Un conflit avec des répercussions sérieuses pour le mouvement ouvrier saisi les enjeux de cette bataille. La NGA Fleet Street. Ils ont accepté 2 100 sup-
GRANDE-BRETAGNE
EPUIS trois mois on assiste en Angleterre à la lutte ou-
D tire la plus importante depuis la ditale de la ger des.
mineurs en mars 1985. Une bataille cruciale oppose les syndicats du Livre à Rupert Murdoch, patron de choc du groupe de presse News International, qui publie notamment les quotidiens The Times et The Sun ainsi que les journaux dominicaux News of the World et Sunday Times. L'année dernière,
Murdoch a fait construire une imprimerie dotée de nouvelles technologies non pas à Fleet Street, quartier de la City de Londres où est concentrée la majeure partie de la grande presse, mais à Wapping dans la banlieue est. On verra qu'il n'y avait rien d'accidentel à ce déplacement. Cette imprimerie était censée servir à l'édition d'un nouveau quotidien du soir, lequel n'a pas encore vu le jour. Cependant, Murdoch préparait le transfert de la production de ses quatres autres titres.
Une fois les travaux de construction de l'imprimerie de
Wapping terminés, ce magnat de la presse a exercé un chantage ris-à-vis des dirigeants des deux principaux syndicats du Livre
'Association graphique nationale (NGA) et la Société des mé tiers graphiques et annexes (SOGAT). Murdoch proposait à ces syndicats un accord qui comprenait notamment quatre points :
la fin du monopole syndical d'embauche, un contrat anti-grève avec force de loi, l'abolition de la structuration traditionnelle
David CAMERON
D'une certaine manière, les syndicats du Livre montrent en microcosme les forces et faiblesses du mouvement syndical anglais : forces, parce qu'il s'agit de syndicats puissants qui organisent la totalité des travailleurs de cette branche et qui ont su s'en servir pour arracher des acquis considérables aussi bien en termes de salaire et de conditions de travail qu'en d'extension termes des droits syndicaux ; faiblesses, parce que ces syndicats montrent à un point presque caricatural le corporatisme et l'esprit de boutique qui constituent le revers de la médaille de la force organisationnelle des syndicats britanniques.
LES SYNDICATS DU LIVRE FACE A
LA MODERNISATION
Une des conséquences de la puissance des syndicats du Livre a été le retard important dans l'introduction de nouvelles technologies en Angleterre. Des technologies introduites il y a longtemps dans d'autres pays européens ont été bloquées par les syndicats de Fleet Street parce qu'ils auraient menacé le niveau de l'emploi et dévalorisé les qualifications des ouvriers les plus formés, qui sont la plupart membres de la NGA. Mais il était inévitable qu'à un moment ou un autre le barrage saute. Aujourd'hui les syndicats du Livre sont confrontés à un combat auquel ils sont très mal préparés.
le collimateur
les nouvelles technologies. des travailleurs. Le conflit de Wapping n'est pas un phénomène isolé ; il se déroule dans le cadre d'une offensive patronale tous azimuts dans ce secteur. Et les syndicats doivent affronter cette échéance dans un contexte très défavorable, caractérisé par un chômage massif, un gouvernement de droite qui a fait adopter entre 1980 et 1984 une série de lois anti-syndicales (voir encadré) et une situation où, après avoir subi une série de défaites depuis 1980, le mouvement ouvrier est sur la défensive tandis qu'en son sein la droite passe à l'offensive à un rythme accéléré.
