ES élections partielles du ler juin dernier ont été un caro en place depuis août 1984.
députés provinciaux, sur les 71 qui siègent au Parlement, 451 conseillers municipaux et 51 conseillers provinciaux (1). Les partis de l'opposition ont obtenu 47% des suffrages, additionnne ceux remportés par le centre bourgeois (28 %) et la gauche (19 %). La coalition qui appuie le président de droite
Leon Febres Cordero n'a obtenu que 20%, tandis que les populistes de droite de la Concentration des forces populaires
(CFP) et du Front radical alfariste (FRA) n'ont recueilli que
12 % des voix.
Un référendum était simultanément organisé par le pouvoir. L'électorat devait s'y prononcer sur le possibilité d'élire des « indépendants » qui ne soient pas affiliés ou parrainés par un parti politique reconnu. Une réussite du gouvernement
Alfonso TAVARES
Le résultat de ces deux consultations électorales exprime la condamnation populaire d'une politique gouvernementale qui affame le peuple, soumet l'économie aux diktats du Fonds monétaire international (FMI), s'attaque aux libertés démocratiques et encourage la pratique de la torture et des emprisonnements, alors que sévissent les bandes para-policières et les escadrons de la mort (2).
Ces résultats attestent aussi de la progression de la conscience d'une bonne partie du peuple. La majorité de l'électorat populaire a rejeté le piège du plébiscite organisé par le gouvernement malgré le fait que la question était
Le MRT dans la manifestation du ler mai 1986. (DR)
Un député du MRT au parlement alors qu'il représentait la position faire campagne. formulée de telle sorte qu'elle semblait, aux yeux du pouvoir, susceptible de recueillir un « oui » massif. Pour le régime, un triomphe facile au référendum aurait permis d'endiguer l'usure liée à l'exercice du pouvoir tout en facilitant dans la foulée un vote en faveur des candidats du Parti social chrétien et de la coalition gouvernementale, lors des élections partielles qui se sont déroulées au même mo-
Cette défaite électorale fracassante est le second échec du gouvernement après celui intervenu en mars dernier : Febres Cordero avait alors été obligé de se séparer de son ministre de la Défense, le général Luis Pineiros, celui-là même qui dirige la « sale guerre » répressive sous les aurait permis de combiner les limitations à la légalisation de certain partis politiques avec le maintien du système électoral.
Les résultats sont écrasants : le « non », impulsé par l'opposition, a recueilli 68 % des suffrages et le « oui » à peine 22 %, du gouvernement qui a utilisé tous les moyens que l'Etat mettait à sa disposition pour dernier élément significatif, la gauche malgré sa division en trois coalitions électorales a remporté au total près du cinquième des suffrages dans les élections partielles. Et, en son sein, c'est la coalition du Front socialiste (FS), auquel le
Mouvement révolutionnaire des travailleurs (MRT), section équatorienne de la IVe Internationale, était parfois associé, qui a obtenu les meilleurs résultats (10,1 %). Ainsi, dans la province de Canar, c'est un membre du MRT qui a été élu au Parledirectives de la CIA. Le chef des Forces aériennes et du Commandement conjoint
Forces armées,
Vargas, s'était en effet soulevé à l'époque avec ses soldats et ses bases aériennes pour exiger la démission du ministre de la Défense et du commandant de l'armée de Terre, accusés d'être vendus à l'étranger et d'avoir participé à la création d'escadrons de la mort et de bandes paramilitaires. Certains de ces escadrons de la mort, tels « les frères du soleil », ont participé à la torture et à l'éxécution de militants de gauche. Ils possèdent un fichier propre en entière complicité avec les chefs de la police et de l'armée. Ils disposent aussi de relations avec groupes similaires, actifs au Pérou et en
Colombie, sous la houlette de la centrale de renseignement nord-américaine, la
Central Intelligence Agency (CIA).
