Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

IRAN

La situation de la classe ouvrière sous le règne des ayatollahs

· Inprecor n° 220, 26 mai 1986 · p. 8-13 · 6 508 mots

Iran Syndicalisme

IRAN Dre pattie d'un article sur le mouvement urier ramien ANS notre dernier numéro, nous avons publié la premièsous le régime khomeinyste. Cette première partie traitait de l'écrasement du r ouvement ouvrier indépendant sous Saber NIKBEEN

A partir de mai 1982, un certain nombre d'indications montrent une résistance des travailleurs à l'offensive du régime. Par exemple, on peut noter une augmentation substantielle du nombre de conflits sociaux entre mai 1982 et mai 1983 (plus de trente grèves et beaucoup plus encore de grèves du zèle ou de sit-in). Les actions ouvrières ont pris une forme plus radicale que l'année précédente, où l'action la plus pratiquée consistait à écrire une lettre aux autorités ou à signer des pétitions. Il y a même eu des attaques contre les andjoman islamiques. De plus, au cours de cette période, de nouvelles couches sociales entrent en lutte.

On peut mesurer les conséquences de ces actions ouvrieres par le fait qu'en septembre 1982 un séminaire patronal consacré à l'étude des problèmes posés à T'industrie iranienne a reconnu que 50 % des ruptures de production étaient dues à des conflits sociaux, le reste étant causé par la crise économique, l'insuffisance de matières premières et la guerre. Le président de la République, Khamenei, prévint que « si la situation continuait, le gouvernement serait amené à prendre des mesures énergiques contre ces grèves du zèle » (Etela'at, 8 novembre 1982).

LES PREMIERES GREVES

Malgré l'augmentation de la répression au cours de cette période et l'intervention des forces armées du régime (principalement les pasdaran (1)) dans presque tous les conflits, les travailleurs ont remporté des victoires dans de nombreux cas. Au même moment, l'activité des andjoman islamiques connaît un déclin important (2). Ces groupes s'isolent et perdent beaucoup de leurs membres. Le boycott de toutes les institutions islamiques se répandit à l'intérieur des usines. La plupart des actions de cette période ont été des réactions aux tentatives de baisser les salaires, d'augmenter le temps de travail et de licencier des travailleurs. Il y a également eu beaucoup d'actions contre les andjoman islamiques ou contre leurs membres.

La première grève d'ampleur de cette période se produisit fin mai 1982 dans ouvrières et la reconstruction l'industrie sidérurgique d'Ispahan. Des milliers de travailleurs de la construction dustrie. La grève commença le 17 mai et dura deux jours, malgré les attaques incessantes des hezbollahi (3). Le 19 mai, le gouvernement fut contraint d'organiser une assemblée pour expliquer ses projets. Au cours de cette réunion, la réaction des travailleurs fut si violente que le directeur général dut s'enfuir. Les travailleurs voterent une résolution qui contenait une demande de démission de la direction, du ministre du Travail et du gouverneur de la

A Fulad Shahr, les travailleurs de la construction obtinrent un large soutien. De nombreux sidérurgistes organisèrent des actions de solidarité. Le 21 mai, la télévision régionale dut consacrer deux heures de ses programmes à expliquer le plan gouvernemental et à essayer d'intimider

Un des orateurs, par exemple, n'était rien d'autre que Foroutan, le représentant des pasdaran ! Cependant, le lendemain, 8 000 travailleurs ma-

Les pasdaran attaquerent la manifestation, dont trois furent exécutés. dispersèrent la foule. Malgré tout, le régime fut contraint de reculer et de retirer

Ce conflit eut une grande influence sur l'ensemble de la classe ouvrière. A cause de son ampleur, il connut une grande publicité, y compris à la radio et à la télévision nationales. Quelques mois plus tôt seulement, le régime clamait tous les travailleurs soutenaient totalement la République islamique et que toutes les « conspirations » et « subversions » avaient été écrasées. Par la suite, il se sentit obligé de dire qu'il restait encore quelques « semeurs de trouble communistes » et qu'ils avaient beaucoup d'influence sur

1. Les pasdaran sont les « gardiens de la Ils constituent une milice compod'éléments sélectionnés pour leur

« Andjoman » signifie « société ». Les andjoman ou sociétés islamiques ont été créées les shoras ou conseils des travailleurs qui fonctionnaient de manière indépendante du régime l'offensive menée par le régime en 1981-1982. Nous publions ci-dessous la suite de cet article, qui trace l'évolution des luttes progressive des capacités de résistance de la classe ouvrière, de 1981 à 1985. les travailleurs. Après cet événement, il y a eu une recrudescence notable du nombre de conflits. Dans de nombreuses usines des actions de lutte ont eu lieu au cours de cette période.

LES TRAVAILLEURS

CONTINUENT LA RÉSISTANCE Dans l'usine textile de Chit-e-Momtaz, les travailleurs organisèrent un sit-in de protestation contre des détournements de fonds à la coopérative. Le shora « jaune » alla chercher les pasdaran pour contraindre les travailleurs à reprendre le travail. Quatre travailleurs furent licenciés. Quelques mois plus tard, en juillet 1982, il y eut un conflit avec la direction à propos des congés annuels. Les travailleurs revendiquèrent également la réinsertion de leurs collègues licenciés. Le directeur dut se cacher pour éviter les violentes protestations. Les pasdaran furent appelés une nouvelle fois. Cette fois-là un membre du shora pro-gouvernemental fut aussi arrêté. Par la suite, le ministre du Travail déclara le shora illégal et le dispersa. Le 6 novembre, les travailleurs entrèrent à nouveau en action à propos de la coopérative. La direction fut obligée d'organiser des élections réservées aux cadres sans la participation des travailleurs. Début mars 1983, les travailleurs de l'usine de Chit-eMomtaz entrèrent de nouveau en lutte, cette fois-ci contre le projet de code du travail gouvernemental, dont on reparlera plus loin.