L'édifice du pouvoir des syndicats du Livre a commencé à se lézarder sérieusement à la fin 1983 au moment du conflit dans le groupe de presse régionale Stockport Messenger, basé à Warrington dans le Lancashire. Eddie Shah, patron de ce groupe et franc-tireur actif du patronat, a licencié des militants du NGA et embauché des jaunes pour les remplacer. La NGA s'est engagée dans une épreuve de force avec Shah au cours de laquelle les lois anti-syndicales de 1980 et 1982 ont été utilisées pour la première fois à une échelle importante. Cette grève a donc été un test de la volonté du TUC de rester fidèle aux décisions de ses congrès et de soutenir la NGA. Ce soutien fit défaut. Ceci, lié au refus de la NGA d'étendre la lutte à toute la presse, a permis la victoire de Shah, fort de l'appui du gouvernement et des secteurs les plus vindicatifs du patronat britannique qui ont très bien des syndicats dans l'entreprise (organisés par atelier et par surtout, acceptation du « droit à gérer » de la direction. L'essentiel de ce dernier point revient à donner à la direction la possibilité de diminuer les effectifs de manière drastique afin d'utiliser pleinement les possibilités offertes par
Face au refus des syndicats, Murdoch a tout simplement licencié sans autre forme de procès les 5 500 ouvriers et la minorité parmi les journalistes qui les soutenaient en les remplaçant par des jaunes recrutés en secret dans les mois précédents. D'alleurs, l'essentiel de ces jaunes a été fourni par le
Syndicat des électriciens, de l'électronique, des télécommunications et des plombiers (EETPU) qui, quoique membre, comme la NGA et la SOGAT, de la Confédération des syndicats (TUC), se situe depuis des années à l'extrême droite de cette confédération. Dans le présent article, nous observons la lutte des travailleurs du Livre dans le cadre à la fois de l'évolution des rapports de force entre les classes à la suite de la grève des mineurs, des modifications survenues entre la droite et la gauche au sein du mouvement syndical et de la spécificité du secteur du Livre, où les syndicats y organisent la totalité a perdu 2 millions de livres en amendes, dommages et intérêts. Le fait que le TUO ait reculé devant ce défi était lourd de signification et a sans doute été beaucoup dans la décision du gouvernement Thatcher que l'heure était venue de s'affronter aux mineurs en mars
Aujourd'hui, après la défaite des mineurs et dans un contexte encore moins favorable qu'en 1983, les syndicats du
Livre doivent faire face à une offensive patronale généralisée. L'étincelle est venue encore une fois d'Eddie Shah, qui fort de sa victoire à Warrington, annonça en 1985 son intention de lancer un nouveau quotidien qui serait produit avec la technologie par du personnel fourni par l'EETPU. Une série de groupes de presse de province avaient déjà réussi à introduire la nouvelle technologie.
Ensuite, les grands patrons de Fleet Street commençaient à prendre l'offensive. Les syndicats du Livre ont réagi de manière dispersée. Face à une offensive à l'échelle de toute l'industrie, ils ont réagi entreprise par entreprise. En plus, chaque syndicat essayait de tirer la couverture à lui. Il y avait des tensions importantes entre la
NGA d'un côté, dont les emplois de ses adhérents sont les plus menacés et la
SOGAT et le Syndicat des journalistes
(NUJ) de l'autre.
Tous les syndicats du Livre ont fait des concessions importantes au cours de négociations sur la modernisation de
détourné de son sens, signifie : « Syndicat des électriciens voleurs et braconniers (d'emplois) d'Eric pressions d'emploi au groupe de presse Mirror (négociées « à la manière britannique », comme l'a dit Robert Maxwell, patron de ce groupe), le groupe Express envisage 2 800 supressions d'emplois, ce qui équivaut à 35 % du personnel, et les autres patrons de la presse suivent. En général, tout cela se négocie avec les syndicats qui reculent tout en essayant de sauver les meubles. Mais Murdoch a décidé de passer à la vitesse supérieure en provo-
La situation depuis le mois de janvier est que Murdoch parvient à sortir ses titres de la nouvelle imprimerie, laquelle est devenue une vraie « Forteresse Wapping ». On comprend maintenant pourquoi Murdoch s'est installé dans un endroit loin des centres du pouvoir syndical de Fleet Street et où il peut résister à un siège. Dans une imprimerie entourée par des fossés, équipée de tours de guet, protégée par des fil de fer barbelés avec des lames de rasoir, la direction de News International fait travailler les jaunes organisés par l'EETPU. Les journaux sont diffusés par 1 000 camionneurs, pour la plupart des anciens chômeurs qui ont depuis été recrutés par le Syndicat des transports et des travailleurs non-qualifiés (TGWU), le plus fort des syndicats du TUC. Un dispositif de police est toujours en réserve pour protéger l'imprimerie contre des piquets syndicaux
Face à un employeur qui a licencié tout le personnel appartenant aux syndicats du Livre et qui poursuit ses opérations appuyé par toute la force de l'Etat, et aussi par la droite syndicale, nul besoin d'être un révolutionnaire acharné pour comprendre que la riposte qui s'impose doit être à l'échelle de toute l'industrie du Livre dans la perspective d'une grève générale de la presse. Une telle orientation conduirait assez rapidement à une confrontation majeure avec les lois antisyndicales du gouvernement, ce qui mettrait à l'ordre du jour un appel au TUC pour soutenir la lutte et la mobilisation de la gauche syndicale.
