E mouvement syndical noir indépendant et principale-
L ment le Congrès de syndicats sud aticains (COSATU)
a été une des principales cibles de la répression gouvernementale déclenchée avec l'instauration de l'état d'urgence le
12 juin dernier (cf. Inprecor numéro 223 du 7 juillet 1986 et numéro 224 du 21 juillet 1986).
Plusieurs enquêtes statistiques confirment que les syndicalistes emprisonnés représenteraient plus de 10 % des personnes arrêtées durant ces trois derniers mois. C'est le COSATU qui paye le plus fort tribut puisque 80 % des syndicalistes métallurgie, MAWU, et celui du commerce, CCAWUSA, qui au sein du COSATU furent les plus touchés par la répression.
A l'évidence, le coup de filet répressif du régime vise à désorganiser l'activité du mouvement syndical en général, mais aussi à frapper plus particulièrement ceux qui comme les dirigeants du MAWU avaient pris une part active aux luttes et à l'auto-organisation des habitants des townships (cf. Inprecor numéro 224 du 21 juillet 1986).
Après une première phase de surprise et de désorganisation face à la répression, le mouvement syndical s'est rapidement ressaisi. De nombreuses luttes ont été menées pour récla mer la libération de syndicalistes détenus ou le maintien des
BULLETIN » : - Quel a été l'effet sur le
COSATU de l'état d'urgence décrété le
12 juin dernier?
Jay NAIDOO : - Lors de cet état d'urgence, les syndicats sont devenus la cible d'attaques directes de la part de l'Etat. Des descentes ont été effectuées dans nos locaux et les employés du syndicat ont été harcelés. L'impact majeur de l'état d'urgence a été, dans un premier temps, d'interrompre nos communications et d'empêcher nos structures de fonctionner normalement. Nos réunions ont été perturbées quand elles n'ont pas été simplement interdites. Dans la région du Cap occidental, nos publications ont été interdites et, dans le Centre, nos réunions l'ont également été. Dans certaines localités on a refusé des moyens à nos délégués d'atelier. Des dizaines de dirigeants importants engagés dans des négociations difficiles ont été. obligés de se cacher. Ce sont là les conséquences pratiques apparues dans un premier temps. Nous avons cherché d'autres moyens pour rétablir les contacts et refaire fonctionner nos struc-
Au cours de la deuxième semaine de l'état d'urgence, il y a eu des réunions à divers niveaux, et c'est à ce moment-là que différentes propositions d'action ont délégués d'atelier étaient détenus, syndicats locaux devaient immédiatement élire des remplaçants. Là où des permaface à la répression juillet, le MAWU a tenu son congrès. du Sud. situation sud-africaine. nents syndicaux avaient été emprisonnés, les délégués d'atelier devaient prendre le relais. Il fallait assurer des communications aux niveaux local, régional et national. Les délégués d'atelier devaient aussi exiger de leurs employeurs des heures de disponibilité pour s'occuper des affaires du syndicat. Il a fallu apporter un soutien moral et matériel aux familles des détenus. Nos structures, surtout les conseils de délégués d'atelier et les conseils exécutifs régionaux, se sont réunis régulièrement, malgré les tracasseries. Nous avons appelé nos permanents à rejoindre leurs bureaux, sauf ceux qui étaient les plus recherchés.
Le contact a été établi au niveau national et une décision fut prise de tenir une réunion du comité exécutif central (CEC), le 1er juillet. Une série de revendications a été préparée et a circulé pour être discutée à tous les niveaux du syndicat. Des représentants locaux ont aussi participé à la réunion du CEC. Cette réunion a abouti à un large plan
L'état d'urgence a été perçu comme une attaque contre le peuple d'Afrique du Sud et contre ses droits démocratiques. Il a également été perçu comme une attaque contre le COSATU et ses syndicats affiliés, au travers des tracasseries, des arrestations et des descentes dans nos locaux. Il s'est agi d'une attaque politique contre le mouvement ouvrier, que nous ne pouvions laisser passer sans réagir. Un programme d'action systématique a donc été avantages acquis dans les entreprises pour l'activité du syndicat. Des dirigeants connus ont été libérés, d'autres, qui étaient passés à la clandestinité, sont réapparus publiquement. Début
Les syndicats du COSATU affrontent plusieurs problèmes à la fois. D'abord, la nécessité de relancer l'activité syndicale malgré les arrestations. Ensuite, la nécessité de riposter aux patrons qui profitent de la situation pour rogner les avantages acquis par les travailleurs lors des luttes passées. De nouvelles questions d'organisation et d'intervention se posent donc aux militants du COSATU. La solidarité internationale du mouvement ouvrier peut dans ce contexte constituer une aide importante pour le mouvement syndical noir indépendant d'Afrique
Nous reproduisons ci-après l'interview accordée le 3 juillet dernier par Jay Naidoo, secrétaire général du COSATU, au
South african labour bulletin et publiée dans le numéro d'août 1986 de cette revue. Le dirigeant du COSATU y fait un premier bilan de l'impact de l'état d'urgence sur le mouvement syndical et des réactions de ce dernier. Nous reviendrons plus amplement dans un prochain numéro d'Inprecor sur la formulé, afin d'obtenir la satisfaction des revendications que nous avions élaborées.
