'Etat révolutionnaire ? L'Eglise a-t-elle atteint son but, en tout cas en partie ? A-telle ébranlé la confiance des masses dans le Front sandiniste, certaines couches ? Il ne semble pas que ce soit le cas. Au contraire, ces derniers mois, le FSLN a marqué des points aux dépens de l'épiscopat. Celui-ci est divisé : la tactique de l'archevêque de Managua n'est visiblement pas partagée par toute la hiérarchie, car celle-ci s'est rendue compte que lorsqu'elle va trop loin dans la provocation anti-gouvernementale, l'effet obtenu est inverse à celui escompté. Cet effet est favorable au FSLN et entame la crédibilité de l'épiscopat. Le refus de condamner les exactions de la contra, la complaisance vis-à-vis de l'utilisation par les mercenaires du nom et du titre du cardinal pour justifier leur activité - ce que ce dernier n'a jamais dénoncé —, les actes et les déclarations fracassantes tels que la messe de Miami, desservent la hiérarchie catholique aux yeux des masses en la montrant trop sous son vrai jour, celui d'une force contre-révolutionnaire partisane plutôt que dans la position de neutralité qu'elle voudrait se donner.

D'autre part, l'Eglise, qu'elle soit officielle ou « populaire », doit faire face à une situation qui se généralise, celle de la baisse de la religiosité dans la jeunesse, notamment urbaine. Peut-on d'ores et déjà parler d'un processus de déchristianisation en profondeur ? Il est sans doute trop tôt pour le dire, mais une chose est certaine, la religion et l'Eglise avant la ré. volution comblaient un vide spirituel et matériel. Aujourd'hui, la lutte de libération nationale et le FSLN occupent idéologiquement tout ou partie de la place pour l'immense majorité de la jeunesse. Les services sociaux d'éducation et de santé qu'assurait l'Eglise du temps du somozisme face aux carences d'un Etat qui expression de « bandes d'hommes armés », sont aujourd'hui assumés au niveau public par l'Etat révolutionnaire.

Nul ne peut dire pour combien de temps le Nicaragua demeurera « un pays très catholique ». L'Eglise des pauvres est au cœur de ce problème, car se situant du côté de la révolution, elle est d'une certaine manière la plus menacée, alors que l'Eglise officielle, se réclamant de la tradition, peut conserver, par ses positions politiques, un appui dans les couches petites bourgeoises. La hiérarchie est consciente de l'enjeu. Ce n'est pas pour rien qu'elle fait porter tous ses efforts sur les endroits que la révolution a peu touché, dans les campagnes ou sur les couches qui échappent au FSLN, comme le secteur informel de Managua. La direction révolutionnaire sait que le meilleur moyen de couper l'herbe sous les pieds de la contre-révolution cléricale, c'est d'une part d'entraîner plus profondément les couches rurales aux côtés de la révolution, et d'autre part d'essayer de réduire, ou tout du moins de neutraliser les couches urbaines marginales. La modification de la loi de réforme agraire, le 11 janvier 1986, qui légalise la distribution massive de terre de ces derniers mois et permet de l'étendre, donne à de larges secteurs de la paysannerie pauvre une matérialisation de la révolution. La combinaison de mesures coercitives contre le marché noir et l'extension du contrôle populaire sur la distribution et les prix a pour but de contrecarrer la spéculation et l'inflation dont les travailleurs sont les premières victimes. Les succès militaires remportés sur la contra combinés à une politique d'amnistie pour les déserteurs du SMP, à l'adoption d'un statut d'autonomie de la côte Atlantique qui désamorce l'épineuse question des Miskitos, sont autant de points marqués par la révolution.

Mais qu'on ne s'y trompe pas : la perte de crédibilité militaire des mercenaires ne signifie pas que l'impérialisme va se mettre à négocier et accepter l'échec. Bien au contraire, si cette situation se confirmait dans les mois qui viennent, cela signifierait l'accroissement des menaces d'une intervention directe nord-américaine car, plus que jamais, l'impérialisme n'entend nullement laisser se stabiliser une révolution socialiste en Amérique centrale.

Maria MERRI, Managua, le 3 février 1986.

23. International Herald Tribune du 21 mars 1985. Brésilien, Boff a été sanctionné par la Congrégation pour la doctrine de la foi pour son livre Charisme, Eglise et pouvoir, qui remet violemment en cause le fonctionnement de 1'Eglise.

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