L'OPPOSITION, LE CENTRE BOUR-
GEOIS ET LA GAUCHE
Les résultats électoraux révèlent aussi un progrès significatif des organisations
1. Le parlement est composé d'une seule chambre. Mais lors d'élections générales sont élus un certain nombre de députés nationaux pour quatre ans et d'autres députés provinciaux pour une durée de deux ans. Ces derniers sont renouvelables lors d'élections partielles, en même temps qu'un certain nombre de conseils provinciaux, comme ce fut le cas lors des dernières élections équatoriennes.
2. Cette sale guerre est menée par l'armée sous prétexte de la lutte contre un mouvement de guérilla urbaine composée de deux groupes.
L'un de ces groupes de guérilla a organisé l'enlèvement d'un banquier, lequel fut abattu avec les membres du commando lors de l'assaut donné par les forces militaires spéciales. L'autre groupe de guérilla, le Mouvement Patrie libre (MPL), a enlevé en pleine campagne électorale un porte-parole du tribunal des garanties constitutionnelles.
politiques de gauche et du mouvement populaire organise en général. Ces derniers ont gagné un pourcentage important de l'électorat aux dépens des partis populistes de droite, la CFP et le FRA, autrefois très forts, qui connaissent un déclin important.
La gauche s'est aussi renforcée au détriment des partis du centre. Ces derniers, majoritaires au Parlement et détenteurs du pouvoir judiciaire et du Trides garanties constitutionnelles, n'ont néanmoins pas su défendre efficales libertés démocratiques ni s'opposer réellement à la politique de famine du gouvernement. Ainsi, les partis de la Gauche démocratique (ID), liée à la social-démocratie internationale, et de la Démocratie populaire (DP), liée à la démocratie chrétienne, le Parti Roldosista (centre populiste) et d'autres formations, totalisent 28 % des voix et remportent 16 municipaux et 14 conseillers provinciaux.
officiellement reconnus. Si l'on additionne leurs scores, celle-ci obtient malgré sa division 19% des suffrages et 11 députés, 85 conseillers municipaux et 10 conseillers provinciaux. En 1984, lors des élections générales, les n'avaient obtenu que 8% des voix et 6
Le Mouvement populaire démocratique (MPD), pro-albanais, et le Front large de la gauche (FADI), dirigé par le conservent chacun un député élu au niveau national, qui n'ont pas été renouves'ajoutent les élus remportés par la gauche lors de ces élections partielles au niveau provincial, ce qui fait un bloc parlementaire de gauche disposant de 13 députés sur un total de 71 au Parlement (cf.
LE FRONT SOCIALISTE S'ALLIE
AVEC LE MRT Ces élections ont été en général marquées par la croissance électorale de la gauche aux dépens du populisme et du centre bourgeois. Son score est ainsi passé de 8% en 1984 à 19 % en 1986, il faut également remarquer que, dans ce cadre,
Front socialiste (FS) a beaucoup progressé puisque, par l'intermédiaire de la présentation de liste du Parti socialiste équatorien (PSE), il est passé de 1,4 % des voix en 1984 à 10,1 % des voix en 1986 (3).
Le Front socialiste regroupe l'un des courants socialistes équatoriens composé du Parti socialiste révolutionnaire équatorien (PSRE), du PSE et du Parti équatorien du peuple (PEP), dont les forces se trouvent au sein de la Centrale équades organisations syndicales libres (CEOSL). Pour ces élections, une alliance tactique avait été conclue entre le FS et le Mouvement révolutionnaire des travailleurs (MRT) ainsi qu'avec deux frac-
%
MPD (Mouvement populaire démocratique)
FADI (Front large de la gauche)
PSE-FS (Parti socialiste équatorien) tions du Mouvement de la gauche révoFS-MRT, appuyée par plusieurs provinces, a reflété la volonté de lutte et l'opposition combative d'une bonne partie de l'avant-garde ouvrière, paysanne et populaire face au gouvernement. Et c'est elle qui, en tant que tendance socialiste du mouvement populaire organisé, devient de plus en plus le dépodes aspirations de larges secteurs Le MRT est un parti implanté dans des secteurs ouvriers, paysans, dans des secteurs plébéiens des villes, chez les étudiants et les enseignants. Créé 1977, il intervient dans dix des vingt provinces du pays. Malgré une demande effectuée il y a plusieurs mois, le Front socialiste n'a pas encore décidé d'accep ter l'adhésion du MRT. Ce qui rend plus difficile le développement d'une importante tendance socialiste de la gauche qui puisse concrétiser l'unité des révolutionnaires et lutter efficacement pour l'unité de la gauche.