A l'usine Renault (appelée maintenant Saypa), les ouvriers se mirent en grève fin mai 1982 pour protester contre l'abandon de la fermeture du jeudi. Les tentatives du directeur de l'usine pour expliquer ces mesures furent tellement mal prises par les ouvriers qu'ils l'ont tabassé. Les pasdaran arrivèrent et arrêtèrent un grand nombre d'ouvriers. Le 2 juillet, quand la direction annonça son plan de jusqu'en 1981. Là où les shoras existent touils ont été apprivoisés par le régime et Les hezbollahi se disent membres du « parti de Dieu » (« hezb-o-allah »). A l'origine, il s'agissait de bandes de nervis qui attaquaient des manifestations des partis considérés comme athés aux cris de : « Il n'est qu'un seul parti,

Page 9

réduction des congés annuels, les ouvriers organisèrent une grève du zèle. Au bout d'une semaine, la direction fut obligée de faire marche arrière. En février 1983, les ouvriers organisèrent dans cette usine un comité pour rédiger une liste des revendications ouvrières concernant les projets de loi sur le travail. En avril, ils organisérent une grève du zèle sur la question du paiement des heures supplémentaires.

Au cours de l'été 1981, les cheminots subirent une terrible répression, mais au printemps 1982, la lutte des cheminots reprit. En mai, il y eut une grève contre le ministre des Transports. Il dut s'excuser de ses propos injurieux qui avaient déclenché le conflit. Plus tard, au cours du printemps 1982, un nouveau plan fut établi pour les chemins de fer, pour aug menter le temps de travail. Les travailleurs refusèrent et quittèrent le travail aux heures habituelles. Le lendemain, on fit venir les pasdaran. Il y eut même quelques coups de feu. Mais la direction dut

En juin, les travailleurs refusèrent de faire des heures supplémentaires, car la direction ne voulait pas payer en heures supplémentaires le travail effectué durant les fêtes de la nouvelle année (le nouvel-an iranien a lieu le 21 mars). En juillet, les travailleurs ramenèrent cinq de leurs qui avaient été licenciés par la direction. Les pasdaran arrivèrent et arrêtèrent les cinq travailleurs. En août, le représentant du ministère du vint pour mettre en place andjoman islamique. Mais personne, excepté quelques hommes de main réactionnaires pro-régime, ne partir de septembre, l'andjoman islamique fut plus ou moins intégré à la direction. Les travailleurs furent obligés d'assister une fois par semaine à des cours idéologiils les transformèrent discussion à propos de leurs nombreuses

En octobre, l'andjoman susA l'usine Pars Metal, où les ouvriers avaient perdu quatre de leurs dirigeants en juillet 1981, il y eut au moins quatre grèves du zèle au cours de cette période. En août 1982, une importante confrontation eut lieu entre les travailleurs, l'andjoman islamique et quelques contremaîtres qui en faisaient partie. Le 25 octobre se tint une assemblée pour entendre la direction présenter son plan d'augmentation de la production. Dès que les dirigeants de l'andjoman prirent la parole, presque tous les travailleurs s'en allèrent. Le 14 février 1983, les travailleurs se mirent en grève à propos du paiement relatif aux accords sur la productivité. Ils durent arrêter la grève, mais ils poursuivirent leur action par une grève du zèle. Début mars, la direction recula.

A l'usine General Motors, où l'andjoman a été responsable de nombreux licenciements et arrestations, un groupe d'ouvriers s'appelant « Comité pour venger les militants ouvriers », exécuta le dirigeant de l'andjoman, le 23 juin 1982. Quelques semaines plus tard, les maisons de trois autres membres de l'andioman furent incendiées. En février 1983, l'usine « Majless », le Parlement iranien.

se mit en grève. En août et septembre 1982 et en janvier 1983, il y eut trois grèves à l'usine alimentaire de Monso. Dans l'usine textile de Gherghereh Ziba il y eut une grève du zèle en mai, une courte grève en juin, un appel au boycott de l'andjoman islamique en août, un boycott des cantines en septembre. Au cours de ces mêmes trois mois, il y a eu un boycott total des heures supplémentaires qui devaient être effectuées comme participation à l'« effort de guerre ». Toutes ces actions se sont terminées par des victoires partielles pour les travailleurs.

l'usine Pars Elektrik, où 300 ouvriers avaient été licenciés en juin 1981, les travailleurs tabassèrent les membres de l'andioman en octobre 1982. Les pasdaran arrêtèrent plus d'une centaine d'ouvriers. Aux usines chimiques de Tolidaru, le 24 janvier 1983, les ouvriers se mirent en grève à propos du paiement de l'augmentation de la productivité. Plus de 400 ouvriers demandèrent le renvoi d'un des directeurs membre de l'andjoman islamique. Parmi les grandes grèves de cette époque, il faut aussi compter celle des chauffeurs de taxi de Téhéran en août, celle des travailleurs de la Compagnie d'autobus de Téhéran en septembre, celle des techniciens de la Compagnie aérienne nationale en janvier 1983, celle de l'usine de verre de Shisheh Ghazvin en mars 1983, celle de l'usine de pneumatiques Bridgeston à Chiraz, en février 1983.

