Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETAT ESPAGNOL

La LCR et le MCE appellent à l'abstention pour les élections législatives anticipées

Inprecor n° 222, 23 juin 1986 · p. 26-27 · 2 043 mots

État espagnol France Femmes Paix et armements

La LCR et le MCE appellent à l'abstention pour les législatives anticipées Le 22 juin prochain auront lieu en Espagne des élections législatives anticipées. Nous reproduisons ci-dessous de larges extraits d'un texte de la Liga Comunista Revolucionaria (LCR), section de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol, et du Movimiento Comunista (MCE), daté du 5 mai dernier et qui constitue leur prise de position commune en faveur de l'abstention. En Euzkadi, en Galice et aux Canaries, la LCR soutient des candidatures d'organisations nationalistes radicales.

Après 4 ans de gouvernement, le PSOE apparaît à l'opinion publique comme un parti intégré à l'Etat. Son expérience gouvernementale ne lui a pas permis de changer la réalité de l'Etat espagnol, mais elle a permis d'achever la transformation droitière du PSOE vidé déjà de toute substance de gauche.

Aujourd'hui, il ne se présente pas comme une force sociale populaire, mais comme un corps de dignitaires de l'Etat qui disposent de leur parti pour défendre leur position privilégiée. L'ampleur de son électorat - dont l'importance est davantage due à la crainte de la droite qu'à la capacité d'attraction du PSOE me - contraste avec son extrême faiblesse militante. Le PSOE d'aujourd'hui est une sorte de regroupement professionnel ancré dans les bureaux de l'Etat mais très peu présent dans la société. Son travail politique au gouvernement suscite l'envie de la dont il a repris le flambeau. Pendant ces années, la politique gouvernementale a favorisé les banques et les entrepreneurs. Les suppressions d'emploi, les pertes de salaire systématiques et l'acceptation de contrats de travail qui jettent dans l'insécurité les plus démunis, tout cela a constitué le fondement de ce que l'on a appelé le réajustement économique. Il s'en est suivi une dégradation drastique de la situation économique de la classe ouvrière, faisant de l'Etat espagnol le champion européen toutes caté. gories du chômage.

Une fois installé au gouvernement, le PSOE a incarné le pire des nationalismes centralistes espagnols, méprisant les droits nationaux de nos peuples et traitant comme une simple question d'ordre public l'exigence de la reconnaissance du droit à

NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE l'autodétermination. Son attitude envers secteurs très significatifs du peuple basque pour l'indépendance nationale d'Euzkadi est dans la continuité directe de la tradition franquiste. La pratique de la torture n'a pas cessé et les expéditions meurtrières du GAL (commandos anti-ETA agissant en France contre les représentent le point culminant du terrorisme d'Etat caractéristique de cette période gouvernementale du PSOE. C'est pendant cette époque que s'est également scellée la dépendance à l'égard des Etats-Unis et la participation de l'Etat espagnol au bloc atlantique (...)

Le PSOE, après ces années d'exercice du pouvoir gouvernemental, est une force politique marquée du sceau de sa soumission aux diktats des USA ; il est attentif aux caprices d'institutions réactionnaires comme l'armée et la police ; il dépend des désirs des patrons et des banquiers, qui ont vu leurs bénéfices augmenter au cours de cette période ; il est incapable de faire face aux pressions de l'Eglise, dont les centres d'enseignement sont subventionnés par des fonds publics et dont l'hostilité au droit des femmes à l'avortement libre a été déterminant lors de l'approbation d'une loi inacceptable (...)

Un gouvernement qui se proclame socialiste a dû faire face à une grève générale, au maintien d'une opposition radicale au Pays Basque, à l'opposition électorale substantielle d'une partie de la population sur une question aussi importante que celle de l'OTAN. Cela montre que le système parlementaire représente de façon très limitée les classes laborieuses.

