Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BELGIQUE

Les comités de grève dans les mines du Limbourg

· Inprecor n° 224, 21 juillet 1986 · p. 12-13 · 1 557 mots

Syndicalisme Belgique

E premier secteur à

_ contre le gouvernement a été celui des mineurs du Lim bourg, dont l'emploi était directement menacé. La grève a démarré sous l'impulsion de militants syndicaux combatifs en dehors de toute directive syndicale centrale. Le Parti du travail de Belgique (PTB), un parti révolutionnaire d'origine maoïste et qui conserve un cadre de référence programmatique mao-stalinien, a joué un rôle important dans le déclenchement et le déroulement de cette grève. Et cela d'autant plus que les directions syndicales du secteur étaient prêtes à accepter le plan de rationalisation capitaliste fermeture pure et simple des charbonnages.

L'attitude des directions syndicales - qui n'ont reconnu la légitimité de la grève qu'après son déclenchement et à contre-

« LA GAUCHE »

Très vite, dans la grève des mineurs, des comités de grève se sont constitués, chapeautés ensuite par un comité central de grève. Ces comités avaient un écho important chez les mineurs, surtout à Winterslag, Waterschei et Beringen. La formation de ces comités était évidemment d'autant plus nécessaire que la grève, à l'origine, n'était pas reconnue par les disyndicales. Celles-ci ont recon rections nu le mouvement à partir de sa deuxième semaine, mais les comités de grève ont continué ensuite à jouer un rôle dans l'organisation de la grève. Ils incarnaient par ailleurs les revendications autour desquelles la grève avait commencé : maintien intégral de l'emploi, c'est-à-dire pas de fermetures, pas de licenciements, pas de départs naturels.

TOURNANT RATÉ

Si la direction syndicale a ainsi reconnu la grève, c'était « par respect pour les mineurs », donc à contre-cœur. Il était d'ailleurs clair dès le début que la direction syndicale était prête à accepter les départs naturels remplacés. Néannon moins, cette légitimation de la grève après trois jours constitua une victoire énorme pour les mineurs. Cela aurait dû inciter le comité de grève à exiger avec d'autant plus de force de la direction synqu'elle s'exprime dicale sur le maintien intégral de l'emploi et s'engage à œuvrer pour l'organisation démocratique de la grève.

Cette approche aurait pu avoir un écho y compris auprès de délégués et de militants plus réservés par. rapport aux comités de grève. Tous les mineurs combatifs auraient pu s'unir autour de ces objectifs, afin — tout de suite après la légitimation officielle de la grève - de consolider le terrain gagné, en organisant la grève de façon démocratique, en profondeur. Cela aurait par la suite considérablement limité la marge de

Les comités de grève

avoir résolument engagé le combat reconnus par la masse des travailleurs. avec, en perspective, la noncée leurs radicalisés. manœuvre de la direction syndicale. Mais ce n'est pas ce qui s'est passé. En laissant passer cette chance, les comités de grève sont tombés dans un piège, et on a vu se développer une situation de double direction de la grève. La direction syndicale a pu éviter de se prononcer pour ou contre les revendications, pour ou contre l'organisation démocratique de la grève. Elle est passée à l'offensive en plaçant le débat sur un autre terrain : pour les comités ou pour le syndicat, avec, comme conséquence, une rupture intervenue au sein même des militants combatifs, entre les partisans des comités de grève et ceux qui voulaient rester dans le cadre syndical tout en soutenant la grève et les revendications.

Le fait que les comités de grève n'ont pas mené une campagne pour l'organisation démocratique de la grève, en direction des organisations syndicales, n'était pas sans rapport avec l'idée que les mineurs, seuls, réussiraient rapidement à entraîner une grève générale dans le pays Cortège de la seconde marche des « jeunes pour l'emploi » en mai 1984. (DR)

ARITE :

cœur, pour ensuite la briser deux semaines plus tard - a créé l'espace pour que se développent des comités de grève animés de fait par le PTB, qui dispose de quelques délégués syndicaux

La Gauche, organe du Parti ouvrier socialiste (POS), section belge de la IVe Internationale, a tiré le bilan de ces comités de grève, dans son édition du 3 juin 1986, sous la forme d'un article de discussion des positions du PTB. L'enjeu de ce débat dépasse le cadre des rapports entre ces deux organisations car, dans une certaine mesure, l'orientation du PTB dédans cet article, reproduit ci-dessous, exprime des tendances gauchistes qui existent parmi des franges de travailtout entier. Il est clair que quand on s'attend à un élargissement rapide de la grève au niveau interprofessionnel, on attache moins d'importance au renforcement des bases de la grève sur le terrain même.

