Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRESIL

Rompre l'immobilisme face au « pacotao » gouvernemental

· Inprecor n° 219, 12 mai 1986 · p. 10 · 1 012 mots

Économie mondiale

E 28 février dernier, le gouvernement de José Sarney annonçait un programme dont les dispositions essentielles correspondent à un blocage des prix et des salaires. Le gouvernement entend lutter ainsi contre une poussée inflationniste qui avait atteint la moyenne annuelle de 500 %. Il espère sans doute aussi désamorcer l'activité du mouvement ouvrier, alors que plus de 6,5 millions de personnes ont fait grève l'année dernière et briser la tendance à l'unification des luttes en cours.

Le « plan cruzado » - du nom de la nouvelle monnaie qui remplace le cruzeiro et équivaut à 1 000 anciens cruzeiros — consacre l'abandon du système de l'indexation, qui liait les prix, les loyers et les salaires. Ce système n'empêchait toutefois pas les travailleurs de faire les frais de l'inflation, puisque les salaires n'étaient réajustés que tous les six mois, ce qui leur faisait perdre dans l'intervalle jusqu'à la moitié de leur pouvoir d'achat. Avec les nouvelles dispositions, le blocage des salaires est partiel ; ceux-ci ne seront réajustés qu'à raison de 60 % du taux d'inflation, les 40 % restants étant laissés à la libre négo-

« EM TEMPO »

La réforme monétaire décrétée par

Sarney a un objectif politique central :

garantir au gouvernement et à la bourgeoisie le contrôle de la transition conseret contribuer à la stabilisation d'une nouvelle forme de domination. En outre, elle vise à perpétuer les pertes salariales infligées aux travailleurs par l'inflation, qui motivaient une résistance ouvière croissante, avec six millions et demi de grévistes pour l'année écoulée.

« pacotao » (train de tente donc de renverser le processus de discrédit du gouvernement Sarney et de désagrégation de l'Alliance démocratique.

changeant les règles du jeu de la confrontation avec le mouvement ouvrier, dans un premier temps au moins, il reprend l'initiative, alors que les travailleurs préparaient une importante offensive à travers la Campagne nationale de lutte de ses caractéristiques comme par ses effets immédiats sur la lutte des classes, le « pacotao » marque done une contre-offensive de la bourgeoisie dans la lutte des classes.

IMPACT INITIAL DES MESURES

ET PREMIERES RIPOSTES

L'acceptation populaire du « pacotao », en raison du blocage des prix mis en avant par l'ensemble des mesures et d'une gigantesque campagne publicitaire, a eu un grand impact parmi les secteurs les plus avancés du mouvement ouvrier. Le soutien résolu d'économistes réputés pour leurs critiques passées à la politique écod'assainissement économique nomique de la dictature a également pesé.

C'est dans ce contexte que sont apparues les vacillations et les ambiguités dans les premières prises de position du Parti des travailleurs (PT). Le communiqué de la direction nationale du Parti affirme une position de refus du décret en même temps qu'elle propose une « révision substantielle » du décret-loi.

Déjà, dans le programme télévisé du PT sur le plan Sarney, la position présentée était en retrait par rapport à celle de la direction nationale. Dans cette émission, le PT ne s'oppose plus aux mesures dans leur ensemble ; il se contente d'en critiquer certains aspects (comme les salaires) et d'enregistrer les points positifs (comme le blocage des prix). (...)

La prise de position de la CUT a été différente et plus claire que celle de la direction nationale du PT (cf. pages suivantes, ndlr.). Outre une prise de position sans ambiguités contre la réforme, la direction de la CUT avance aussitôt des éléments pour une riposte d'ensemble. Elle redéfinit des échéances importantes de sa campagne nationale de lutte.

Il n'en demeure pas moins que les hésitations et la timidité des réponses du mouvement ouvrier et populaire, au mos'engage une contre-offensive d'envergure de la bourgeoisie, sont préoc-

TRABALHO, TERRA

E LIBERDADE!

ciation entre patrons et employés (le Monde, 21 mars 1986).

L'annonce du gel des prix a quelque peu désorienté un mouvement ouvrier, dont la lutte contre l'inflation avait été au des mobilisations et des grèves. Cela a accentué par la position du Parti communiste brésilien (PCB)

pro-Moscou, du Parti communiste du Brésil (PC do B) et du

Congrès de la classe travailleuse (CONCLAT), qui ont appuyé le plan de réajustement du gouvernement.

Nous reproduisons ci-dessous l'éditorial de la revue Em

Tempo du mois de mars 1986, qui fixe le cadre du combat contre le maintien des pertes salariales que signifie le train des mesures gouvernementales et pour rompre avec l'immobilisme actuel du mouvement ouvrier et populaire.

Nous reproduisons aussi, dans les pages qui suivent, la déclaration de la direction nationale de la Centrale unique des travailleurs (CUT) adoptée au début du mois de mars, et qui devrait ouvrir la voie à la relance de l'activité du mouvement ouvrier et syndical contre la politique économique du goucupantes. D'un côté, elles ouvrent un espace à la rhétorique démagogique d'un

Leonel Brizola, intéressé à tirer un bénéfice électoral d'un éventuel échec de la réfome et, de l'autre côté, elles affaiblissent la riposte pourtant nécessaire des travail-

ROMPRE AVEC L'IMMOBILISME

Les premiers effets du train de mesures gouvernementales ont pourtant commencé à apparaître : les licenciements ont commencé dans l'industrie, où les patrons ont hâte de garantir leurs profits par une réduction des coûts de production, dès lors que les prix sont contrôlés. Dans les banques, il y a aussi des menaces de licenciements en masse.

Une position claire sur ces mesures aiderait les travailleurs à comprendre ce qui est en jeu.

D'autant plus que le plan gouvernemental n'est pas un projet sans failles. Ce serait méconnaître les limites et les contradictions de la bourgeoisie brésilienne que de l'imaginer. On trouve des indices de ces contradictions dans les déclarations opposées du ministre de l'Economie, qui annonce un blocage des prix pour trois mois seulement, alors que Sarney l'annonce d'une durée illimitée. Le mouvement ouvrier doit être attentif à ces contradictions, à ces limites et à leurs conséquences. Les luttes qui se produiront devront se coordonner, viser à une dynamique nationale et renouer avec l'unification des

1. Leonel Brizola est le leader du Parti démocratique du travail (PDT), formation populiste, liée à la social démocratie.

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