Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETAT ESPAGNOL

Les femmes à l'armée ? Non merci.

· Inprecor n° 216, 31 mars 1986 · p. 6-7 · 1 815 mots

Femmes État espagnol Paix et armements

Les femmes à l'armée ? Non merci tantielle des budgets militaires. En 1980, population - les femmes - dans une lutte

Nous son di desus un te dien mitone dul

(Femmes répond à la campagne menée en faveur de l'incorporation des femmes aux forces armées. Ce texte a été diffusé lors de la seconde rencontre du mouvement de la paix qui s'est tenue en mars 1985 à Barcelone, ainsi que lors des journées féministes de Barcelone qui ont rassemblé 4 000 femmes début

Au cours de ces dernières années les femmes ont vu s'ouvrir les portes seulement de l'armée mais de l'ensemble civile etc., dont elles avaient été là par des discriminatoires et sexistes.

L'armée et le combat sont des « problèmes d'hommes ». Ce sont eux qui ont la détermination psychique, la virilité et nécessaires, qualités compatibles avec notre nine ». Nous, le « sexe faible », nous sommes au contraire douces et soumises, d'abnégation et nous avons une « prédisposition naturelle » pour la paix Toutes qualités incompatibles avec les tâches de défense et la guerre.

Il est évident que nous ne justifions pas notre exclusion de l'armée tout autre sphère de la société — par ce type d'arguments dont la seule finalité est de maintenir une situation d'oppression et de discrimination, afin de garantir en définitive les intérêts d'une société triarcale et sexiste.

Mais nous ne pouvons répondre positivement à la proposition de nous inclure au sein des Forces armées sur la base de ces arguments sans tenir compte du contexte politique général, sans nous demander à quoi correspondent ces projets, sans remettre en question la nature même de l'armée et les intérêts qu'elle défend.

AUCUN APPUI AU RÉARMEMENT

ET A LA MILITARISATION La proposition de conscription des femmes, approuvée déjà dans quelques pays et encore à l'état de projet dans l'Etat espagnol, coincide avec un processus d'approfondissement de la politique militariste et de la course aux armements impulsés par l'administration américaine pendant les années 1970 et qui a atteint un niveau inimaginable avec Mister Reagan.

C'est pendant ces années que se produit une forte croissance de la militarisation sociale, l'installation des missiles Pershing II et Cruise en Europe ainsi que la nouvelle orientation de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) destinée au renforcement politique et militaire de cette alliance. Les Etats-Unis mettent en pratique une politique d'inantimilitaristes) de Barcelone qui ment féministe de l'Etat espagnol.

vendications spécifiques des femmes. tervention directe dans les pays du tiers monde et en Amérique centrale, dont le point culminant fut l'invasion de Grena-

Cette politique militariste conduit implicitement à une augmentation subsplus de 500 000 millions de dollars ont été dépensés à des fins militaires, ce qui équivaut à un million de dollars par minute.

Le président Ronald Reagan a établi un programme qui dépasse largement tout ce qui avait été établi antérieurement aussi bien pour les Etats-Unis que pour l'ensemble de l'OTAN. Le projet de budget pour la défense, pour la période 1983-1987, atteint 1 653 millions de dollars.

L'intégration de l'Etat espagnol dans l'OTAN a impliqué une forte pression pour augmenter aussi de façon significative les budgets militaires : en 955 946 millions de pesetas, soit 3,4 % du PIB, vont être dépensés à cet effet.

En même temps, tous ces gouvernements annoncent des réductions impordans les budgets consacrés aux équipements sociaux, qui intéressent particulièrement les femmes.

parallèlement à ce processus militariste, un fort mouvement de contestation de cette politique - mouvement impulsé dans une large mesure par l'ampleur terrifiante des mesures prises surgit et se consolide. Ce mouvement remet en cause cette politique et les décisions qui l'accompagnent par des mobilisations de milliers de personnes en Allemagne fédérale contre l'installation des euromissiles, en Italie, en Grande-Bretagne, et dans l'Etat espagnol par des actions pour la sortie de l'OTAN, pour le démantèlement des bases, pour la neutralité, qui ont connu une ampleur inégalée depuis des années.

novembre 1985 à l'occasion du 10e anniversaire du mouveLe groupe DOAN fait le pont entre féminisme et antimilitarisme. C'est dans ce cadre que le texte ci-après relie le rejet de la militarisation sous tous ses aspects et la défense des re-

Dans ce contexte, ouvrir aux femmes les portes des armées apparaît comme une campagne idéologique, comme une d'une supposée égalité des droits cherche à enrôler une partie importante de la pour des objectifs de guerre auxquels, spontanément, elles ne sont pas particulièrement favorables, plus que comme une volonté de démocratiser l'armée.

Tout ceci est encore plus clair si l'on tient compte du fait qu'aucun de ces projets n'est le résultat d'une pression de la part des femmes dans cette direction Il ne s'agit pas de revendications ressenties ou avancées par le mouvement féministe. Il ne s'agit pas en définitive de la conquête d'un droit traditionnellement défendu par les femmes.

Les raisons fondamentales de notre opposition à l'incorporation des femmes dans les Forces armées découlent de tout ce qui a été dit précédemment. Nous ne voulons donner aucun appui, aucun renfort à cette politique de réarmement et de militarisation.

