La crise a durablement ébranlé la croyance au miracle économique, au progrès, a un avenir meilleur grace aux bienfaits sociaux de l'économie de marché Les sondages d'opinion ne fournissent que des données instantanées, Ils ne peuvent guère rendre compte des modifications à long terme de la conscience de classe. Par contre, ils offrent des éléments importants quant aux fluctuations rapides des sentiments provoqués par la réaction immédiate face à des événements de l'actualité à forte charge émotionnelle. On doit prendre en compte ce phénomène dans l'analyse politique si on ne veut pas trébucher sur les embûches de la réalité instantanée. Un tel sondage a été effectué à la fin de 1977 pour le compte du grand magazine illustré d'Allemagne de l'Ouest, "Stern" , dans le but de déterminer "qui et ce que veulent les Allemands" . 76% des personnes interrogées avaient une bonne opinion de Helmut Schmidt, contre 16% seulement qui en avaient une mauvaise. En 1975, 67% seulement, sur l'échantillon représentatif considéré avaient une bonne opinion de Helmut Schmidt. Le fait que sa "politique de fermeté" à l'encontre des terroristes à Mogadiscio ait débouché sur l'issue souhaitée par l'écrasante majorité de la population, que les touristes de l'avion détourné aient eu la vie sauve, à l'exception du pilote, et que les trois terroristes arabes aient été abatfus, lui a apporté un courant de sympathie. Quant à l'adversaire politique de Helmut Schmidt, le dirigeant démocrate-chrétien Helmut Kohl, 51% en avaient une bonne opinion fin 77, alors qu'ils étaient encore 63% fin 75. On peut juger également par un autre élément du sondage à quel point la peur du terrorisme hautement subversif a modifié ne serait-ce que momentanément, le climat émotionnel : 62% de la population accepteraient une restriction de leurs libertés individuelles, si les moyens de la police et de l'Etat s'en trouvaient renforcés dans la lutte contre les terroristes .Seuls 26% rejettent une telle atteinte à leurs libertés individuelles. LA CONFIANCE DES TRAVAILLEURS EST EBRANLEE A long terme, deux autres données du sondage d'opinion sont bien plus importantes. 1. - En Allemagne fédérale, la crise a durablement ébranlé la croyance profondément enracinée à un miracle économique, au progrès, à un avenir meilleur par les bienfaits sociaux de l'économie de marché.
Anna ARMAND 2. - Les sympathies pour Helmut Schmidt ne s'identifient nullement à la confiance dans la capacité d'un quelconque gouvernement à maîtriser les difficultés économiques et autres. Ainsi, fin 77, seuls 38% croyaient encore que l'humanité se dirige vers un avenir toujours meilleur. lis étaient encore 60% en 72. Fin 77, 60% pensaient que la vie humaine devient de plus en plus difficile : ils n'étaient que 44% en 68. 55% envisageaient avec crainte l'année 78 (ce chiffre s'élève même à 69% pour la classe d'âge de 16 à 29 ans), alors qu'en 74 seuls 44% avaient de telles craintes. 61% croyaient en décembre 77 que nous "devons compter durablement avec un million de chômeurs", contre 33% seulement en avril 76. Le plus surprenant est pourtant la réponse à la question : "Quel gouvernement, d'après vous, serait le mieux à même de venir à bout de nos difficultés actuelles, des problèmes économiques, du chômage et du terrorisme ?" Seuls 23% pensaient que c'était l'actuelle coalition libéraux-sociauxdémocrates (SPD/FDP), 22% pensaient qu'un gouvernement des seuls chrétiens démocrates (CDU/CSU, du nom de chrétiens "sociaux" qu'ils se sont donné en Bavière) serait le mieux capable d'en venir à bout. 15% attendaient d'une grande coalition, c'est-à-dire sociaux-démocrates et chrétiens démocrates ensemble, qu'elle résolve ces problèmes. Seuls 7% accordaient à un gouvernement chrétien démocrate et libéraux la capacité à maîtriser les difficultés; et 8% à un gouvernement incluant tous les partis. Mais un quart des personnes interrogées, 24% exactement, n'avait pas d'opinion, ou ne pensait pas que quiconque puisse venir à bout de ces problèmes (les réponses totalisaient plus de 100% car chacun pouvait se prononcer pour plusieurs options). Le fait que les sympathies pour Helmut Schmidt ne soient pas identifiables à une confiance dans la capacité du gouvernement libéralo-social-démocrate, et le fait qu'un quart de la population n'ait confiance en aucune des combinaisons gouvernementales possibles (malgré Mogadiscio!) pour venir à bout des difficultés, témoignent du haut degré d'indétermination politique. LE TROUBLE S'INSTALLE DANS LES ESPRITS Il se dégage malheureusement aussi du sondage que l'absence de solution de rechange politique, la faiblesse de la riposte syndicale face à la crise, le maintien du cordon ombilical rattachant les syndicats au SPD qui, en tant que parti, n'a