LES TROIS ERREURS DU PTB

La racine de ces fautes commises pendant la grève réside dans la ligne politique du PTB. Les conceptions de ce parti tout au long de la grève ont influencé dans une large mesure les choix du comité de grève. Le PTB organise un certain de mineurs et il est intervenu nombre avec force et cohésion dans la grève. A juste titre, il a argumenté que le moment était bon pour une grève, et il a joué un rôle dans son déclenchement. A juste titre, il a plaidé pour la revendication du maintien intégral de l'emploi.

Mais les faiblesses politiques de ce parti ont pesé lourdement sur la grève, ses erreurs politiques s'articulant autour de trois points.

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D'abord, une analyse fausse de la situation de la lutte des classes en Belgique au moment où la grève des mineurs a éclaté. Selon le PTB, la situation à ce moment dans le pays était identique à ce qu'elle était dans les mines, caractérisée d'une part par une grande volonté de lutte des travailleurs, et d'autre part par une direction syndicale ne pensant qu'à briser les luttes. A partir de cette analyse, le PTB essaya d'entraîner une grève générale selon le schéma utilisé pour déclencher la grève dans les mines : en s'appuyant sur la grève des mines, il s'agissait d'envoyer des piquets volants de mineurs vers d'autres entreprises, afin de les faire débrayer. La grève des mines, selon le PTB, allait être la locomotive de la grève générale ... et le PTB serait évidemment le machiniste de la locomotive ! Les comités de grève ont montré une tendance à être de plus en plus les instruments de cette politique et de moins en moins un front uni de tous les mineurs désireux de lutter pour la grève et les revendications et d'entamer, sur ce terrain-là, la lutte avec la direction syndicale.

Cela nous amène à une deuxième faiblesse du PTB. Ainsi qu'on peut le lire dans les documents de son congrès, le PTB est favorable à un travail de front uniquement dans la mesure où les fronts sont sous sa direction, ou autrement dit, dans la mesure où les fronts sont un instrument d'exécution de sa politique du moment. Le PTB ne mène pas une politique de front unique ouvrier, c'est-à-dire qu'il ne cherche pas à construire dans chaque cas l'unité la plus large pour les revendications des travailleurs.

C'est la raison pour laquelle ce parti n'était absolument pas intéressé à la construction dans le reste du pays de comités unitaires de soutien aux mineurs. C'est la raison pour laquelle il n'était pas non plus intéressé à construire la solidarité syndicale avec les mineurs dans d'autres entreprises du pays. Il était uniquement intéressé à utiliser la grève des mineurs comme un levier dans sa « tactique » pour aller à la grève générale. Dans ce cadre, le PTB n'a pas hésité à lancer une campagne de calomnies et de haine contre les comités de soutien. Il n'a pas non plus reculé devant des pratiques manipulatoires, telles que les visites de « délégations » de travailleurs, dont il n'est pas clair au nom de qui elles parlaient, mais qui toutes venaient raconter aux mineurs que la grève générale, dans leur entreprise, était sur le d'éclater et qu'il ne manquait qu'une chose, un piquet de mineurs.

Il est tout à fait caractéristique que les comités de grève aient raté l'occasion de participer, le ler mai, aux manifestations partout dans le pays, précisément au moment où la température sociale montait. Valait-il mieux participer à la fête du 1er mai du PTB pour rencontrer des délégations ouvrières de tout le pays et préparer la grève générale? C'est seulement quand la grève dans les mines a connu des difficultés, du fait de la trahison des directions syndicales, que le PTB a changé de position sur le plan de la solidarité.

Enfin, troisième point, le PTB ne lutte pas pour la démocratie ouvrière. Depuis un certain temps, ce parti a repris en parole l'objectif du POS de lutter pour

« un syndicalisme de combat et démocratique ». Mais comme il identifie syndicaune colonne vertébrale pour cela. Nous ne voulons pas non plus faire une critique facile après coup. Une grève se déroule vite, surtout quand la direction syndicale manœuvre contre la grève et quand, du matin au soir, il faut tenir le piquet de grève, pour discuter et convaincre, et que la fatigue se fait sentir. Cela explique aussi certaines faiblesses dans la politique et l'organisation de la grève. Mais, maintenant qu'elle est terminée, il est indispensable d'en tirer les leçons pour s'armer en prévision de la bataille difficile qui est devant nous et dont l'axe doit être la reconquête du syndicat par les travailleurs.

« LA GAUCHE », Bruxelles, 3 juin 1986.

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