Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

Au sortir de plusieurs défaites, à la veille d'une année électorale

· Inprecor n° 22, 17 février 1978 · p. 12-17 · 4 753 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme Stalinisme Économie mondiale

Combien de temps la politique des revenus du gouvernement travailliste tiendra-t-elle, avant qu'un secteur de la classe ouvrière ne la mette en pièces, à la façon dont les mineurs se débarrassèrent de celle du précédent gouvernement conservateur ? De nombreuses luttes ouvrières ont secoué la Grande-Bretagne entre 1968 et 1974. Contrairement à toutes les prévisions, le gouvernement travailliste a réussi à déjouer cet assaut : en 1975 il imposait un "contrat social". Face à cette attaque gouvernementale et surtout trahie par la bureaucratie syndicale, la classe ouvrière marquait sévèrement le pas. Bien que les signes d'une riposte aient commencé à se manifester en 1977, les travailleurs se trouvent aujourd'hui dans une impasse. Le 19 janvier 1978, les pompiers reprenaient le travail sans être parvenus à obtenir une augmentation de salaire supérieure au plafond de 10% imposé par le gouvernement travailliste. Les mineurs - qui avaient été à l'avant-garde de la lutte contre la politique des revenus des deux précédents gouvernements conservateurs - ont passé outre à une décision de leur congrès syndical en acceptant de lier l'évolution de leurs salaires à la productivité, dressant ainsi les travailleurs d'un puits contre ceux de l'autre. La droite syndicale présente maintenant cette acceptation comme une alternative à la campagne nationale des syndicats pour les 135 livres (environ 1300 FF) de traitement minimum par semaine pour les mineurs de fonds. Isolé au milieu de ces défaites et d'autres - celle des mécaniciens de Leyland, celle des travailleurs des centrales électriques, celle des ouvriers des ateliers de l'aéroport de Heathrow, pour ne citer que les plus importantes - seule la lutte de la fabrique de films en couleur de Grunwick, au nord de Londres, tient grâce à la solidarité. Et encore cette dernière, entreprise par une majorité de travailleurs d'origine asiatique, se trouve-t-elle sérieusement en danger, malgré le symbole de résistance qu'elle représente pour les mobilisations de masse qui l'ont soutenue, notamment cet été. LA GREVE DES POMPIERS Paradoxalement, le syndicat des pompiers (FBU : Fire Brigades' Union) s'est porté à la tête de la lutte contre la barre des 10% d'augmentation de salaire, décrété par le gouvernement de James Callaghan et approuvé par la bureaucratie syndicale du TUC (Trade-Union Congress). Jusqu'à présent les pompiers ne s'étaient guère fait remarquer par leur degré d'organisation ou par leur combativité. Cette grève était la première à être lancée par le syndicat depuis sa création. Elle était d'autant plus significative qu'elle représent ait le premier défi ouvert aux 10%.

Brian GRAUGAN & Rich PALSER La volonté du gouvernement de briser la grève correspondait bien à l'orientation essentielle du Parti travailliste qui s'est fixé pour objectif de maintenir la politique des revenus. Son échec face au secteur public eût immanquablement impliqué une mise en cause des 10% dans le secteur privé. En réquisitionnant l'armée pour assurer le service des pompiers en grève, le gouvernement travailliste a montré une fois de plus sa détermination à venir en aide à la bourgeoisie. L'utilisation des troupes fut pourtant de peu d'efficacité pour briser la grève. Par contre leur manque d'entraînement dans la lutte contre le feu eut pour effet de faire grimper les frais des compagnies d'assurance. Dans son écrasante majorité, l'opinion publique - surtout dans le mouvement ouvrier organisé - se manifestait contre l'intervention gouvernementale et en faveur du FBU. Il devint vite évident que si cette sympathie devenait active, le FBU pouvait aisément remporter la victoire. La direction du FBU demanda au conseil général du TUC de soutenir la grève et de lancer une campagne nationale contre les 10%. Par 20 voix contre 17, le conseil général du TUC refusa son appui; il prenait ainsi implicitement parti pour les 10% du gouvernement, au mépris même de ses propres appels, lancés lors du dernier congrès de la centrale syndicale, en faveur d'un retour au principe de la libre négociation des salaires. La défaite de la grève ne mettait pas seulement en accusation l'aile droite du TUC, mais aussi la gauche du conseil général, la direction du FBU et le Parti Communiste, qui n'avaient rien fait pour mobiliser la large sympathie qui entourait les pompiers. La bureaucratie syndicale porte cependant la responsabilité principale de cette défaite. Sans elle, le gouvernement, sinon la bourgeoisie dans son ensemble, eût été impuissant à briser la grève. En effet, les secteurs de la classe dominante avaient été pris par surprise. Des commentateurs influents de la presse bourgeoise proposèrent d'abord de céder devant les exigences des pompiers; des dirigeants du Parti conservateur leur emboîtèrent le pas. Face à ces hésitations, le gouvernement travailliste tint bon, convaincu que les bureaucrates syndicaux réussiraient à isoler la grève.