LE NOUVEAU CODE DU TRAVAIL

DÉCLENCHE UNE BATAILLE IMPORTANTE La lutte la plus importante qui a eu lieu à cette époque fut cependant celle menée à propos des projets de loi sur le travail. Le ministre « maktabi » (intégriste islamique) du Travail, Tavakoli, qui est en fait l'un des partisans de la fraction « hojatieh » (ultra-conservateurs qui utilisent des arguments religieux pour défendre les intérêts de la propriété privée), avait fait savoir à l'occasion des cérémonies du troisième anniversaire de la révolution, qu'une commission avait été instituée sous son autorité pour préparer une loi islamique du Travail qui remplacerait la loi « taghouti » (païenne) de 1970-1971 haïe par les travailleurs. En effet, il y avait eu de nombreuses protestations à propos du maintien de la clause 33 de cette loi du shah, qui permettait des licenciements arbitraires.

Le jour de la fête du ler mai 1982, Tavakoli déclara que le projet était prêt, mais qu'il était toujours à l'étude chez les « faghihs » (experts de la loi islamique). Accompagné par une délégation du ministère du Travail, il rendit visite à l'imam Khomeiny, qui approuva les grandes lignes du projet de loi. Il envoya tout le monde chez l'ayatollah Montazeri, héritier de Khomeiny, qui approuva également les grandes lignes du projet. De là, le projet fut transmis à l'école théologique de Qom, qui l'approuva également. Ce projet fut ensuite discuté et approuvé par le gouvernement, puis présenté au

Ainsi donc, à la fin de 1982, on annonça que le projet était prêt. Pourtant, le gouvernement refusa de publier le texte. Selon le ministre de l'Industrie lourde, Nabavi, « cette loi n'en est qu'au stade du projet. (...) Cela ne sert à rien de la rendre publique. (...) Nous ne devons pas permettre à la contre-révolution, particulièrement celle de gauche, d'utiliser ce projet et les discussions à son sujet à ses propres fins » (Keyhan, 24 novembre 1982).

Lorsque plus tard, le projet fut publié, les raisons de tant de réticences devinrent claires. Il était difficile d'imaginer un texte plus réactionnaire. Le seul objet de cette loi était d'encourager et de légaliser la surexploitation et d'inciter les riches à investir, plutôt qu'à stocker pour le marché noir ou spéculer. En effet, le capitalisme islamique en Iran signifie simplement d'augmenter autant qu'il est possible la journée de travail, la baisse des salaires à leur niveau minimum, la dépense minimum en nouvelles machines, etc.

De toute façon, l'investissement en nouvelles machines et la rationalisation de la production étaient rendus impossibles à cause de l'insuffisance de devises et du manque d'intérêt des capitalistes pour les investissements à long terme. Pour permettre, dans ces conditions, une augmentation de la production de plus-value absolue, les nouvelles propositions consistaient à autoriser le capitaliste (appelé « propriétaire du travail ») à « louer » les travailleurs (appelés les « accepteurs de travail ») sur la base d'un « contrat de travail » entre le travailleur individuel et le capitaliste individuel (toute forme de négociation collective étant considérée comme anti-islamique).

Les horaires de travail, les salaires, les primes, l'âge et le montant de la retraite, etc., devaient aussi être fixés par contrat, et aucune garantie légale (y compris celles prévues dans la loi du shah) n'était considérée comme islamique. Le Premier ministre Moussavi déclara : « Il est tout à fait naturel que le soutien aux paysans ou aux travailleurs ou à toute couche sociale de "mostazaf" (déshérités) se fasse selon les principes de l'Islam. Nous ne pouvons demander à un "karfarma" (littéralement, la personne qui commande un travail, c'est-à-dire un capitaliste) de garantir à ses travailleurs tel ou tel nombre de jours de congés ou de payer tel ou tel minimum salarial. » (Keyhan, 9 novembre 1982).

En réponse à ceux qui accusaient la nouvelle loi de favoriser les riches, le ministre du Travail déclara fièrement : « Pour l'Islam, il n'y a pas de contradiction entre la richesse et la pauvreté, mais il y a une contradiction entre l'islam et le paganis me. » (Keyhan, 9 novembre 1982). En ré ponse à l'accusation selon laquelle la nouvelle loi était basée sur des principes qui dataient, le ministre lui-même déclara : « Les relations du travail n'ont pas changé dans le fond depuis l'époque où l'imam Ali (qui vécut au Te siècle après J-C) se louait à un Juif, et (la situation des) travailleurs iraniens d'aujourd'hui. Elles se sont simplement élargies. » (Keyhan, 22 décembre 1982).

