Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FEMMES

Partout, les femmes ripostent à l'austérité

· Inprecor n° 22, 17 février 1978 · p. 18-20 · 2 528 mots

Femmes Syndicalisme Grande-Bretagne France

FEMMES Déclaration du Secrétariat unifié de la /Ve Internationale sur le 8 mars 1978, journée internationale des femmes Lors du congrès des femmes socialistes qui se tint à Copenhague en 1910, la date du 8 mars fut choisie comme journée de commémoration de la lutte des femmes pour leur libération. Ce jour fut choisi en mémoire d'une manifestation des ouvrières de la confection à New York en 1908; elles exigeaient l'abolition de leurs conditions de travail inhumaines ainsi que le droit de vote pour les femmes. C'est à l'occasion de la journée internationale des femmes en 1917 que les travailleuses du textile se soulevèrent en Russie, produisant l'étincelle qui devait initier la vague de grèves qui a culminé dans le renversement du tsar. Après des années de célébration rituelle de la journée internationale des femmes par l'Union soviétique et par les autres Etats ouvriers bureaucratisés, ce jour prit une nouvelle dimension au début des années 60 avec le nouvel essor des luttes de libération des femmes qui devinrent un mouvement international. Alors qu'il ne comprenait, au départ, que des couches restreintes de femmes relativement privilégiées, le mouvement n'a cessé de croître, pénétrant dans tous les pores de la société des pays capitalistes avancés, en même temps qu'il commençait à apparaître dans les pays coloniaux. En cette journée internationale des femmes de 1978, il est évident que le mouvement de libération des femmes devient un aspect de plus en plus important de la lutte des classes dans son ensemble. Sur le plan économique et dans tous les pays capitalistes, les masses travailleuses sont contraintes de supporter le poids des crises continuelles provoquées par la récession ou la stagnation économique inhérentes aux mécanismes du système de profit. Partout la tendance est d'imposer ou de renforcer des programes d'austérité dont le but est d'obliger les travailleurs à travailler plus et à se serrer la ceinture afin d'élargir les marges de profit des capitalistes. Les femmes, tout comme les jeunes, les travailleurs immigrés et les travailleurs des minorités opprimées, représentent une cible centrale pour les attaques des patrons. Elles sont confrontées à un taux de chômage plus élevé, à un enfermement plus grand dans les catégories salariales les plus basses, à des restrictions de crédit dans les crèches et dans les services médicaux liés au contrôle de leur fontion reproductive (centres d'avortement et de contraception). Considérées comme responsables du travail domestique, ce sont elles qui ressentent le plus immédiatement les restrictions qu'imposent la montée des prix et la diminution du salaire réel. Les femmes sont également victimes de la situation de manière indirecte : le fardeau de la crise économique est à l'origine de frustrations conduisant certains travailleurs à faire supporter leur désespoir à leurs proches, accentuant, entre autres, les phénomènes de viol et de femmes battues. Les événements qui ont marqué l'année écoulée ont montré l'importance croissante des luttes de femmes en tant que partie intégrante de la lutte de la classe ouvrière dans sa riposte à la politique d'austérité. On a assisté par exemple à l'un des exemples les plus frappants en ce sens en Grande-Bretagne où les travailleuses de l'entreprise de photo de Grunwick- la majorité d'entre elles sont des immigrées asiatiques - ont mené une bataille longue d'une année pour avoir le droit de former un syndicat et de lutter contre leurs conditions de travail et contre la surexploitation dont elles sont l'objet. Cette bataille est devenue l'un des points centraux de la vie politique anglaise durant des semaines, les grévistes montrant l'exemple à tous les travailleurs, au travers d'appels à la solidarité ouvrière, et grâce à l'existence de piquets de grève massifs résistant à l'assaut combiné de la police, de la justice, de la presse bourgeoise et de l'extrême-droite. Ces attaques ont été couvertes et parfois encouragées par la bureaucratie des syndicats et du Parti travailliste. Aux Etats Unis, l'une des conséquences de la politique d'austérité des capitalistes s'est reflétée dans un débat public très large sur la question des "quotas" ou mesures préférentielles tendant à réduire les discriminations qui touchent les femmes, les noirs et les autres minorités opprimées, sur le plan de l'éducation comme dans l'emploi. Le débat s'est cristallisé autour d'un cas important (le"cas Bakke") dont la Cour Suprême est saisie actuellement. (Allan Bakke est un étudiant blanc auquel a été refusé l'admission à la faculté de Médecine de l'université de Californie et qui a assigné la faculté en justice pour "discrimination à rebours" à son égard à cause des quotas de Noirs, de Chicanos, de Portoricains et d'Asiatiques.) En défendant le principe des mesures préférentielles contre les discriminations, le mouvement des femmes est venu renforcer les mouvements noir, chicano et portoricain et montrer