UNE RIPOSTE INSUFFISANTE Ce n'est pas cette voie qui a été choisie par les syndicats du Livre. Leur stratégie consiste à limiter le conflit à News International, à avoir le minimum de confrontation avec le gouvernement, à chercher à mobiliser l'opinion publique contre Murdoch. Les piquets ont été relativement limités, pour éviter de tomber sous le couperet de la loi de 1980 sur l'emploi de piquets de grève annexes (c'est-à-dire intervenant sur un lieu de travail autre que le leur). Ce qui n'a pas empêché le Haut tribunal de saisir leurs avoirs. Chaque samedi soir depuis quelques semaines, se déroulent des manifestations qui se rendent à Wapping pour essayer d'empêcher la sortie et la diffusion des journaux du dimanche et qui ont mobilisé jusqu'à 10 000 personnes. On a assisté à des batailles rangées avec la police anti-émeutes, les policiers à cheval, etc. Les manifestants ont dressé des barricades, il y a eu des centaines d'arrestations et la diffusion de la presse Murdoch a été sérieusement perturbée.
Mais tout cela ne suffit pas. Les enjeux de cette lutte sont tellement importants que Murdoch est pret à perdre de l'argent à court terme pour casser les syndicats du Livre. Il faut savoir bénéfices potentiels sont énormes. Eddie Shah, qui a lancé son nouveau quotidien, qu'il ne lui faut qu'un tirage de 300 000 exemplaires pour mencer à réaliser des bénéfices. Or quand on sait que le tirage des grands quotidiens britanniques est de l'ordre de plusieurs millions d'exemplaires, on peut apprécier les enjeux financiers pour des patrons qui résussissent à apprivoiser les syndicats et à introduire les nouvelles technologies. Murdoch est prêt à faire des concessions importantes sur le paiement de compensation aux licenciés. Dans un geste spectaculaire, il a même proposé de donner aux syndicats son ancienne imprimerie à Fleet Street, d'une valeur estimée à 55 millions de livres (600 millions FF). Cette offre, tout-à-fait sérieuse, est censée donner est censée donner des emplois aux travailleurs licenciés, en permettant au TUC et au Parti travailliste de lancer un quotidien, projet discuté depuis des années. Cette proposition montre à la fois combien Murdoch est prêt à payer pour gagner le conflit et le mépris avec lequel le patronat britannique regarde la « menace » d'un quotidien du mouvement ouvrier, si jamais ce dernier se de le lancer, ce qui est
LE MOUVEMENT OUVRIER PERD
La voie de la recherche d'une solution négociée au conflit a le soutien total du TUC, lequel s'est associé à une proposition de règlement qui donnait à Murdoch à peu près tout ce qu'il demandait sauf une garantie anti-grève avec force de loi. Cet accord a été refusé par Murdoch, essentiellement parce qu'il faisait moins Rassemblement des travailleurs du Livre devant confiance aux syndicats du Livre pour discipliner leurs adhérents qu'à l'EETPU. D'ailleurs, pourquoi accepterait-il une solution même très favorable à lui mais qui permettrait aux syndicats du Livre de rentrer à Wapping, alors que la victoire totale semble être à la portée de sa main ?