même pas cherché à donner l'illusion d'une alternative anticapitaliste mais se maintient au contraire tel un esclave, avec son éventail de recettes en matière de politique économique, dans le cadre de "l'économie de marché sociale" l'additif décoratif "social" tourne de plus en plus à la farce, tout cela a provoqué un désarroi troublant dans les esprits. Comment pourrait-on donc expliquer que 60% des personnes interrogées se disent d'accord que les hausses de salaires en ore, 6e%s Contre 62
78 "n'excèdent pas le rattrapage de la hausse des prix" Dans la catégorie des petits employés, 64% (contre 67% dans la catégorie supérieure) se déclarent d'accord avec cet objectif. Ils sont 59% chez les ouvriers spécialisés et 55% parmi les ouvriers qualifiés. Il n'y avait pratiquement pas de différence entre les personnes interrogées selon qu'elles se réclamaient du SPD (63%) ou du CDU-CSU (60%). La légéreté criminelle avec laquelle le problème du chômage a été évacué pendant des années tant par le SPD que par les syndicats, à laquelle s'ajoute la manipulation de l'opinion publique par les mass media capitalistes, a conduit directement à ce que 59% des personnes interrogées croient que parmi ceux qui sont aujourd'hui au chômage, nombreux sont ceux "qui ne veulent pas vraiment travailler" . Ce jugement est partagé par une majorité de partisans du SPD (54%) et par 67% des partisans du CDUCSU: Le fait que dans la haute conjoncture, alors qu'existait le plein emploi, tous ceux qui prétendument ne veulent pas travailler aujourd'hui, avaient effectivement un travail alors, a été effacé avec succès de la pensée des travailleurs par la campagne de diffamation contre les chômeurs qui seraient les propres responsables de leur chômage. LA PRISE DE CONSCIENCE DES BESOINS RESTE LE PRINCIPAL PROBLEME On sait que pas plus la faim que l'oppression ne conduisent par elles-mêmes à la révolte, si la conscience de cette faim fait défaut. Tant que les classes opprimées ont cru en un avenir meilleur qui leur offrirait compensation pour cette vallée de larmes qu'était la vie sur terre, elles ne se sont pas révoltées. Ce sont les syndicats et la social-démocratie qui ont cuvré dans le passé à la formation de la conscience de classe, en renforçant la prise de conscience de l'exploitation et de l'oppression et en offrant l'image d'une société socialiste, véritable "paradis sur terre". On constate aujourd'hui en RFA que le seul fait du chômage ne suffit pas à provoquer une prise de consience massive anticapitaliste ou même socialiste, car aucun parti ni aucune organisation de masse n'expliquent ne serait-ce que de façon verbale et propagandiste, de façon permanente et non sporadique, les jours de fête, l'imbrication étroite entre chômage et capitalisme. Ce phénomène est plus étonnant qu'il n'y parait à première vue quand on s'en tient au chiffre d'un million de chômeurs en RFA, Car, en réalité, plusieurs millions de travailleurs ont bel et bien été confrontés au chômage à un moment ou à un autre. Le directeur du bureau du Travail de Dortmund, Gerhard Ahl, écrivait ainsi dans ['hebdomadaire libéral "Die Zeil" (30.12.1977) que pendant l'année 1976 "3,3 millions de travailleurs à la recherche d'un emploi se sont inscrits au chômage pour la première fois" et que pour la même période, les bureaux de chômage ont placé 2,3 millions de demandeurs d'emploi. "En 1977, la situation est comparable" Pour les deux années de haute conjoncture, 6 millions d'ouvriers et d'employés environ (sur un total de l'ordre de 21 millions