DOCUMENT Le gouvernement américain tente systématiquement d'infiltrer, de détruire et de subvertir les mouvements pour les droits civiques ou le changement social aux Etats-Unis La déclaration que nous publions ci-dessous a été adressée par un groupe d'intellectuels vivant aux Etats-Unis aux organisateurs de la Conférence sur les droits humains qui s'est tenue à Paris les 17 et 18 décembre 1977. Le Comité international contre la répression, la Ligue des droits de l'homme, la FEN et la CFDT se trouvaient à l'origine de cette initiaLa déclaration des intellectuels a été publiée, le 26 janvier 1978, dans l'hebdomadaire "New York Review of Books" En principe les réunions de Belgrade doivent examiner la mise en pratique des dispositions concernant les droits humains contenues dans les accords d'Helsinki de 1975. Témoins immédiats et protagonistes des luttes pour les droits démocratiques et humains en Europe de l'Est comme de l'Ouest: "Ne vous laissez pas abuser par les déclarations de Carter sur les droits humains." Les dix de Wilmington ne sont pas abusés, eux qui militaient pour les droits civiques et contre lesquels on a monté une parodie de justice. Les trois personnes qui avaient déposé contre eux ont reconnu avoir fait de faux témoignages sous la pression de la police. Pourtant, le procureur de l'Etat de Caroline du Nord, après consultation avec le procureurgénéral Bell, a refusé de réouvrir le dossier. Neuf des dix de Wilmington expient en ce moment des peines dont le total s'élève à 282 années de prison pour leur activité dans le mouvement contre l'oppression nationale des Noirs aux Etats-Unis. Les quatre nationalistes porto-ricains ne sont pas abusés. Ils sont les prisonniers politiques qui ont passé le plus de temps dans les prisons de l'hémisphère occidental. Le gouvernement Carter refuse de les amnistier. Paul Skyhorse et Richard Mohawk, qui font aujourd'hui face à une inculpation de meurtre fabriquée de toutes pièces, et Leonard Peltier, récemment condamné à l'emprisonnement à
ETATS-UNIS perpétuité pour un motif tout aussi faux, font partie de ces centaines de militants indiens américains qui ont été systématiquement poursuivis par le gouvernement de Washington au cours de ces dernières années. Ils ne sont pas abusés par les déclarations de Carter se préoccupant de la violation des droits humains. Pas plus que ne le sont les milliers de militants contre la guerre, de combattants noirs pour la liberté, de féministes et tous ceux qui luttent pour un changement social et qui savent que le président Jimmy Carter et le gouvernement américain continuent à couvrir la surveillance illégale de leurs activités ainsi que les agressions meurtrières de leurs organisations et de leurs dirigeants par la C.I.A. et le F.B.I. Les documents fournis par le gouvernement lui-même prouvent qu'il tente systématiquement d'infiltrer, de détruire et de subvertir les mouvements pour les droits civiques ou le changement social aux Etats-Unis. Ces pièces parvinrent à la connaissance du public à la faveur de l'affaire du Watergate et de ses conséquences. Néanmoins l'administration Carter fait la sourde oreille aux demandes de groupements tels que le Fonds de défense des droits politiques et le Comité pour la réouverture du dossier Rosenberg qui demandent que soient complètement dévoilés les actes illégaux du gouvernement américain. Des milliers de travailleurs immigrés, poussés par le chômage et la pauvreté que les entreprises américaines entretiennent dans leur pays, cherchent illégalement du travail aux Etats-Unis. Ils vivent dans des conditions inhumaines et sont expulsés par l'administration américaine s'ils osent défendre leurs droits démocratiques et humains. Ces travailleurs immigrés ne voient que de l'hypocrisie dans les déclarations de Carter. Il y a 40 millions d'Américains noirs, hispaniques, indiens, asiatiques qui sont pauvres. Eux ne se laissent pas non plus abuser par les déclarations de Carter. Ils sont sans emploi, sans logement, sans soins et n'ont aucun moyen de sortir de la misère. Ils souffrent d'autant plus que le gouvernement
