E 31 octobre 1984, le Premier ministre indien, Indira
Gandhi, tombait sous les balles de trois de ses gardes du corps d'origine sikh. Le meurtre d'Indira Gandhi fait suite au massacre des Sikhs, perpétré par l'armée indienne quelques mois plus tôt, lors de l'assaut donné au Temple d'Or d'Amritsar. Celui-ci était alors occupé par des fondamentalistes
Sikhs.
Cette action fit des centaines de victimes chez les Sikhs.
Elle alimenta les divisions communalistes et le ressentiment
La politique économique du gouvernement de Rajiv Gandhi représente en même temps la continuité et le changement. Elle poursuit une orientation prise antérieurement par le gouvernement du
Parti
Janata, puis par celui de
Gandhi après 1980. Mais elle représente aussi une accélération si rapide dans cette direction qu'on a là sans aucun doute le programme d'accumulation du capital le plus à droite de l'histoire de l'Inde depuis l'indépendance.
Dans le septième plan, pour la première fois, l'investissement dans le secteur privé (qui comprend l'agriculture) est plus important que dans le secteur public. Le secteur des entreprises et du commerce a reçu des allocations se montant à 540 milliards de roupies (environ
302 milliards de francs), alors que l'industrie du secteur public en a reçu 200 milliards (environ 112 milliards de francs).
Le secteur privé (surtout l'industrie) est censé être stimulé grâce à la libéralisation des importations, la suppression d'un certain nombre de patentes, de manière à encourager la concurrence. Ces mesures sont prises dans un cadre qui permette à tous les secteurs de l'industrie (gros, moyens et petits) de prospérer. De plus, sont octroyés au secteur industriel des avantages fiscaux de toute sorte.
UNE POLITIQUE QUI ACCROIT
LES DISPARITÉS SOCIALES
Dans le secteur de l'agriculture, on peut s'attendre à une augmentation constante de la production de céréales, de même que de certaines récoltes commerciales, puisque l'on développe l'irrigation et d'autres méthodes d'agriculture capitalis-
La production de tes.
céréales suivra largement la croissance démographique, bien que du fait de l'absence de distribution équitable, la pauvreté de masse et la malnutrition continueront d'exister. Faire disparaître la pauvreté n'est pas une priorité du nouveau régime. Le gouvernement de Rajiv Gandhi
Gandhi, fut désigné Premier ministre. système politique indien. s'en remet à des programmes comme le Programme de développement rural intégré (IRDP) et le Programme national d'emploi rural (NRDP) pour régler la question de la pauvreté rurale. Mais ces.
des avantages disproportionnés à ceux qui ne sont pas très pauvres et ne remettent en question ni les privilèges des propriétaires ni les mécanismes existants d'obtention des avantages coopécollectifs. Quels que soient les effets équitables de ces mesures, ils seront contrebalancés par les conséquences inégalitaires d'autres aspects de la croissance économique. Par exemple, les possibilités d'emploi diminuent dans l'agriculture. Ce secteur représente aujourd'hui 70% environ de la main-d'œuvre totale, tandis que sa part dans le PNB diminue encore plus, dans la mesure où elle passera de 37 % aujourd'hui à 33% vers 1989-1990. S'il est possible que la proportion des gens en-dessous du seuil de pauvreté demeure stable ou diminue même légèrement, le nombre absolu des gens se situant en-dessous de ce seuil augmentera vraisemblablement. Des études effectuées entre 1966-1967 et 1977-1978 montrent que la diminution limitée des seuils relatifs de pauvreté a peu de rapport avec les effets des programmes spéciaux de suppression de la pauvreté. C'est ce qui peut continuer à se produire. De plus, les disparités entre pauvres eux-mêmes vont augmenter presqu'à coup sûr, les plus pauvres des pauvres le devenant encore plus.
A court terme pour la période du 7e plan, il est fort possible que l'économie indienne parvienne à un taux de croissance moyen égal aux 5,2 % du 6e plan ou les dépassant légèrement. Mais même si l'on atteint les prévisions de taux de croissance les plus optimistes entre la période actuelle et l'an 2000, cela signifiera uniquement que l'Indien moyen de la fin du siècle aura le niveau de vie d'un Chinois moyen d'aujourd'hui, en termes de consommation, tandis qu'il connaîtra encore des conditions pires que le Chinois moyen d'aujourd'hui pour ce qui concerne le logement, l'éducation, la santé, la ration de dans la population sikh à l'égard des Hindous. La recrudescence des dissensions religieuses apparaît comme un exutoire des tensions sociales qui s'aggravent sous un régime de répression renforcée. Le ler novembre 1984, Rajiv Gandhi, fils d'Indira
L'article que nous publions ci-après fait le point sur la politique menée par le nouveau Premier ministre depuis son arrivée au pouvoir et sur les mutations qu'elle révèle dans le protéines.
