Inprecor 1974–2004

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CHINE

A propos de la « Biographie critique de Trotsky »

· Inprecor n° 218, 28 avril 1986 · p. 18-20 · 2 828 mots

Chine URSS et Russie Stalinisme IVe Internationale

TOUs publions ci-dessous une traduction de la partie de l'article de Zhu Tingguan, paru dans le numéro 7 de la revue Shijie Lishi (Histoire mondiale) qui se rapporte à Trotsky. Les passages entre parenthèses constituent des variantes de traduction. Quelques phrases n'ont pas été traduites, car elles nous paraissaient incompréhensibles ; elles sont indiquées par le signe (...). Les intertitres sont de la rédaction.

peut être approfondie sans fixer des limi- trotskystes) émanant de l'Union soviéti-

ZHU TINGGUAN

La Biographie critique de Trotsky est la deuxième étude d'une personnalité historique faite par le camarade Li Xiangrong. Sa première était la Biographie critique de Bakounine, publiée en 1982. (...)

Evaluer Trotsky, voilà une entreprise audacieuse, car Trotsky occupe une position difficile dans le domaine de l'investigation de l'histoire mondiale. Maintenant que nous avons critiqué le culte de la personnalité de Staline, et que nous avons en particulier compris les erreurs que Staline a commises en élargissant de manière excessive la lutte au sein du parti et « l'épuration contre-révolutionnaires », ce ne serait pas conforme au point de vue scientifique du matérialisme historique que de continuer à défendre, sans le l'évaluation faite de Trotsky en Union soviétique dans les années 1930. Car cette évaluation ne correspond pas aux faits (n'est pas conforme

Cependant, il n'est pas facile d'évaluer objectivement une personnalité aussi complexe que Trotsky. Une pré-condition pour une telle évaluation serait le rassemblement de matériaux historiques adé quats. L'Union soviétique n'a pas publié de matériaux suffisants pour servir de base à une telle étude. Certains documents historiques ont été réunis dans des pays occidentaux, y compris les archives personnelles de Trotsky. Divers faits historiques ont été avancés ou cités dans de nombreux ouvrages. Certains de ces matériaux sont valables. D'autres doivent encore être vérifiés pour établir s'ils sont dignes de confiance et s'ils n'ont pas été cités de manière unilatérale.

Lorsque les matériaux historiques ont été rassemblés, le pas suivant consiste en leur analyse historique concrète et objective. Cela réclame (de l'analyste) qu'il se place dans un cadre historique plus large. En rédigeant une biographie de Trotsky, il ne suffit pas d'analyser ses paroles et ses actions individuelles. Elles doivent être placées dans le contexte plus large de groupes de personnes et d'événements historiques. Par exemple : comment juger la Trotsky et Zinoviev ? Trotsky doit aussi être considéré dans le contexte de ses adversaires, par exemple par rapport à Staline. Trotsky ne peut être jugé de manière isolée de ces autres personnages, fractions et incidents. Et l'étude d'individus ne critique de Trotsky"

tes à l'étude détaillée d'une foule de problèmes historiques. Si l'on ignore cette personnalité particulière ne pourrait ja-

POURQUOI RÉÉVALUER LE ROLE DE TROTSKY ? Même s'il est vrai que dans le passé l'évaluation de Trotsky ne correspondait pas aux faits historiques (à la vérité historique), cela n'implique pas qu'on puisse simplement conclure que, parce que Staline a commis de sérieuses erreurs, l'évaluation de Trotsky était d'office sérieusement erronée. Encore moins peut-on conclure que, parce que Trotsky ne peut pas être condamné sans réserves (sans ambiguité), il faut automatiquement réévaluer le jugement que Staline avait formulé sur lui Tout jugement doit être fondé sur des faits et des preuves. La théorie ne peut convaincre que si elle est bien fondée. (...)

Pendant toute une période, en Chine, le mot « trotskyste » a presque été synonyme de renégat, ennemi, agent et espion. Il y a des raisons historiques pour lesquelles il en fut ainsi. Pas longtemps après la défaite de la première guerre national-révolutionnaire, les trotskystes chinois se sont liés avec Chen Duxiu, qui défendait une ligne opportuniste de droite et qui avait rompu avec les rangs du PCC pour constituer ce qu'on a appelé la clique liquidationniste Trotsky-Chen, en opposition avec la ligne correcte du PCC et la lutte armée révolutionnaire dirigée (menée) par le Parti. Plus tard, au cours de la guerre de resistance contre le Japon, certains trotskystes chinois, comme Zhuo Xuan (Ye Qing), Zhang Mutao et Liang Gangiao, ont rejoint des droitiers et agents spéciaux anticommunistes du Guomindang pour engager des activités anticommunistes et saboter le front unique national antijaponais. Si nous réévaluons aujourd'hui Trotsky, cela n'impliqueraitl'histoire contemporaine de la Chine et les problèmes relatifs à l'histoire du PCC ?