Eg

Page 10

Les protestations contre la nouvelle loi furent cependant tellement nombreuses que tous ces messieurs et leurs serviteurs durent ravaler leurs paroles quelques mois plus tard. Même de nombreux andjoman islamiques durent dénoncer cette loi du travail islamique. Beaucoup de pétitions furent signées et envoyées aux autorités. Par exemple, les sidérurgistes d'Ispahan recueillirent 20 000 signatures. Dans de nombreuses usines, des commissions furent mises en place pour étudier le projet de loi et préparer une liste de réclamations (nous en connaissons au moins soixante-quinze).

Dans de nombreux cas, des personnages importants du régime durent se rendre dans les entreprises pour tenter d'expliquer les « avantages » de la nouvelle loi. Les protestations s'amplifièrent pourtant. La tension devint si importante que des andjoman islamiques durent organiser une rencontre nationale pour discuter de la loi et proposer des amendements. Celle-ci eut lieu les 2 et 3 mars 1983. Les ayatollahs faisant autorité, comme Montazeri, qui s'étaient tous portés garants de l'esprit islamique de la loi, durent déclarer qu'ils n'avaient plus rien à voir avec elle. Certains allèrent même jusqu'à dire qu'après tout elle n'était pas si islamique que ça.

gouvernement, quant à lui, annonça qu'il était prêt à examiner toute proposition d'amendement à la loi. Avant les fêtes de la nouvelle année, le 19 mars, ils annoncèrent que le projet de loi allait être retiré. Par la suite, le ministre du TraLes ouvriers de l'usine Peugeot au moment d'une visite du shah en 1978. (DR)

vail perdit son poste. Encore une fois, le gouvernement des mollaus bourgeois avait sous-estimé la classe ouvrière. Un an et demi de répression sanglante n'avait pas suffi à intimider la classe ouvrière au point que l'on puisse la forcer à accepter une loi aussi draconienne sur le travail.

La défaite du gouvernement à propos de cette loi a eu d'importantes conséquences. Non seulement le régime perdit tout ce qui lui restait comme soutien populaire parmi la classe ouvrière, mais de leur côté, les travailleurs devinrent plus dans leur capacité à résister au régime capitaliste malgré la répression.

pourquoi la période qui suivit connut une importante montée des luttes

RENAISSANCE DES LUTTES OUVRIERES Les retombées de la défaite du gouvernement sur la question du code du travail sont clairement apparues dans les semaines qui ont précédé le ler mai 1983. En dépit de tous ses sermons sur « le Tout-Puissant qui est un travailleur », le régime islamique avait refusé de faire du 1er mai un jour férié. Mais cette année-là, dans de nombreuses usines, les travailleurs avaient fait l'expérience des commissions qui avaient été organisées pour discuter du projet de législation sur le Alors, ils se mirent ouvertement à constituer des comités pour le ler mai.

En réaction à sa défaite et à cette nouvelle contestation sur le ler mai, le gouvernement accentua sa répression. Vers la fin du mois, une nouvelle vague de terreur s'abattit sur les militants ouvriers. C'est au cours de cette période que fut réduite au silence la revue Nazm-e-Kargar (l'Ordre des travailleurs), dernier journal ouvrier clandestin publié à l'intérieur de l'Iran. Il s'agissait d'un journal basé sur les comités d'usine, commencé en commun par des militants du Parti socialiste des travailleurs (HKS), membres iraniens de la IVe Internationale, et par un groupe de camarades des Fedayin (minoritaires).

Bien que très dure, la répression ne put avoir les mêmes effets qu'auparavant. A ce moment-là, non seulement les travailleurs n'avaient plus aucune illusion sur la nature bourgeoise et réactionnaire du régime islamique et de ses institutions soit-disant révolutionnaires, telles que les pasdaran mais, après deux années d'une répression intense et impitoyable, ils étaient plus que jamais convaincus de l'importance de disposer de leurs propres organisations indépendantes. Les militants ouvriers sortaient de cette période en ayant construit dans beaucoup d'usines des organisations clandestines et en ayant perfectionné des méthodes de lutte adaptées aux conditions de répression.

Pour éviter les représailles contre leurs délégués par exemple, les travailleurs eurent tendance à éviter de faire porter leurs revendications par quelques indiviseulement. Dès qu'un conflit touchant la majorité des travailleurs éclatait, la méthode généralement suivie consistait

Page 11

à organiser des assemblées qu'il était difficile de réprimer. Les travailleurs étaient également plus sensibles aux répressions menées contre leurs camarades. Ils organisaient des collectes pour les familles des victimes et, à chaque fois que l'occasion se présentait, ils réclamaient la réintégration des travailleurs réprimés.

Pour un certain nombre de grèves qui se sont déroulées au cours de cette période, ll est evident qu'il y avait, derriere l'action, un comité clandestin de militants ouvriers pour diriger et organiser les travailleurs. Dans quelques cas même, de tels comités firent des communiqués ou des déclarations publiques. Ils remplacèrent plus ou moins les shoras indépendants de la période précédente. Tout comme eux, ils ne se limitèrent pas à des revendications ou à des formes d'action particulières. Ils pouvaient, en cas de besoin, jouer autant le rôle de noyau syndical que de comité de grève.

Au cours de cette période il y a donc eu beaucoup plus de grèves (plus d'une centaine) qu'au cours de la période précédente. Les conflits avec les andjoman islamiques constitués pour remplacer les shoras augmentèrent. Un des traits de la période fut l'apparition de protestations contre la guerre et ses effets sur les travailleurs. De plus, un état d'esprit de rébellion commença à se développer, qui pouvait tracer la voie d'une future grève générale. On vit également des grèves ou d'autres formes de lutte se développer dans des usines qui, jusque-là, avaient été à l'arrière-garde des luttes.

