Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

LIBYE

Protestations internationales contre l'agression US

Inprecor n° 219, 12 mai 1986 · p. 8-9 · 2 342 mots

Grande-Bretagne États-Unis France Paix et armements

caine contre les villes libyennes de Tripoli et Benghazi dans la nuit du 14 au 15 ALGRE la propagande impérialiste mise en œuvre, l'intervention nord-amériavril dernier n'est pas restée sans riposte. En Europe et aux Etats-Unis, plusieurs manifestations de protestation ont eu lieu, dont certaines ont connu une importante

La situation britannique est à cet égard significative puisque, dans ce pays, 70 % de la population est, d'après un sondage, opposée à l'attitude de complicité vis-à-vis

Nous rendons compte ci-dessous de l'essentiel de ces manifestations internatioseurs, permettent de tester tous les paramètres d'une intervention prolongée contre un peuple qui s'aviserait de ne plus accepter les règles du jeu imposées par l'impérialisme.

Que peut en effet faire un Etat comme la Libye pour s'opposer efficacement à une armada comme la 6e flotte américaine de Méditerranée ? Le prix d'une véritable contre-offensive est hors de sa portée. Seules d'authentiques révolutions peuvent espérer se défendre et vaincre face à l'impérialisme. Mais là aussi, comme on l'a vu dans le cas de l'Indochine et comme on le voit aujourd'hui dans le cas du Nicaragua, le prix humain et économique de tels combats et de telles victoires est considérable.

L'idéologie et la personnalité d'un Reagan correspondent aux besoins réels de l'heure des fractions dominantes de la américaine. Cela ne va pas sans contradictions et sans problèmes. Ce n'est pas de gaîté de cœur que certaines compagnies américaines voient contraintes de modérer leurs ardeurs sur le marché libyen. Il n'y a évidemment pas de politique unique pour tous les intérêts capitalistes, ni entre les différents Etats ni au sein de ceux-ci.

politique des Etats capitalistes dispose d'une autonomie propre et on a vu comment, par exemple, il a fallu pratiquement imposer à Reagan le lâchage de Marcos aux Philippines afin d'éviter une grave erreur de jugement politique de la Maison-Blanche.

Il faut prendre très au sérieux l'opénord-américaine bye. Ce ne fut ni un geste d'énervement ni un acte sans lendemain. Elle s'intègre dans une politique impérialiste délibérée de reprise en main à l'échelle internationale. Elle est une étape dans la contre-ofamorcée au début des années 1980 par l'impérialisme US après sa défai-

Vietnam, la révolution nicaraguayenne et le renversement du shah d'Iran en 1979. Elle est un passage obligé pour politique militaire qui s'attache fondamentalement à doter les armées impérialistes des moyens techniques et logistiques pour s'opposer à tout soulèvement populaire dans le tiers-monde. La mise en place des forces américaines ou françaises dites d'intervention rapide, le débarquement américain à Grenade en octobre 1983, les interventions francaises au Tchad en étaient les premières indi-

Le bellicisme du gouvernement américain exprime la tendance actuelle de la politique impérialiste. Le danger serait d'autant plus grand si les mouvements ouvriers nord-américain et européen laissaient abuser et piéger par le chauvinisme et le racisme de l'idéologie dominante.

Get les conflits que prépare l'impérialisme ne peuvent être contrecarrés que si la classe ouvrière et la jeunesse des pays impérialistes choisissent clairement leur camp, celui des peuples oppri-

Claude GABRIEL, 24 avril 1986.

contre l'agression US

participation. de l'agression US contre la Libye, adoptée par Margaret Thatcher. nales de protestation.

La complicité du gouvernement britannique dans le bombardement américain de Tripoli et Benghazi a provoqué en Grande-Bretagne une vague d'opposition populaire et des manifestations à travers le pays. Des sondages ont montré que 70 % de la population s'opposait au soutien accordé par Thatcher à l'agression américaine contre la Libye. Seulement 29 % pensaient que Reagan avait raison et ils n'étaient que 25 % à être d'accord avec complicité manifestée par Thatcher. Dans la semaine qui suivit les bombardements, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté devant les bases US et dans plusieurs grandes villes. La réaction populaire constitue un coup de plus porté à l'autorité du gouvernement Thatcher, connaît depuis quelques conséquences de sa politique économique

Thatcher avait été mise au courant des intentions de Reagan le 8 avril. Même en apprenant que le gouvernement américain avait l'intention de s'attaquer à la Libye malgré l'opposition de ses alliés européens dans l'OTAN, elle appuyait la position de Washington. La Grande-Bretagne fut le seul des onze membres européens de l'Alliance atlantique à adopter cette