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à l'ensemble du mouvement ouvrier que la lutte contre les discriminations est une précondition d'une mobilisation unissant toutes les forces de la classe ouvrière dans sa lutte contre l'exploiteur. Plus généralement, les femmes dans de nombreux pays ont commencé à exiger des mesures préférentielles pour leur assurer l'accès de plein droit à tous les emplois et à l'éducation, de façon à pouvoir briser le carcan des rôles et des emplois traditionnellement "féminins" qui contraignent les femmes aux travaux les plus mal payés et à la double journée de travail. En Italie, les femmes ont été à l'avant-garde de la lutte pour l'emploi, organisant des réunions entre elles - à l'intérieur comme à l'extérieur des syndicats - afin de défendre leurs besoins spécifiques. Et dans tous les pays capitalistes avancés , les femmes se sont retrouvées en tête des mouvements contre les coupures de crédit affectant les dépenses sociales, qu'il s'agisse des crèches, des services médicaux ou de l'éducation. D'un point de vue politique plus général, les luttes de femmes ont contribué à mettre en évidence l'importance de questions sociales et politiques comme celles des droits démocratiques. Da Dans de nombreux pays, l'une des luttes de pointe continue à être celle qui touche au droit des femmes à contrôler leur propre corps grâce à l'accès à des moyens contraceptifs sûrs et bon marché, à l'avortement sur demande et à l'abolition de la stérilité forcée. Dans tous les pays où le droit à l'avortement a été libéralisé à la fin des années 60 ou au début des années 70, comme ce fut le cas en France, en Grande-Bretagne et aux Etats Unis, ce droit est maintenant remis en question, que ce soit au travers de restrictions légales ou de restrictions budgétaires touchant l'avortement. Cela ne fait que refléter les attaques plus générales de la classe dominante contre les droits et le niveau de vie des couches opprimées. Le 14 mai 1977, 10 000 personnes ont manifesté dans les rues de Londres pour exiger que soit mis fin aux restrictions du droit à l'avortement. En France, le refus du gouvernement, des médecins et des hôpitaux d'appliquer la loi Veil, votée en 1975 et qui autorise l'avortement avec certaines restrictions jusqu'à dix semaines, a suscité une opposition plus large que jamais, incluant les deux principales centrales syndicales a insi ainsi que des personnalités du Parti communiste et du Parti socialiste. Un exemple en a été le meeting du 5 février sur l'avortement organisé par la coordination des groupes femmes et soutenu par la CFDT et d'autres organisations de masse, qui a rassemblé plus de 2000 personnes à Paris. En Suisse, un referendum qui a donné lieu à une bataille centrale pour éliminer les restrictions concernant l'avortement. n'a été rejeté que de peu en septembre dernier (929 239 voix contre 994677), après une campagne anti-avortement menée par l'Eglise catholique et soutenue à la fois par la démocratie-chrétienne et certaines personnalités protestantes. Dans la bataille pour le droit à l'avortement, les femmes ont été les premières à riposter et à se mobiliser contre l'extrême-droite. Dans tous les pays, le réseau international des organisations qui sont contre l'avortement est lié aux groupes racistes, anti-immigrés, d'extrême-droite ou fascistes. Les efforts du mouvement des femmes pour répondre politiquement et pour se mobiliser contre ces groupes est d'une importance primordiale pour l'ensemble de la classe ouvrière. Ces dernières années, les femmes ont également été à l'avant-garde dans certaines luttes contre la dictature. Durant les trois mois qui viennent de s'écouler, des centaines de femmes ont participé à des manifestations de femmes et à des grèves de la faim contre les régimes militaires en Argentine, en Bolivie et au Nicaragua, exigeant la libération de tous les prisonniers politiques. Au Pakistan, où n'existe certainement pas un "mouvement de libération des femmes " , comme c'est le cas dans les pays capitalistes avancés, l'année 77 a vu, pour la première fois, l'entrée en action massive des femmes sur le plan politique. Selon les traditions islamiques, les femmes pakistanaises sont censées rester à la maison, ne pas sortir dévoilées et encore moins s'organiser sur le plan politique. Mais au printemps dernier, durant les soulèvements qui ont suivi les élections de mars, les femmes sont descendues spontanément dans la rue pour protester contre la répression et exiger la libération des prisonniers politiques. Les mouvements de libération des femmes en tant que tels s'étendent aux pays coloniaux et semi-coloniaux. Au Brésil, toujours sous le coup d'un régime dictatorial, plusieurs groupes de femmes sont apparus, en même temps que naissaient deux journaux féministes et que des centres de femmes étaient créés dans une demi-douzaine de villes importantes. Le rôle le plus central de la lutte des femmes s'est également reflété dans l'impact du mouvement autonome sur les partis réformistes de masse (les partis communiste et socialiste) et sur les syndicats. Durant les premières années de la nouvelle montée du mouvement des femmes, les partis communistes avaient en général tenté d e s'opposer à celui-ci ou de l'ignorer, le présentant comme étranger aux femmes de la classe ouvrière. Mais l'extension des idées féministes parmi les femmes travailleuses a contraint les PC à plus de prudence dans leur rejet du mouvement, les amenant même à s'y adapter en paroles dans certains pays afin d'être en meilleure position pour attirer les femmes dans des voies réformistes.