de "travailleurs dépendants") ont donc été personnellement confrontés avec le chômage, au moins temporairement. Bien sûr, pendant ces années de plein emploi, beaucoup ont également changé de place. Mais cela ne posait alors guère de problèmes et traduisait le plus souvent un avancement. Mais aujourd'hui, c'est habituellement lié à une baisse des revenus, et à l'angoisse de ne pas retrouver très rapidement un emploi. Cela explique certainement pourquoi la croyance optimiste en un avenir heureux, et aux bienfaits de l'économie de marché a été aussi profondément ébranlée. Mais cela met aussi en évidence que l'interconnexion entre chômage et capitalisme n'est pas comprise "spontanément" et que la fuite face à la dure réalité sociale pour se réfugier dans la vie privée et la diffamation contre les chômeurs sont le résultat de l'absence de travail d'explication anticapitaliste de la part du SPD et des syndicats. Mais tout cela représente aussi un obstacle puissant pour les forces politiques à la gauche du SPD. Tout est-il finalement resté en l'état ? Rien n'a-t-il bougé malgré l'expérience amère de millions de gens, malgré la méfiance politique accrue vis-à-vis des partis politiques ? Existe-t-il donc en RFA un danger immédiat de marche à l'Etat fort ? Certainement pas. Car il y a des indications claires d'une évolution "souterraine" - quand bien même elle ne se reflète en aucune façon au niveau politique. IG METALL : LES DELEGUES PREPARENT LA DEFAITE DE LA DIRECTION Commençons par le congrès du syndicat de la métallurgie (IG Metall), qui compte 2, 6 millions d'adhérents, et qui a recruté des dizaines de milliers de nouveaux adhérents alors que le nombre de salariés de la métallurgie a diminué de 500 000. A son récent congrès, en septembre 1977, la direction a dû subir plusieurs revers significatifs. Il est également apparu qu'au sein de l'équipe des onze dirigeants s'était formée une "bande des quatre" (baptisée ainsi par le "Spiegel"), qui a manifesté ouvertement ses désaccords avec la majorité. Contrairement à une motion présentée par la direction, la majorité des délégués a décidé de résilier les accords concernant les contrats salariaux, de façon que toute hausse de salaire ne soit pas dès le départ conditionnée par le respect de la paix sociale (1). Les délégués ont exigé de la majorité de leur direction qu'elle ne participe pas aux "actions concertées"' tant que ne sera pas annulé le recours en justice des associations patronales contre la nouvelle loi sur la participation adoptée en 1976 (2). Les délégués au congrès de l'IG Metall ont décidé -contre la volonté de la direction - d'impulser la coordination et l'action commune des délégués syndicaux dans les entreprises (Vertrauensleute) (3). Contrairement à ce que voulait la direction, la "période de législature" , c'est-à-dire la période séparant deux congrès, n'a pas été portée de 3 à 4 ans. (Un délégué a argumenté
RFA ainsi : "nous en arriverions bientôt alors à apprendre, comme en Chine, par les journaux muraux,. qu'un congrès du syndicat s'est tenu.") Contre la volonté de la direction de ne pas se lier les mains sur la question de la réduction du temps de travail (plus de loisirs, abaissement de l'âge de la retraite, allongement de la durée des études, réduction du temps de travail hebdomadaire), les délégués ont explicitement inclus la semaine de 35 heures dans le catalogue de revendications. Sur la question de l'énergie nucléaire, la direction s'est heurtée à une opposition de 20% des mandants; les délégués ont en outre inclus dans leurs revendications la demande de nationalisation de la production d'énergie. De même sur la question des "interdictions professionnelles" (Berufsverbote), une opposition plus forte s'est manifestée dans la discussion; elle a au moins obtenu un succès partiel, avec la disjonction des votes sur les deux problèmes amalgamés dans une résolution unique présentée par la direction du syndicat : "Sécurité intérieure - extrêmisme politique" (Il s'agissait d'une provocation ouverte, qui visait à mettre dans le même sac l'opposition de gauche au sein du syndicat et les terroristes). Le président du syndicat Eugen Loderer qui a fortement. engaggé l'IG Metall sur une voie d'allégeance au SPD a essuyé un revers cinglant en ne réussissant pas à faire élire à ladirection le candidat qui défend sa politique et qu'il a soutenu devant le congrès. Il fautsouligner deux moments importants de ce congrès. 