Justifiant devant le Parlement britannique sa décision de permettre aux EtatsUnis de se servir de leurs bases en Angleterre comme point de départ du raid contre la Libye, Thatcher a cité le soutien accordé par Reagan à la Grande-Bretagne au moment de la guerre des Malouines en 1982, ainsi que l'aide que Kadhafi est censé donner aux combattants de l'IRA qui luttent contre l'occupation britannique en Irlande du Nord. Le premier ministre britannique déclarait à cette occasion qu'il était « inconcevable que nous refusions aux avions et aux pilotes américains le droit de défendre leur propre peu-

Cependant, beaucoup des membres de son gouvernement, et non des moindres, n'étaient pas d'accord. Certains ont déclaré en privé que l'incident avait donné

Protestations internationales le coup de grâce à la possibilité, déjà mince, que les conservateurs remportent les prochaines élections législatives qui L'ancien premier ministre conservateur Edward Heath s'est fait le porte-parole de nombreux membres de son parti en critiquant sévèrement la décision de Thatcher. D'après Heath, il aurait lui-même refusé un tel soutien logistique aux Etats-Unis au moment de la guerre du Yom Kippur

Les partis d'opposition étaient également en désaccord avec l'action du gouvernement. Neil Kinnock, leader du Parti travailliste, s'est opposé à l'action militaire tout en condamnant d'autres gouvernements des pays de la Communauté européenne pour ne pas avoir appliqué des sanctions économiques et diplomatiques contre le gouvernement et le peu-

Kinnock a saisi l'opportunité pour répéter la promesse de son parti de fermer toutes les bases nucléaires américaines « un mois environ » après l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement travailliste. En effet, c'est une propostion qui est de plus en plus favorablement accueillie par une partie importante de l'électorat. Il y a en Grande-Bretagne plus de installations américaines, dont plus de 100 bases militaires utilisées par les forces aériennes américaines. Plus de 20 % de ces forces sont basées en Grande-Bretagne, ce qui représente 57 000 personnes. Cependant, la politique travailliste se limite à la fermeture des bases nucléaires, laissant en place la plupart des installations, lesquelles sont équipées des armes conventionnelles. Sur la gauche du parti travailliste, la revendication a été soulevée qu'un futur gouvernement travailliste prenne la décision de se retirer de l'OTAN. Mais les limites de la politique « non-nucléaire » ont été clairement montrées par l'opposition farouche à cette proposition de la part de Kinnock et de la droite

N'empêche que le Parti travailliste tire actuellement profit de la vague d'op position populaire au soutien de Thatcher à Reagan. Les résultats des sondages ne se sont même pas sensiblement modi-

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fiés après l'exécution de deux journalistes britanniques à Beyrouth. Le père de l'un d'entre eux a fait sensation en dénonçant le gouvernement Thatcher comme responsable de la mort de son fils.

La riposte au soutien du ment britannique aux bombardements a été organisée essentiellement par le mouvement de la paix, et, en particulier, par l'organisation Campagne pour le désarmement nucléaire (CND). Six heures après l'annonce des bombardements, la CND avait organisé une manifestation de 2 000 personnes à Londres, devant la résidence du Premier ministre à Downing Street. Le même jour, il y a eu des manifestations dans les villes de Manchester, Birmingham, Oxford, Nottingham et Southamp

Samedi 19 avril, plus de 10 000 personnes ont participé à une manifestation appelée par la CND et soutenue par le Parti travailliste devant l'ambassade américaine à Londres. Centrée sur les mots Bretagne » et « Plus de soutien au terrorisme international », la manifestation a été considérée comme une réussite par ses organisateurs. Suite à cette manifestation, 5 000 personnes ont participé à un sit-in dans la rue d'Oxford Street, paralysant ainsi la principale rue commerçante de la capitale. La police est intervenue pour disperser les manifestants dont 67 ont été interpellés. En Ecosse, il y a eu un rassemblement de 1500 personnes centre de Glasgow.

En dehors des grandes villes, ce sont les bases US qui ont été la cible des manifestants, en particulier les quatre installations qui ont servi de point d'envol aux bombardiers américains. Devant les bases de Lakenham dans l'Est de l'Angleterre et Fairford dans le Sud-Ouest, il y a eu des manifestations de 2 000 personnes. Certains des manifestants ont abattu les barautour de ces bases et pénétré dans l'enceinte pour y écrire à la peinture leurs slogans. A Greenham Common, où sont installés des missiles Cruise et qui a été pendant plusieurs années la cible de manifestations massives de femmes en état d'alerte depuis le début de la crise libyenne -, 13 femmes ont réussi à pénétrer dans la base. Maintenant, la tâche mouvement de la paix et des forces de la gauche du mouvement ouvrier est de mobiliser l'opposition populaire au raid en Libye pour mettre fin à la complicité britannique avec les agressions américaines, du Moyen-Orient à l'Amérique centrale. Plus largement, il faut étendre et renforcer le mouvement pour fermer les bases américaines et faire sortir la Grande-Bretagne de l'OTAN. ETATS-UNIS

