SUEDE Un parlement du peuple contre l'apartheid
« Boycott total de l'Afrique du Sud », tel fut la principale orientation définie par le Parlement du peuple contre lapartheid qui s'est tenu à Stockholm à la fin février dernier.
Avec neuf cents délégués représentants 170 organisations nationales, cette initiative fut sans conteste une des plus importantes manifestations qu'ait connu ce pays. L'appel pour la tenue d'un contre l'apartheid avait été lancé plusieurs mois auparavant par le Comité pour l'isolement de l'Afrique du Sud (ISAK) et l'Association des Nations unies en Suède, une organisation humanitaire de comités locaux. Toutes les organisations suédoises, hormis les partis politiques, avaient été invitées à
Et de fait, l'éventail des organisations représentées fut très large. On y retrouva des groupes de solidarité anti-apartheid, des comités antiracistes, des groupes locaux de l'Association des Nations unies, des groupes religieux, les associations de jeunes et de femmes liées à des partis politiques, et des organisations de lycéens. Il y avait aussi des représentants des syndicats, mais en nombre beaucoup plus restreint, ce qui reflète une des principales faiblesses du mouvement anti-apartheid en Suède.
Dès les premières communications adressées au Parlement du peuple par les personnes invitées à y prendre la parole, fut abordé le thème le plus controversé de cette initiative de solidarité, à savoir la question du retrait des compagnies suédoises d'Afrique du Sud. Le premier ministre suédois Olof Palme, récemment décédé, avait dans son dernier discours public pris position en faveur de sanctions contre le régime raciste. Mais il décida aussi clairement qu'il n'était pas dans l'intention du gouvernement suédois de prendre des initiatives de retrait unilatéral des compagnies suédoises tant que les Nations unies (ONU) n'auront pas pris de décisions sur de telles sanctions.
D'un autre côté, le leader du Congrès national africain (ANC), Oliver Tambo, déclara en substance que le Parlement du peuple ne devait pas perdre son temps avec des arguments paternalistes et autojustificatifs suivant lesquels les sanctions feraient du tort aux Noirs opprimés et aux Etats africains indépendants voisins de l'Afrique du Sud. Il déclara aussi
NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE qu'il lui semblait que le refus systématique des compagnies suédoises de se retirer d'Afrique du Sud constituait un rejet méprisant de l'opinion du peuple suédois en faveur du désinvestissement. Peut-être le moment est-il venu, ajouta-t-il, pour que des actions soient prises pour forcer des compagnies à rompre avec leur attitude politique d'« engagement destructif » au côté du système meurtrier d'apartheid.
L'une des six commissions mises en place durant le Parlement du peuple contre l'apartheid consacra ses travaux à la question des sanctions. Un débat serré intervint entre les représentants de la direction de LO, la centrale syndicale suédoise, et des représentants de syndicats locaux. Les représentants de la direction de LO tentèrent de bloquer la demande de retrait des compagnies suédoises d'Afrique du Sud, en argumentant que « leurs » contacts dans le mouvement syndical sud-africain désiraient que les compagnies suédoises restent en place. Ils menacèrent même de protester publiquement si le Parlement du peuple se déclarait favorable au désinvestissement.
Les représentants de syndicats locaux et dans certains cas de syndicats nationaux qui ont adopté la revendication de désinvestissement, ont de leur côté réagi contre cette mesure qui, si elle avait été appliquée, aurait sérieusement affaibli l'impact populaire des décisions de Parlement. Ils firent une pétition enjoignant aux représentants de la direction de LO de retirer leur menace. Cette pression s'avéra efficace. Le jour suivant, lors de la réunion pleinière finale au moment du vote des motions, les représentants de la direction syndicale ne prirent pas la parole en faveur de leur propre proposition de réserve concernant la question du désinvestissement et ne la votèrent pas.
Le Parlement du peuple s'est aussi prononcé en faveur d'un boycott total de tout commerce avec le régime raciste sud-africain. Il exhorta le gouvernement à ne pas autoriser les compagnies disposant d'investissement en Afrique du Sud à participer à des projets gouvernementaux dans les pays en voie développement. Il appela au renforcement du soutien à l'ANC et à l'organisation du peuple du Sud-ouest africain (SWAPO) qui mène la lutte contre l'occupation sud-africaine de la Namibie.
Dans ce contexte, le Parlement du peuple contre l'apartheid affirma « le droit du peuple sud-africain à décider librement de ses méthodes de lutte dans le processus de libération de l'apartheid ». Ce qui signifie qu'il soutient aussi la lutte armée qui est menée par des organisations anti-apartheid.
Les représentants de la jeunesse
conservatrice voulait que le Parlement du peuple contre l'apartheid se dissocie de l'ANC parce que « c'est une organisation qui met en pièce de jeunes enfants innocents ». Ils furent accueillis par des huées d'indignation. La majorité des partici-
Parlement du peuple l'apartheid n'avait aucun doute quant à savoir qui il fallait rendre responsable de présente situation de violence qui prévaut en Afrique du Sud
Au nombre des campagnes d'actions concrètes qui ont été décidées par cette réunion, figure un appel à organiser des grèves dans les grosses compagnies suédoises qui maintiennent des investissements en Afrique du Sud pour réclamer le désinvestissement des intérêts suédois. aussi prévu une importante campagne nationale de collecte de fonds en faveur de la résistance à l'apartheid sud-africain. l'apartheid fut plus qu'une nouvelle grande manifestation du mouvement de solidarité. Il fit en effet apparaître le fait que des organisations suédoises ayant une base populaire, comme la centrale syndicale LO, n'étaient toujours pas acquises à la revendication d'un boycott total du régime raciste. Toutefois, le Parlement du peuple contre l'apartheid, ainsi que les documents qui y ont été adoptés peuvent jeter les bases d'un élargissement futur de la solidarité. Le prochain pas dans cette voie pour élargir le mouvement d'opinion en faveur du désinvestissement sera probablement l'échéance du congrès de la centrale syndicale LO qui se tiendra en septembre 1986.