Quinze jours après que le dictateur Jean-Claude Duvalier se soit sauvé de Haïti, Ferdinand Marcos a dû s'enfuir honteusement des Philippines. Il a fallu que des hélicoptères américains viennent à sa rescousse, pour qu'ils puissent —lui
- quitter son palais présidentiel encerclé par la population insurgée. Après des mobilisations répétées, forte parfois d'un million de personnes, Manille était en effet, depuis plusieurs littéralement occupée par des centaines de milliers de manifestants décidés à ne avant d'avoir obtenu le départ de celui qui s'était considéré vingt ans durant, le maître du pays. Une partie de plus en plus importante des soldats de la troupe ne montrait aucune volonté même prêts à se joindre aux-mêmes à la
Le renversement de Ferdinand Marcos, c'est d'abord à une extraordinaire mobilisation populaire et démocratique que nous le devons. Sans elle, l'opposition serait restée impuissante, la Maison-Blanche n'aurait pas laissée tomber son protégé, et le corps des officiers ne se serait pas divisé comme cela a été
Depuis quelques années, des secteurs grandissants de l'impérialisme américain, du grand patronat philippin et des classes ainsi que de la hiérarchie catholique de ce pays, souhaitaient une transition dans l'ordre vers un régime qui servirait leurs intérêts de manière plus adéquate. L'instabilité politique du régime Marcos était en effet manifeste depuis l'assassinat du dirigeant de l'opposition, Benigno Aquino en août 1983. Le système de pouvoir qui avait été établi par Marcos sous le régime de la loi martiale était miné par une crise économique et sociale profonde. L'élite pro-impérialiste aux Philippines se trouvait de plus en plus
Un mouvement populaire de masse composé de travailleurs, de pauvres urbains et de paysans entrait de plus en plus en conflit avec le régime. La gauche révolutionnaire et les forces de guérilla dirigées par le Parti communiste des Philippines (PCP) - la Nouvelle armée du peuple (NPA) - connaissaient une expansion rapide. Il fallait de toute urgence, aux
Solidarité avec le peuple philippin Déclaration du Comité éxécutif international (CEI) de la IVe Internationale. yeux de l'impérialisme, réunifier les élites pro-occidentales, réformer le corps des officiers de l'armée → lequel était corrompu et hai de la population - pour combattre plus efficacement la montée des luttes démocratiques et anti-impérialistes. C'était d'autant plus vital du fait du caractère stratégique de cet archipel dans le Sud-Est asiatique qui abrite les deux plus grandes bases militaires américaines outre mer - Subic Bay et Clark.
politique a été un échec. Ferdinand Marcos s'est refusé à tout compromis substantiel. L'administration américaine n'a pas su surmonter ses divisions internes. Les élections du 7 février qui devaient enfin créer les conditions politiques d'une restabilisation du régime et de l'amorce d'une transition ordonnée ont débouché sur une épreuve de force directe entre le régime Marcos et les forces d'opposition. C'est donc à l'occasion d'une crise politique ouverte et majeure que le départ de Marcos s'est imposé - à Washington comme à Manille -
Le renversement du dictateur est remportée par le philippin. Il ouvre une nouvelle étape de la vie politique du pays. Mais le gouvernement actuel va essayer de priver le peuple philippin des fruits de cette victoire. Autour de la personnalité charismatique de Corazon Aquino, la nouvelle présidente des Philippines, un bloc de forces conservatrices s'est constitué qui se reflète dans la composition du nouveau gouvernement. Rallié de dernière heure, Juan
Enrile se retrouve à nouveau ministre de la Défense, lui qui fut l'âme de la politique de loi martiale.
Jaime Ongpin, nouveau ministre des Finances, président de la Benguet Mining Corporation, représentants des milieux d'affaires. Salvador Laurel, vice-président, Premier ministre et ministre des Affaires étrangères - longtemps allié de Marcos, représente l'Organisation démocratique nationaliste unifiée (UNIDO), une formation politique conservatrice liée à l'oligarchie foncière. Les conseillers présidentiels sont souvent des pères jésuites, avocats de réformes, mais profondément anticommunistes.
Quant au général Fidel Ramos, chef d'état-major des forces armées, est bien connu pour ses liens avec Washington et le Pentagone. Le rôle de quelques personnalités connues pour leur défense des droits de l'homme ne pourra ces conditions qu'être marginal. L'impérialisme américain, fort du caractère pro-occidental du nouveau régime et de l'appui de la puissante hiérarchie catholique, va tout faire pour stabiliser à nouveau sa domination sur le pays.
Le mouvement démocratique et antiimpérialiste va donc devoir continuer à s'organiser et lutter pour ses objectifs. L'armée philippine est divisée. La politique du rrésident Reagan - qui a soutenu jusqu'à la onzième heure naliste aux Philippines, face à l'ancienne puissance coloniale. La population a fait l'expérience de la force que représente sa mobilisation en masse. Marginalisée durant la période électorale et les semaines qui ont suivi les élections du 7 février, les forces populaires, de gauche et révolutionnaires n'en sont pas moins profondément enracinées. La crise économique et sociale exige toujours une lutte de masse indépendante du gouvernement.
Le combat démocratique impérialiste se poursuit. La IVe Internationale réaffirme son soutien aux forces populaires, démocratiques, anti-impérialistes et révolutionnaires des Philippines. Elle exige avec le peuple philippin la libération immédiate et inconditionnelle de
- sans exception aucune les prisonniers politiques qui ont courageusement combattu la dictature Marcos ; l'abrogation de toutes les lois et décrets anti-grèves ; la reconnaissance des syndicats indépendants ; le démantèlement de l'appareil répressif ainsi que des diverses milices privées des propriétaires fonciers dans les campagnes ; la mise en jugement responsables exécutions sommaires ; le rétablissement de toutes les libertés démocratiques ; et l'expulsion des énormes bases aériennes et navales US des Philippines.
Comité exécutif international (CEI) de la IVe Internationale, 28 février 1986.
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