1. Il existait dans les années 50 une couche de responsables syndicaux intermédiaires, qui gardait vivantes les leçons de l'époque de la République de Weimar (1918-1933), qui se composait principalement d'anciens militants communistes, d'anciens membres du SAP (Parti socialiste des travailleurs) ou du KPO (les partisans de Brandier) et de sociaux démocrates de gauche et qui formait une opposition "de gauche". Elle était avant tout le protagoniste au sein des syndicats, de la lutte contre la remilitarisation (qui devait conduire à la destitution de Christian Fette, le président du DGB, la confédération des syndicats allemands). Elle a joué un rôle important dans la lutte contre l'armement nucléaire et contre les lois d'exception. Cette génération a été défaite en partie pour des raisons de vieillissement mais en partie aussi parce qu'elle a été "intégrée" pendant la longue conjoncture où elle a enterré ses espérances anticapitalistes. Une nouvelle génération d'opposants est apparue au congrès de l'IG Metall de septembre 77, qui n'est certainement pas très cohérente, mais qui témoigne en tous cas qu'un changement s'est au moins amorcé. 2. Cette fois-ci l'opposition n'est pas limitée à une opposition locale. Les grèves dirigées par |'IG Metall au cours des vingt dernières années se limitaient à deux régions, Stuttgart (la grève du Bade-Wurtemberg et les lock-out en 1963 et 1971, et la grève de 1973) et Hambourg (1974). La région la plus forte numériquement, Rhénanie-Westphalie, avec un million de membres, n'a mené auaune grève organisée par l'IG Metall depuis 1933. (En 1969, cependant, des grèves spontanées ont eu lieu dans les aciéries et les mines de charbon). Or, pour la première fois, au congrès de l'IG Metall, l'opposition a recoupé toutes les régions, alors qu'auparavant celles qui avaient été engagées dans des grèves se trouvaient très souvent isolées. UN NOYAU OPPOSITIONNEL DUR DANS LE SPD Contre toute attente lors du congrès du SPD en novembre 1977, les événements de Mogadiscio n'ont pas réduit toute opposition au silence. Le même petit noyau de parlementaires SPD qui avait refusé au Bundestag de donner son soutien aux lois qui visaient à annuler par la force certains droits constifutionnels et à restreindre les droits démocratiques au nom du renforcement de la "sécurité intérieure" et à faire le lit des partisans d'un "Etat fort" , n'a pas non plus capitulé au congrès du SPD. Le noyau de la gauche au sein du SPD a largement fondu, mais il reste un noyau dur, qui s'est même réuni ouvertement après le congrès et faisant fi des menaces de la direction du parti ne s'est pas laissé impressionner par le boycott, l'isolement et les insultes subis au sein de la fraction parlementaire du SPD. Ce noyau dur est à l'évidence d'une autre qualité que l'opposition de gauche antérieure, qui très vite, soit s'est fait totalement intégrer au nom de la "responsabilité" , soit s'est soumise en grinçant des dents à la discipline de parti. Une surprise s'est également produite lors du congrès des jeunesses du DGB, la confédération des syndicats allemands qui regroupe 16 syndicats, en décembre 1977. Sur les 146 délégués présents à ce congrès, 106 étaient des responsables syndicaux non permanents contre 38 permanents; 46 délégués étaient des ouvriers. Un dirigeant du DGB, Karl Schwab, dans un rapport de clotüre sur le déroulement du congrès, a manifesté son "effroi" face à "l'intransigeance avec laquelle l'opinion de certains a pu être qualifiée d'erronée, dénoncée comme n'exprimant pas le point de vue des militants, ou comme s'opposant à la défense des intérêts véritables de la