L'orientation générale de l'économie indienne, qu'ont solidement renforcé les mesures du gouvernement de Rajiv Gandhi, est loin de viser à l'équité et à l'autosuffisance. De plus en plus clairement, on assiste à l'émergence de deux Indes. L'industrialisation, la « modernisation » et les mesures favorables à la croissance sont réservées à la « première » Inde, celle de ceux qui vivent relativement bien et qui constituent une classe de plus en plus importante regroupant les couches riches et les couches moyennes. Cette Inde de la ville et de la campagne pourrait fort bien compter, d'ici l'an 2000, plus de 200 millions de personnes sur une population totale d'un milliard. La polarisation des classes, surtout à la campagne, où les ouvriers agricoles représentent déjà plus de
40 % de la population rurale, va s'accroitre au fur et à mesure du développement de cette politique de modernisation.
Il est aussi très clair que le chômage sous toutes ses formes va devenir un problème encore plus crucial. L'agriculture capitaliste est non seulement de moins en moins capable d'absorber une main-d'œuvre croissante, mais l'industrie l'est elle aussi moins capable que jamais, en raison des mécanismes spécifiques de réduction d'emplois liés à la modernisation capitaliste qui touchent toute l'industrie indienne.
Mais ni l'inégalité croissante ni le chômage en hausse ne constituent des problèmes économiques sérieux - à court ou à moyen terme - pour le capitalisme indien, quelles que soient leurs implications économiques à long terme ou leurs répercussions politiques possibles. Du point de vue du capitalisme indien, les dangers que représente l'orientation économique générale du gouvernement de Rajiv Gandhi sont de divers ordres. Des économistes au sein du gouvernement ou proches de lui pris acte. S'il est possible de en ont mettre à coup sûr en évidence certaines orientations dangereuses dans le projet bourgeois d'accumulation du capital en
Inde, il est trop tôt, au bout d'un peu plus d'un an, pour soutenir que ces orientations se sont déjà concrétisées au
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point d'avoir dépassé un seuil critique dangereux pour le système.
Les deux problèmes les plus graves que pose la nouvelle politique économique sont, d'une part, l'éventualité d'une importante réduction des ressources d'ici quelques années et, d'autre part, le relatif retard de la technologie indienne. L'éventualité d'une grave réduction des ressources va de pair avec le fait qu'une libéralisation insuffisamment contrôlée des importations peut sérieusement aggraver la situation de la balance des paiements (bien que la situation du pays en ce qui concerne la dette ne soit pas inquiétante et laisse donc une marge de manœuvre) et que des contre-mesures (comme l'augmentation des prix imposés, par exemple sur le pétrole et les produits pétroliers, ce que vient de faire le gouvernement) contribueront à l'inflation. Le fait que l'on ait accordé plus d'importance à la promotion du secteur privé rend plus perceptible la négligence existant pour le secteur public, ce qui ne peut qu'augmenter la probabilité d'une crise de l'investissement (insuffisant) dans les secteurs de base du charbon, de l'énergie et du transport ferroviaire, et d'une crise analogue de l'investissement dans l'industrie des biens d'équipement. Le secteur privé, de par la nature même de son orientation (en direc tion d'une consommation élitiste) ne peut tout simplement pas susciter l'investissement suffisant pour permettre le développement des industries de base et des biens d'équipement. Cette situation existe en dépit d'un véritable boom de l'investissement dans le secteur privé, où les fonds — proposés par le secteur des entreprises sur le marché du capital et des actions -sont 25% plus importants que l'an dernier et cinq fois plus élevés qu'en 1980-1981.
Tout le problème des transformations technologiques est étroitement lié aux problèmes que pose le secteur des biens d'équipement. L'apparition de nouvelles technologies dans le monde entier, qui concernent toute une série d'industries (production d'acier, industries de Des étudiants de gauche manifestent leur solidarité avec le peuple cambodgien. (DR)
LEMONSTROTIOAIN SD)
transformation, électronique, etc.), laisse l'Inde dans l'embarras, avec guère d'autre solution que d'importer certaines technologies clefs. Cela a des effets négatifs sur la balance des paiements de même que sur les efforts locaux d'innovation technologique. Mais l'autre alternative serait dans ce cadre d'accepter, au nom de l'auto-suffisance, un retard considérable dans ce domaine. Le problème est partigrave dans le domaine de l'électronique, où le gouvernement ne semble pas avoir une perspective globale tronique est un fer de lance technologique très important pour l'avenir. Est-ce que l'Inde devrait se lancer dans la construction de sa propre industrie complète de semi-conducteurs pour démarrer sa propre industrie électronique et de fabrication d'ordinateurs, plus indépendante ? Ou bien devrait-elle s'intéresser aux avantages relatifs de la division internationale du travail et se limiter à la production de micro-ordinateurs moins complexes et de logiciels de moindre qualité ? Chaque so-
La ses avantages et ses inconvénients. Mais la pire des choses serait de ne pas se prononcer clairement, alors que le relatif retard du secteur de l'électronique est déjà très inquiétant.