est ainsi que l'on a yu le mes durant la compoune por

les élections générales de juin 77. Mais de tels tournants ont pour effet de susciter une opposition à la ligne réformiste du PCE, parmi les militantes de ce parti, dans la mesure où les intérêts des femmes sont sacrifiés sur l'autel de la collaboration de classe et du pacte d'austérité avec la bourgeoisie. En Grande-Bretagne, la façon dont le Parti travailliste au gouvernement a trahi les femmes est un exemple particulièrement criant de ce type de politique. Les femmes ont pu constater que le gouvernement, ainsi que les parlementaires, mem-

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bres du Parti travailliste, étaient à la pointe du combat contre le droit d'avorter. De plus, sous le gouvernement travailliste s'est produit un formidable accroissement du chômage qui a frappé les femmes de façon spécialement dure et des amputations sévères ont été opérées dans le budget des services sociaux ce qui fait retomber sur les femmes la plus grosse part du fardeau. Ces attaques et la nature incontestablement inadéquate de la législation travailliste sur leurs droits ont conduit les femmes à une riposte résolue et multiforme. L'intérêt très large pour les idées socialistes dans les mouvements de libération des femmes du monde entier, intérêt qui s'est manifesté lors d'évènements comme la récente conférence des féministes socialistes rassemblant plus de mille femmes à Manchester, montre l'importance du potentiel existant pour gagner à une perspective socialiste les féministes qui commencent à se radicaliser. Le rôle des marxistes révolutionnaires dans ce processus est d'importance vitale. Contrairement à toutes les tendances réformistes du mouvement ouvrier d'une part, et aux propositions de lutte des sexes qui se font jour dans le mouvement des femmes d'autre part, la IVe Internationale met en avant une stratégie de lutte de classe pour construire un mouvement de masse centré sur les besoins les plus pressants des femmes de la classe ouvrière et des autres couches opprimées. Les femmes font aussi valoir leurs besoins et leurs revendications à l'intérieur des syndicats. En Espagne, les travailleuses ont été un élément dynamique dans la croissance de la syndicalisation durant la période qui a suivi la mort de Franco, exigeant le droit de se réunir entre elles pour débattre de leurs problèmes spécifiques afin de peser plus efficacement dans les syndicats et d'obtenir de ces derniers qu'ils se battent pour leurs revendications. En France, les deux principa-* les centrales syndicales, la CGT et la CFDT, ont débattu ouvertement l'an dernier de la tenue de réunions internes non mixtes. Mais ces progrès n'ont pas été obtenus sans luttes. A chaque pas, les femmes continuent à devoir se battre, non seulement contre les préjugés de leurs compagnons de travail, mais aussi contre l'arriération de la bureaucratie syndicale qui s'appuie sur les couches les plus conservatrices de la classe ouvrière. En Espagne, En Italie, en France et ailleurs, ce sont les femmes qui ont insisté pour que les syndicats engagent la bataille sur des problèmes sociaux plus généraux, tels que le besoin de crèches, la diminution de la durée de la semaine de travail et le droit à des congés de maternité et à des congé parentaux adéquats. Dans les pays capitalistes européens, les structures féminines syndicales ont aussi mis en évidence le besoin objectif d'unification des confédérations syndicales, divisées entre elles sur la base de lignes politiques divergentes. Cela indique bien la nécessité pour la classe ouvrière tout entière de parvenir à dépasser les divisions sectaires entre syndicats, maintenues par la politique des partis réformistes. Un autre trait caractéristique du mouvement des femmes qu'il faut relever en ce 8 mars 78, c'est l'internationalisme dont il a fait preuve dès le départ. Le nombre important de conférences et de rassemblements internationaux, de même que la rapide diffusion internationale de la littérature féministe et son assimilation par le mouvement, reflètent la conscience des femmes que leur lutte est internationale, qu'elle s'étend au-delà des frontières comme au-delà des systèmes sociaux. Dans ce sens, le mouvement des femmes est un exemple pour le reste de la classe ouvrière. Durant ces dernières années tou spécialement, on a pu assister à un regain de tendances visant au protectionnisme, à l'expulsion des travailleurs immigrés et aux tentatives de la classe dominante de faire subir les conséquences de la crise aux travailleurs des autres pays. Par cette dimension internationaliste qui s'exprimera au travers de milliers de rassemblements et de manifestations le 8 mars de cette année, le mouvement des femmes indique au mouvement ouvrier dans son ensemble la voie à suivre pour une lutte efficace contre les exploiteurs : l'internationalisme. Pour ce 8 mars 1978, les revendications et les thèmes qui apparaissent les plus importants sont les suivants : - Pour la défense et l'extension du droit à la contraception et à l'avortement sur simple demande, remboursé et pris en charge par les services hospitaliers. - Non aux attaques budgétaires contre les services sociaux : crèches, services hospitaliers spécialisés, etc. - Droit au travail pour les femmes. Non aux licenciements discriminatoires à l'encontre des femmes. - Droits égaux pour les femmes. Non à toutes les lois discriminatoires. - Solidarité de l'ensemble du mouvement ouvrier avec la lutte des femmes.

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