Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AUTRICHE

La droite a le vent en poupe après la victoire électorale de Kurt Waldheim

· Inprecor n° 225, 8 septembre 1986 · p. 15-17 · 3 387 mots

Allemagne

OUR la première fois depuis vingt ans, les partisans de la

P droite bourgeoise ont pu feter leur timphe dectoral en.

Autriche après l'élection à la présidence de la République de leur candidat Kurt Waldheim, ancien secrétaire général de l'organisation des Nations-Unies (ONU), le 8 juin 1986.

Déjà au premier tour des élections présidentielles, le 4 mai dernier, Kurt Waldheim obtenait 49,7 % des suffrages exprimés. Il ne lui manquait que 0,3 % des voix pour atteindre la majorité absolue et être élu au premier tour.

Le candidat socialiste, Kurt Steyrer, était sévèrement battu avec 43,6 % des voix. La candidate de l'alternative-degauche, Freda Meissner-Blau, venait loin derrière avec 5,5 %.

Le candidat de l'extrême droite, Otto Scrinzi, obtenait 1,2 %.

Dans la joute électorale décisive du 8 juin, Waldheim remporta la victoire avec une courte majorité de 53,9 % devançant son concurrent socialiste Steyrer, qui, avec 46,1 % des suffrages exprimés, se rangeait à 8 % derrière Waldheim.

Le plus grand parti bourgeois d'Autriche, le Parti populiste autrichien (OVP), avait pourtant présenté au printemps

Robert MISIK

On est depuis longtemps habitué en

Autriche à ce que les choses s'y passent différemment du reste de l'Europe. Ce fut également vrai en ce qui concerne le coup qu'a représenté le tournant politique conservateur. L'offensive d'austérité de la bourgeoisie dans une grande partie de l'Europe de l'Ouest a été souvent directement liée au remplacement d'un gouvernement social-démocrate par un cabinet purement bourgeois. En Autriche, l'application du démantèlement des emplois dans les entreprises d'Etat, une politique de réarmement renforcé et les réductions de prestations dans le domaine des pensions et des retraites sociales a été l'œuvre de la coalition gouvernementale conduite par les sociaux-démocrates avec libéraux de droite du Parti libéral

LE SPO EST RESPONSABLE DE SA

PROPRE DÉFAITE

Quoique le cabinet du SPO et du

FPO ne fut absolument pas souverain dans ses agissements, l'OVP ne pouvait jusqu'ici capitaliser le moindre gain appréciable de l'aggravation de la situation économique et de l'accumulation de scandales politiques dans tous les domaines

(scandales de corruption dans tous les coins et à tous propos). Il se limitait à une critique purement populiste de quelques aspects de la politique socialdémocrate ; un programme bourgeois mûrement réfléchi à la Ronald Reagan,

Margaret Thatcher ou Helmut Kohl n'appartenait pas jusqu'ici à son répertoire.

Après la victoire électorale de Kurt Waldheim tout à l'évolution régime nazi d'Hitler. C'était le SPO lui-même qui était en première ligne pour appliquer des solutions bourgeoises à la crise échelle encore plus vaste.

Ainsi une série de mesures peuvent être inscrites au passif du gouvernement libéral et social-démocrate, parmi lesquelles notons : un soi-disant « programme d'amélioration structurelle » dans les industries publiques, qui a jusqu'ici coûté leur emploi à quelques milliers de travailtravailleuses; des dispositions visant au démantèlement des prestations

; une politique de réarmement renforcé et de militarisation. Il y a encore l'armée autrichienne était plus que mal aimée par la plus grande parite de la population et c'est précisément le gouvernement social-démocrate qui a revalorisé l'image de l'armée dans la

Ainsi un nombre croissant de chômeurs se retrouveront rôlés dans l'armée comme soldats de métier. Enfin, le gouvernement social-démocrate et libéral est responsable de l'achat de nouveaux avions de chasse ce qui est une nouvelle pierre dans le jardin de la

Les supporters de ce cours de droite dans le SPO agirent en public d'abord de façon malhabile puis de manière extrêmement technocratique. Le SPO avec sa politique de gestion de la crise a perdu de justesse sa capacité à être majoritaire en suivant une autre politique que celle de Bruno Kreisky dans les années 1970 qui, avec son slogan « faisons une Autriche prête pour l'Europe », rassemblait derrière lui une grande partie de la population de l'Autriche rétrograde d'alors. Cette rupture dans la prédernier un candidat pour le poste de président fédéral, qui a été l'objet de nombreuses accusations sur son passé politique.