Par exemple, peu de temps après la répression de mai 1983, l'usine de Kontor Sasy-e-Ghazvin, qui fabrique des comp teurs de gaz et d'électricité, se mit en grè. ve le 27 juin. Depuis sa création douze années auparavant, cette usine n'avait jamais fait grève, même pas au moment de la grève générale qui précéda la révolution de février 1979. La grève fut suivie dans cette usine par 70% des 1 700 travailleurs. Malgré toutes les manœuvres de l'andjoman pour effrayer les travailleurs et les pousser à la reprise, la grève s'est poursuivie jusqu'à ce que la direction sa-

Au complexe chimique Razy, à Mahshahr, le gouvernement avait constitué, avec l'aide de l'andjoman, un tribunal spécial pour juger des militants ouvriers. Début juin, ce tribunal ordonna 130 licenciements. Une liste de 350 autres ouvriers avait été établie. De nombreuses protestations obligèrent cependant la direction à faire marche arrière. Plus tard. le tribunal fut dissous. Dans l'usine Klaj, à Ghazvin, la répression se traduisit par de nombreux licenciements. Les ouvriers se mirent en grève en juillet, 240 ouvriers furent arrêtés, mais les actions continuèrent jusqu'à leur libération, qui fut obtenue, sauf pour cinq d'entre eux. A l'usine chimique Chimiko Farma, les travailleurs élirent des délégués, comme l'avait demandé la direction, afin de pouvoir discuter des contrats d'augmentation de la productivité. Le conflit sur cette question devint brûlant. Le ministre du Travail invita les délégués à son ministère et là, il les fit arrêter et les envoya à la prison d'Evin. Les travailleurs se mirent en grève jusqu'à ce que tous leurs délégués fussent libérés et le directeur démissionna en août 1983.

LA MONTÉE

DE LA MOBILISATION ANTIGUERRE

Dans les mois qui suivirent le mois de mai 1983 il y eut, en plus de celles déjà citées, des grèves à Pars Metal, Neeting à Ghazvin, Parlon, ainsi qu'à la Compagnie des autobus de Téhéran, Bridgestone, General Steel, Khaneh Sasy à Ahwaz, et d'autres formes de lutte dans un certain nombre d'entreprises. Mais le nombre de grèves se multiplia vraiment fin novembre. Cela fut précédé, au moment de l'anniversaire du début de la guerre Iran-Irak (22 septembre) par les premiers signes de protestations antiguerre généralisées.

A l'usine Pars Metal, les avaient déjà refusé de raccourcir leurs congés d'été pour aider l'effort de guerre. Les 13 et 14 août, au Complexe pétrochimique industriel de développement, l'association islamique essaya de récolter des fonds pour le front, comme l'avait demandé Khomeiny. Presque personne ne paya et, plus grave, il n'y eut aucun volontaire pour le front, mis à part quelques andjomani zélés. Début septembre, les travailleurs de Parlon se mirent en grève parce que la direction avait déduit de leur paye une journée pour la verser au front. Touiours à Pars Metal la direction tenta d'imposer une demi-heure de travail supplémentaire obligatoire durant la « Haftehye Jang » (semaine de la guerre). Les travailleurs refusèrent d'obtempérer. A l'usine Iran National, les ouvriers insultèrent même ceux qui faisaient des heures sup-

En novembre et décembre 1983, il y eut de nombreux conflits importants à propos de la grille des classifications et des salaires. A l'usine Fiat (environ 1 500 travailleurs), le shora islamique et l'andjoman désignèrent deux travailleurs comme « délégués » pour participer à la commission tripartite travailleurs-direction-ministère du Travail, qui devait traiter des classitravailleurs protestèrent cette nomination et recueillirent de nombreuses signatures demandant la tenue d'une assemblée générale afin d'élifut promise. Vingt-deux travailleurs furent proposés comme candidats. L'andjoman islamique n'en accepta que douze, dont dix étaient membres de l'andioman islamique. Le 23 novembre, l'assemblée eut lieu. Les travailleurs protestèrent contre la radiation de leurs véritables délégués. Ces délégués se firent traiter de contre-révolutionnaires par les représentants de l'andjoman islamique. La des travailleurs partirent et tinrent leur propre assemblée, qui vota le shora islamique et l'andjoman pour leurs élecavait le soutien de 750 travailleurs contre voir de nouvelles à une date indéterminée. Une semaine plus tard, les pasdaran arrivèrent à l'usine, arrêtèrent les dirigeants ouvriers et menacèrent de procéder à d'autres arrestations au cas où les protestations continueraient.

En décembre 1983, la grève de l'industrie du tabac obtint une large publicité. Cette industrie était connue pour être l'un des bastions du régime. Suite à des protestations contre des baisses de salaire (après une classification nouvelle), le directeur Montazami lança un ultimatum : « La journée de 12 heures, sinon pas d'augmentation. » Les travailleurs se mirent en grève. Un mollah fut amené à l'entreprise par l'andjoman pour essayer de persuader les travailleurs de reprendre le travail. Les travailleurs l'attaquèrent et le forcèrent à s'enfuir. Les pasdaran arrivèrent et arrêtèrent plus de cent travailleurs, mettant ainsi fin à la grève. Soixante-huit travailleurs furent envoyés à la pride Gohar Dasht, à Karaj, où trois d'entre eux auraient été exécutés. Les autres furent relâchés après avoir été fouettés.

