NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE
GRANDE-BRETAGNE
Défaite électorale Margaret Thatcher gouvernement conservateur Margaret Thatcher, déjà en perte de vitesse et qui a connu ces derniers mois une série d'échecs et de conflits internes, a subi un revers important aux élections municipales et partielles qui ont eu lieu le 8 mai. A cette occasion, le Parti conservateur a perdu du terrain un peu partout dans le pays. Le Parti travailliste a reconquis une partie du terrain qu'il avait perélections législatives de juin 1983, sans pour autant atteindre un score qui lui assurerait une majorité parlementaire en cas d'élections générales. L'Alliance centriste entre le Parti libéral et le Parti social-démocrate continue progresser. Si on fait la comparaison entre élections et les municipales 1983, on constate que les conservateurs ont perdu 7,4% des suffrages, que les travaillistes progressent de 2,7 % et l'Alliance de 4,3 %. Sur la base à la fois des élections du 8 mai et des derniers sondages, il a été calculé que des élections légis-
34 % aux conservateurs et Derrière le recul généralisé du Parti conservateur, on peut observer des variations importantes d'une région à l'autre, ainsi qu'entre la ville et la campagne. Dans certains endroits, le score du parti Ecosse, 11,9% à Glasgow, Liverpool. Ces résultats ont une signification plus que conjoncturelle : ils s'inscrivent dans le cadre du déclin historique du Parti conservateur, qui, en 1955, recueillait 50% des voix en Ecosse et 53 % à Liverpool.
Quant au Parti travailliste, ses gains de voix viennent essentiellement du Nord de l'Angleterre, des grandes villes, du pays de Galles et, dans une moindre mesure, de l'Ecosse. Il est à noter que la gauche travailliste, qui a été ces derniers temps la cible d'une campagne de dénonciation de la part à la fois des médias et de la direction de son propre parti, se maintient. Prenons le cas de Liverpool. Le conseil municipal, dominé par le courant de gauche Militant, s'est affronté l'année dernière au gouvernement conservateur autour de son refus d'opérer des coupes budgétaires exigées par ce dernier (voir Inprecor numéro 210 du 6 janvier 1986) et ses dirigeants sont actuellement en train d'être exclus du Parti travailliste. Malgré toutes les attaques menées contre eux, les dirigeants de Liverpool ont réussi à garder leur majorité au conseil municipal. Bien qu'ils aient perdu des voix, cela n'a pas été la déroute souhaitée et prédite par la presse et la direction du parti. Dans deux communes du Grand-Londres, Lambeth, qui fut avec Liverpool la seule municipalité à avoir mené une résistance conséquente aux coupes budgétaires, et Haringey, où le président Noir du conseil municipal avait été la cible de la haine de la presse de droite pour avoir pris parti en faveur de la jeunesse antillaise contre la police au moment des émeutes de l'au-
1985, la victoire En dehors des bastions travaillistes, essentiellement urbains, les pertes des conservateurs ont été au profit de l'Alliance. Aux deux élections partielles tenues le même jour que les municipales, c'est l'Alliance qui a enlevé un siège aux conservateurs et manqué d'une centaine voix de remporter le deuxième. Il faut noter également que dans certaines grandes villes (Liverpool, Londres), l'AIpour l'essentiel au détriment des conser-
En Ecosse, avec le recul des conservateurs, les travaillistes et l'Alliance ne progressent que marginalement et c'est le Parti national écossais (SNP), indépendantiste, qui y devient, avec 18 % des voix, le deuxième parti. Ce résultat est encore loin des 30 % atteint par le SNP en 1974, mais il atteste d'une remontée par rapport aux élections législatives de 1979 et 1983. Pris ensemble avec les 34% d'électeurs qui se sont prononcés en faveur de l'indépendance dans un récent sondage, résultat ajoute un nouvel élément d'instabilité à la vie politique en Grande-Breta-
Les réactions au sein du Parti conservateur aux résultats du 8 mai n'ont pas tardé à se manifester. Dans les jours qui ont suivi les élections, John Biffen, président du groupe conservateur au Parlement, a déclaré que même si Thatcher devait diriger le parti aux prochaines élections législatives (lesquelles doivent avoir lieu en juin 1988 au plus tard) « personne ne pensait sérieusement» qu'elle resterait à sa tête jusqu'à la fin de la prochaine législature. Biffen a défendu l'idée d'un « ticket équilibré », lequel associerait à Thatcher quelqu'un « dont la largeur de vues pourrait redonner confiance à l'électorat » et qui pourrait prendre la relève. Il s'agissait ni plus ni moins d'inviter Thatcher à préparer sa propre retraite. D'autres dirigeants conservateurs ont pris leurs distances avec Thatcher, notamment Malcolm Rifkind, ministre responsable de l'Ecosse. Et depuis les élections, Thatcher a dû céder du terrain. La démission, le 21 mai, de
Keith Joseph, qui était non seulement ministre de l'Education mais aussi principal idéologue du thatchérisme, remplacement par Kenneth Baker, représentant de l'aile plus modérée conservateurs, est un signe des temps. Le vent tourne contre la « dame de fer » au sein de son propre parti.
La politique prônée par les opposants conservateurs à Thatcher prend comme point de départ les acquis de son gouvernement (privatisation de certains secteurs, affaiblissement des syndicats et de tout le mouvement ouvrier), mais commencerait à prendre en compte l'échec de politique économique et les consésur le plan social d'un libéralisme rigide et dogmatique. L'alterqu'ils avancent impliquerait notamment une augmentation des budgets de l'Education, de la Santé, du Logement, une politique d'aide à l'industrie. Dans ces grandes lignes, cette politique est partagée par l'aile « rénovatrice » du Parti conservateur, par l'Alliance et de plus en plus par un Parti travailliste recentré à droite sous la direction de Neil
C'est dans ce cadre que la classe dirigeante aborde avec une tranquillité relative le problème de la succession à l'idée que les conservateurs n'auront plus la majorité au Parlement aux prochaines législatives, la question se pose d'un gouvernement de coalition, soit conservateurAlliance, soit Alliance-travaillistes. Cette dernière solution paraît la plus probable dans le cours actuel des choses. En ce sens, le projet initial de l'Alliance a été modifié : elle n'a pas réussi à marginaliser le Parti travailliste pour créer une alternance avec les conservateurs, mais elle occupe désormais une place nière dans la vie politique britannique. Et le recentrage du Parti travailliste rend sa marginalisation moins nécessaire pour la bourgeoisie. Mais parce qu'il demeure un parti ouvrier sensible aux pressions au travers du prisme déformant de préfère qu'il soit flanqué de l'Alliance son arrivée Ce qui soulage également la droite travailliste en lui fournissant un alibi en or pour ne pas satisfaire les revendications des
Pour ceux qui au sein du Parti travailliste, défendent la nécessité d'une politique contre les patrons et au service des travailleurs, il va falloir mener la bataille sur deux fronts : contre Thatcher, bien sûr, mais aussi contre toute coalition avec l'Alliance et le glissement à droite qui l'accompagne. Les résultats
du 8 mai leur donnent au moins des mo- partie de la production destinée à la con- de et de la remettre en liberté. Mais il yens pour répondre à ceux qui prétendent que le Parti travailliste ne peut pas un programme défense des intérêts des travailleurs.