SITUATION
DE LA LUTTE DES CLASSES L'activité de la classe ouvrière, en 1985-1986, a été somme toute peu importante. S'il y a eu plusieurs grèves, les ouvriers n'ont cependant pas mené de grèves importantes sur des questions industrielles - sans parler des questions politiques - dont on peut dire qu'elles ont eu un retentissement national ou même régional. En ce sens, la première année du mandat de Rajiv Gandhi n'a pas été différente de l'année qui a précédé son accession au pouvoir, elle-même précédée par la grève historique du textile (1). L'année 1981 représenta une pointe importante dans le cycle de courte durée de la lutte ouvrière, manifestement à cause de la grè-
THE HERDC PEOPLE
ve du textile. Mais même sans tenir compte de cette grève, le nombre de journées de travail perdues à cause des grèves a atteint 21,2 millions d'unités en 1981. Les chiffres correspondants pour les années 1982, 12,3 millions pour 1983 et 15,9 millions pour 1984 (on ne dispose pas encore de statistiques pour 1985). En ouvrière, dans l'industrie, est tout au plus lentement en train de se remettre de la démoralisation et des échecs des années précédentes
En fait, les statistiques concernant les grèves peuvent même donner une indication trompeuse quant au renouveau l'activité de la classe ouvrière et force. Dans ce pays, les grèves sont souvent le dernier recours pour les couches les plus faibles de la classe ouvrière, alors que les ouvriers d'une entreprise tout à fait moderne du secteur privé disposent de toute une gamme de moyens grâce auxquels ils peuvent augmenter pression sur la direction, de manière contrôlée, ce qui rend possible des solutions négociées bien avant le recours à la grève. De manière plus générale, on peut dire que la classe ouvrière indienne dans son ensemble n'a pas organisé sa résistance face au patronat de manière aussi effi-
Ice dernier a organisé ses attadernière, il n'y a pas eu de nombreuses grèves. En outre, le nombre de gens sans emploi s'est accru, car les entreprises ont eu recours aux plans de retraite anticipée, aux reclassements, etc., et ont aussi embauché plus de personnel temporaire ou d'ouvriers sous contrat, de manière à rendre le marché du travail plus souple.
Le gouvernement de Rajiv Gandhi a aussi, semble-t-il, montré qu'il était plus conscient que les fédérations syndicales et les principaux partis de gauche eux-mêmes de la nécessité de disposer d'une stratégie pour traiter avec la main-d'œuvre. C'est ainsi que le pouvoir central a pu encourager un programme de modernisation économique qui aura pour résultat une absorption moins importante qu'auparavant de main-d'œuvre dans l'industrie. Le pouvoir s'engage moins que jamais à faire quelque chose pour les travailleurs industriels inorganisés des petites entreprises et fait preuve d'une capacité certaine à manier la carotte et le bâton pour affaiblir et diviser le mouvement ouvrier dans son ensemble. C'est ainsi, par exemple, que la prime annuelle - ayant le statut légal de salaire mensuel différé - va maintenant être attribuée aux ouvriers
1. Le 20 octobre 1981, près de 25 000 travailleurs de plusieurs entreprises textiles de Bombay entraient en lutte pour des revendications salariales. Le 18 janvier suivant, une grève générale concernant 250 000 travailleurs de 60 usines différentes était décrétée dans ce secteur d'acitivité. Les ouvriers du textile. qui réclamaient une hausse de salaire de 50 %, se sont heurtés à l'intransigeance patronale. Le conflit rencontra une certaine solidarité dans les rangs de la classe ouvrière. En mars 1982. 300 000 personnes ont participé à une marche de solidarité avec les grévistes. Le conflit dura 18 mois (cf. Inprecor numéro 137 du 22 novembre 1982 et 141 du 17 janvier 1983).
Manifestation de Sikhs autonomistes. (DR) qui gagnent jusqu'à 2500 roupies par mois (environ 1400 francs), alors qu'auparavant la limite était fixée à 1 600 roupies par mois (environ 900 francs). Simultanément, le pouvoir central encourage la privatisation de parties de l'industrie qui appartenaient auparavant au secteur public. Ceci aura certainement des effets négatifs pour les employés, tout comme à fermer plus d'unités production « malades » au nom d'une grandes. La loi draconienne dite du maintien des services essentiels, qui interdit les grèves et les fermetures d'usine secteur des « services essentiels », a été promulguée de 4 ans. Mais en août de l'an dernier, le pouvoir central a prolongé la validité de cette loi, ce qui n'est pas surprenant.