Quelles sont les raisons de cette qui anime Murdoch ? Pour répondre à cette question, il faut revenir sur l'expérience des syndicats britanniques face à Thatcher et sur l'évolution actuelle du mouvement syndical. Si Murdoch se trouve en position de force, ce n'est pas simplement à cause du corporatisme des syndicats du Livre et de leur solution négociée, mais de la situation globale. Depuis son arrivée au pouvoir en 1979, Thatcher a remporté une série impressionante de contre les syndicats, les uns après les autres : les sidérurgistes en 1980, les travailleurs de la Santé et les cheminots en 1982, la NGA à Warrington en 1983. En même temps, elle a évité à plusieurs reprises l'affrontement avec les mineurs, pour finalement l'assumer en 1984, relativement certaine de la passivité criminelle du TUC en cette occasion.
Pourtant, même si les conservateurs se sont servis de certaines des lois antisyndicales contre les mineurs, ce n'est qu'après la défaite de ces derniers qu'ils ont eu les mains libres pour s'attaquer frontalement aux syndicats sur toute la ligne. En 1985, si on fait exception de la fin de la grève des mineurs, le nombre de journées de grève a été le plus bas depuis 50 ans et les batailles qui ont eu lieu démarrent, à l'image de Wapping mais à plus petite échelle, en réaction aux attaques des employeurs, pour défendre contre l'offensive patronale des acquis sur le plan matériel aussi bien que sur celui des droits d'organisation syndicale.
Tout au long de cette expérience de défaites successives, le TUC a systématiquement refusé d'organiser la nécessaire. Au contraire, malgré la décile siège du TUC. Sur la pancarte, le sigle EETPU,
SUPFOPT
WAPPING
PICKET
sion du congrès extraordinaire de 1982 défier les lois anti-syndicales, il a toujours refusé d'appliquer une ligne de résistance. A chaque fois que le TUC a été lois, il a reculé. Il a le même comportement à Wapping. Encore plus grave, la confédération refuse de répondre au défi lancé par l'EETPU. Face à cet exemple de collaboration de classe sans précédent dans l'histoire récente du mouvement syndical britannique, le TUC a réagi en résolution qui déclare l'EETPU coupable « d'avoir agi de manière nuisible aux intérêts du mouvement
La seule « action » du TUC a été à la direction du syndicat d'« informer les membres de l'EETPU à Wapping et à Glasgow (où ce syndicat a joué un rôle similaire dans un conflit avec le groupe de presse Mirror, ndlr.) qu'ils sont engagés à faire du travail qui est normalement d'autres syndicats du Livre ». On peut supposer que même les moins perspicaces des travailleurs concernés se seront déjà rendus compte du fait. Une résolution pour contraindre l'EETPU à communiquer à ses membres de refuser ce travail était repoussée par la direction de la confédération pour deux raisons. D'abord, une telle décision aurait amené le TUC à enfreindre les lois anti-syndicales, ensuite, l'EETPU s'était déclaré prêt à être exclu plutôt que de se plier à une telle décision.
QU'EST-CE QUE L'EETPU ? Pour comprendre pourquoi l'EETPU se sent capable de lancer un tel défi et pourquoi le TUC a cédé devant lui, il faut voir ce que représente ce syndicat et son rôle actuel dans le TUC. L'EETPU est la continuation, au travers d'une série de fusions syndicales, de l'ancien Syndicat des électriciens (ETU). Ce syndicat avait été dirigé pendant des années par une équipe de militants du PC britannique. En 1961, grâce à une action engagée par ses opposants au sein du syndicat, cette direction a été destituée par un tribunal pour fraude électorale. Quoique cette accusation fut fondée, la conséquence pour l'ETU fut catastrophique. Une équipe composée de militants catholiques de droite et d'anciens communistes prit la direction du syndicat pour ensuite le doter d'un mode de fonctionnement parmi démocratiques de tout le mouvement syndical britannique et a gardé le pouvoir depuis lors.