A cette époque, il y eut aussi un certain nombre de grèves à Indamin (arbres et suspensions de véhicules), à l'usine d'eau minérale de Téhéran, à Profil-e-Sabok (matériel de construction), à Azmayesh (équipements de maison), à Philips. à Madar (textiles), à General Plasties, à Luleh Sazy-e-Ahwaz (tuyaux métalliques), etc. A Azmayesh, les travailleurs tinrent une assemblée et votèrent une résolution demandant l'expulsion des représentants de l'andjoman.

A Indamin, les ouvriers boycottèrent les élections organisées par la direction et l'andjoman. Quelques jours plus tard, les organisateurs du boycott furent arrêtés, mais les protestations croissantes obligèrent la direction à reculer. A Madar, la première grève, qui eut lieu le 10 janvier 1984, se termina par la défaite et la répression. Malgré tout, deux jours plus tard, une nouvelle grève fut organisée, qui obligea les patrons à faire marche arrière.

Au cours des mois de février et mars 1984, il y eut, en plus des protestations continuelles concernant la grille des salaires et des classifications, de nombreuses greves et des ralentissements de cadences à propos de questions touchant la productivité et les primes de fin d'année. De telles actions eurent lieu par exemple à Mazda • (automobiles), Shinva (pétrochimie), Naset (lames de rasoir), Sepehr Electric, Alamtik, Sina Darou (produits chimiques), Iran Yasa, Chimiko Farma, Igar (textiles), Chit-e-Rey (textiles), Santap Karoon (industrie agricole), Luleh va Machin Sazy Iran, et Abyek (ciment).

A Chit-e-Rey, l'annonce de la baisse des primes de fin d'année (l'année allant de mars 1983 à mars 1984) produisit une vague de protestations accompagnée de menaces de grève. L'andjoman islamique fit une déclaration le 10 mars : « Dieu a donné un cerveau et une intelligence aux travailleurs pour qu'ils puissent se poser et comprendre les problèmes, de manière à ce que lorsque le gouvernement décide une petite réduction de leur salaire, ils ne

Page 12

Avant l'arrivée de Khomeiny, le Che sur les murs de Téhéran, janvier 1979. (DR) se mettent pas à l'écoute de n'importe quel traître qui se mettra à protester. » Cette déclaration révolta par elle-même les travailleurs. Il y eut une grève le lendemain et la direction céda. La déclaration de l'andjoman fut retirée. tion se produisit à Luleh Sazy. Il y eut un conflit d'intérêt entre un des directeurs et l'andjoman islamique à propos de détournement d'acier provenant de l'usine. Les travailleurs profitèrent pour se mettre en grève et poser leurs revendications. La grève fut brisée et de nombreux travailleurs, y compris des membres de l'andjoman, furent arrêtés.

Le ler mai 1984, il y eut un ralentissement général des cadences. Comme précédemment, des comités furent créés pour organiser la célébration de la fête du travail. Quelques jours avant le ler mai, dans rent faites s'élevant contre le régime qui ne voulait pas faire de ce jour un jour férié. Le ler mai, dans nombre d'entre elles, les pasdaran se placèrent aux portes des entreprises, afin d'éviter des incidents.

Une grève importante eut lieu le 15 juillet 1984 à l'usine de boissons non alcoolisées de Sasan. La direction annonça qu'à cause de la faiblesse de la production et de la guerre, aucune prime de productivité des quatre derniers mois ne serait payée. Les militants appelèrent à la riposte. L'andjoman intervint pour empêcher la grève, mais celle-ci démarra néanmoins. Le 18 juillet, les pasdaran arrivèrent et arrêtèrent quatre travailleurs. En riposte, ces derniers prirent en otage un représentant de la justice. Les pasdaran attaquèrent et ouvrirent le feu sur les travailleurs. Il y eut deux morts et de nombreux blessés. Cependant, les travailleurs contre-attaquèrent et expulsèrent les pasdaran de l'usine. La grève se poursuivit.

Le 24 juillet, l'ayatollah Saneii (qui ce moment-là le premier procureur de la République islamique) vint à l'usine et sermonna les ouvriers grévistes.

Ceux-ci l'attaquèrent et prirent ses quatre gardes du corps en otage. Cinq cents pasdaran prirent d'assaut l'usine, tuant de nombreux travailleurs et en arrêtant plus de trois cents. Le lendemain, la direction annonça le début des vacances d'été et, aidée par les pasdaran, ferma l'usine.

A la fin des congés, le bureau du procureur de la République islamique installa une section à l'intérieur de l'usine pour découvrir les travailleurs responsables des incidents. On frappa et tortura des travailleurs et beaucoup sont encore en prison. Un mois plus tard, dans la même usine, un des contremaîtres, membre de l'andjoman fut surpris en train d'abuser des ouvrières. Il fut exclu de l'adjoman mais les femmes perdirent leur travail. De plus, cette affaire fut utilisée comme prétexte par la direction pour licencier d'autres femmes.