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La situation que les travailleurs avaient connue sous les précédents gouvernements conservateurs se trouvait ainsi complètement renversée. En 1972 par exemple, la grève des mineurs jouissait d'une sympathie bien moindre que celle du FBU, mais la détermination des mineurs y avait vite remédié. Pourtant la différence essentielle entre la lutte des mineurs et celle des pompiers ne réside pas principalement dans ces écarts de combativité. En 1972, les travaillistes représentaient clairement une alternative gouvernementale face aux conservateurs. Aujourd'hui Callaghan et compagnie jouent sur le fait que la classe ouvrière ne voit aucune solution de rechange au gouvernement en place. Les travaillistes se servent de cette absence de perspectives pour justifier leur cours de plus en plus droitier, destiné, prétentent-ils, "à maintenir les conservateurs à l'écart et les travaillistes au pouvoir". La défaite des pompiers, les concessions faites par les mineurs et l'épuisement de la lutte des travailleurs de Grunwick ne provoquent, cependant, aucune modification des rapports de force globaux entre les classes. Le terrain économique et social reste le même. D'autres défis seront bientôt lancés à la limitation des salaires imposée par le gouvernement. Cette impasse marque toutefois la fin de la première vague d'une résistance fondée sur des méthodes de lutte et une orientation politique éprouvées à l'époque du combat contre le gouvernement conservateur, mais désormais inaptes à faire remporter la victoire contre celui de Callaghan. LE CONTRAT SOCIAL Lorsque la première phase de la politique des revenus fut introduite au milieu de l'année 1975, elle fut présentée comme une partie du contrat social des travaillistes. Les masses y voyaient une solution politique à la profonde crise économique, face à laquelle les formes de lutte syndicale semblaient incapables d'assurer le maintien du niveau de vie et de l'emploi. En échange de sacrifices à court terme, les travailleuis pensaient en retirer des avantages sociaux à long terme. A la bureaucratie syndicale, le contrat social offrait de mettre fin à l'attaque contre les syndicats, lancée par les conservateurs sous les auspices de leur Acte sur les relations industrielles (Industrial Relations Act). Celui-ci était abrogé et remplacé par un Acte sur la protection de l'emploi (Employment Protection Act) qui garantissait aux syndicats leur rôle dans de "saines relations industrielles" . C'est avec ces arguments que le gouvernement travailliste et la bureaucratie syndicale parvinrent à faire accepter leur politique des revenus. Malgré des oppositions notables à la base, les congrès des syndicats les plus importants, les uns après les autres, adoptèrent la politique de limitation des augmentations de salaire à un taux considérablement inférieur à celui de l'inflation annuelle. Le nombre de journées de travail perdues pour fait de grève tomba à son chiffre le plus bas depuis dix ans.