Dans notre pays, cela se rapporte à une matière qui est encore présente dans la mémoire de cadres d'âge moyen et ancien, y compris certains intellectuels actifs dans la sphère de l'enseignement, de la recherche et du journalisme. Pendant une longue période, la plupart de ces personnes ont cru implicitement les proclamations formelles (sur Trotsky et les

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que. Certes, leurs connaissances et leur disposition d'esprit ont fortement changé par rapport à ce qu'elles étaient avant les années 1950. Mais dès qu'on commence à parler d'une réévaluation de Trotsky, il est inévitable que certains s'y opposeront.

Récemment, dans les milieux académiques de notre pays, certains articles et études ont déjà commencé la réévaluation de problèmes par rapport à Trotsky. Bien que tout le monde n'ait pas encore pu se prononcer librement à ce propos, plusieurs opinions différentes ont été formulées. Un livre (tel que celui de Li Xiang. rong) provoquera un intérêt certain. Mais il ne se sera pas facile de gagner l'approbation de la grande majorité des lecteurs.

La question de Trotsky est constamment utilisée comme reproche par des gens dans les pays capitalistes qui sont mécontents du système socialiste et du mouvement communiste. Certains d'entre eux sont des dissidents d'Union soviétique. Il y a aussi des disciples de Trotsky actifs dans l'arène politique. Dans certains pays, ils sont actifs sous le drapeau de la IVe Internationale de Trotsky. La question d'une évaluation de Trotsky est aussi liée aux positions différentes qui existent aujourd'hui au sein du mouvement communiste international. En somme, il s'agit d'un problème historique aussi bien que d'un problème académique (de recherche scientifique), qui sont inévitablement liés d'une manière complexe à des problèmes politiques.

Dire que Trotsky doit être réévalué n'implique point que la décision (le jugement final) sur Trotsky doive être automatiquement rejeté. Notre but, c'est de clarifier de manière consciencieuse la vérité sur de nombreux problèmes de l'histoire des premières années de l'Union soviétique, pour que nous puissions mieux en tirer les leçons. Mais, pour ce faire, nous œuvrons encore sous une pression mentale invisible. Ne sommes-nous pas coupables, ne serions-nous pas accusés d'hétérodoxie et de déviation ? De formuler des points de vue entièrement nouveaux et originaux ?

En bref, nous aurons besoin de courage théorique, nous devrons oser chercher la vérité dans les faits, nous devrons défendre la vérité, (...) nous ne devrons pas avoir peur de commettre des erreurs, nous.

ne devrons pas nous soucier de commentaires sarcastiques. Inutile de dire qu'aucun de nos historiens ne désire commettre des erreurs. Mais il y a probablement encore des craintes de « gauchisme ».

« OSER CHERCHER LA VÉRITÉ DANS LES FAITS. » Dans les circonstances d'aujourd'hui, il est à la fois nécessaire et possible d'effectuer une évaluation scientifique-historique de la vie de Trotsky qui corresponde plus ou moins aux faits historiques (à la vérité historique). Trotsky était une fiplutôt importante de l'histoire des premières années du Parti communiste de l'Union soviétique et de l'Etat soviétique. Dans les premières années après la victoire de la révolution d'Octobre, il était une figure de tout premier rang. L'éliminer simplement de l'histoire, c'est manquer de respect à l'égard de l'histoire. Cela n'aidera pas les révolutionnaires des périodes postérieures à tirer les leçons de l'histoire.

On peut tirer de nombreuses leçons historiques en étudiant la voie que Trotsky a suivie, ses propositions politiques et son point de vue théorique, ses contributions et ses erreurs, son évolution graduelle, de fondateur de l'Etat soviétique à sa dégénérescence en exilé politique anti-soviétique, et son évolution, de dirigeant principal du PCUS en porte-drapeau d'une scission du mouvement communiste international.