Les accusations du Congrès juif mondial, du Congrès américain et les enquêtes d'une série de gouvernements occidentaux sont venues mettre en évidence la compromission de Kurt Waldheim avec le nazisme. Des journalistes des plus grands media mondiaux transmettaient chaque jour de nouveaux documents qui mettaient en lumière les charges pesant contre le candidat

Malgré tout cela, l'OVP non seulement ne retira pas Waldheim de la course électorale mais celui-ci obtint 53,9 % des voix des électeurs autrichiens. C'est là une situation qui ne manquera pas d'apparaître paradoxale et incompréhensible aux yeux de nombreux observateurs étrangers.

On ne peut comprendre ce qui s'est passé sans se reporter à la politique intérieure autrichienne de ces dernières années, en particulier au bilan du Parti socialiste autrichien (SPO), qui était au gouvernement depuis maintenant seize ans, et avant de l'Autriche depuis l'effondrement du politique du SPO se comprend avant tout dans le contexte de l'éclatement de la grave crise de la plus grande entreprise publique de l'Autriche, géant sidérurgique

VOEST. De fil en aiguille, cela jeta dans la population discrédit sur la politique économique social-démocrate. D'un autre côté, en raison de leur attitude défensive vis-à-vis de la propagande de droite sur le lock-out et la reprivatisation, des couches centrales de la social-démocratie furent plongées dans un atermoiement croissant.

L'OVP vit dans cet arrière-plan le signe que les temps étaient mûrs pour adopter un cours bourgeois plus dur.

Et le débat sur le passé de Kurt Waldheim leur permit précisément d'arriver à point

Au cours de la discussion sur l'activité de Waldheim dans le régime et l'armée nazie dans les Balkans durant la

Seconde Guerre mondiale, refirent surfaconceptions idéologiques temps refoulées. Ce ne sont pas les combattants de la résistance, qui par milliers ont risqué leur tête dans le combat contre

Hitler et qui l'ont en général perdue, mais ce sont les soldats de la Wehrmacht qui

« ont rempli leur devoir », telle est la teneur du combat électoral de Waldheim.

Les révélations du New York Times, du Congrès juif mondial et de l'hebdomadaire autrichien Profil ne sont pour

Waldheim rien d'autre qu'une « campagne de certains milieux juifs de New

York », et, à propos des attaques dans la presse internationale contre sa personne, il déclara au journal Le Monde qu'il est

« bien connu que celle-ci (la presse) est dominée par le Congrès juif mondial ».

Le secrétaire général de l'OVP, Mi-

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chaël Graff, va encore plus loin et parle des « apprentis sans honneur du Congrès qui, dans leur nature « impudente, bête, primitive, effrontée, vulgaire et calomniatrice », veulent « en finir » avec Waldheim par leurs « methodes de mafiosi ».

Dans de larges cercles de la population, l'OVP a ainsi ouvert une soupape : de l'antisémitisme gêné, qui après l'holocauste ne pouvait plus être admis dans les salons, sortit un antisémitisme sans pudeur : « c'est seulement depuis que les sont partis qu'il y a de nouveau du calme » ; « c'est une honte de voir combien les Juifs sont devenus insolents ». Des déclarations semblables ou analogues étaient de nouveau à l'ordre du jour dans les discussions de rue à l'occasion de la joute électorale ; tout comme les centaines de lettres de menaces adressées au Consistoire israëlite, les crachats sur les juifs orthodoxes et les bris de vitrines de magasins appartenant à des juifs.

La direction du SPO, en particulier son responsable à la propagande, Graff, a réagi pour raison de tactique électorale de façon complètement inadéquate à ces provocations de l'OVP. Au lieu d'attaquer frontalement la campagne antisémite de l'OVP et son nouveau comportement, l'accent principal de la campagne électorale social-démocrate a été mis sur la présentation positive de leur propre candidat, le SPO refusait ainsi de se laisser entraîner dans une discussion sur le passé autour du cas Waldheim.

MAIS QUI EST DONC CE KURT WALDHEIM ? La discussion sur le passé de Waldheim a été déclenchée par la découverte du fait qu'il avait été membre de l'étendard de cavalerie SA (Section d'assaut, organisation paramilitaire de masse des mouvements nazis, ndlr.), membre de la fédération des étudiants nazis et du corps de cavalerie nazi.