Le succès de l'offensive du gouvernement travailliste fut assuré grâce à la capitulation de toute l'aile gauche réformiste des directions syndicales. Hugh Scanion, le dirigeant du syndicat des mécaniciens et Jack Jones, le dirigeant du puissant syndicat des transports, qui avaient initialement déclaré leur opposition à toute forme de politique des revenus préconisée par les conservateurs, devinrent les fervents défenseurs de celle qui fut promulguée par les travaillistes. D'autres courants de gauche qui maintenaient leurs distances par rapport à certains aspects de la politique gouvernementale, se révèlèrent incapables de prendre la tête d'une quelconque riposte, en raison de leurs propres limitations réformistes. Leurs velléités se réduisirent à quelques pressions sur le gouvernement en place et à une vague propagande pour un gouvernement travailliste "de gauche" dans un futur indéterminé. Alan Fisher, du syndicat des employés du secteur public, par exemple, se fit l'instigateur d'une campagne des syndicats du secteur public contre la diminution des crédits sociaux. Le but de cette campagne était de persuader "qu'il fallait changer d'orientation"; celle-ci fut donc limitée à quelques rassemblements devant le parlement, à quelques initiatives locales dans des entreprises, à des réunions de dirigeants syndicaux et à une unique manifestation nationale. En mobilisant 60 000 travailleurs le 17 novembre 1976, cette dernière remporta un tel succès que les dirigeants syndicaux décidèrent d'annuler celle qui était prévue à Londres "pour ne pas susciter de comparaison avec la manifestation de novembre" Alors que la profondeur de la crise économique exige une lutte pour une orientation de rupture avec la domination capitaliste de la société, ces courants de gauche se contentèrent de proposer une politique de réflation, de contrôle des importations et de retour à la libre négociation des salaires. Callaghan devant le 10 downing street : bien installé mais jusqu'à quand ?