CONTRE LE RENFORCEMENT DE

L'INSTITUTION MILITAIRE De surcroît, nous, les femmes, avons beaucoup à perdre dans une société où l'armée se renforce, où la « chose militaire » devient prépondérante par rapport au reste de la société civile. Cette dynamique joue en faveur d'une société beaucoup plus oppressive pour nous, elle implique un recul des acquis et des conquêtes obtenus de haute lutte et favorise les valeurs les plus réactionnaires et discri-

L'institution militaire super-hiérarchisée et oppressive synthétise les valeurs idéologiques les plus réactionnaires : la soumission, le respect aveugle de l'ordre, de la discipline. Elle transforme en vertu suprême les valeurs typiquement « masculines » telles que la force, la virilité, l'agressivité. C'est une institution qui considère les femmes comme des mineures qu'il faut protéger et défendre comme les enfants et les vieillards (il suffit de regarder les livrets militaires pour voir comme ils sont explicites à ce sujet), afin de nous cantonner dans le rôle social « pour lequel nous avons été créées » - et qui convient si bien à leurs intérêts -d'épouses, de mères, et au mieux d'infir-

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Manifestation anti-OTAN à Madrid, le 24 février mières, d'institutrices et de secrétaires.

Enfin la fonction essentielle qu'ont ces armées, c'est de maintenir et de défendre une société oppressive, une société de classe, patriarcale, ces intérêts et cet ordre que nous rejetons complètement.

Voici les raisons pour lesquelles nous nous opposons à toutes les mesures qui pourraient renforcer ces armées.

QUE DEVIENT L'ÉGALITÉ ? Pour rendre plus « attractifs » les projets d'incorporation à l'armée et, au-delà, l'appui à leur politique de réarmement, ils ont utilisé de façon éhontée des arguments présentant tout cela comme une soi-disant « conquête » représentant une égalité plus grande pour les femmes.

Il faut préciser que notre objectif n'est pas exactement l'égalité avec les hommes, ou plus exactement nous ne proposons pas une égalité mimétique pour le bien et pour le mal. Au contraire, voulons une société différente pour tous, hommes et femmes, où n'existe ni le sexisme ni la discrimination ni l'oppression. Mais le fait est que ces arguments sur « l'égalité » cachent de profonds mensonges. Le rôle réservé femmes dans l'armée continue à être de deuxième ordre : infirmières, secrétaires etc. D'ailleurs même dans les pays où la législation est plus « avancée » des différences profondes continuent à exister correspondent aux rôles et aux valeurs que nous impose cette société. Partout il est impossible par exemple pour une femme d'accéder aux responsabilités militaires les plus importantes — il s'agit là d'une nous — telles que l'état-major ou même des grades mineurs.

En Allemagne fédérale, la Constitution interdit aux femmes l'usage des ar-

1986. (DR) mes. En Israël, - exemple d'égalité maximum comme l'a expliqué récemment une émission de télévision - aucune femme ne va au front, elles sont toutes affectées à l'arrière, « parce qu'ainsi elles peuvent leurs foyers ». Et si elles occupent des fonctions de gradés à l'arrière-garde, ceci est dû au fait qu'il s'agit d'un pays en guerre qui a besoin de tous ses hommes au front en première

La discrimination, les relations, le traitement des femmes à l'intérieur de l'armée ne sont en rien enviables. Dans quelques-unes de ces armées — en Hollande par exemple — les femmes reçoivent un salaire spécial destiné spécifiquement à leurs vêtements, à leurs besoins personnels, car il ne faut pas porter atteinte à l'image de la femme comme objet sexuel même si elles sont à l'armée.

Cette égalité femmes incorporées à l'armée, à subir un niveau élevé d'agressions, dans certains cas plus élevé que dans la vie civile. Les statistiques du département de la Défense aux Etats-Unis font état que toutes les « soldates » ont été violées au moins une fois par leurs camarades.

Il est donc évident que les arguments sur l'égalité des droits se réduisent à une pure propagande destinée à embellir le projet. Le rôle que joue l'armée, son idéologie, sa structure, font qu'il est impossible qu'il en soit autrement. Et cela renforce notre refus de nous incorporer à ces armées. Mais ce n'est pas un argument décisif pour nous. Même s'il existait la moindre possibilité d'obtenir cette égalité -qui n'existe pas-— nous continuerions à refuser de renforcer l'institution militaire. Parce que, comme nous l'avons déjà dit, cette dernière a comme objectif de maintenir une société qui nous opprime, qui est à l'origine de la discrimination à notre égard et qui est, de fait, « l'exécutant » d'une politique de réarmement et de militarisation qui peut conduire l'humanité - homme et femmes - à un holocauste nucléaire.

NOTRE POSITION FACE AUX ARMEES REVOLUTIONNAIRES En premier lieu, il est nécessaire de faire une différence claire entre les armées révolutionnaires de libération nationale et les armées bourgeoises des sociétés capitalistes, dans la mesure où la position face à chacune de ces armées est déterminée par le rôle qu'elles jouent, les intérêts qu'elles défendent.

Ainsi dans le cadre d'une armée de libération nationale, ou de milices populaires comme au Nicaragua par exemple, là où le rôle de ces armées est d'impulser une lutte progressiste ou révolutionnaire qui va dans le sens de l'émancipation de la population et aussi des femmes, nous ne devons pas en tant que femmes avoir de problèmes pour y participer.

Plus encore, nous devons clairement défendre notre participation à tous les niveaux, en revendiquant une égalité pleiet entière, en luttant pour toutes les discriminations, contre la répartition des tâches qui feraient des hommes les dirigeants et des femmes les infirmières. Mais aussi en apportant notre expérience sur ce qu'ont de négatif les valeurs militaristes, l'exaltation de la force, l'agressivité, le maintien de formes militaristes qui ne se justifient pas et qui ne sont en aucun cas des éléments indispensables pour les tâches de défense collective, et qui par contre ouvrent les portes à une idéologie militariste..

Fina RUBIO, DOAN, Barcelone •

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