Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

Mouvement syndical et politique d'austérité

· Inprecor n° 222, 23 juin 1986 · p. 7-10 · 3 366 mots

Syndicalisme Italie France

E congrès national de la Confédération générale italienne

L du savail (cu tel la 2a ferie au mars den syndicale

du pays, a eu lieu du 28 février au 4 mars derniers, avec la participation d'environ 1 300 délégués représentant 4,5 millions de membres. En chiffres absolus, la CGIL n'a pas subi de perte substantielle de membres. En 1985, elle a même très légèrement progressé. Mais le maintien de ses forces est essentiellement dû à l'augmentation importante du nombre des adhérents retraités, qui équivaut désormais au tiers du total des adhérents. Quant aux travailleurs actifs syndiqués à la CGIL, leur nombre a diminué de 15 % entre 1980 et 1984.

Le congrès de la CGIL a approuvé les thèses présentées par la direction sortante, qui reprenaient et accentuaient les orientations déjà adoptées depuis un certain temps, et comprenant notamment la lutte pour la « démocratisation de l'économie », la recherche de la réalisation d'un « pacte du travail », l'introduction de « nouveaux rapports industriels » dans l'entreprise et la généralisation de pratiques de cogestion.

Comme le souligne l'article que nous publions ci-dessous, le groupe dirigeant de la CGIL s'est trouvé en parfait accord sur ces options fondamentales. Aucune divergence un tant soit peu importante n'est apparue entre la composante de la direction liée au Parti communiste italien (PCI), majoritaire au sein de la centrale, et la composante du Parti socialiste italien (PSI), qui constitue la principale minorité. Toutefois, sous la pression des débats à la base, des différenciations se sont produites entre des dirigeants de la bureaucratie. Ainsi, au congrès de la fédération de la métallurgie, il y a eu une polémique à fleurets mouchetés entre Luciano Lama, secrétaire général sortant de la CGIL, et Sergio Garavini, secrétaire général de la métallurgie, sur le thème de la centralité de la classe ouvrière, que le premier combattait et que le second défendait partiellement. Quant à la question du « pacte du travail », Lama parlait explicitement de « pacte des producteurs », à savoir d'un pacte entre ouvriers et patrons, alors que Garavini préférait une formule plus généDébat sur la défense de l'échelle mobile dans une assemblée syndicale à Tarente. (DR)

rale, de peur de heurter la sensibilité de secteurs de son syn-

Au congrès national confédéral, à la suite d'un débat au sein d'une commission dans laquelle ont pris la parole, entre autres, une camarade membre du regroupement d'opposition syndicale Democrazia Consiliare (1) et de la Lega Comunista Rivoluzionaria (LCR), section italienne de la IVe Internationale, une formulation des thèses qui faisait état du « crépuscule de la fonction dirigeante de certaines couches de la classe ouvrière » a été remplacée par une formule plus souple, qui avait d'ailleurs été adoptée auparavant par le congrès des

Finalement, en ce qui concerne le problème de l'énergie nucléaire, deux thèses alternatives ont été soumises au vote. Celle qui prône une utilisation limitée a eu le dessus sur celle qui demande la suspension de la construction de nouvelles centraies (623 pour, 376 contre, 49 abstentions).

Après ce congrès, deux questions demeurent sur le tapis. La première, c'est celle des négociations avec l'organisation patronale de l'industrie (Cofindustria) pour mettre un terme au conflit sur l'échelle mobile des salaires. Ces négociations se sont terminées le 8 mars dernier par la signature d'un accord qui entérine l'introduction d'une échelle mobile calculée tous les six mois, au lieu de tous les trois mois auparavant, avec des points de réajustement différenciés et une couverture de l'in. flation sensiblement inférieure à celle prévue par l'accord de 1975. Pour leur part, les patrons se sont engagés à payer des décimales de point qu'ils n'avaient pas payées auparavant, mais il s'agit d'un engagement à portée tout à fait limitée. En même temps, un accord a été adopté sur les contrats de formation et de travail pour les jeunes, qui devrait concerner environ 300 000 jeunes. En réalité, on admet la possibilité d'embauches a terme, sans aucun engagement pour le futur, avec des « salaires d'entrée » sensiblement inférieurs aux salaires moyens et avec d'autres avantages pour les employeurs, qui seront par exemple exemptés des contributions sociales. En d'autres termes, il y aura une catégorie de travailleurs reléguée dans des conditions d'infériorité et de précarité totales.