Au cours de ces mobilisations et de ces luttes contre de vieilles forces réactionnaires, protégées aujourd'hui par un gouvernement PSOE, plusieurs attitudes se sont manifestées.

assez réticente envers les luttes populaires, encline au compromis et désireuse avant tout d'obtenir une part plus grande du gâteau institutionnel. Mais face à cette gauche conciliatrice, une autre gauche plus combative s'est renforcée ; elle participe avec conviction à l'organisadifférents mouvements sociaux, elle est fidèle à ses convictions révolutionnaires et socialistes. Différentes organisations - la LCR et le MCE entre autres font partie, ainsi que de nombreuses personnalités indépendantes, dont coup sont actives dans les mouvements

Ce sont ces derniers secteurs qui ont pris l'initiative de s'opposer à la réforme politique contrôlée par des secteurs du franquisme, de refuser d'appuyer Constitution qui consacre officiellement le caractère capitaliste de l'économie, la

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monarchie et le rôle prépondérant de l'armée, en même temps qu'elle nie le droit à l'autodétermination des peuples en essayant de limiter leurs droits nationaux dans le cadre étroit des statuts (les statuts d'autonomie, ndlr.), tout en metttant en fondamentaux. Des femmes de ce courant de gauche ont contribué à impulser le mouvement féministe, qui a déjà dix ans et qui joue un rôle très actif dans la lutte pour transformer notre société. Les premières voix qui se sont opposées aux pactes sociaux qui ont tellement contribué à aggraver la situation de la classe ouvrière, proviennent également de cette gauche. C'est elle qui impulse également un effort de solidarité avec la lutte du peuple basque et qui a dénoncé la première et le plus fermement les méthodes terroristes de l'Etat. Cette gauche s'est systématiquement opposée au Marché Commun, en dénonçant les illusions qui ont eu cours pendant des années. C'est grâce à son activité qu'est né ce qui, quelques années plus tard, allait se transformer en un grand mouvement populaire, le mouvement contre l'OTAN, pour le démantèlement des bases américaines, en faveur du neutralisme et contre le militarisme. Les 7 millions de votes recueillis lors du référendum sur l'OTAN face à la position pro-américaine du gouvernement n'auraient jamais pu être recueillis sans l'action tenace et sans l'initiative de cette nouvelle gauche radicale.

Nos deux organisations font du renforcement de cette nouvelle gauche leur tâche principale ; une gauche anticapitaliste de manière intransigeante, acharnée à développer une action syndicale de résistance différente à la fois du conservatisme et du syndicalisme réformiste ; qui soutienne de façon décidée la libération des peuples soumis à l'Etat centraliste ; fermement anti-impérialiste et opposée à l'existence des blocs militaires, qui continuera à lutter contre l'OTAN et contre les accords bilatéraux avec les USA, et qui ne cessera pas d'apporter son appui aux peuples agressés par l'impérialisme, au Nicaragua et en Libye. Cette gauche s'identifiera sans réserves avec la cause de la libération de la femmes et les luttes du mouvement féministe. Elle soutiendra les objectifs fondamentaux du mouvement écologiste. Elle est porteuse des meilleures traditions républicaines et antifascistes et elle est totalement hostile à la barbarie de l'Etat militariste et policier espagnol et à sa législation répressive, dont l'expression la plus claire est la loi appelée « antiterroriste ».

La gauche dont nous faisons partie n'est pas installée dans ce régime politique, elle lutte contre lui. Elle ne fait pas siennes les idées dominantes du moindre mal, ni celles sur le changement de l'intérieur qui ne change rien. Notre gauche est re- révolutionnaire, veut unir et organiser ceux qui souffrent et qui luttent, tous ceux qui ont déclaré la guerre à ce déplorable royaume de la misère matérielle et morale.

Cette gauche n'a pas fait des élections une question fondamentale. C'est le système électoral institué qui a sérieusement contribué à faire obstacle à sa participation. Les élections ont été chaque fois davantage le terrain d'une concurrenpuissantes forces économiques intérieures et internationales. Les choix de larges secteurs de l'électorat obéissent actuellement plus à l'emploi de ressources financières importantes et à l'utilisation de la télévision qu'à une clarification politique. La méthode choisie pour la distribution des sièges a pour effet de favoriser les options électorales majoritaires et l'on ne peut prétendre qu'il y ait une répartition rigoureusement proportionnelle entre les votes et le nombre des sièges. De surcroît les forces politiques les plus radicales se heurtent, lorsqu'elles participent aux élections, à d'autres obstacles : répression de l'expression libre au cours des campagnes électorales, attribution honteusement discriminatoire du temps de parole gratuit dans

La gauche radicalisée a ainsi la certitude que les grands changements sociaux nécessaires ne peuvent être atteints par des voies électorales aussi limitatives. (...)