Pendant longtemps le syndicat des électriciens était tellement isolé à l'extrême droite du mouvement syndical qu'il semblait ne représenter aucune menace pour la gauche. Mais après la série de défaites encaissées par les syndicats, l'EETPU joue aujourd'hui un rôle central particulièrement néfaste. D'abord, dernières années, sous l'impulsion de son ancien président Frank Chapple et de son successeur Eric Hammond, il s'est fait l'apôtre d'un nouveau type de syndicalisme, le « business unionism » (syndicalisme d'affaires) calqué sur le modèle américain, dont le but essentiel est de conclure des accords avec les patrons stipulant le non-recours à la grève en échange du monopole de représentativité syndicale au sein de l'entreprise au profit de
En plus, avec le changement de rapport de force au sein du mouvement synaux défaites récentes, apparaît un pôle de droite dont l'EETPU constitue la colonne vertébrale. Avec le syndicat uni de la métallurgie (AUEW), il a crée le cartel intersyndical de droite Mainstream dans le but de combattre la gauche. Parmi les participants à ce regroupement se le Syndicat démocratique des mineurs (UDM) lancé en 1985 à partir de la région de Nottinghamshire, où la plupart des mineurs avaient continué le travail pendant la grève de 1984-1985 (1).
L'OMBRE DE LA SCISSION Avec le développement d'un bloc de syndicats ouvertement organisé autour d'une politique et d'une pratique de collaboration de classes sans vergogne, se pose pour la première fois en Grande-Bretagne la question d'une scission syndicale, d'un éclatement du TUC qui a été la seule confédération syndicale du pays depuis sa création en 1868. On entend en effet en ce moment des appels à l'exclusion de l'EETPU. Mais une telle exclusion ne constituerait pas en soi une solution aux problèmes actuels du mouvement syndical, ni même un début de solution. Le problème est plus complexe.
En effet, l'EETPU ne fait qu'exprimer d'une façon cohérente la tendance générale d'une grande partie du mouvement syndical. Au cours de la grève des mineurs, l'EETPU s'est opposé ouvertement à la direction d'Arthur Scargill du NUM, mais aucun syndicat n'a vraiment honoré les promesses de soutien faites au congrès du TUC de 1984, sauf, de manière très partielle, ceux des cheminots et des marins, et cela largement grâce à l'initiative des militants de base. Tous les principaux syndicats étaient complices dans la trahison de la NGA à Warrington en 1983. D'autres syndicats ont conclu des accords du type « un seul syndicat, pas de grève ». La plupart des syndicats ont commencé plus ou moins à accepter le cadre des lois antisyndicales.
Ainsi, on assiste non à une polarisation entre un EETPU droitier et
1. Voir l'article de Steve Roberts, « Les conséquences de la défaite des mineurs », paru dans Inprecor numéro 208 du 2 décembre
gardent l'initiative et qui tirent le TUC Quand la majorité des mineurs de la ré-
6,000 SACKED
NEWS
INTERNATIONAL
DISPUT
SOGAT
NGA
Manifestation de soutien aux grévistes licenciés par Murdoch. (DR) un TUC combatif, mais à un glissement à droite généralisé du mouvement syndical, ce qu'on peut constater au moins depuis la deuxième victoire électorale du Parti conservateur sous la direction de Thatcher en juin 1983. On pouvait voir ce processus à l'œuvre déjà en septembre 1983 au congrès du TUC, avec la mise en avant de la politique dite du « nouveau réalisme », qui représentait un recul par rapport à la politique précédente de refus des lois anti syndicales et envisageait des négociations avec le gouvernement.