La seconde question est celle du renouvellement des conventions collectives nationales, dans leur presque totalité échues depuis un certain temps. Onze millions de travailleurs, parmi lesquels ceux des principaux secteurs industriels, sont concernés. Les plate-formes des directions syndicales revendilurgie, et des augmentations de salaire échelonnées sur près de trois ans, par exemple 100 000 lires (environ 500 francs) pour les métallurgistes et 130 000 lires (environ 650 francs) pour les ouvriers de la chimie. Suivant en cela les décisions du congrès de la CGIL, elles réclament aussi l'introduction généralisée de formes de cogestion du type de celles prévues dans un accord déjà adopté concernant les entreprises de l'Etat et désigné sous le nom de protocole IRI.

De vifs débats agitent la base syndicale sur le contenu de ces plate-formes. Les militants de Democrazia Consiliare revendiquent pour leur part les 35 heures par semaine sans réduc-

1. Democrazia Consiliare (voir encart ci-joint), est un courant de la CGIL qui regroupe des militants de Democrazia Proletaria, de la LCR et des militants indépendants, et qui propose une orientation lutte des classes alternative à celle défendue par la direction bureaucratique de la confédération.

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tion du salaire, des augmentations de salaire immédiates entre 150 000 et 200 000 lires (750 et 1 000 francs) et l'application de nouvelles conventions collectives à partir de la date d'échéance des conventions précédentes. Ils prônent aussi le rejet de toute pratique de cogestion et donc du protocole IRI.

Au cours des dernières années, mouvement syndical italien a fait des pas de géant dans le sens de son adaptation aux besoins du capitalisme. La résistance des travailleurs sur des questions décisives, comme celle de l'accord sur l'échelle mobile, de 1975, a été balayée, de même qu'a été étouffé cet esprit de contestation, fondé sur un point de vue de classe, qui avait marqué le mouvement ouvrier italien depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la fin des années 1970.

Par des voies et des moyens différents, les groupes dirigeants des trois confédérations syndicales - CGIL, CISL et UIL (2) - se sont efforcés en pratique et sur le terrain idéologique de modifier la dynamique interne de leurs organisations, dans le but d'y faire prévaloir les intérêts « supérieurs » du profit, de l'entreprise, de l'économie dite nationale, sur les besoins et les aspirations de la classe ouvrière et des couches les plus opprimées de la société. En d'autres termes, les directions syndicales se sont prêtées au jeu visant à imposer aux travailleurs la stratégie du patronat et du gouvernement.

LE RECENTRAGE A DROITE DU

MOUVEMENT SYNDICAL Cette opération de recentrage à droite du mouvement syndical a été menée rapidement et avec moins de peine par la CISL et l'UIL. Cette dernière notamment, a joué un rôle décisif au cours des dernières années, pour tirer vers la droite le mouvement syndical dans son ensemble. Elle adopta, le plus souvent avant les deux autres confédérations, des orientations allant dans le sens des intérêts du patronat et du gouvernement. Par ailleurs, avec la CISL, l'UIL a joué la carte de la rupture de l'unité syndicale pour imposer les options les plus modérées, briser la résistance des travailleurs et permetmonter ses propres contradictions.

Cette politique anti-unitaire de la CISL et de l'UIL a été surtout menée à l'occasion de la longue bataille pour la défense de l'échelle mobile, dont les ouvriers aussi bien que les patrons comprenaient parfaitement la portée économique et politique.

En février 1984, par le décret dit de la Saint-Valentin, le gouvernement du socialiste Bettino Craxi avait voulu défier frontalement la classe ouvrière en supprimant d'autorité six points d'échelle mobile. Les secteurs de gauche des syndicats avaient riposté par le mouvement dit des « autoconvocati », qui fut un mouvement lancé et coordonné par de nombreux conseils d'usine des principales villes, en dehors des structures institutionnelles des syndicats. Cette initiative,

LCR. accueillie très favorablement par la base, permit d'abord d'enregistrer un succès : à cause de la tactique d'obstruction parlementaire adoptée par le PCI, le décret du gouvernement ne fut pas approuvé au Parlement dans les délais nécessaires.