Le Congrès juif mondial a fait des recherches sur le passé militaire de Kurt Waldheim en rapport avec la guerre des Balkans menée par l'armée nazie (qui était un corps différent de la Wehrmacht, l'armée régulière allemande, ndlr.). Waldheim fut en conséquence à partir de 1942 actif dans les Balkans dans un état-major régional, qui était en particulier chargé de la persécution des partisans dans la région de Sarajevo et de Dubrovnik. Waldheim y était à cette époque officier de liaison entre les troupes italiennes et allemandes. Il a été clairement établi que Waldheim comptait à cette époque parmi les personnes les mieux informées de l'armée allemande sur les activités militaires dans cette région. Il n'a pas pu être établi jusqu'ici qu'il ait pris lui-même une part active aux crimes de guerre, ce que l'on ne peut toutefois pas exclure a priori.

En outre, Waldheim fut un subordonné du « groupe de combat de la Bosnie occidentale », mée nazie, qui persécuta de juin à août 1942 les résistants yougoslaves avec une brutalité sans précédent. Plus de 68 000

Kurt Waldheim en campagne électorale à Vienne, en mai 1986. (DR) hommes en tout y furent tués ou envoyés en camp de concentration.

Six mois après, Waldheim fut à nouveau envoyé dans la région de Sarajevo, Dubrovnik, Plevilja, où commençaient de nouvelles actions de nettoyage contre des partisans.

Ainsi le sous-lieutenant et plus tard lieutenant Waldheim fut de 1942 à 1943 partout où le régime nazi menait sa sale guerre contre les combattants yougoslaves liberté. Par la suite, heim s'établit comme premier officier de l'état-major de la 1lème armée italienne à Athènes, où le « combat contre le communisme », suivant l'expression consacrée de l'époque, commençait et où les déportations massives de juifs furent pré-

Toutes ces révélations ont été portées au grand jour pour la première fois en majeure partie par le Congrès juif mondial et confirmées par le New York Times qui fit des recherches supplémentaires. Les faits sont aujourd'hui absolument certifiés et confirmés par Waldheim lui-même. Et ceci, bien qu'il ait jusqu'ici prétendu (avant tout dans le contexte de sa candidature au secrétariat général de l'ONU) avoir été écarté de la Wehrmacht en 1941 à la suite d'une blessure

En Autriche même, ces faits n'ont été débattus que de manière très déformée. Il n'y eut pas un seul des grands quotidiens qui ait été critique à l'égard de Waldheim. Bien que le Congrès juif mondial n'ait jamais dépeint Waldheim comme un criminel de guerre mais ne fit que soumettre quelques simples documents — parmi lesquels un document de l'ONU, dans lequel, sur requête du gouvernement yougoslave, Waldheim était poursuivi comme un criminel de guerre recherché - bien que tous les grands journaux d'Europe de l'Ouest et des Etats-Unis aient attaqué Waldheim, bien que les gouvernements d'Israël, de Grande-Bretagne, de France et le Congrès des Etats-Unis enquêtèrent sur son cas, malgré tout cela, la discussion générale sur Waldheim fut présentée par l'OVP et les plus grands journaux autrichiens comme une « vulgaire campagne de cette organisation privée qu'est le Congrès juif mondial ».

LA RÉSISTANCE EN AUTRICHE La dénonciation du passé de Waldheim et la résistance à la campagne antisémite en Autriche furent grosso modo portées par deux courants :

- Un groupement en majeure partie composé d'intellectuels autour du groupe « Nouvelle Autriche », qui fit le premier pas dans le pays avec une documentation sur le passé militaire de Waldheim, publiée sous le titre « Accomplir le devoir », et une annonce dans l'hebdomadaire Profil, dans laquelle plus de mille personnalités autrichiennes, hommes et femmes, exigeaient le retrait de la candidature de Waldheim.

- Le Groupe marxiste révolutionnaire (Gruppe Revolutionäre Marxisten, GRM), section autrichienne de la IVe Internatio. nale, qui malgré sa petite taille coopéra avec le groupe « Nouvelle Autriche », s'engageant avant tout dans l'organisation de protestations contre les apparitions publiques et les meetings de Waldheim. En collaboration avec l'antifasciste allemande vivant à Paris, Beate Klarsfeld, on réussit par là à briser partiellement le silence de la presse autrichienne et à informer qu'il y avait une autre Autriche.