Cette orientation de concertation avec le gouvernement a été interrompu d'abord par la lutte à Warrington et encore plus par la grève des mineurs, mais elle a repris chaque fois à un rythme accéléré sur la base de la défaite de ces luttes. En effet, chaque défaite de la classi ouvrière a déplacé un peu plus à droite le centre de gravité du mouvement syndical comme du Parti travailliste, au point où aujourd'hui ce sont les syndicats comme l'EETPU qui
Brine SACRED 6.000 derrière eux. L'EETPU et ses alliés ne sont donc que la force la plus cohérente et franche d'un TUC qui, dans sa grande majorité, est allé assez loin sur la route de la collaboration avec le patronat, avec le gouvernement conservateur et sa législation anti-syndicale. La seule alternative à cette politique est celle défendue par la gauche syndicale et travailliste, aujourd'hui nettement minoritaire et rejetée sur la défensive, une politique de lutte de classe, de mobilisation de la classe ouvrière contre les attaques des conservateurs et des patrons.
C'est dans ce cadre qu'il faut aborder la question d'une scission syndicale. La question de l'exclusion du TUC de l'EETPU est posée aujourd'hui par beaucoup de militants de la gauche syndicale. La comparaison est faite entre le rôle de briseur de grève du syndicat de Hammond à Wapping et celui de l'UDM, la scission jaune du NUM. Il y a là une simplification considérable d'un problème réel.
gion de Nottinghamshire a refusé de faire grève en 1984, le NUM ne les a pas exclus. Il a destitué les dirigeants locaux et organisé la minorité qui voulait se battre. C'est par la suite que l'UDM a été organisée, et chaque adhérent du nouveau syndicat a choisi consciemment d'adhérer à ce syndicat dont la raison d'être est le refus des méthodes de lutte de classes. Aucun d'entre eux n'a été exclu, au contraire le NUM a eu une politique, qui porte ses fruits aujourd'hui, d'encourager les membres de l'UDM à revenir au bercail, tout en se battant contre le syndicat jaune.
Il y a là deux grandes différences avec le rôle de l'EETPU. D'abord, on ne peut absolument pas dire que le TUC, ni même les syndicats du Livre, aient suivi une ligne de lutte de classe, c'est la différence essentielle d'avec le NUM pendant la grève. Le problème pour la direction du TUC n'est pas le fait que l'EETPU est en train de briser une grève mais plutôt le fait que Hammond a enfreint l'Accord de Bridlington de 1939, qui règle les rapports entre les différents syndicats (2). Ce qui préoccupe le TUC est le fait que la bureaucratie de l'EETPU marche sur les plate-bandes de celle des syndicats du Livre. La deuxième différence est qu'il n'est pas vrai que les 400 000 membres de l'EETPU aient choisi de briser la lutte des syndicats du Livre à Wapping. C'est leur direction qui a fait ce choix.
ORGANISER LA GAUCHE
Le problème fondamental auquel il faut s'affronter est celui d'organiser la gauche lutte de classes dans le mouvement syndical britannique contre la politique de collaboration de classes. Car l'EETPU ne fait qu'exploiter la contradiction entre la politique sur le papier d'opposition aux lois anti-syndicales de la part du TUC et ses capitulations dans la pratique. C'est cette contradiction qu'il faut mettre évidence. Sinon exclusion de l'EETPU ne serait qu'une solution bureaucratique au problème et risquerait de rejeter tous les adhérents du syndicat dans les bras de leurs dirigeants
Pour l'instant, la direction de l'EETPU n'a aucune intention d'organiser une scission. Comme l'a dit Hammond lui-même, « Pourquoi descendre du bateau quand celui-ci va dans notre sens ? » Pour la même raison, aucun secteur significatif de la bourgeoisie n'est aujourd'hui pour une scission. D'ailleurs, les patrons ne
2. Au congrès du TUC à Bridlington en 1939, une série de principes furent adoptés pour empêcher une concurrence entre les syndicats affiliés pour recruter des adhérents. Les « principes de Bridlington » incitent les syndicats à conclure des accords sur les sphères d'influence, à ne pas recruter dans un secteur du personnel dans une entreprise qui est déjà organisé par un autre syndicat ou si ce dernier est reconnu par l'employeur comme négociateur pour une majorité du personnel, etc. Le TUC préfère que les cas litigieux soient réglés par des négociations entre les syndicats concernés, mais il existe une « commission des conflits » qui peut trancher en dernier recours.