. Il s'étonnait que le "débat sur la politique syndicale dans les organisations doive céder la place à l'action, à l'organisation de meetings et de manifestations" déclaré "ébranlé" par le fait que "les jeunes syndiqués, et également des délégués à ce congrès n'ont pas à être convaincus que la République fédérale n'est pas devenue un Etat de non-droit, que les dites interdictions professionnelles ne sont pas aujourd'hui monnaie courante, et que larestriction des libertés politiques ne progresse pas d'un jour à l'autre avec des bottes de sept lieues" et que de nouvelles motions parviennent réclamant "l'abrogation des interdictions professionnelles." Il est vrai, en effet, qu'une partie des délégués membres de l'organisation de jeunesse du parti communiste (SDAJ) a refusé de voter une résolution réclamant la libération de Rudolf Bahro, oppositionnel marxiste de RDA, ce dont Karl Schwab s'est saisi pour mettre en garde contre tout noyautage par le PC. Mais la façon dont ce dirigeant du DGB prétend "contrôler" la jeunesse, ne se différencie que légèrement de celle employée par la bureaucratie en RDA. Il réclame, vu que le "DGB n'est pas à même de venir seul à bout des difficultés en particulier en ce qui concerne le travail dans la jeunes-
, que les différents syndicats veillent eux-mêmes à mieux discipliner cette jeunesse! Les jeunesses syndicales doivent être forcées à se plier aux décisions des instances supérieures "comme tous les autres secteurs de l'organisation, quelles que soient les divergences." On ne doit pas se laisser abuser par l'existence de courants oppositionnels dans le syndicat IG Metall, le SPD, les jeunesses syndicales ou encore dans des syndicats de moindre importance comme ceux de l'industrie du bois et des matières synthétiques, ou du papier et de l'imprimerie. Ils ne se sont prononcés que très tardivement contre les "interdictions professionnelles" et les lois antidémocratiques qui sont sensées. sauvegarder la "sécurité intérieure". La tendance principale dans l'évolution des directions syndicales importantes va vers la droite. Cela est apparu clairement quand les dirigeants des principaux syndicats et de la confédération, sous la pression d'une action dirigée et financée par les industriels de l'énergie nucléaire, ont participé à une grande manifestation rassemblant 40 000 personnes où ils se sont faits les avocats des centrales nucléaires. Toutes les prises de position antérieures lors de ce congrès syndicaux ou par des directions syndicales élues dénonçant les mesures de sécurité insuffisantes ont été jetées par-dessus bord, lorsque les comités d'entreprise ont menacé de créer miste not de une ont land la construction de nouvelles centrales nucléaires. Les dirigeants syndicaux ont participé à cette manifestation qui n'était pourtant pas organisée par les syndicats, mais par les industriels en collaboration avec les comités d'entreprise ! De même, le syndicat du secteur alimentation-hôtellerieloisirs a fait des déclarations conjointes avec le patronat en faveur de la consommation de tabac, "pour défendre l'emploi (dans l'industrie de la nicotine)". La confédération a certes rendu publique une estimation selon laquelle l'abaissement d'un an de l'âge de la retraite, l'allongement d'un jour des congés annuels et la réduction d'une heure du temps de travail hebdomadaire suffiraient à "créer exactement 800000 emplois" , mais pas la moindre action n'a été engagée pour atteindre cet objectif. Il est vrai qu'on ne pouvait pas faire de l'agitation sur ces revendications la main dans la main avec les organisations patronales : L'inaction des directions syndicales a eu pour effet de nourrir des tendances qui menacent l'existence même des syndicats, Les comités d'entreprise cherchent à leur façon à "garantir l'emploi" en prenant parti par: l'industrie des biens d'équipement, de la construction des centrales nucléaires et l'industrie du tabac et exercent en commun avec les représentants du capital une pression sur le gouvernement pour obtenir des subventions de l'Etat pour "leur" secteur industriel. L'EXTREME-GAUCHE ECLATEE Dans "l'extrême-gauche", l'idée se propage lentement que l'unité d'action est nécessaire pour affronter les appareils tout puissants du SPD ou des syndicats et renforcer les courants oppositionnels qui se dessinent au sein même du SPD et des syndicats.