Cependant, le fait que de breux dirigeants « lutte de classe » du MRT aient été candidats du PSE et que l'un des députés du PSE soit membre du MRT, de même que plusieurs conseillers municipaux et provinciaux, devrait faire réfléchir le comité politique du FS. Celuici compte d'ores et déjà dans la ville de Guayaquil des délégués du MRT dans son comité provincial.
SEGUNDO SERRANO ÉLU DÉPUTÉ APRES UNE CAMPAGNE COMBATIVE
Dans la province de Canar, la candidature de Segundo Serrano, membre du MRT, a obtenu près de 65 % des voix, et il devient ainsi le premier député trotskyste au Parlement équatorien. Le peuple de cette province qui se trouve dans la sierra au sud du pays a pu être témoin menée par le MRT sous la bannière du Front socialiste. La campagne électorale a été centrée sur la défense des intérêts les plus pressants de la majorité de la population composée d'ouvriers, d'artisans, d'étudiants et de paysans. Ces derniers sont organisés dans leurs communautés
Comparaison des résultats électoraux de la gauche
1984 1986 députés % députés 4,2 % 3 5,5 % 3 et 1 député national indigènes et se battent pour leur culture canari (4). Ceci implique la récupération des terres qui leur ont été confisquées et la possibilité de développer leurs formes spécifiques d'organisation du travail. C'est pour cela que les candidats ont été choisis par des assemblées populaires dans des communautés rurales et des quartiers des villes de la province, parmi les hommes et les femmes les plus combatifs qui bénéficient de la confiance organisations pour représenter municipaux et les conseils provinciaux
C'est ce même peuple canari qui, encouragé par sa victoire électorale, a l'intention de continuer la lutte qui a stimulé son unification et son organisation. s'agit aujourd'hui de faire en sorte que des centaines de militants et des milliers de sympathisants du MRT consolident ces défendre de façon efficace les conquêtes démocratiques et l'amélioration de leur niveau de vie, notamment en se mobilisant pour exiger la démission du gouvernement et pour imposer l'unité de la gau-
Dans tous les cas, on assiste à une des rapports de force donne à la gauche et aux révolutionnaires en particulier de meilleures conditions de
23 juin 1986. Sur la question du Front socialiste et de l'orientation du MRT à son égard, se reporter à Inprecor numéro 206 du 4 novembre 1985. Le PSE étant le parti légal du FS, c'est sous son sigle que sont présentées les listes électorales du FS. Le Parti socialiste révolutionnaire équatorien (PSRE) a été fondé dans les années 1960 à la suite d'une scission du Parti socialiste équatorien (PSE). Il maintient divergences importantes avec les réformistes et proclame la nécessité et la possibilité d'une révolution socialiste en Equateur.
4. La communauté canari ainsi que les autres communautés indigènes de la sierra équatorienne parle le quechua. Au nombre de ses revendications figure l'alphabétisation bilingue qui favorise la pénétration des grandes entreprises capitalistes agro-alimentaires, les communautés rurales et contribue à introduire une division religieuse par son
NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE terceptée sur la route par des policiers qui sûres et elles ne peuvent pas l'être aujour-