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Le Parti communiste, pris au piège de sa stratégie d'''unité de la gauche" dans les syndicats, se retrouva complètement paralysé. Jusque-là Jones et Scanlon représentaient ses principaux alliés; désormais toute mobilisation de la base syndicale risquait de mettre le PC en opposition directe avec la "gauche" de la bureaucratie syndicale. Les organisations de façade du PC dans les syndicats cessèrent de fonctionner ou furent vite amenées à le faire dès qu'il fut clair que leurs initiatives ne rencontraient pas l'appui de l'aile gauche de la bureaucratie syndicale. A la fin de la seconde année de blocage des salaires, le sentiment dominant parmi les travailleurs avait considérablement changé. Contrairement aux promesses des travaillistes et des bureaucrates syndicaux les sacrifices consentis sur les salaires n'avaient apporté ni avantages sociaux, ni diminution du chômage ni ralentissement de l'inflation; loin s'en fallait. Lorsque le gouvernement demanda une troisième année de cette politique, en l'infléchissant un peu pour rétablir les primes de productivité et la restauration des avantages liés à la qualification, les travailleurs se tournèrent de nouveau vers les syndicats pour que ceux-ci défendent leur niveau de vie. Les congrès syndicaux qui se tinrent à l'automne et à l'été dernier, témoignèrent de cette volonté de lutte. Le syndicat des transports (le plus important avec ses deux millions d'adhérents), le syndicat des mécaniciens et celui des mineurs appelèrent tous au retour immédiat à "la libre négociation des salaires", après que les dirigeants eurent essuyé les révoltes de la base. Le congrès national des syndicats, le TUC, ne put donc avaliser la troisième phase de politique des revenus. Malgré cela, la bureaucratie syndicale mit toute son énergie en oeuvre pour préserver intact le plafond des 10%. Elle le fit en imposant la règle selon laquelle tout accord salarial ne pouvait intervenir qu'un an après la conclusion du précédent. Les accords ayant conclu à des périodes différentes, cette manoeuvre bloquait en fait toute possibilité de lancer une offensive nationale et unitaire contre les 10%. De nombreux dirigeants syndicaux avaient voté pour cette résolution en opposition avec le mandat explicite des membres de leur syndicat. Ils s'efforcèrent ensuite de bloquer toutes les revendications qui mettaient en cause la fatidique limite des 10% imposée par le gouvernement. Le syndicat national des mineurs offre l'exemple le plus révoltant de ce genre de manoeuvre. Six mois avant le congrès national, le congrès des mineurs avait décidé d'adopter la revendication d'un salaire de 135 livres par semaine pour les mineurs de fond. Ils rejetaient ainsi à la fois toute forme de limitation des augmentations salariales et la règle des douze mois. Le congrès du syndicat des mineurs avait aussi refusé une proposition soumise par l'aile droite, dominante dans l'exécutif du syndicat, en faveur d'un engagement de productivité. En dépit du vote de congrès, la direction du syndicat continua à négocier en secret un accord de productivité dont elle devait soumettre les termes à un referendum, organisé en novembre dans chaque puits, afin de tenter de revenir sur la décision majoritaire du congrès. Après qu'ils eurent été de nouveau battus, les dirigeants syndicaux décidèrent unilatéralement que les accords de productivité pouvaient être négociés et conclus par mine ou par zône. Ils cherchaient ainsi à encourager les mineurs des gisements les plus accessibles à augmenter leurs salaires en intensifiant la production, rompant l'unité syndicale de lutte pour les 135 livres hebdomadaires. Si l'on se souvient que toutes les grandes luttes des mineurs contre les gouvernements conservateurs se sont livrées pour des augmentations communes à l'échelle nationale de la branche, il ne fait pas de doute que le syndicat, dans son ensemble, se trouve désormais grandement affaibli par les manoeuvres de division de ses dirigeants. GRUNWICK La lutte de Grunwick, qui se poursuit depuis 18 mois, fournit un autre exemple de la capacité de la bureaucratie syndicale à porter des coups destructeurs contre la classe ouvrière, là où les institutions et les forces de la classe dominante étaient réduites à l'impuissance. Dans ce cas, il s'agit d'une tentative du gouvernement travailliste de revenir, à la faveur des dernières défaites, sur un certain nombre de droits syndicaux qu'il avait lui-même concédés au moment du contrat social. La détermination des grévistes de Grunwick et l'arrogance antisyndicale du patron de cette entreprise - un dénommé George Ward - ont placé ce conflit au centre des préoccupations de toute la classe ouvrière. Durant l'été 1977, les les piquets de solidarité, formés de milliers de travailleurs des autres entreprises, étaient devenus chose courante. D'autres secteurs - particulièrement celui, essentiel, des postes -avaient commencé à prendre des initiatives telles que le boycottage du courrier à destination de la firme de Grunwick. Sous l'effet de cette pression, des ministres travaillistes se virent même obligés de faire une apparition au piquet de grève. Le TUC fut contraint d'adopter une résolution en faveur d'actions de solidarité. La pression était telle qu'une commission d'enquête, formée par le gouvernement travailliste sous les auspices d'un juge à la cour suprême, rendit son verdict en faveur des travailleurs de Grunwick. Ward semblait sur le point de mordre la poussière. C'est alors que la bureaucratie syndicale enfra en scène. Tout d'abord le propre syndicat dont dépendaient les grévistes, appela à cesser les piquets de grève alors que leur caractère de masse était sur le point de forcer à la fermeture totale de l'entreprise. Puis le dirigeant du syndicat des postes donna la consigne de mettre fin au boycottage du courrier; il alla jusqu'à infliger des amendes de 500 livres (environ 4500 FF) aux membres du syndicat qui refusaient de s'y plier. Enfin, le syndicat des travailleurs de Grunwick, l'APEX, procéda à la suspension de plusieurs grévistes qui avaient commencé une grève de la faim devant le siège de la TUC, afin d'exiger que la centrale mette en pratique sa propre résolution de congrès. Le TUC refusa de bouger. Ce sabotage mina le soutien actif dont jouissait la grève. La lutte de Grunwick demeure désormais plus ou moins isolée, quel que soit le courage des grévistes qui continuent à se battre avec acharnement.