Malgré cela, dans certains cas, la participation électorale peut être utile, particulierement quand cette gauche radicalisée peut obtenir des résultats appréciables, et plus encore si ces résultats lui permettent d'etre présente au Parlement, amplifiant ainsi l'écho de ses propos. Lorsqu'elle est possible, la participation offre des avantages évidents : elle peut renforcer les mouvements sociaux et les organisations révolutionnaires. Mais nous ne nous trouvons pas aujourd'hui dans cette situation. Dans les circonstances présentes, nos deux organisations considèrent que leur participation électorale, sous la forme d'une coalition, ne serait pas adéquate pour faire face aux tâches qui sont les nô-

Nous ne pensons pas non plus qu'il convienne de présenter des candidatures issues de mouvements sociaux qui ont un le mouvement pour la paix, par exemple. mouvements et dirigées par leurs leaders, seraient contre-productives. ments sociaux ont eu une expérience très limitée, et ils ne constituent pas aujouroption politique globale, différenciée des autres partis. Parmi ceux qui participent à leur activité - et plus parmi ceux qui sympathisent largement avec eux — il y a des gens de plusieurs partis et, dans l'ensemble, ils ne

Les choses étant ce qu'elles sont, la conversion de ces mouvements en force électorale provoquerait une division en leur sein et réduirait leur influence. De plus, rien ne prouve que les résultats électoraux obtenus seraient acceptables. Un très négatives pour l'avenir, provoquant une baisse de leur prestige et de leur influence. Compte tenu des réflexions qui précèdent, nos deux organisations ont dé cidé de réaliser ensemble, à l'occasion des prochaines élections, une campagne politique, mais sans présenter de candidatures.

Nous ne nous présenterons pas et nous ne nous considérons pas représentés par les candidatures de la gauche tradi-

Notre jugement sur le PSOE, synthétisé auparavant, explique que nous nous refusons à donner un chèque en blanc à ceux qui vont l'utiliser contre les travailleurs, et donc nous n'appelons pas à voter pour Felipe Gonzalez.

Mais nous ne voulons pas non plus appuyer les candidatures de la Gauche unie, sous l'hégémonie du Parti communiste espagnol (PCE). Ces candidatures ne sont pas - comme elles le prétendent -représentatives de l'unité de la gauche. Elles ne réunissent qu'une partie des frag-

- même pas tous - qui résultent d'un processus prolongé de crise du PCE. Elles ne sont pas non plus, contrairement à ce qu'elles prétendent, l'expression de nouveaux mouvements sociaux. Les craintes du PCE envers le mouvement féministe sont connues, ainsi que son absence d'appui quand ce dernier a pris des mesures plus audacieuses - comme lors des de Barcelone par exemple -pour atteindre ses objectifs. Quant au mouvement anti-OTAN, il faut se rappeler l'indifférence du PCE à ses débuts, son appui parlementaire au budget militaire et son opposition à la revendication de démantèlement des bases, jusqu'au moment où les sondages ont montré que la majorité de la population y était favora-

Le PCE s'est joint tardivement et dans de mauvaises conditions au mouvement pour la paix, non pour le renforcer mais pour l'utiliser et obtenir grâce à lui un élargissement de son électorat.

Par ailleurs, le PCE ne fait pas d'autocritique sur son comportement pendant la dernière décennie. Il continue au contraire à assumer son monarchisme, sa soumission respectueuse aux pouvoirs de l'Etat, sa pratique des pactes sociaux, son refus du droit à l'autodétermination des peuples, son attitude qualifiée d'« antiterroriste » qui a contribué à dissimuler les exactions de l'Etat contre le peuple bas-

Nous ne pouvons pas voter en faveur de ceux qui, comme Gerardo Iglesias, Santiago Carrillo ou Ignacio Gallego ont défendu et continuent à défendre cette politique.

Sur la base de ces points de vue, nos deux organisations ont conclu un accord - valable pour l'ensemble de l'Etat espagnol, à l'exception d'Euzkadi, de la Galiet des Canaries, où existent des circonstances particulières - qui stipule que nous ne voterons pas lors des prochaines élections, et nous invitons à faire de même tous ceux qui partagent nos idées.

Nous appelons ceux qui apprécient notre travail et qui sont d'accord avec notre façon de voir les choses, à utiliser leur énergie pour aller de l'avant sur la voie que nous avons choisie, en organisant les mouvements sociaux, en impulsant leurs luttes, en travaillant en faveur . de leur unification.

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