Le seul exemple apparement sérieux de résistance de masse organisée est la grève d'une journée, appelée en septembre 1985 dans tout l'Etat indien par toutes les fédérations syndicales, y compris la section du Bengale occidental de la Confédération syndicale liée au parti du Congrès (INTUC). C'est le Parti communiste indien (marxiste) (PCI (M)) qui l'organisa, pour protester contre le nombre croissant des fermetures d'entreprises dans l'Etat du Bengale occidental (2). Il est clair qu'il revenait au mouvement ouvrier d'appuyer aussi bien la demande de réouverture et de modernisation des secteurs industriels fermés et en difficulté que la revendication de nationalisation des usines de jute et de textile, et le refus des suppressions d'emplois et des licenciements. Mais les motivations du gouvernement PCI (M) du Bengale occidental étaient autant suscitées par le désir d'amener le pouvoir central à permettre et faciliter un investissement public et privé (même multinational) plus important dans son Etat que par celui de défendre le droit au travail. En fait, le PCI (M) cherche de plus en plus à donner l'image d'un parti qui est responsable, capable et désireux de composer efficacement avec le capitalisme au Bengale occidental. Il n'est donc pas surprenant
E. MET TOI que des trois Etats qui sont invariablement les premiers pour le nombre des journées de travail perdues par an à cause des conflits du travail (Maharashtra, Tamil Nadu, Bengale occidental), ce soit au Bengale occidental qu'il y ait eu, pour la première fois, plus de journées de travail perdues à cause de fermetures d'usines qu'à cause de grèves. C'est pourquoi les industriels ont toutes les raisons d'applaudir - et ils l'ont fait - les efforts zones rurales, il y a eu des luttes constanagricole, mais elles n'ont eu qu'un impact local.
L'élément le plus important de la politique économique de Rajiv Gandhi est sans doute que la nouvelle administration de New Delhi a su donner confiance en elles-mêmes aux classes moyennes, aisées et supérieures. Pour la première fois, elles constatent qu'un gouvernement s'oriente explicitement et publiquement en fonction de leurs aspirations et de leurs besoins. La bourgeoisie urbaine (et toutes ses couches) s'est vivement réjouie de la stratégie économique du gouvernement. Alors, pourquoi y a-t-il des contrôles de police dans des maisons de commerce importantes ou de taille moyenne et chez des agents des contributions malhonnêtes ? La raison pour laquelle un gouvernement, qui protège de des affaires, est amené à déstabiliser façon apparemment déconcertante ce même milieu, est assez claire. Le gouvernement, qui a réduit les impôts, veut empêcher qu'un déficit budgétaire dangereux apparaisse. Ainsi, il oblige, par la crainte, les maisons de commerce à être plus honnête en ce qui concerne les déclarations de revenus. Il n'y a aussi raison de douter que vernement de Rajiv Gandhi souhaite vraiment mener à bien un « assainissement » sérieux de tout le système et désire enrayer le marché noir. Le gouvernement actuel n'est pas non plus sans comprendre les retombées politiques positives dont il bénéficierait si sa popularité augmentait parmi les ouvriers, les classes moyennes
NEW SURAU TRANSPC inférieures, et même parmi de larges frac-
tions des classes moyennes, à la suite de telles actions.
CASTES ET COMMUNAUTES
Les conflits entre castes tout comme les conflits entre les communautés, qui se recoupent souvent, ont augmenté ces dernières années (3). En 1985, l'agitation la plus significative et puissante a commencé • dans l'Etat du Goudjerat. A cette occasion, les castes supérieures et les sphères dominantes des Autres castes inférieures (Other Backward Castes, OBC) ont affronté les couches inférieures des OBO et les castes inférieures ( « intouchables »). Cette guerre des castes, acharnée brutale, a vu un important succès des castes supérieures, qui ont obtenu gouvernement de l'Etat qu'il choisisse un nouveau Premier ministre et qu'il récuse ses précédents engagements d'augmenter le pourcentage de places réservées aux castes inférieures dans le domaine de l'emploi et de l'éducation. Cette victoire
Run important retour en arrière que les castes opprimées efficacement, malgré leur mobilisation impressionnante mais tardive. Cette guerre des castes dans augmentation
Ailleurs également, s'est confirmée montée très me hindou et des sectarismes de toutes sortes. L'accord de l'Assam - enlevant de façon honteuse et injustifiable le droit de vote à une grande partie des Musulmans de cet Etat et qui plus tard a coûté au parti du Congrès sa victoire dans les élections à l'Assemblée de cet Etat - a nettement encouragé le chauvinisme des classes moyennes hindoues de l'Assam, qui ont mené l'agitation dans cet Etat bien que n'étant pas les seules à le faire. Cet accord a aussi facilité une démarcation plus nette entre les communautés. Les Hindous se sont rassemblés autour du Parti de la communauté (Asam Gana Parishad, AGP) nouvellement constitué et la minorité musulmane s'est tournée vers une autre organisation récente de cette communauté, le Front uni des minorités (United Minorities Front, UMF). Il n'est resté au parti du Congrès qu'une place réduite, tandis que la gauche, le PCI (M), qui était opposée à l'accord de l'Assam quant à montée des particularismes communau-
L'affaire Shah Bano - où une vieille musulmane de 75 ans a déposé avec succès une requête pour obtenir une pension
2. Le Parti communiste indien (marxiste) (PCI-M) est une scission intervenue en 1964 dans le PCI. C'est le schisme sino-soviétique qui acheva de diviser différentes fractions du PCI auparavant déjà opposées. A son origine, le PCI (M) était pro-chinois.