Une solution correcte du problème de l'évaluation de Trotsky aidera à approfondir notre compréhension de nombreuses controverses dans la jeune Union soviétique concernant la voie pour construire le socialisme. Elle nous aidera à effectuer une nouvelle avancée de notre compréhension de l'histoire de la période de transition en URSS. Bien que nous soyons à présent engagés dans la construction socialiste suivant une voie spéciale (spécifiquement) chinoise, dans des conditions historiques nouvelles, avec de nombreuses expériences et créations nouvelles, de nombreuses voies et méthodes nouvelles, nous ne devrons néanmoins pas sous-estimer l'importance d'assimiler les leçons de l'expérience historique d'autres pays. Qu'ils se produisent dans notre pays ou dans d'autres pays, les victoires, les Il y a quelques années, la croisade pour la pensée de Mao. (DR)

échecs, les expériences et les leçons de la construction du socialisme constituent la propriété spirituelle commune des communistes et de l'humanité progressiste (éprise de progrès) du monde entier.

Les lois de développement de la société socialiste ne peuvent pas être élaborées sur la base de la réalité d'un seul pays. Cela est particulièrement vrai pour la Chine.

étudions à présent de manière consciencieuse toutes les expériences de pointe de la science, de la technologie et de la gestion, même en provenance des pays capitalistes ; tout ce qu'elles contiennent d'utile. Pourquoi faudrait-il dès lors négliger et écarter l'expérience historique et les leçons de la pratique socialiste d'un autre pays (socialiste) ?

Dans le passé, en faisant des recherches concernant l'histoire des premières années de l'Union soviétique, c'était comnous étions confrontés à une chaîne de nœuds qui nous empêchait d'avancer. Nous ne pouvions nous débarrasser du style de l'Histoire du Parti communiste de l'Union soviétique (bolchevik) - Bref aperçu. C'était un grand pas en avant (une grande réalisation) que de critiquer le culte de Staline, de détruire la superstition, de libérer la pensée. Malheureusement, nous avons suivi une voie sinueuse pendant un certain temps.

Depuis 1978, sous la conduite (l'impulsion) de la campagne du parti pour libérer la pensée et rechercher la vérité dans les faits, nos recherches concernant l'histoire de l'URSS dans la période de transition ont fait de brillants progrès. La discussion sur la question de Boukharine a dénoué un nœud majeur. Si nous pouvons réellement résoudre la question de Trotsky, nous pouvons réaliser un progrès équivalent concernant d'autres personnalités historiques et d'autres controverses. Des avancées de cette sorte sont importantes non seulement pour la science de l'histoire mondiale. La question du socialisme dans un seul pays, de la révolution permanente, du rythme de l'accumulation socialiste, des méthodes de transformation et de construction socialistes, et en particulier l'expérience historique de la lutte au sein du parti en URSS, sont toutes d'une importance contemporaine exceptionnelle et peuvent servir de nombreuses façons comme miroir pour comprendre et dépasser le danger « gauchiste » et pour réaliser la modernisation so-

Réévaluer (tous ces problèmes) ne signifie pas rejeter toutes les théories de la période de Staline ; il s'agit d'asseoir cette réévaluation sur des faits historiques solides. Nous n'avons pas encore maîtrisé de manière adéquate les matériaux historiques. Néanmoins, si nous nous limitons à quelques grands problèmes, surtout quelques problèmes politiques et théoriques intimement liés à la construction du socialisme, et si nous ne nous laissons pas enliser dans une masse de détails, nous pouvons rassembler la plupart des matériaux essentiels et nécessaires. Quant aux considérations politiques, si nous nous limitons pour l'essentiel à la période pendant laquelle Trotsky était encore en vie,

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Quand Hua Guofeng rendait hommage à Mao. (DR) particulièrement la période qui précède son exil, et si nous mettons à part l'activité de ses partisans dans différents pays, il n'y a pas de raisons pour lesquelles ce problème ne pourrait pas devenir un objet de recherches dans le domaine de l'historiographie. Il y aura bientôt un demi-siècle que Trotky a été abattu, et la grande majorité de ceux qui se sont disputés avec lui et qui l'ont persécuté (puni), ou qui l'ont appuyé pendant sa vie, sont à présent décédés. Il est difficile de croire qu'un tel problème ne pourrait pas être étudié par des historiens.

« PRENDRE LA JUSTE MESURE

DES CHOSES » Ce qui est essentiel, c'est qu'on permette aux historiens de prendre audacieusement la juste mesure des choses (...). Le progrès de la science historique exige que nous poursuivions le travail au point où nos prédécesseurs l'ont arrêté, et que nous assimilions les fruits des recherches d'autres, pour que les connaissances historiques d'experts s'accumulent et que la recherche historique acquière progressivement de plus en plus de profondeur, grâce aux efforts communs d'un grand nombre de personnes. Cela n'implique évidemment d'aucune façon que des historiens individuels ne puissent pas obtenir des réalisations (résultats) indépendants. (...)