Ainsi, malgré la répression accrue, plusieurs milliers de personnes ont participé à la réunion organisée par le tribunal Russel, en vue d'organiser un tribunal sur la question des " interdictions professionnelles). Cinq mille personnes ont participé à cette action à Berlin, et pas seulement des étudiants, 1200 à Cologne, à peu près autant à Francfort et d'autres actions se préparent dans plusieurs villes. De même, dans les mobilisations contre l'énergie nucléaire, les "cercles pour la qualité de la vie" ont une audience importante auprès des militants syndicaux qui cherchent à s'organiser pour s'opposer à la construction de centrales nucléaires. Il faut surtout souligner que l'initiative de départ a donné naissance à un mouvement de masse de dizaines de milliers de personnes qui soulève des sympathies au sein même des partis et des syndicats traditionnels. D'après un sondage qui n'a pas été publié, près d'un tiers des travailleurs syndiqués serait disposé à participer à de telles initiatives. Si un accord unitaire pour l'action permettait de regrouper l'extrême-gauche, en partant des intérêts de la classe ouvrière (en particulier dans les entreprises), elle aurait au moins dans les élections locales et peut-être dans les élections provinciales une certaine chance de dépasser la barrière des 5% que le Parti communiste (DKP) n'a pu franchir jusqu'ici qu'en de rares occasion, et de pouvoir offrir ainsi une "alternative parlementaire" crédible au SPD. Près de 10% des travailleurs syndiqués se disent prêts à voter éventuellement pour un parti à gauche du SPD. Ils le feront d'autant moins facilement si plusieurs listes se concurrencent sur la base de programmes qui ne sont pas clairement opposés. Il est encore temps de regrouper les forces "à la gauche du SPD" sur la base de l'unité d'action. Ne pas le faire signifierait laisser la classe ouvrière démunie face à de dangereuses manœuvres confusionnistes. NOTES 1) En Allemagne fédérale, la paix sociale est respectée pendant la durée d'une convention salariale. La grève est interdite tant que la convention n'arrive pas à son terme ou qu'elle n'est pas résiliée; sinon les syndicats peuvent être condamnés à payer des dommages s'élevant à plusieurs millions de marks. L'accord qui lie l'IG Metall et l'association patronale de la métallurgie vise à étendre la paix sociale à la période de négociation de l'accord qui peut durer jusqu'à cinq semaines, ce qui rend beaucoup plus difficile la mobilisation des travailleurs lorsque la convention salariale est arrivée à échéance. 2) L'action concertée est une "table ronde" à laquelle participent les représentants du capital, du gouvernement fédéral et des syndicats. Ces "discussions" exercent une forte pression sur l'opinion publique dans le sens d'une "modération" des revendications salariales, vu qu'en général l'opinion des "experts scientifiques", du gouvernement et des patrons penche dans ce sens. Les syndicats patronaux ont soumis à examen la validité constitutionnelle d'un nouveau projet de loi sur la "participation" dans les grandes entreprises. 3) Les comités d'entreprise sont élus par l'ensemble du personnel, alors que les délégués syndicaux (Vertrauensleute) sont un organe du syndicat. En principe, il y a un(e) délégué(e) pour 20 syndiqués; jusqu'à présent, contrairement aux comités d'entreprises qui, selon la législation du travail en Allemagne, doivent défendre "le bien de l'entreprise" , ils ne peuvent pas se réunir pour intervenir au niveau d'un trust.