3. Pour une analyse plus détaillée du communalisme en Inde, se reporter au dossier publié sur ce thème dans Inprecor numéro 179 du 10 septembre 1984.
alimentaire raisonnable de celui qui était son ex-mari depuis plus de 40 ans - a provoqué une énorme fureur au sein des groupes fondamentalistes musulmans. Cette affaire a drainé la colère de presque toute la population musulmane masculine, qui prétendait que la Cour suprême n'avait pas à contredire la loi musulmane consacrée par le Coran. Le caractère réactionnaire de certaines règles - qu'elles soient musulmanes, hindoues, chrétiennes ou sikh - a justifié le besoin de les remplacer par un code civil uniforme. Mais l'utilisation par les communautés hindoues et leurs partis et organisations, comme le Vishwa Hindu Parishad, Rashtriya Surayamsevak sangh, la Shiv Sena, le Bharatiya Janata Party etc. (4), de l'opposition des Musulmans à ces mesures est condamnable. C'est ainsi que le problème central posé par Shah Bano s'est perdu au milieu de toute cette effervescence opposant les deux communautés. Ce problème, c'est celui de l'oppression des femmes. Toutes les règles de conduite fondées sur la religion oppriment les femmes. femmes de toutes les religions, soutenues par des hommes et des groupes progressistes, doivent mener une campagne contre les pratiques sexistes, mais sans tomber dans le piège qui consiste à considérer l'affaire Shah Bano comme celle d'une minorité de Musulmans s'opposant au reste de la population.
L'ARENE POLITIQUE BOURGEOISE
L'arène politique a été dominée par trois éléments étroitement reliés eux : le déclin continu au plan intérieur du parti du Congrès, devenu une simple machine électorale ; l'émergence, à la direction de ce parti, d'une approche pragmatique, gestionnaire et plus apolitique qu'auparavant de l'activité administrative ; enfin, le développement au niveau régional de partis et de formations avec, pour ce qui est de la relation entre le gouvernement central et les Etats, un glissement en faveur de ces derniers. La position apparemment non contestée de Rajiv Gandhi comme chef du parti du Congrès et du gouvernement ne peut cependant pas camoufler une évidence de plus en plus claire, celle d'un désaccord et d'un mécontentement croissants à l'intérieur de ce parti. Les partis du Congrès des Etats du Goudjerat et du Maharashtra souffrent de dissensions à peine cachées. Quant aux récentes défaites électorales subies par ce parti dans les Etats de l'Assam et du Pendjab, elles y ont complètement démoralisé les militants.
A ces tensions s'ajoute l'émergence d'une direction plus « impériale », une sorte de coterie qui entoure le nouveau Premier ministre, dont les mots d'ordre sont « efficacité » et « management ». Le remaniement ministériel, qui a eu lieu l'an dernier, a été le plus important depuis les années 1960. Bien que pour les nouvelles nominations on ait un peu tenu compte de facteurs de caste ou régionaux, les choix ont été fondamentalement motivés par l'intention d'amener du « sang neuf » aux postes très importants. Il est possible qu'Arun Singh (cousin de Rajiv) et Arun
Nehru (numéro deux du gouvernement malgré son statut officiel peu important)
n'aient aucune expérience politique consismais ils ont été sans aucun doute grands bénéficiaires de ce remaniement.
Elle est bien révolue, la tentative « à la
Mme Gandhi » de contrôler et d'équilireligieuses brer les différentes factions et forces qui, au sein du parti du Congrès, sont le reflet pressions erses l'extérieur aison est alternative prédominance faiblesse de la ment de pas force.