Les écrivains traitant de problèmes d'histoire mondiale ont la tâche d'introduire et d'apprécier correctement une personnalité historique comme Trotsky pour le profit de leurs lecteurs, de même que d'autres données historiques qui correspondent aux besoins d'aujourd'hui. Ce sera une petite contribution à la modernisation et à la construction socialiste. (...)

En examinant le récent ouvrage du camarade Li Xiangrong dans cette perspective, j'estime que son livre présente en gros de manière correcte l'évolution de Trotsky, depuis le jeune étudiant révolutionnaire jusqu'au révolutionnaire professionnel, et d'un des principaux dirigeants du PCUS et de l'Etat soviétique jusqu'à l'exilé politique. Il analyse de même en gros de manière adéquate le développement de Trotsky, depuis le populisme jusqu'à l'acceptation du marxisme, son rejet ultérieur de la possibilité de construire le socialisme dans un seul pays, sa défense de la théorie de la révolution permanente, et ses autres principales positions théoriques.

Le livre apporte aussi un jugement sur la pratique politique de Trotsky. Il approuve (exprime un jugement positif sur) l'adhésion de Trotsky au parti bolchevik durant la période de l'Iskra de Lé nine, la préparation et le déclenchement par lui de l'insurrection de Pétrograd durant la révolution d'Octobre, la création par lui de l'armée rouge et sa direction stratégique au cours de la guerre civile. En même temps, le livre analyse et critique l'attitude conciliatrice de Trotsky entre les mencheviks et les bolcheviks, sa position « ni guerre ni paix » à Brest-Litovsk, sa faute de ne pas assister aux funérailles de Lénine, (...) et ses diverses activités fractionnistes.

Bien que l'auteur ne le dise jamais de manière nette, il considère dans son livre les controverses après la mort de Lénine, entre Staline et Boukharine d'une part et Trotsky d'autre part, comme des divergences au sein de la direction bolchevique concernant la manière de construire le socialisme en Russie, c'est-à-dire comme des contradictions au sein du parti. Si on avait agi correctement des deux côtés, ces contradictions n'auraient pas dû s'aggraver. Voilà une leçon historique importante. (...)

Les activités de Trotsky ont violé l'interdiction des fractions prononcée par le 10e congrès. Il s'est allié avec Zinoviev, a publié des manifestes fractionnels et s'est opposé publiquement à des résolutions approuvées par la majorité écrasante du comité central. Plus tard, Trotsky et d'autres ont informé des organisations de base du parti, ainsi que les masses, de ces divergences. Ils ont adopté des méthodes conspiratives et organisé des manifestations. De telles méthodes de lutte ne sont pas normales dans un pays sous direction prolétarienne. Des divergences de ligne politique se sont exacerbées du fait d'antagonismes organisationnels, et se sont transformées en contradictions irré-

Evidemment, Staline s'est également comporté quelques fois de manière incorrecte. Il n'a pas résolu correctement le problème de dirigeants comme Trotsky, qui avaient des points de vue politiques différents. A ce point de vue, il était différent de Lénine, qui était généreux à l'égard de personnes qui commirent des erreurs.

Staline a adopté des mesures catégoriques et les a fait approuver par la base. Il a ainsi créé de très mauvais précédents semences de l'élargissement ultérieur de la campagne pour « extirper les contre-révolutionnaires ». Après l'expulsion de Trotsky d'URSS, la nature de la contradiction a changé. Elle n'était plus un enjeu au sein du PCUS ou une controverse au sein de la direction soviétique. A partir de ce moment-là et indépendamment de ce qu'il affirma lui-même, l'activité politique de Trotsky ne pouvait que causer des dommages sérieux à l'Etat soviétique et à tout le mouvement commu-

L'analyse de ces questions par le camarade Li Xiangrong est plus proche des faits historiques que certaines autres théories. Bien entendu, certains camarades peuvent estimer qu'il ne va pas assez loin dans l'établissement (le rétablissement) de la vérité historique. De telles personnes peuvent approfondir davantage la recher che de la vérité, afin d'arriver à une compréhension encore meilleure de l'histoire des premières années de l'URSS et de tous ceux qui y furent impliqués.

Je crois que la Biographie critique de Trotskv est fondée sur des faits histori ques adéquats qui ont été bien structurés. Le livre est bien écrit et construit de manière claire. Il reflète le style narratif du camarade Li Xiangrong, sa capacité analytique et son sens des proportions. S'il faut souligner des faiblesses, c'est que sa pensée n'a pas encore été suffisamment libérée dans sa recherche et dans son expres-

ZHU TINGGUAN, revue Shijie Lishi (Histoire mondiale), numéro 7, 1985.

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