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Quoique de manière moins brutale, la bureaucratie a remporté d'autres victoires tout aussi réelles dans divers syndicats. Le Comité exécutif du syndicat des transports a approuvé et appliqué la règle des 12 mois, en dépit de la décision du congrès syndical. Hugh Scanlon, le président du syndicat des mécaniciens, ancienne tête de file de l'aile "gauche" et ex-adversaire de la politique des revenus - du temps où c'étaient les conservateurs qui la pratiquaient - a réussi à faire approuver son vote pour les 12 mois, lors du congrès du TUC, par le Comité national de son syndicat. Ces victoires bureaucratiques ne sont pourtant pas parvenues à modifier le massif sentiment d'opposition à la politique des revenus qui règne dans les rangs de la classe ouvrière. Elles n'ont pas réussi non plus à étouffer la renaissance des luttes syndicales, particulièrement dans le domaine des revendications salariales. Cette tendance se traduit clairement par le nombre de journées de travail perdues en grève, dont le chiffre pour l'année 1977 est trois fois supérieur à celui de 1976. Deux tiers de ces journées perdues l'ont été au cours de la seconde moitié de l'année. Le mois de novembre marque le sommet de cette courbe avec 1,6 million de journées de travail perdues. Les travailleurs aux plus hautes traditions de combativité et d'organisation se sont trouvés aux premiers rangs de ces luttes. Dix millions de journées perdues sont dues aux grèves dans le secteur de l'industrie automobile. Les outilleurs de Leyland, les mécaniciens de l'aéroport de Heathrow, les ouvriers des centrales électriques, entre autres, ont été à l'origine de nombreuses grèves sauvages. Dans certains cas la bureaucratie s'est même trouvée obligée d'appuyer, voire de diriger ces luttes ayant trait, la plupart du temps, aux salaires et aux conditions de travail. UNE ANNEE ELECTORALE 1978 sera probablement une année électorale en Grande-Bretagne. La politique des revenus constituera un thème central de ces élections. L'application de cette politique pendant deux années consécutives par le gouvernement travailliste a rogné les salaires réels de la classe ouvrière britannique de 12,5%, ce qui représente la chute la plus importante de son niveau de vie depuis un siècle. Au cours de la même période, le chômage a doublé pour dépasser le chiffre de 1,5 million de chômeurs. Les crédits sociaux ont été amputés, au point de provoquer la fermeture d'écoles, d'hôpitaux et de chantiers de construction de logements. Le gouvernement travailliste, minoritaire au Parlement, ne peut entamer une troisième année de politique des revenus et rester au pouvoir que grâce au pacte qui le lie désormais au Parti libéral. La reprise économique temporaire et la résistance croissante de la classe ouvrière à l'attaque contre son niveau de vie contraignent Jim Callaghan à "faire appel au verdict du pays" en cette année 1978. Il existe trois indicateurs essentiels de la reprise actuelle. Premièrement, les prévisions pour 1978 font état d'un excédent de la balance des paiements de 1,5 milliard de livres à 2,25 milliards. Les revenus tirés du pétrole de la Mer du Nord en constituent la part essentielle.

Deuxièmement, le taux d'inflation est en nette diminution. Le gouvernement estime qu'il deviendra inférieur à 10% vers le mois d'avril ; mais il est probable que le taux d'inflation dépassera de nouveau ce chiffre à l'automne. Troisièmement, les dépenses (gouvernementales) du secteur public sont en baisse. Elles pourraient être inférieures de 1,5 milliard de livres au chiffre prévu de 8,5 milliards. A la suite des restrictions budgétaires (8 milliards de livres), deux services gouvernementaux sur 125 seulement ont dépassé la somme qui leur était allouée. Cette reprise limitée laisse une certaine marge de manoeuvre au gouvernement travailliste. Toutefois, des mesures de réflation conjoncturelles - comprenant, par exemple, une certaine diminution des impôts - fondées sur l'imposition de la politique des revenus, ne sauraient suffire à rétablir le taux de profit à un niveau acceptable par les capitalistes. Selon la revue patronale "Trade and Industry", le taux de profit des compagnies industrielles et commerciales s'établissait, en 1976, autour de 3,5%, c'est à dire à un niveau aussi bas qu'en 1975 et de 50% inférieur à celui de 1970 (qui marquait déjà le point le plus bas du cycle précédent). L'intérêt des capitalistes suppose donc une nouvelle diminution du niveau de vie de la classe ouvrière. Callaghan fera sa campagne électorale en expliquant que la relance temporaire est bien le fruit des sacrifices consentis par la classe ouvrière et que ces 5 "restrictions" doivent être poursuivies sous le signe de la politique des revenus. Callaghan prépare le terrain de sa campagne en laissant entendre, de manière officieuse, que la quatrième phase de sa politique devrait s'accompagner de l'imposition d'un plafond de 5% pour toutes les augmentations de salaires. Le Parti conservateur, le principal parti bourgeois, ne s'est pas encore complètement remis de la crise interne qu'avait provoqué le renversement du précédent gouvernement conservateur par la grève des mineurs, en 1972. Ces derniers avaient alors mis en échec la politique des revenus du premier ministre de l'époque, Edward Heath. Cette crise interavait amené Margaret Thatcher à prendre la direction du parti. La dirigeante conservatrice est une adversaire de "l'ingérence du gouvernement dans les affaires industrielles" et donc de l'imposition d'une politique gouvernementale des revenus. Le conflit entre les deux ailes du Parti conservateur, respectivement emmenées par Thatcher et Heath, semblait avoir été réglé, lors du dernier congrès du parti à l'automne 1977. Ce dernier se prononça en effet pour une politique des revenus "de type ouest-allemand". A la suite des récentes allusions de Callaghan à l'opportunité d'une nouvelle année de politique des revenus, Thatcher appela publiquement à "la fin de l'ingérence gouvernementale dans les négociations salariales de l'industrie" Les secteurs les plus influents de la bourgeoisie font actuellement pression sur Margaret Thatcher pour qu'elle modifie son orientation en matière de politique des revenus. Le 14 janvier 1978, l'hebdomadaire bourgeois "The Economist" écrivait : "Les conservateurs feraient preuve de sagessse en se dégageant d'une controverse sur un sujet tel que la politique