Nous avons revendiqué l'arrêt de toutes vexations à l'égard des travailleurs, des délégués d'atelier et des permanents syndicaux, la libération de tous les dirigeants détenus, l'arrêt de la répression, et un pas en avant vers des solutions démocratiques aux problèmes de notre pays.
Nous avons également avancé des revendications qui relevaient spécifiquement du maintien de notre fonctionnement dans les ateliers. (Parmi ces revendications, on relève notamment celles des heures payées pour s'occuper des affaires du syndicat, du droit d'organiser des réunions syndicales dans les entreprises pendant les heures de travail, d'une garantie du maintien des emplois et des salaires des détenus. Ces revendications ont été en grande partie accordées par les principales organisations patronales. South African
Labour Bulletin.)
Nous avons décidé, en plus, que si ces revendications n'étaient avant le 10 juillet, le COSATU serait obligé de lancer de nouvelles actions. Cela aurait pour conséquence de mettre en danger de manière radicale tout le système de relations industrielles, mais nous croyons que ces structures, que nous avons conquises au travers de luttes dures et de négociations, dépendent de l'existence d'un équilibre dans le rapport des forces entre le Travail et le Capital. Les actions répressives qui ont été menées contre nous ont sérieusement désavantagé le syndicat dans sa participation continue à ces structures.
Le COSATU se réserve donc le droit d'enclencher des actions supplémentaires.
Après la première vague de détentions, il y a eu une réaction spontanée et des milliers de travailleurs se sont mis en grève, surtout dans le secteur du commerce de détail, mais très vite une réponse plus coordonnée attaques contre nous a commencé à apparaître
Ces attaques ont suscité une colère et une amertume très grandes parmi nos adhérents. Grâce à la solidité de notre organisation et à la manière dont elle s'est développée, il existe un sentiment intense de loyauté envers notre organisation et sa direction. Nos structures sont très profondément enracinées dans les entreprises. Une forte pression provient en ce moment de la base pour qu'on réponde à l'attaque lancée contre nous.
- Quelle a été la réaction des patrons face à l'état d'urgence ?
- Evidemment, il y a des réponses différentes, mais un nombre significatif d'entre eux ont pris leurs distances par rapport à l'état d'urgence, alors que d'autres se sont prononcés en sa faveur. Aux yeux des travailleurs, pour des raisons et du fait d'expériences historiques précises, les patrons partagent la responsabilité de l'attaque lancée contre nous et, à notre sens, il n'est pas évident qu'ils aient exercé d'importantes pressions pour qu'il mette fin à l'état d'urgence.
organisations ont salué ouvertement l'état d'urgence en disant qu'il restaurait la stabilité économique dans le pays. Notre réponse est qu'il serait naif pour les patrons de croire que l'état d'urgence a écrasé ou pacifié mouvement ouvrier. En fait, il a renforcé notre engagement à mettre fin au système d'exploitation économique ainsi
Nous accueillons positivement l'attitude de certains employeurs, déclarations se dissociant de l'état d'urgence ne résolvent pas le problème de l'offensive contre les syndicats. Les employeurs doivent adresser des revendications fondamentales au gouvernement. Certains d'entre eux nous ont accordé des facilités pour fonctionner, alors que beaucoup se servent de l'état d'urgence pour nous attaquer et regagner le terrain qu'ils avaient perdu. Nous disons que cela ne se passera pas sans que nous ne réagissions, et nous n'oublierons pas ceux qui, parmi les employeurs, se servent de la phase de répression actuelle pour nous attaquer.
- Quelle a été la réaction au plan international ?
- Le COSATU et ses syndicats affiliés ont régulièrement appelé au renforcement de la solidarité internationale. Dans le passé, nous avons dit que les actions entreprises par des travailleurs dans d'autres pays pourraient faire la différence entre la vie et la mort pour des milliers de travailleurs dans ce pays, et c'est aujourd'hui - plus que jamais auparavant - que nous avons besoin de formes concrètes d'ac-
Un des aspects des réactions adoptées par les gouvernements Reagan, Thatcher et Kohl, relèvent selon nous de l'hypocrisie la plus monstrueuse. Pour les travailleurs noirs d'Afrique du Sud, leurs actions ne font que démontrer leur racisme ouvert et leur volonté de préserver leurs intérêts économiques et politiques dans ce pays, et nous appelons les peuples de ces pays à montrer, par leurs actions, qu'ils se dissocient de la honte dans laquelle leurs dirigeants veulent plonger leurs nations.