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Le parti de Rajiv Gandhi aborde les élections générales dans une optique qui diverge de celle de Mme Gandhi sur quelpoints importants. Cette dernière des cette comme esprit nationaliste le thème sur
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Des affiches électorales à Calcutta. (DR) qu'accumuler les problèmes pour les
Get annonce un grave embrasement des communautés pour l'avenir. L'AGP a déjà pris des mesures pour institutionnaliser son pouvoir au sein de l'administration civile l'Etat de l'Assam, en changeant complètement le personnel aux plus niveaux de la bureaucratie pour y mettre ses propres hommes.
L'accord du Pendjab n'est pas plus une garantie de stabilité future (5). La victoire du parti Akali Dal (AD) n'a pas vraiment modifié le caractère communautaire du schéma de vote. Les Hindous ont voté contre l'AD, et la seule différence importante par rapport au passé réside dans le fait que, pour la première fois, les Sikhs Mazhabi (intouchables) ont voté pour l'AD plutôt que pour le parti du Congrès, ce qui est un indice du point extrême auquel en est arrivé le problème des communautés. De plus, les luttes de faction et les rivalités personnelles ne manquent pas au sein de l'AD. Il en résulte que ce parti est aujourd'hui incapable de lutter efficacement contre le Damdami Taksal, qui a repris le Temple d'Or (6). Plus ils y restent, plus leur occupation est légitimée, plus l'AD et le Shiromani Gurdwara Prabandhak Committee (SGPC) conduit par Tohra s'affaiblissent. C'est en fait le moment de vérité pour l'AD. S'il n'expulse pas le Damdami Taksal du Temple d'Or, et ça ne peut être fait que par la force, alors s'installera une
- avec l'intervention directe du gouvernement central — qui ne fera qu'aggraver le problème des communautés au Pendjab. Il y a déjà des signes d'une recrudescence du terrorisme.
semble incapable d'améliorer la situation à cause de son particularisme gouvernement central, pour sa part, à cause de sa connivence avec la communauté hindoue, ne peut pas rassurer les Sikhs. Il favorise ainsi les fondamentalistes en leur donnant la devenir les leaders communauté sikh. Dans ce contexte, il
PROGRAMME est important de noter que le pouvoir central n'a pas assumé ses responsabilités lorsqu'il s'est agi, devant la commission Misra, de faire rendre des comptes à ceux qui avaient tué des Sikhs lors des émeutes anti-Sikhs de Delhi. Il est vraisemblable que cette commission cessera d'exister, dans l'indifférence générale.
Mis à part le problème spécifique du Pendjab et de l'Assam, le nouveau rapport des forces entre le pouvoir central et les Etats se caractérise d'une part par l'accroissement de l'influence, au niveau régional, du groupe de pression koulak (paysans riches), et, d'autre part, par l'abandon progressif, par le pouvoir central, de ses responsabilités aux gouvernements des Etats, en matière de justice et de maintien de l'ordre. Dans le cas de l'Andra Pradesh, cela a permis au gouvernement local de mener la répression la plus brutale, depuis plus de dix ans, contre l'extrême gauche, généralement les groupes maoïstes, qui mobilisent dans les couches pauvres de la population rurale. La répression s'étend aussi à des mouvements pour les libertés civiques, qui ont cherché à mettre en évidence les violations des droits démocratiques élémentaires de la part du gouvernement de
5. En juillet 1985, Rajiv Gandhi signa un accord avec Harchand Singh Longowal, leader de l'Akali Dal, en vue de réduire la tension communaliste dans l'Etat du Pendjab. Celleconnu son point culminant avec l'assaut donné en juin 1984 par l'armée indienne au Temple d'Or, à Amritsar alors occupé par des Sikhs. Cet accord prévoyait une amélioration du traitement des prisonniers Sikhs, l'ouverture d'une enquête sur les exactions dont les Sikhs ont été victimes à New Delhi et le transfert à l'Etat voisin du Haryana de zones de population hindi de manière à accentuer la majorité Sikh au Pendjab. Cet accord fut condamné par certains groupes Sikhs et Longowal était assassiné un mois plus tard et remplacé à la tête de l'Akali Dal. L'Akali Dal est un parti essentiellement composé de Sikhs. Il fut fondé en 1920 pour reprendre aux sbires du colonialisme britannique le contrôle des temples du
0. C'est en juin 1984 que l'armée indienne a donné l'assaut au Temple d'Or où s'était
Rama Rao.
Si l'extrême gauche maoiste souffre d'une répression sévère dans l'Andra Pradesh, son influence est en train de diminuer ailleurs pour des raisons qui ont plus à voir avec son manque de perspectives politiques qu'avec la répression directe. Le gouvernement du PCI (M) de l'Andra Pradesh harcèle sélectivement les sympathisants de l'extrême gauche et les membres d'organisations de masse, sans toutefois aller jusqu'à une attaque directe des partis et des groupes d'extrême gauche.