A l'issue de ces élections, fort de ses 53,9 % de suffrages, Waldheim pouvait cependant crier victoire. Plusieurs facteurs ont joué en ce sens, dont quelques uns ont déia été mentionnés :

Tout d'abord la victoire de Waldheim fut moins une victoire pour Waldheim qu'une défaite pour le SPO. La popu-

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lation autrichienne a perdu sa confiance envers le parti social-démocrate auquel une grande majorité avait, seize années durant, maintenu sa fidélité. Des électeurs qui lui avaient accordé leurs voix lors des élections générales de 1983, le SPO n'a pu en mobiliser que 88% pour son candidat à l'élection présidentielle de 1986 ; sur le reste, 9% allèrent à Waldheim et près de 3 % s'abstinrent. A l'opposé, l'OVP réussit à rassembler 92,3 % de ses électeurs de 1983 derrière Waldheim, il n'y en eut que 0,8 % qui se tournèrent vers Steyrer. Malgré tout, 6,4 % des électeurs traditionnels de l'OVP n'allèrent pas voter pour Waldheim et s'abstinrent. Ceci démontre qu'il y a aussi dans la zone d'influence de l'OVP un bloc, petit mais résolu, d'authentiques démocrates qui ne se compromettent pas avec les stratégies électorales de l'OVP.

Mais c'est avant tout l'effritement SPO, en particulier dans les régions industrielles, qui a décidé du résultat des élec-

Autre élément important, la tradition politique de l'antisémitisme est en Autriche bien plus forte qu'en d'autres pays d'Europe de l'Ouest (la Pologne peut à cet égard souffrir la comparaison). Selon les enquêtes sociologiques, il y a en Autriche un potentiel de 12 % d'antisémites virulents, et en poussant plus loin dans l'analyse, un potentiel de 60 % d'antisémites latents. Sur ce dernier groupe, les accents antisémites dans la campagne de Waldheim n'ont eu aucune influence enquêtes faites sur le moment. Mais le groupe des 12 % d'antisémites virulents, qui jusqu'ici de manière caractéristique se distribuait de façon sensiblement égale dans tous les camps politiques, se mobilisèrent à plein grâce à ces déclarations antisémites et se rassemblèrent presque tous derrière le candidat Waldheim. Mais ce qui est décisif n'est pas tant la variation des suffrages des voix antisémites (qui limiter à environ 4%), que les conséquences politiques à long terme 40 ans après l'holocauste, l'antisémitisme est redevenu un propos de salon. C'est dans cette mesure que le climat politique de l'avenir a été marqué par ces élections.

Enfin, le dernier point décisif est historique, il s'agit du rôle et de la fonction que l'Autriche a joués dans le troisième Reich et la Seconde Guerre mon-

Lorsque Hitler envahit l'Autriche en 1938, des centaines de milliers d'Autrichiens l'accueillirent avec des drapeaux à croix gammée dans le centre de Vienne. Il n'y eut presque pas de résistance à l'Anschluss (annexion de l'Autriche par l'Allemagne, ndlr.). Le degré de structuration des organisations nazies en Autriche était plus élevé qu'en Allemagne même. Le nombre de criminels de guerre nazis parmi les Autrichiens a été plus élevé, eu égard à la population de ce pays, que celui de l'Allemagne. Les Autri. chiens n'ont ainsi pas été « moins nazis » que tous les autres peuples allemands. Néanmoins, déjà à la conférence des Néanmoins, déjà

Alliés de 1943 à Moscou, l'Autriche était pour ainsi dire acquittée en tant que « première victime » des crimes du régime nazi. Ce fut l'heure d'enfantement du « mensonge originel de la nation autrichienne » que tous les partis politiques d'après 1945 ont complaisamment repris. C'est pourquoi on traita légèrement tous ceux qui, comme collaborateurs ou trafiquants actifs, avaient pris part au régime nazi, sans réfléchir de quelque manière que ce soit au passé ni porter ce débat à l'ordre du jour. En ce sens, Waldheim est effectivement un « Autrichien typique » et il est perçu comme tel par une grande part des Autrichiens. Les actuelles attaques contre Waldheim, 40 ans après la guerre, sont ainsi ressenties par la plus grande partie des Autrichiens comme des attaques contre l'Autriche et tous ceux qui « y étaient » alors.