Mais, ensuite, le PCI ne s'opposa pas de la même façon à un second décret qui ne comportait que des changements mineurs par rapport au précédent. Le PCI avança alors la proposition de l'organisation d'un référendum institutionnel sur la question de la réduction de l'échelle mobile imposée par le gouvernement. Par ce biais, il s'efforça de canaliser et de disperser un mouvement de masse dont la puisétait illustrée, entre autres, par mars 1984 à Rome (3). Le PCI parvint à éluder la perspective, à l'époque réaliste, d'une grève générale nationale.

Le référendum eut effectivement lieu le 9 juin de l'année dernière, mais il se solda par un échec. En effet, pendant toute une année, la gauche, à l'exception de Democrazia Proletaria (DP), de la LCR et de quelques secteurs syndicaux, ne fit rien pour préparer cette échéance. Le PCI ne s'engagea dans la campagne qu'à la dernière minute et sans conviction. En réalité, une partie de ses dirigeants, dont Luciano Lama, dum. Quant aux syndicats, ils étaient pros'étaient prononcées contre le rétablissement des six points d'échelle mobile supprimés par le gouvernement, ce qui était l'objet du référendum. La CGIL était elledivisée et décidait de ne donner aucune indication de vote pour le 9 juin, semant ainsi le désarroi dans ses rangs.

L'une des conséquences du décret de la Saint-Valentin aura donc été de faire éclater définitivement le pacte fédératif que les trois centrales syndicales avaient signé en 1972 sous la pression du mouvement unitaire des travailleurs. Mais la direction de la CGIL, faut-il le préciser immédiatement, s'est toujours efforcée minimiser la portée des divergences. Elle a son mieux pour rendre possible, après la défaite sur la question de l'échelle mobile, de nouvelles initiatives unitaires sur la base de l'acceptation des exigences ultérieures du patronat et du gouverne-

Après tout, il n'y a jamais eu entre les trois confédérations de divergence strategique sur les objectifs de la lutte des travailleurs contre l'austérité. Depuis la deuxième moitié des années 1970, la CGIL elle-même et sa composante principale, celle du PCI, avaient accepté de participer directement à la gestion de la crise capitaliste. Luciano Lama, le numé ro un de la confédération jusqu'au dernier congrès de la CGIL, avait présenté l'austé rité comme un choix « national » du

Nous publions ci-dessous un article qui fait le point sur l'évolution du mouvement syndical dans la dernière période, ainsi que, dans les pages suivantes, une interview d'un élu du Conseil général national de la CGIL, membre par ailleurs de la lue s'est exois me l'opposition a de telle orientations. Cette opposition, malgré ses limites et ses ambiguités, a facilité le déclenchement d'un certain nombre de luttes, a influencé dans une certaine mesure les attitudes pratiques des dirigeants et a entravé l'offensive du patronat, laquelle, pour cette raison, s'est aussi heurtée en

Italie à des obstacles plus grands que dans d'autres pays (ce qu'on a appelé en Italie l'« anomalie » du cas italien). Tout cela a contribué au maintien, pendant toute une période, d'un rapport des forces relativement favorable aux travailleurs, y compris sur le terrain politique et électoral.

Les résultats des élections régionales du 12 mai 1985 et l'échec du référendum du 9 juin ont marqué à cet égard un tournant négatif dans la situation (4). Les points de référence du passé semblent avoir été balayés. Les travailleurs les plus combatifs et les plus politisés, qui avaient continué à lutter au cours des dernières années, et même de nombreux militants d'avant-garde, parmi lesquels surtout des responsables locaux du PCI, ont intériorisé la défaite, ce qui ne s'était jamais produit auparavant. La suppression de l'accord sur l'échelle mobile de 1975 a coml'introduction d'un mécanisme beaucoup moins favorable aux travailleurs. Le réajustement salarial a désormais lieu tous les six mois, au lieu de tous les trois mois auparavant. Il n'y aura plus de point égal pour tous, et la compensation des effets de l'inflation est moins importante. Mais, plus généralement, c'est toute une