LES MOUVEMENTS SOCIAUX
DE GAUCHE Le PCI (M) est actuellement un parti réformiste tout à fait bureaucratisé, dont l'intérêt principal est de se renforcer régionalement au Bengale occidental et au Tripura, et de revenir au pouvoir au Kerala, dans une coalition de front populaire (7) Il a, pour quelque temps encore, cessé de chercher à s'accroître au cœur de la région hindi, avec ou sans l'aide du Parti communiste de l'Inde (PCI) (8).
La préoccupation majeure du PCI (M) est d'assurer sa propre continuité gouvernementale en Inde orientale. En conséquence, il s'agit pour lui de restructurer part les relations entre le pouvoir et les Etats dans le sens d'une plus grande autonomie pour les Etats, et, d'autre part, d'encourager un plus grand investissement capitaliste (public et privé) au Bengale occidental, de façon à ren verser, ou du moins à stopper, la situation de déclin relatif de la région.
A cet égard, le PCI (M) est maintenant un geôlier de la classe des travailleurs au Bengale occidental bien plus efficace que ne le serait n'importe quel parti bourgeois. Même si le PCI (M) continue à soutenir du bout des lèvres la lutte contre le pouvoir « autoritaire » du parti du Congrès, ce n'est en réalité rien d'autre qu'un cliché usé. Le PCI (M) participe maintenant à part entière au jeu électoral et serait disposé à aller jusqu'à appuyer le parti du Congrès au gouvernement central, en lui prêtant des forces politiques compétentes, à condition d'en retirer une contrepartie satisfaisante dans les régions. Deux éléments illustrent cela : réfugié Bhindranwale, grand prêtre du renouveau fondamentaliste sikh et ses partisans. Cette action provoqua de nombreux morts chez les Sikhs. Ces événements ont sans doute eu leur prolongement dans l'assassinat de Indira Gandhi par des Sikhs. En janvier 1986, le Temple d'Or d'Amritsar était de nouveau occupé par des Sikhs organisés par une organisation fondamentaliste sikh, le Damdami Taksal.
7. Sur la gestion du PCI (M) dans l'Etat du Kerala se reporter à Inprecor numéro 122 du 5 avril 1982.
Le PCI a été fondé en 1928 mais n'a guère exercé d'influence durant les vingt premières années de son existence sur les courants nationalistes qui finiront par arracher l'indépendance de l'Inde en août 1947. Une crise se développera dans les rangs du PCI à partir des années 1950. Le schisme sino-soviétique va achever de diviser les différentes fractions et une partie de la base quittera le PCI pour former le PCI (M) en 1964 (cf. Inprecor numéro 122 du 5 avril 1982).
d'une part, l'importance nouvellement attribuée par le PCI (M) au « front de gauche laïque » plutôt qu'au « front de gauche démocratique » qu'il préférait auparavant le parti du Congrès est considéré par le PCI (M) comme étant plus laïque que certains autres partis bourgeois) ; d'autre part, l'accent récemment mis sur la nécessité de préserver la sécurité du pays contre des forces néfastes, tant intérieures qu'extérieures.
Les efforts pour aboutir à une union du PCI (M) et du PCI ont lamentablement échoué, comme c'était prévisible. Les deux directions bureaucratiques ont été incapables de se mettre d'accord sur la répartition des responsabilités dans une organisation commune. Pour les prochaines années, on peut s'attendre à ce que le PCI (M) et le PCI continuent à suivre leur ligne de soutien à la politique étrangère « progressiste » de Rajiv Gandhi, tout en critiquant sa politique économique et sociale de droite, et en évoquant périodiquement le besoin d'une unité de la gauche, mais sans qu'aucune unité réelle n'émerge dans les faits, ne serait-ce qu'entre les organisations de masse ou les fronts contrôlés par les deux partis de gauche.