Aux Etats-Unis, des protestations contre l'action de Reagan ont été organisées dans plusieurs villes le jour même de l'agression. A Los Angeles, 800 personnes ont participé à une manifestation le 15 avril, qui avait été appelée pour protester contre le soutien de Reagan aux contras nicaraguayens, mais qui s'est transformée en protestation contre les ments de Tripoli et Benghazi. A Washington, un piquet fut dressé près de la Maison-Blanche et des manifestants ont scandé : « Arrêtez les bombardements, arrêtez la guerre, de la Libye au Salvador ».

personnes ont manifesté à Minneapolis, le même nombre York et 300 à Seattle. Le 19 avril a eu lieu une grande mobilisation pour la paix, l'emploi et la justice à San Francisco. 25 000 personnes y ont participé et l'agression US contre la Libye est devenue l'un des thèmes centraux de la manifestation. A une conférence les 19 et 20 avril de la Coalition arc-en-ciel, rassemblement des opprimés et exclus de l'Amérique de Reagan, présidée par le dirigeant noir Jesse Jackson, le sentiment majoritaire était clairement hostile à l'action de Reagan, ce qui a été exprimé nettement dans les déclarations de Jackson

La réaction populaire à l'agression américaine a été importante, malgré les tentatives des médias pour attiser un sentiment anti-libyen. Des centaines de de personnes ont participé à des manifestations de protestation dans une série de villes. Il y a eu entre 60 000 et 70 000 personnes à Florence, 30 000 à Milan et 10 000 à Rome. La plupart des manifestants ont repris des mots d'ordre contre l'OTAN et pour le retrait de l'Italie de cette alliance.

La Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section italienne de la IVe Internationale) et son organisation de jeunesse ont joué un rôle actif dans ces mobilisations, dans lesquelles la composante étudiante était très importante. Le secrétariat national de la LCR a publié une lettre ouverte à l'ambassade libyenne en Italie, qui déclarait notamment : « Nous sommes en solidarité totale avec le peuple arabe de Libye qui subit l'agression de l'impérialisme américain. a une dette historique par rapport à la Libye, pays qui a été victime du colonialisme italien pendant plusieurs décennies. Nous ne voulons pas voir notre aujourd'hui, approuver une agression militaire de plus contre un peuple qui a toujours lutté pour son indépendance. C'est pourquoi notre organisation et notre journal ont avancé le mot

"Bas les pattes devant la LiLe comité central de la LCR a adopté une résolution dont le thème essentiel était : « Contre l'agression impérialiste, aidons la Libye à résister ». En même temps, il fut décidé de lancer une campagne d'aide matérielle, notamment sous la forme de médicaments pour les victimes des bombardements de Tripoli et

La semaine qui suivit l'agression américaine a vu environ 100 000 manifestants descendre dans la rue en Allemagne de l'Ouest, dans toutes les grandes villes mais également dans nombre de villes de moindre importance. La plus importante manifestation était celle organisée à Bonn le 19 avril par le mouvement de la paix et qui a rassemblé 30 000 personnes. Ailleurs, les manifestations les plus importantes ont eu lieu à Hambourg, Francfort et Berlin.

L'impact du raid américain et plus généralement la politique de plus en plus belliqueuse de l'impérialisme américain a favorisé une coordination plus étroite entre les diverses composantes du mouvement de la paix, ainsi que les mouvements de solidarité avec des luttes anti-impériacontre la Libye a ravivé le sentiment anti-guerre, ce qui aura probablement pour conséquence un renforcement du mouvement de la paix, notamment au travers d'une participation plus impor• tante aux manifestations prévues pour

La première réaction à l'agression américaine fut une manifestation 15 000 personnes à Madrid, organisée par la Commission anti-OTAN conjointement avec des organisations de gauche et deux confédérations syndicales, les Commissions ouvrières (CCOO) et la Confédération nationale du travail (CNT). Le 20 avril, 10 000 personnes ont manifesté devant le consulat américain à Bar-

Le 15 avril, plus de 50 000 personnes ont manifesté devant l'ambassade américaine à Athènes sur les mots d'ordre les pattes devant la Libye ! " et « US, hors de la Méditerranée ! ». La manifestation était soutenue par la fédération des étudiants, par les deux partis

Get par plusieurs organisaEn Autriche, 4000 personnes ont manifesté devant l'ambassade américaine à Vienne, et une effigie de Reagan a été

En France, un millier de personnes ont participé à une manifestation à l'appel de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section française de la IVe Internationale) et de Lutte Ouvrière (LO).

Des protestations ont eu lieu un peu partout dans le monde arabe et musulman, notamment en Tunisie, en Egypte, au Pakistan et au Soudan où 10 000 personnes ont manifesté le 16 avril.

Aux Philippines, un millier de personnes, rassemblées devant l'ambassade le 18 avril pour protester contre le raid américain, ont entendu un des organisateurs de la manifestation déclarer : « Si les Etats-Unis peuvent le faire à la Libye, ils peuvent le faire aux Philippines ».

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