ENVERS LES ANDJOMANI

Les nouvelles de la grève qui se déroulait à Sasan et de la répression qu'elle répandirent dans de nombreuses usines, et dans quelques entreprises, notamment General Steel et Shisheh va Gaz, il y eut quelques actions de solidarité. Il y eut bien d'autres actions contre le projet de réduire les congés d'été contre les réductions de primes liées à la productivité et contre les pressions exercées pour imposer des heures supplémentaires ou les baisses de salaires liées à

Le manque de soutien à la guerre s'est même accentué cette année-là. A Iran Termus, malgré la présence des pasdaran, les travailleurs ne donnèrent pas grand-chose, si on décompte ce qu'a donné la direction. A Ghoven-e-Pars (batteries), à partir de juin, les travailleurs refusèrent de verser un jour de paye par mois. A l'usine de Sepanta, qui avait fourni en 1981 trois cent soixante volontaires pour le « bassidj » (corps de jeunes volontaires pour le front), seulement quatre s'inscrivirent cette année-là. Au cours d'un meeting qui eut lieu le 14 juin pour encourager les travailleurs à soutenir la guerre, les organisateurs durent mettre fin à la réunion, car les travailleurs l'utiliserent pour dénoncer la politique anti-ouvrière du régime.

A Farsh-e-Pars, lorsqu'un mollah arriva le 14 juillet pour enrôler des volontaires pour le front, seulement quelques travailleurs assistèrent au meeting et encore moins se portèrent volontaires. A Saypa, la direction décréta qu'à partir du 22 septembre (la semaine de la guerre), les travailleurs devraient réaliser des heures supplémentaires obligatoires. Pour protester, les travailleurs organisèrent une baisse des cadences. A Jam (usine de chaussures), Vagon Sazy Pars, et Mina (verrerie), il y eut beaucoup de mots d'ordre lancés contre la guerre.

Au cours de cette période, des affrontements plus nombreux et plus ouverts se produisirent avec les andjoman. A Sentab, Sorivan (produits chimiques), Khaneh Sasy-e-Ahwaz et Kaneh Sazy-e-Kermanshah, Raf Alborz (électricité), Tolidaru (produits chimiques), Benz-e-Khavar, Barf Kar, Gherghereh Ziba (textiles), Melli (chaussures), Roghan Pars (huile alimentaire), Machin-Sazy-e-Arak, Momtaz (textiles), ainsi que dans bien d'autres usines, des protestations s'élevèrent contre les andjoman. A Sentab et Soviran, des travailieurs frappèrent des andjomani. A Alborz et Talidaru, les travailleurs rejettèrent les andjomani des discussions sur les grilles de classification. A Benz-e-Khavar et Khaneh Sazy-e-Kermanshah, les travailleurs furent pris d'une telle haine contre les andjomani, qu'à l'occasion du conflit entre la direction et les andjoman, ils prirent parti pour la direction.

A Khaneh Sazy-e-Kermanshah, le directeur licencia un dirigeant de l'andjoman qui s'était opposé à la direction. Il reçut alors l'ordre d'un service gouvernemental de réintégrer l'andjomani. Le directeur refusa en disant: « C'est lui ou moi. » Les travailleurs arreterent l'andio. mani à l'intérieur de l'usine. Les pasdaran arrivèrent et le libérèrent, mais son licenciement fut confirmé quelque temps plus tard. A Gherghereh Ziba, la direction s'aperçut que le responsable de l'andjoman utilisait pour son usage personnel des voitures de l'entreprise. Les travailleurs en profitèrent pour lancer le slogan « A mort ,, l'andjoman islamique ». A Roghan Pars, pour contrarier les andjomani, les travailleurs votèrent pour un candidat juif contre l'andjoman ! A Momtaz, les travailleurs arrêtèrent un andjomani qu'ils surprirent à voler dans l'usine et le livrèrent à la direction.

Au cours d'une grève à l'usine textile de Fumenat, près de Rasht, les travailleurs s'aperçurent que la direction était complice de l'andjoman pour dérober une grande quantité de tissu de l'usine.

qui découvrit cela fut ensuite licencié. Le 10 juillet 1985, les travailleurs se mirent en grève. Il y eut des affrontements avec les andjomani et la direction. Les pasdaran arrivèrent, com-

Page 13

mencèrent à faire feu et arrêtèrent 80 travailleurs. Mais la grève continua durant deux semaines, jusqu'à ce qu'il fut convenu que les andjomani seraient licenciés et les travailleurs licenciés réintégrés. Quelques jours après cet accord, des pasdaran envahirent les maisons de nombreux militants ouvriers, arrêtant onze d'entre eux. Le lendemain, ils entourèrent l'usine et ramenèrent à l'intérieur les membres de l'andjoman.

A Chimiko Farma, l'andjoman se divisa. Le chef de l'andjoman réussit une manœuvre pour faire licencier un membre de la fraction adverse. Le lendemain, quand celui-ci se présenta au travail, on l'empêcha d'entrer dans l'usine. Des affrontements se produisirent entre les membres de l'andioman. Les travailleurs en profitèrent pour réclamer l'expulsion du chef de l'andjoman. La direction le força à prendre une retraite anticipée.