2. Depuis 1972, les trois centrales syndicales italiennes étaient regroupées dans une fédération unitaire au sommet, alors que leurs appareils demeuraient séparés. Par contre, dans les usines, les conseils de délégués, élus par tous les travailleurs sur des listes non syndicales, constituaient les structures unitaires de base. La CISL est liée à la Démocratie-chrétienne, bien que certaines de ses fédérations, en particulier dans la métallurgie, soient assez à gauche. L'UIL est liée au Parti social-démocrate et au Parti socialiste. La CGIL, qui est de loin la principale centrale dans l'industrie, regroupe les comdes militants socialistes et les miliProletaria). La plupart des camarades de la LCR y

3. Plus d'un million de travailleurs sont descendus dans la rue le 24 mars 1984 à Rome pour protester contre la politique d'austérité du gouvernement du socialiste Bettino Craxi. Cette manifestation, organisée à l'appel de l'assemblée nationale des conseils d'usine du 6 mars 1984.

Eu, a été re depuis la guerre (cf. Inprecor numéro 170 du 2 avril 1984).

4. Les élections régionales de mai 1985 ont été marquées par une remontée du score de la Démocratie chrétienne (35 %), qui a dépassé celui du PCI (30,2 %). Le référendum du 9 juin a donné une majorité (54,3 %) en faveur de la politique gouvernementale concernant la modification du système de l'échelle mobile. Ce fut un échec pour le PCI, qui était à l'initiative de ce référendum.

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série de conquêtes du mouvement ouvrier sur le terrain social et politique qui a été remise en question sous les effets de l'attaque patronale.

L'ÉVOLUTION RECENTE DE LA

CGIL Dans la foulée d'une telle défaite, les dirigeants de la CGIL ont pu faire un nouveau pas en avant dans l'application plus systématique de la politique de collaboration de classes. Ils se sont notamment efforcés de « normaliser » la vie intérieure de la confédération et de démanteler presque définitivement les instruments organisationnels les plus valables des années 1970. Ils s'en sont pris en premier lieu aux conseils d'usine, qui ne seront désormais que la somme des organismes des trois confédérations au niveau des entreprises, générales des travailleurs, qui constitué un véritable creuset de participation active des travailleurs à la vie des

Le 1le congrès de la confédération, qui s'est tenu en mars 1986, devait repréétape de cette tion » , aussi bien dans sa phase préparatoire immédiatement après la défaite du 9 juin 1985, que dans sa phase finale.

Le groupe dirigeant de la CGIL s'était essentiellement fixé trois objectifs.

Tout d'abord, obtenir une recomposition sur la droite de l'unité interne entre la composante du PCI et celle du PSI. Celle-ci avait été brisée par le décret de la Saint-Valentin et par le vaste mouvement des « autoconvocati » qui avait animé la résistance à ces mesures gouvernementales.

Ensuite, il s'agissait de parvenir à une réorientation du fondement idéologique de la confédération, en rompant avec ses conceptions traditionnelles, en ce qui concerne l'identité sociale et le rôle politique du syndicat. En effet, le groupe dirigeant combattait depuis des années les idées sur le rôle central de la classe ouvrière et en particulier des travailleurs des grandes entreprises, idées qui ont inspiré les militants jusqu'à la fin des années 1970, qui se sont reflétées même dans la littérature de la confédération et qui représentent encore, malgré tout, des références pour des couches significatives de responsables locaux et intermédiaires.

Enfin, le groupe dominant CGIL désirait accroître l'engagement de la centrale sur une politique de collaboration de classes, notamment en ce qui concerne le problème de l'emploi et l'acceptation par les travailleurs des sacrifices que le gouvernement et le patronat exigent

En gros, on peut dire que l'opération a réussi. Seule la voix de Democrazia Consiliare s'est levée pour la contester. Les secteurs critiques, perplexes ou mécontents, qui pourtant existent réellement au sein de la centrale, n'ont rien dit et n'ont fait aucune opposition sur le fond. Ainsi, au cours du débat préparatoire au congrès, au niveau de la base tout comme au niveau national, les bureaucrates ont pu, en partant des documents présentés par la direction sortante, proclamer la fin de la centralité ouvrière et la nécessité de stratégie qui corresponde mieux « aux nouveautés introduites dans le monde du travail par l'informatique et les nouvelles technologies ».