DOCUMENT continue à attaquer certaines des garanties qu'ils ont durement arrachées pour leur embauche, l'éducation et le logement. Carter leur demande de se "serrer la ceinture" pour que les grandes entreprises puissent faire davantage de profits. Les femmes qui luttent pour défendre leur droit de choisir (c'est à dire leur droit d'avorter, qui est aujourd'hui attaqué, et leur droit de refuser les programmes gouvernementaux de stérilisation forcée, aux Etats-Unis comme à l'étranger), les femmes qui luttent pour inclure l'Amendement sur l'égalité des droits entre hommes et femmes à la Constitution américaine, celles qui luttent pour les crédits nécessaires au développement des crèches, toutes ces femmes ne sont pas abusées par les déclarations de Carter. Dans le monde, des millions d'ouvriers, de paysans et d'intellectuels connaissent la vérité sur la priorité donnée aux droits humains dans la politique étrangère des Etats Unis, car ils vivent sous des régimes brutalement répressifs que le gouvernement américain soutient comme en Iran, au Chili, au Brésil, en Corée du Sud, en Argentine, en Afrique du Sud, aux Philippines, en Indonésie et ailleurs. Nous avons attiré votre attention sur l'hypocrisie du gouvernement américain qui prétend défendre la cause des droits humains. Nous dénonçons aussi les violations des principes de la démocratie socialiste en Union soviétique et en Europe de l'Est. Nous condamnons : - l'emprisonnement des membres des six groupes de surveillance des Accords d'Helsinki et des milliers d'autres qui sont maintenant confinés dans les camps de travail, les prisons et les hôpitaux psychiatriques parce qu'ils s'opposent à la répression gouvernementale et qu'il ont fait entendre leur voix pour défendre les droits démocratiques ; - L'arrestation et l'emprisonnement de ceux qui luttent contre l'oppression nationale en URSS comme le dirigeant tatare de Crimée Mustafa Djemilev et le militant pour les droits des Juifs Anatoly Chtcharanski ; - les licenciements et l'emprisonnement des travailleurs polonais qui ont protesté contre la décision bureaucratique d'aug menter les prix, en juin 1976, et qui ont exigé le respect de leurs droits démocratiques; - Les persécutions et même le meurtre de ceux qui, comme l'étudiant polonais Slanislaw Pyjas, ont défendu les travailleurs victimes de la répression;
- l'arrestation, les tracasseries et l'expulsion des signataires du manifeste tchécoslovaque pour les droits humains, la Charte 77, et de ses sympathisants en Roumanie, en Yougoslavie, et dans d'autres pays d'Europe orientale; - l'expulsion de Wolf Biermann hors d'Allemagne de l'Est en raison de son soutien à la cause du socialisme et de la démocratie. Les véritables alliés de ceux qui luttent pour la démocratie, à l'Est comme à l'Ouest, sont ceux qui s'élèvent contre les violations des droits humains dans le monde entier : ils se trouvent dans les rangs du mouvement ouvrier organisé, dans le mouvement socialiste, parmi les femmes et les nationalités opprimées. Votre initiative montre que nous sommes de plus en plus nombreux. Nous vous souhaitons le meilleur succès et vous assurons de notre solidarité. Emilio de Antonio, metteur en scène; Dore Ashton, critique d'art (1); Reza Baraheni, poète et ancien prisonnier politique en Iran; Norma Becker, présidente de la Ligue des résistants contre la guerre (2); Eric Bentley, auteur et écrivain (1); Philip Berrigan, militant contre la guerre; Alvah Bessie, écrivain et l'un des dix d'Hollywood; Noam Chomsky, linguiste et professeur au MIT; Martin Duberman, historien et auteur (1); Richard Falk, professeur de Droit international à l'Université de Princeton; Luis Fuentes, professeur à l'Université du Massachussetis; Allen Ginsberg, poète (1); Armando Guittierez, Parti de la Raza Unida du Texas; Jim Haugton, dirigeant du courant syndical "Fight back" à Harlem; Julius Jacobson, directeur de la revue "News Politics"; Paul Jarrico, scénariste à Hollywood, mis sur la liste noire dans les années 50; Patrick Lacefield, journaliste à "Win Magazine"; David McReynolds, Parti socialiste; Albert Maltz, écrivain et l'un des dix d'Hollywood (I) ; Paul Meyer, théologien au séminaire théologique de New York; Joan Mellen, critique cinématographique; Gaudencio Thiago de Mello, compositeur brésilien; Kate Millett, écrivain féministe; George Novack, écrivain marxiste; Grace Paley, Ligue des Résistants contre la guerre; Juan Jose Pena, Parti de la Raza unida du Nouveau Mexique (1) ; Willie Mae Reid, Socialist Workers Party; Ralph Schoenman, organisateur du Tribunal Russell contre les crimes de guerre; Afeni Shakur, Groupe national pour les poursuites contre les activités du gouvernement; Lumumba Shakur, un des 21 accusés des Black Panthers; David Thorstead, militant homosexuel et écrivain; Gary Tyler/Eusi Kuumba, jeune noir accusé de meurtre et emprisonné en Louisiane sous la fausse inculpation de meurtre; George Wald, biologiste et Prix Nobel; Howard Zinn, professeur d'histoire à l'Université de Boston. (1) - signe avec des réserves sur le style de la déclaration. (2) - signe à titre personnel.