Cependant, la victoire la plus importante remportée au cours de cette période fut celle obtenue par la grève de plus de 2 000 travailleurs de la construction dans les industries sidérurgiques d'Ispahan. La direction avait déjà élaboré un plan en mai 1982 pour chasser ces travailleurs de l'industrie sidérurgique. Maintenant, elle le remettait sur le tapis. Le 11 novembre 1984, les travailleurs se mirent en grève et tinrent une assemblée pour formuler leurs revendications. Ils lancèrent à la direction un ultimatum, fixant la date limite à quinze jours plus tard.

La grève reprit le 28 novembre. Elle eut un grand retentissement à Ispahan, qui avait été une place forte des hezbollahi. Les familles des martyrs morts à la guerre, les « bassidji » et le milieu hezbollah se mobilisèrent contre la grève.

Le 6 décembre à la télévision, le gouverneur d'Ispahan menaça les travailleurs d'une mobilisation générale des hezbollahi au cas où ils ne mettraient pas fin à la grève. Il déclara également que le soit-disant licenciement des travailleurs de la construction n'était qu'une « simple rumeur propagée par les contre-révolutionnaires ». Il prétendit qu'il ne s'agissait que de muter certains travailleurs vers d'autres usines.

Le lendemain à la prière du vendredi, Taheri, le grand mollah d'Ispahan, lança un appel en faveur de la reprise du travail. Pourtant, la grève continua. La sympathie grandissante que rencontrait la grève auprès du reste de la classe ouvrière d'Ispahan et la détermination des grévistes obligea la direction à reculer. Le plan d'exclusion des travailleurs du bâtiment fut suspendu et il fut annoncé que tout départ de l'industrie sidérurgique nationale se ferait sur la base du volontariat. La grève se conclut par une victoire, le 10 décembre.

UNE SITUATION TENDUE

La grève d'Ispahan eut des conséquences visibles sur la combativité de la classe ouvrière. ouis et demi qui suivirent, jusqua mae Rien que durant les 1985, il y eut plus de vingt autres grèves. Elles se produisirent par exemple à Bella

(chaussures), Machin Sazy-e-Arak, Samara (entrepreneur faisant partie du projet sidérurgique de Mobarakeh), Kafsh-e-Melli (chaussures) et Profil-e-Pars (matériaux de construction). Compte tenu de l'aggravation de la situation économique et politique du régime islamique, toute augmentation des conflits industriels aura une grande influence sur la déstabilisation du régime, cela d'autant plus que le gouvernement est s'il veut imposer l'ordre bourgeois, d'attaquer encore plus la classe ouvrière. Sans aucun doute, la période qui vient sera d'une importance décisive pour l'avenir du régime.

De nombreux indicateurs montrent déjà que l'état d'esprit des masses a changé depuis l'été 1981. En fait, le mécontentement général semble atteindre un degré explosif. Des incidents des plus mineurs peuvent déclencher parfois d'importantes confrontations avec les forces répressives du régime. Un exemple significatif en est donné par ce qui s'est passé au stade de football d'Amjadieh, début octobre 1984. Seulement parce que les organisateurs vendirent plus de billets qu'ils n'avaient de places et qu'ils ne purent donc faire entrer tous ceux qui se présentèrent, une foule en colère de 60 000 personnes se déchaîna en quelques heures, frappant les hezbollahi, mettant presqu'entièrement le feu au stade et manifestant dans les rues jusqu'à tard dans la nuit.

De nombreux heurts se sont produits dans les banlieues pauvres entre les forces du régime et les pauvres des villes sur des questions comme celles de l'eau, de l'électricité ou du logement, le dernier en date s'étant produit à Ghaleh-e-Hasan eut constamment des affrontements entre les gens de cette zone et les pasdaran et gendarmes. Le conflit prit fin avec l'arrestation de 200 personnes et la démolition de 80 maisons. Nous allons voir se développer de nombreuses situations de ce genre. Le régime essaye maintenant de chasser les pauvres des bidonvilles qu'ils ont construit ces quelques dernières années. Des tentatives de ce genre ont déjà donné lieu à de nombreux conflits violents, par exemple à Zoor Abad aux abords de Karaj, Shak-e-Ahmadyieh, Khak-e-Sephid, Nazi Abad, et Afsarieh aux abords de Téhéran.

Ces problèmes sont aggravés par l'impopularité grandissante d'une guerre que le régime ne peut se permettre d'arrêter. En mars et avril 1985, il y a eu de nombreuses manifestations antiguerre à Téhéran, Ahwaz, Tabriz et dans d'autres villes. Le 10 avril, dans le sud de Téhéran (à Kuye-Sizdah-e-Aban), un jeune a été tué par une brute « bassidji ». Les gens se sont révoltés, brûlant des pneus et bloquant les routes. Les slogans « A bas Khomeiny ! A bas la guerre ! » furent entendus jusqu'à tard dans la nuit. Des centaines de personnes furent arrêtées par les pasdaran.

Cette situation se conjugue avec une montée des luttes ouvrières. Si cette tendance se confirme, l'explosion du mouvement de masse contre Khomeiny deviendrait de plus en plus probable. On peut dire que la vague de terreur de l'été 1981 a porté un coup sévère au mouvement révolutionnaire des masses. Mais, au cours des quatre dernières années, on a pu voir que cette défaite n'a pas été suffisamment profonde pour empêcher une nouvelle montée des luttes révolutionnaires des masses.

Saber NIKBEEN, 15 novembre 1985. Un petit centre industriel dans l'Iran de Khomeiny : les rideaux sont baissés. (DR)

Une erreur sur cette page ?