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Les couches dites « émergentes », les cadres, les techniciens, occupent désormais une place centrale dans la propagande de la CGIL et dans les plate-formes de revendications qu'elle avance à l'occasion des renouvellements des conventions collectives. Plus concrètement, les axes principaux de l'orientation de la CGIL sont fondés sur une acceptation de la flexibilité du marché du travail et de la cogestion.

Cela implique d'abord l'acceptation du démantèlement de la « Cassa Integrazione », qui avait constitué jusqu'ici un obstacle aux projets des patrons de licencier massivement des travailleurs et de les expulser des entreprises (5). C'est notamment Bruno Trentin, autrefois prétendument inspiré par des idées radicales et aujourd'hui chantre de la primauté de l'entreprise et du profit, qui a insisté là-dessus.

En d'autres termes, les bureaucrates de la CGIL sont prêts à accepter des licenciements « cogérés », le développement des heures supplémentaires, du travail par équipes et à temps partiel exigé par les patrons. Ils sont aussi disposés à accepter les embauches nominales, les conditions discriminatoires au détriment des jeunes (salaires réduits lors de la première embauche, contrats à durée déterminée, contrats de formation caractérisés en fait par un travail sous-payé et l'absence réelle de formation). Les revendications avancées en vue du renouvellement conventions collectives des travailleurs de l'industrie se situent dans une telle optique : la CGIL y demande des réductions minimum des heures de travail en offrant en compensation un maximum de flexibilité dans l'emploi de la force de

En second lieu, la direction de la CGIL lève bien haut l'étendard de la cogestion. L'accord modèle qu'elle met en avant est celui signé l'année dernière par l'IRI (secteur industriel d'Etat) et les trois centrales syndicales, et qui est connu sous le nom de protocole IRI. Cet accord prévoit des formes de décision en commun entre directions et représentants syndicaux, ainsi qu'une participation des syndicats aux choix économiques des entre. prises. Jusqu'ici, cet accord a cependant été très peu respecté, mais cela n'a pas beaucoup d'importance aux yeux des dirigeants de la CGIL. Ce qui les intéresse le plus, c'est de pouvoir utiliser cet exemple — non seulement par le truchement d'un accord commun aux trois confédérations mais en tant que CGIL -, comme un « modèle » syndical excluant les conflits et fondé sur la cogestion, c'est-à-dire, en fait, la subordination des intérêts des travailleurs à ceux des patrons et du gouvernement.

C'est dans ce cadre que s'est réalisé l'apaisement des tensions entre la composante du PCI et celle du PSI au sein de la CGIL. Les deux protagonistes de l'opération ont été Lama pour les éléments du

5. La « Cassa Integrazione » est une caisse qui verse des allocations aux travailleurs mis en chômage technique.

PCI et Del Turco pour ceux du PSI. Ils ont entre autres préparé ensemble le remplacement de Lama comme secrétaire général par Pizzinato, et l'avènement de Del Turco au poste de secrétaire national adgouvernement, Bettino Craxi, a pu intervenir au congrès de la CGIL en attaquant les tendances qualifiées par lui de « maximalistes », qui subsisteraient dans la CGIL, en défendant l'orientation du gouvernement et en appelant les syndicats à collaborer dans l'accomplissement de « la tâche difficile de

Pour leur part, les bureaucrates de la confédération avaient déjà démontré, par leur orientation politique, qu'il n'étaient pas insensibles à un tel appel du pied. Mais de nombreux militants et responsables syndicaux locaux ne sont pas disposés à leur emboîter passivement le pas dans cette direction. Des batailles pour que la CGIL adopte une orientation de lutte des classes continueront donc à être menées dans le cadre de cette centrale syndicale.

Elettra DEIANA, Milan, 20 mai 1986.

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