Quant aux « nouveaux mouvements sociaux », seul le mouvement autonome des femmes peut raisonnablement être optimiste sur la possibilité de se développer de façon continue dans le proche avenir. C'est à Bombay, fin décembre, que s'est tenue la conférence nationale la plus importante et la plus représentative des groupes autonomes de femmes. Plus de 170 groupes de femmes de tout le pays y étaient représentés. Au dire de tout le monde, ce fut un grand succès. La prise de conscience de leur oppression par les femmes ne peut que se développer, en touchant des couches de plus en plus larges de la population. Mais le lien entre le mouvement des femmes et le mouvement ouvrier et syndical demeure un problème redoutable, à cause de faiblesses dans les deux camps. Le Parti communiste d'Inde (marxiste) dans la campagne législative de 1977. (DR)
Même si la catastrophe de Bhopal et les récentes fuites de gaz à New Delhi ont créé une plus grande prise de conscience des problèmes de pollution, le mouvement écologiste en est encore à l'état embryonnaire. C'est également le cas pour tous les groupes écologistes et les groupuscules tout récents pour la paix contre les armes nucléaires. mouvement pour la santé, il est de plus en plus divisé entre ceux qui adoptent une orientation radicale et ceux qui sont désireux ou susceptibles d'être cooptés par le gouvernement. Ce dernier, dont la stratégie consiste à se soustraire à toute responsabilité dans la mise en place d'un système de santé publique adapté et qui puisse se développer, est en effet tout à fait prêt à soutenir, financièrement et par d'autres moyens, des groupes de santé disposés à dans les zones rurales et les quartiers urbains pauvres. ment poursuit une stratégie de privatisation et de commercialisation de la santé. Il est par conséquent de la plus grande importance que les groupes radicaux concernés par la santé ne tombent pas, consciemment ou inconsciemment, dans le piège qui consisterait à encourager ces efforts.
UNE NOUVELLE
POLITIQUE ÉTRANGERE ? Pour ce qui est de l'attitude vis-à-vis des grandes puissances, la politique étrangère du gouvernement de Rajiv Gandhi n'a pas réellement changé par rapport à celle du gouvernement précédent. Les Etats-Unis trouvent peut-être les perspectives économiques de ce gouvernement beaucoup plus à leur goût et peuvent penser que le nouveau Premier ministre est un personnage moins rigide que Mme Gandhi. Mais ces points superficiels n'entraînent pas par eux-mêmes des changements fondamentaux de ligne politique. L'inclination pro-occidentale en ce qui concerne l'économie existe depuis longtemps, de même que le penchant prosoviétique en matière de sécurité, dans le cadre plus large de l'appartenance au mouvement des non-alignés.
Ce qui a quelque peu changé, c'est l'attitude du gouvernement envers le Sri Lanka et le Pakistan. Les relations sino-indiennes resteront en l'état tant que la question des frontières ne sera pas résolue. A cet égard, il y a eu un récent durcissement des positions chinoises.
Pour ce qui est du Sri Lanka, on pouvait soupçonner Mme Gandhi de chercher à déstabiliser le gouvernement de ce pays en soutenant les guérilleros tamouls et en laissant des doutes sur les promesses de l'Inde en ce qui concerne l'intégrité nationale de l'ile. Rajiv Gandhi a non seulement souligné que l'Inde veut absolument que le problème tamoul soit résolu dans le cadre de l'unité de l'île, mais il a aussi agi d'une facon qui a inquiété tant le gouvernement de l'Etat indien du Tamil Nadu que les réfugiés et les guérilleros tamouls du sud de l'Inde. En même temps, il a laissé croire au régime de Jayewardene que l'Inde pourrait l'aider à imposer une solution injuste aux Tamouls de l'ile. New Delhi a dû, par la suite, revenir sur certaines des déclarations nettement favorables à Jayewardene et réduire cet appui, de manière à pouvoir contrôler les dirigeants politiques tamouls de nationalité indienne. Voilà qui reflète l'étroitesse de la marge de manœuvre de tout gouvernemnt indien sur cette question, quel qu'en soit le dirigeant. Mais l'impression générale qui prévaut aujourd'hui est celle d'un gouvernement plus désireux que son prédécesseur de calmer Colombo, fût-ce aux dépens des Tamouls sri-lankais.
En ce qui concerne le Pakistan, NewDelhi a réagi mollement à des initiatives pakistanaises sur la question des armes nucléaires et sur les relations indo-pakistanaises en général. Sur la question nucléaire, les deux pays poursuivent actuellement une politique ambiguë, mais le Pakistan est décidé à clore pour de bon le dossier nucléaire, si tant est que l'Inde le soit aussi. Sa proposition comporte les quatre points suivants: signature conjointe du Traité de non prolifération, ou inspection mutuelle des installations nucléaires, ou refus bilatéral des armes nucléaires, ou établissement d'une zone sud-asiatique dénucléarisée. Le gouvernement indien est clairement sur la défensive, puisqu'il n'accepte aucune de ces propositions et n'avance lui-même aucune proposition convaincante pour promouvoir la dénucléarisation de la région. Il en résulte une politique fluctuante envers le Pakistan. Soit c'est la course avec le général Zia, à qui désire le plus « sincèrement » améliorer les relations indo-pakistanaises, soit ce sont les remontrances sur les intentions hypocrites du Pakistan visant à affaiblir l'Inde et à promouvoir les intérêts occidentaux ou islamiques.
M. NAVID, Bombay, 10 avril 1986.