Nous saluons le soutien accordé aux représentants du COSATU et du Syndicat national des mineurs (NUM), Cyril Rama-
Get James Motlatsi, qui sont en Grande-Bretagne en ce moment, et nous pour qu'une pression efficace soit effectuée sur le système de l'apartheid pour que des changements fondamentaux puissent intervenir en Afrique du Sud. Nous lançons l'avertissement que d'éventuelles mesures prises à l'encontre de ces dirigeants après leur retour au pays ne feront qu'aggraver une situation déjà tendue.
- Quelle est votre réaction face à la proclamation selon laquelle des syndicalistes auraient été détenus à cause de leur engagement politique plutôt que pour leurs activités syndicales ?
- Pour répondre à la déclaration de Le Grange, ministre de la Loi et de l'ordre, suivant laquelle aucun syndicaliste n'a été emprisonné à cause de ses activités syndicales, nous croyons que l'offensive contre le mouvement ouvrier est une offensive politique et que notre réponse doit forcément être une réponse politi-
Dans la situation sud-africaine, il est impossible de séparer la lutte pour les droits des travailleurs dans les entreprises de celle, plus large, pour la liberté politique. Les dirigeants ouvriers dans les entreprises ont le droit démocratique de représenter et de diriger les travailleurs dans les townships où ils habitent.
Le fait que l'énorme majorité des habitants d'Afrique du Sud soit privée d'accès aux structures de décision politique signifie revendications politiques sont canalisées dans les seules voies qui lui sont ouvertes, celles des syndicats. Donc, les dirigeants et les travailleurs qui soulèvent des problèmes auxquels sont confrontées nos communautés — le logement, les loyers et les déplacements forcés - considèrent cela comme une extension légitime de leurs activités essaie d'imputer tous les problèmes de l'Afrique du Sud à des « agitateurs », alors, dans ce cas-là, tout adhérent du syndicat serait un agitateur.
- Comment l'état d'urgence actuel se compare-t-il à l'état d'urgence de l'année
- La différence concrète est celle du niveau d'organisation du mouvement ouvrier et des organisations basées dans les s'est développé au travers d'une décennie de luttes dures et combatives, et ses structures organisationnelles ont ment évolué de telle manière qu'elles ont pu survivre dans un système répressif. Les
principes de base ont été ceux du contrôle ouvrier et de la démocratie ouvrière, et cela a eu pour conséquence d'enraciner très profondément le mouvement ouvrier dans les entreprises et d'assurer qu'une couche significative de dirigeants y soit apparue.
Le mot d'ordre central de notre organisation est que le syndicat doit se trouver dans les ateliers, dans les usines et non pas dans les bureaux (du syndicat, ndlr.) Cela signifie que le mouvement ouvrier en Afrique du Sud survivrait à n'importe quelle offensive lancée contre lui. Aujourd'hui, le climat politique est aussi très différent, dans la mesure où il existe un niveau très élevé de conscience et de confiance politiques.
- Un syndicat est sorti indemne de la proclamation de l'état d'urgence. Est-il significatif que ce syndicat, l'UWUSA (1), soutenu par l'Inkatha, ait ainsi été laissé
- L'UWUSA a été créé avec la totale approbation du système de l'apartheid, et le fait qu'il ait profité de la désorganisation du mouvement ouvrier par l'Etat montre son opportunisme. Nous sommes convaincus que sa création représente une réactionnaire prise par l'Etat en connivence avec certains employeurs. l'état d'urgence, pour vous personnelle-
- L'état d'urgence a signifié un changement radical de la manière dont on fonctionne et dont on vit. Nous sommes obligés de prendre des précautions simplement pour assurer notre survie, ne pas rester dans le même endroit, changer son aspect, se réunir dans des endroits différents. Il y a également beaucoup de tension nerveuse qui va avec cela : le fait d'être constamment conscient d'être recherché, d'arriver à des réunions qui ont tion - telle que le congrès du syndicat de la métallurgie, MAWU, aujourd'hui — et d'être ensuite obligé de repartir hâtivement. Ce qui est très encourageant, c'est la profondeur du soutien qui existe alors qu'on doit faire face à des attaques et qu'on est recherché, et le soutien matériel et moral que les gens sont prêts à
South African Labour Bulletin, numéro 7, août 1986 1. Le syndicat des travailleurs unis d'Afrique du Sud (UWUSA) a été lancé en mai dernier par les responsables de l'Inkatha, une organisation défendant les intérêts des affairistes Zoulous et dirigées par le chef du bantoustan
Buthélezi. L'UWUSA a été clairement constitué pour faire pièce au dédu COSATU. La grande majode la direction de ce nouveau « syndicat » est composée de capitalistes Zoulous ou de l'Inkatha (cf. Inprecor numéro 220 du 26 mai 1986).
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