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salariale, où ce sont les travaillistes qui ont toutes les cartes en main. Ils feraient mieux de concentrer leur bataille contre les tendances socialistes au contrôle des gens et de leurs libertés. Comme le nous le soulignions la semaine dernière, plus Mrs. Thatcher s'exprime sur la politique salariale, plus Mr. Callaghan est content." Callaghan détient en effet les cartes biseautées de la politique des revenus. C'est justement la capacité des travaillistes à impliquer la bureaucratie syndicale dans la mise en pratique d'une telle politique qui fait que la classe ouvrière a vu son niveau de vie si dramatiquement amputé. Tant que le gouvernement apparaît capable de poursuivre cette politique, les conservateurs auront peu de choses intéressantes à offrir à la bourgeoisie. C'est pour cette raison que le Parti libéral maintient les travaillistes au pouvoir, au grand dam des conservateurs. Pour les libéraux, d'ailleurs, le pacte qu'ils ont ont conclu avec les travaillistes (le pacte "Lib-Lab") est subordonné à la continuation de la politique des revenus. Ils risquent d'ailleurs d'en subir les conséquences électorales. juillet 1977. Devant l'usine de Grunwick Leur dirigeant, David Steel, s'en sort en expliquant que "le pays" - c'est-à-dire la bourgeoisie - a besoin de la politique des revenus et que le "bien-être" national passe avant les intérêts de tout parti. UN NOUVEAU DEBAT POLITIQUE Il reste une question essentielle : combien de temps la polifique des revenus du gouvernement travailliste tiendra-t-elle, avant qu'un secteur de la classe ouvrière ne la mette en pièces, à la façon dont les mineurs se débarassèrent de celle du précédent gouvernement conservateur ? L'impasse actuelle que connaît la lutte de classes a précipité l'apparition d'un débat politique au sein de l'aile gauche du mouvement ouvrier. Ce type nouveau de discussion est le résultat du changement politique introduit par le succès de l'offensive gouvernementale travailliste de la mi-1975. Dans cette situation, deux courants majeurs s'affrontent. Il y a, en premier lieu, ceux qui se tournent vers la gauche travailliste et le Parti communiste. Selon eux, les défaites subies au cours de la dernière période ne sont pas dues à la trahison de la bureaucratie, mais constituent plutôt la preuve de la faiblesse de la classe ouvrière et de la puissance des capitalistes. Cette explication ne tient guère si l'on examine la dynamique véritable de la grève des pompiers. Le refus de la direction du TUC - acquis à très peu de voix de majorité : 20 contre 17 - de soutenir la lutte du FBU contre les 10% offrait à la gauche syndicale une occasion formidable. Les grévistes jouissaient d'un appui massif et cette trahison de la direction du TUC allait à l'encontre de la décision du congrès national des syndicats qui s'était prononcé contre une troisième phase de la politique des revenus. Un appel aurait aussi poussé le congrès du TUC à réaffirmer l'orientation qu'il avait adoptée précédemment et donc à remplacer la direction jaune qui l'avait bafouée. rientation qu'il avait adoptée précédemment et donc à remplacer la direction jaune qui l'avait bafouée. Mais il n'y eut aucun appel. Les dirigeants du FBU prirent prétexte de la décision majoritaire de la direction du TUC pour donner la consigne de reprise du travail. Il n'est pas étonnant que dans ces conditions, les grévistes, gagnés par la démoralisation, se soient finalement soumis. Mais cela n'administre en rien une démonstration de la puissance de la classe dominante. Ce ne sont ni les troupes ni les patrons qui ont vaincu la grève; ce sont les dirigeants syndicaux.

