E gouvernement de José Sarney a abordé le début de l'année 1986 avec la menace d'une grève générale contre l'inflation et pour des hausses de salaires, qui était déjà en préparation par la CUT. La montée des luttes ouvrières de l'année
1985 avait en effet permis une certaine accumulation de forces pour la centrale syndicale unitaire. En interrompant l'escalade inflationniste, le gouvernement tente aussi de porter un coup d'arrêt à la dynamique centralisatrice des luttes économiques qui
L'ennemi de classe opère là une astucieuse manœuvre d'esquive qui peut entraîner un certain flottement dans le mouvement ouvrier. Organiser la mobilisation contre ces
La déclaration de la direction nationale de la CUT, que nous reproduisons ci- dessous, est la première riposte globale du mouvement syndical aux mesures gouvernementales. Elle représente aussi la rupture du consensus en faveur de son plan économique que tente d'imposer le gouvernement Sarney. Celui-ci a eu un certain succès en la matière, puisque le Congrès de la classe travailleuse (CONCLAT), structure syndicale animée par des membres du Parti communiste brésilien (PCB) et des syndicalistes « pelegos » (bureaucrates « jaunes »), après avoir menacé d'organiser une grève générale contre les mesures du gouvernement, a fini par les avaliser une semaine luttes qui était en train de se produire.
Sans une alternative d'ensemble au plan gouvernemental, il sera difficile de dissiper les illusions et les attentes nourries par la campagne gouvernementale. Cette alternative doit démontrer que le « pacotao » n'attaque même pas les causes réelles et structurelles de l'inflation et ne résoud pas les problèmes vitaux de la population.
LE « PACOTAO », LES ÉLECTIONS DIRECTES ET LA CONSTITUANTE La signification de l'initiative bourgeoise est fondamentalement politique. Elle vise dans l'immédiat à éviter une défaite lors des élections à la Constituante de novembre prochain et à stabiliser le processus de transition. Le succès de cette stratégie est totalement lié à la réussite du plan lui-même. C'est pourquoi il faut s'attendre à une détermination du gouvernement à faire aboutir le décret-loi en le soutenant coûte que coûte. C'est dans la mesure où le véritable caractère de ce projet se dévoilera devant les travailleurs, que les luttes contre ses effets se développeront, que s'ouvrira alors un large terrain pour une recrudescence de la lutte en faveur des élections directes (2). Toutes les propositions des travailleurs peuvent déjà renforcer leur audience dans la population et augmenter les pressions populaires pour l'élection d'une Assemblée constituante. Il s'agit de propositions centrales autour desquelles s'articule un plan alternatif des travailleurs : le non paiement de la dette extérieure et l'étatisation du système financier doivent occuper une place centrale dans la campagne du PT pour la Constituante.
Certes, la bourgeoisie a lancé une grande contre-offensive, mais l'affaire est loin d'être jouée. Se résigner face à un isolement initial et estomper une ligne de ferme résistance au plan Sarney, ce serait perpétuer les conditions de cet isolement. Le PT et la CUT ont déjà vécu une expérience analogue qu'il vaut la peine de rappeler aujourd'hui : l'isolement temporaire, quand ils ont refusé de participer au collège électoral (3). Cet isolement n'a pas duré. Dès que les luttes ont repris, le PT a tiré les fruits de sa fermeté, y compris sur le terrain électoral. Le bilan du test du collège électoral doit être une puissante motivation pour résister aux difficultés actuelles et pour se préparer à de nouveaux pas en avant.
« EM TEMPO », Sao Paulo, mars 1986. 2. La lutte pour des élections présidentielles au suffrage universel, les « directes », a été au centre des mobilisations populaires de 1984. Cf. Inprecor numéro 175 du 11 juin 1984.
3. En 1982, à la veille des élections législa-. tives, le gouvernement brésilien décida de manipuler la composition du collège électoral afin d'assurer une majorité au parti au pouvoir. Parti démocratique et social (PDS). Le résultat de ces charcutages donna effectivement la majorité dans le collège au parti de la dictature.
unique des travailleurs s'était enclenchée.
mesures nécessite donc, pour la CUT, un ajustement de la tactique de lutte plus tard, sans aucune restriction.