QUE FIT LA GAUCHE ? La réaction de la gauche politique à ces déchaînements réactionnaires dans la campagne de Waldheim fut discrète, pour

La gauche dans la social-démocratie ne fut pas visible. Elle n'introduisit aucune inflexion originale dans les joutes électorales, c'est-à-dire qu'elle se cantonna tout comme le sommet du parti à une « présentation positive de notre propre

Le comportement électoral des verts-alternatifs fut l'expression d'une insensibilité complète vis-à-vis des développements politiques. Bien que la mobilisation des conservateurs fut manifeste, ils s'en tinrent au schéma « les sociaux-démocrates sont aussi pourris que les populistes ».

Meissner-Blau, la candidate vertalternatif, qui obtint quand même 5,5 % des voix, ne pouvait donner aucune consigne pour le second tour. La « Bürgerinitiative Parlament » (BIP), une liste de personnalités qui a pour but de rassembler en son sein le mouvement vert-alternatif dispersé, appela publiquement à voter blanc, et un de leurs porte-parole, Werner Vogt, caractérisa même Waldheim comme un « moindre mal ».

Cette inquiétante culture politique parmi les leaders du camp vert-alternatif ne fut dépassée que par la réaction de leurs électeurs. Ainsi des anciens électeurs de Meissner-Blau, 37 % votèrent Waldheim, 36,4 % se sont abstenus 26,6 % ont appuyé la candidature socialdémocrate de Steyrer. La situation n'est différente qu'à Vienne où 50 % ont voté pour Steyrer contre 25 % de suffrages à

Le comportement des communistes est également grave. Fort de l'analyse, au demeurant juste, que c'est le SPO qui est en première ligne pour entreprendre aujourd'hui le démantèlement social et la militarisation du pays et qu'il est en fin de compte lui-même responsable de sa défaite, le Parti communiste autrichien (KPO) ferma les yeux sur la césure politique que représente pour l'Autriche le choix de Waldheim et laissa ses membres libres de voter blanc ou Steyrer.

Ainsi, il n'y eut que le GRM et un petit groupe d'intellectuels et d'inorganisés pour attaquer Waldheim de la manière adéquate en Autriche.

L'ÉLECTION DE WALDHEIM : Kurt Waldheim, le diplomate souple comme une anguille, est devenu le symbole du tournant conservateur. Pour la première fois depuis vingt ans, l'OVP fêter un triomphe électoral. Ce parti, qui jusqu'ici n'avait jamais fait de propagande pour un programme bour d'austérité générale, a résolu de s'engager dans un processus de polarisation politique. Et le SPO ne voulait ni ne pouvait accepter cette polarisation. La direction du parti social-démocrate, qui a depuis à peu près cinq ans mené un programme mesuré d'austérité, s'est fourré dans une situation qui aboutit à ce qu'il cède désormais pas à pas à la pression renforcée de la droite.

Significatif est réaction de la direction du SPO à la défaite. Un jour après les élections, Fred Sinowatz, jusque-là chancelier et président du parti, un homme du centre du parti avec une légère inclination pour les droitiers, démissionna de son poste de chef de gouvernement. Franz Vranitzky, un des porte-parole des droitiers du SPO, ancien banquier et jusque-là ministre des finances, lui succéda au poste de chancelier fédéral. Tous les postes clefs dévolus à des mem-

SPO au gouvernement sont occupés par des hommes de la droite du parti. Au premier plan, Rudolf Streicher, jusqu'ici le « manager le mieux rémunéré d'Autriche », qui s'est fait un nom - mal général des entreprises publiques Ranshofen-Berndorf et Steyer, où il porta la responsabilité de licenciements massifs.

L'Autriche se trouve dans une situation de rupture politique, qui est caracté risée par la plus grave crise gouvernementale et étatique depuis 1966, date de l'écroulement de la grande coalition (1). Tout annonce et confirme un « tournant vers la droite ». Les recettes, avec lesquelles la social-démocratie s'affronte à

«tournant », insuffisantes, car elle veut encore prouver aux yeux de tous qu'elle peut faire une meilleure politique d'austérité bourgeois eux-mêmes.

Simultanément la rupture dans la scène politique et en particulier dans le SPO même offre à la gauche indépendante la possibilité d'intervenir et de mobiliser contre cette évolution à droite, ce qui est déjà d'une signification décisive dans la perspective de la période après les prochaines élections au Parlement autrichien d'avril 1987.

Robert MISIK, Vienne, 22 juin 1986. 1. Sur l'évolution des coalitions gouvernementales se reporter à Inprecor numéro 152 du

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