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Lors de cette grève des pompiers, l'action de la base syndicale revêtait un caractère vital. Pourtant les trois militants du PC, membres du Conseil général du TUC, n'ont jamais appelé à de telles initiatives. Ils n'ont même fait aucun effort pour sortir de sa torpeur leur "Comité de liaison pour la défense des syndicats", c'était pourtant le moment ou jamais de l'élargir. Après la fin de la grève, le quotidien du PC "Morning Star " plaçait toute la responsabilité de l'échec sur les épaules de la droite du TUC, en taisant le rôle que la direction du FBU y avait joué. Face à la capitulation des réformistes de gauche et des centristes, un courant ultra-gauchiste a fait surface. Ses animateurs ont pour perspective de "contourner" les bureaucrates, si ce n'est d'ignorer totalement leur existence. Ce courant s'est manifesté récemment lors de certaines actions, mais il existait déjà parmi les grévistes pompiers. Ainsi, lors de la manifestation devant la réunion du Conseil général du TUC, à Noel dernier, l'un des principaux mots d'ordre était : "Empaillez le TUC: " (Stuff the TUC). Pendant la dernière assemblée de délégués du FBU qui devait décider de la fin de la grève, des membres du syndicat menacèrent physiquement les dirigeants. Le Socialist Workers Party (le groupe britannique anciennement dénommé "'International Socialism") donne une expression politique aux sentiments de cette couche. Pourtant, depuis que le gouvernement travailliste a lancé son offensive, ce courant s'est à chaque fois révélé incapable d'offrir une alternative crédible à l'orientation des bureaucrates et de leurs fidèles suppôts du PC. Le résultat tangible de sa politique, par contre, est de laisser la soi-disant "gauche" libre de désorienter les travailleurs et de gaspiller l'énergie des secteurs les plus combatifs en l'épuisant dans d'interminables joutes apolitiques verbales, voire même physiques. La dernière période a révélé le besoin décisif de construire une aile gauche, de lutte de classes parmi la base des syndicats. Une telle aile gauche doit combattre la bureaucratie syndicale et détourner les masses des pseudo-alternatives de la gauche réformiste. Elle est liée au combat pour la construction d'une véritable direction de rechange socialiste. Le PC et le SWP, chacun de leur côté, prétendent incarner cette solution de rechange. Mais la période qui vient de s'écouler montre justement que cette prétention n'est qu'un bluff. En fait le PC aide les réformistes de gauche et le SWP, en se refusant à les mettre au pied du mur par le moyen d'une politique de Front unique, leur fournit d'excellents prétextes. Le rapport de forces reste favorable à la construction d'un tel courant. Dans les syndicats, des minorités significatives s'opposent au contrat social du gouvernement travailliste. De nouvelles revendications surgissent et s'étendent, comme celle de l'échelle mobile des salaires qui figure désormais sur le cahier revendicatif des travailleurs de Ford; elles constituent les éléments-clé d'un futur programme alternatif à celui des bureaucrates et des réformistes de gauche. L'expérience des deux années passées, et particulièrement celle des derniers mois, a stimulé un vif débat dans la gauche du mouvement ouvrier. Le bilan des stratégies et des tactiques qui y ont été employées est en train d'être tiré. Il est désormais possible de jeter les fondations d'un troisième courant. Celui-ci comprendra la nécessité de revendications et d'objectifs transitoires dans la lutte ainsi que la priorité actuelle du Front unique dans le cours de cette lutte pour la satisfacfion des revendications. La constitution par plusieurs groupes révolutionnaires du bloc électoral d'Unité socialiste (Socialist Unity) est un premier pas dans le sens du regroupement des militants prêts à s'engager dans cette entreprise. Les prochaines élections municipales, en mai 1978, lui donneront l'occasion de populariser son programme et de se lier à d'autres couches qui peuvent contribuer à la construction d'une aile gauche, de lutte de classe, dans les syndicats.

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LINE Novembre 1977. Piquet de grève des pompiers

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