DOCUMENT
La direction nationale de la CUT, réunie à Brasilia les 8 et 9 mars, ayant analysé le décret-loi du 27 février, déclare :
Il s'agit d'une mesure politique. Tout d'abord, le gouvernement de la « Nouvelle République » a une fois de plus tenu la population à l'écart de la discussion des
PARTIDO DOS TRABALHADORES grands problèmes nationaux. D'une part, le plan consiste en un ensemble de mesures qui visent à faire des ajustements dans l'économie brésilienne en s'adaptant aux nouvelles contraintes du capitalisme international et en imposant aux travailleurs un pacte social qui entérine la misère par décret. Ce plan satisfait les intérêts du FMI et des banquiers internationaux, en leur garantissant le paiement des intérêts et d'une dette extérieure pour lesquels le
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AGORA
TEMOS
A CUT
« Maintenant, nous avons la CUT ! » (DR) peuple brésilien a déjà payé plusieurs fois de sa sueur. Le décret du gouvernement suit les modèles déjà mis en œuvre en Argentine, au Pérou, en Israël, au détriment des travailleurs de ces pays. D'autre part, le gouvernement tente de remettre sur pied l'Alliance démocratique et le bloc dominant au pouvoir, menacé de désagrépar l'escalade inflationniste. Le gouvernement a ainsi obtenu une unaniclasse dominante, y compris des responsables de la ruine de l'économie brésilienne tout au long des 21 années écoulées, tels que Roberto Campos, Delfim Neto, ou même Paulo Maluf, jusques et y compris le soutien de certains sec-
Le plan concentre les bénéfices, accélère le procès de formation des grands monopoles, de concentration de la propriété de la terre et de destruction des petits producteurs agricoles. rhétorique sur le contrôle des prix, le gouvernement cache le fait que le droit au travail n'est pas garanti et que le turn over peut jeter à la rue des millions de travailleurs.
Le gouvernement prétend que son plan ne réduit pas le pouvoir d'achat des travailleurs. Ce n'est pas vrai. Il y a quantité de spécialistes reconnus nationalement qui démontrent qu'il y a bel et bien des pertes salariales significatives, sans commune mesure avec les prix.
Le gouvernement essaie de liquider les conquêtes salariales en tentant de rendre définitives les pertes salariales accumulées, qui sont au centre des luttes des travailleurs et sur lesquelles ils ont remporté ces derniers temps d'importantes victoires. L'article 25 du décret impose comme loi l'interdiction définitive des récupérations des pertes salariales, mesure arbitraire inédite dans ce pays.
Le blocage des prix ne résume pas le plan. Le « pacote » est constitué par une série de mesures à considérer dans leur luttaient et vont continuer à lutter pour maintenir les prix minima bloqués des produits de consommation essentiels. Ils savent que seule la définition démocratique d'une orientation pour l'économie nationale, avec la réforme agraire, la reprise des allocations de crédits publies, le contrôle des intérêts, la suspension de la dette extérieure, peuvent garantir durablement le blocage des
Après la discussion dans laquelle la direction nationale a analysé les aspects politiques, économiques et sociaux du plan gouvernemental, la Centrale unique adopte la position suivante :
Les travailleurs des villes et des campagnes, leurs syndicats, la CUT, présentent depuis un certain temps déjà une plate-forme de revendications qui s'attaque aux problèmes fondamentaux du pays : la terre à ceux qui la travaillent ; la réduction de la journée de travail avec garantie de l'emploi et allocation de chômage pour assister les millions de chômeurs ; un salaire minimum réel et la récupération des pertes salariales ; la rupture avec le FMI et le non paiement de la dette extérieure.
Ces revendications sont totalement liées les unes aux autres et sont adressées aux patrons, aux autorités, y compris directement au président de la République. Le décret-loi, en tant que décret politique, tente d'éluder la réponse du gouvernement à ces revendications, en établissant un autre cadre politique avec pour seul problème à résoudre, celui de l'inflation.
Le plan ne répond pas aux causes structurelles de l'inflation et tente de les déconnecter de l'ensemble des questions qui déterminent une politique économique d'ensemble qui, pour les travailleurs, devrait répondre aux besoins du peuple brésilien. C'est pourquoi la CUT n'accepte pas la simplification de la discussion sur les choix économiques la réduisant à un « oui » ou à un « non » à l'inflation pour un pays de 130 millions d'habitants.
Considérant le plan du gouvernement comme un plan politique qui ne répond pas aux questions centrales dans l'intérêt des travailleurs et du peuple brésilien, la CUT prend donc position contre ce plan.
Elle appelle tous les travailleurs à une large discussion démocratique sur la signification des mesures et sur leurs conséquences. Elle se dote des moyens de diffuser nationalement sa position, pour l'organisation et la lutte des travailleurs.
Direction nationale de la CUT, Brasilia, 8 et 9 mars 1986. 1. Delfim Neto fut ministre de l'Economie en 1979. Pour une analyse de sa politique économique, se reporter à Inprecor numéro 136 du 8 novembre 1982. Paulo Maluf est un ancien gouverneur de l'Etat de Sao Paulo connu pour sa place centrale dans le système de corruption sous la dictature.
BRESIL
La lutte des paysans sans terre
AFRIQUE DU SUD l'isolement de Botha, et 'état du mouvement de mass ABONNEZ-VOUS, RÉABONNEZ-VOUS A « INPRECOR» !