CHILI La poussée des masses accentue la crise du régime militaire Les mobilisations des 2 et 3 juillet blée civile, une structure d'opposition au régime de Pinochet qui rassemble l'essentiel des forces syndicales, des associations professionnelles, corporatistes etc., ont marqué le couronnement de multiples combats de secteurs sociaux très diversidepuis les habitants des quartiers pauvres (poblaciones), des étudiants et enseignants jusqu'aux professions libérales et à la petite bourgeoisie. L'audience du mot d'ordre de l'Assemblée civile s'explique par sa dimension unitaire et parce était le produit d'un Cette mobilisation a combiné les formes de protestations qui se développent depuis 1983 : les « protestas » et les
Le régime militaire du général Pinochet, sous-estimant la force de la mobilisation, manœuvra jusqu'au dernier mo-
Quelques heures avant l'arrêt de travail, il chercha à négocier avec des représentants de la puissante corporation des camionneurs, peu soupçonnable de complaisance envers la gauche. Mais ses machinations firent long feu. ports sont presque totalement paralysés ; les magasins fermés à 90% ; peu de clients entrent dans les banques encore
Face à l'ampleur du mouvement, dès l'après-midi du 2 juillet, le gouvernement réagit. La capitale est lentement militarisée, les poblaciones de La Legua, Violeta Para, Davila, Sara Gajardo, Yungay sont encerclées par les militaires qui tirent sur les manifestants et procèdent à de vastes rafles. Des barricades sont dressées. A 21 heures, le 2 juillet, Santiago s'enfonce dans la nuit : des pylônes électriques viennent d'être dyna-
La brutalité de la répression s'illustre en lettres de feu : Rodrigo Denegri, 19 ans, et Carmen Gloria Quintana, 18 ans, sont brûlés vifs par les militaires. R. Denegri décède le 6 juillet ; C. Quintana lutte contre la mort.
La vigueur de l'élan populaire dérange plus d'un scénario. Pinochet, selon sa coutume, réagit vivement. Le 11 juillet, il déclare vouloir se maintenir au pouvoir non pas jusqu'en 1989 - date à laquelle, selon la Constitution de 1980, un candidat unique, civil ou militaire doit être présenté par la junte pour un plébiscite —, mais jusqu'en 1997 ! Cette proclamation incommode même des généraux peu enclins pourtant à écouter les chants de sirènes de l'opposition modérée.
En effet, Pinochet ne se proclame-t-il pas déjà le seul candidat possible pour 1989 ? Or, les plus hauts dignitaires de l'armée - les Matthei, Stange,
- veulent disposer au moins d'une carte : choisir un candidat plus apte à assurer une transition à froid vers une démocratie étroitement surveillée ou, devant cet obstacle difficile à franchir, aller directement à des élections. En conséquence, après le 11 juillet, un débat à voix basse va se dérouler dans les cercles militaires.
Le 21 juillet, Pinochet doit admettre qu'en 1989 il y aura un plébiscite « avec un candidat choisi par les forces armées ». Mais le dictateur garde un peu de réserve et contre-attaque en tentant de mettre sur pied un vaste rassemblement pour le 10 tion, comme Janus, présente deux faces. D'un côté, elle où les forces bourgeoises d'opposition divisées ne disposent pas d'une alternative concrète gouvernementale, ce qui les fragilise. De l'autre, elle aiguise toutes les pénétrer dans les forces armées (FFAA), qui sont très homogènes, les clivages de la société civile. Or, nombreux désireux que l'institution mili taire jouisse du statut de garant de la transition à froid et soit un peu plus politiques de ce délicat changement, afin de ne risquer aucune sanction venant du « régime démocratique ». Les initiatives d'Augusto Pinochet ne vont donc pas toujours dans le sens souhaité par ses pairs et par l'ambassade américaine.
Cette dernière s'agite. Pour Washing ton, la priorité des priorités reste la solidité de l'armée chilienne. John Galdvin, le général responsable de toutes les opé rations US en Amérique du Sud le reconnaît explicitement début août à Santiago : « J'ai dit à Pinochet que je suis venu ici pour mieux connaître les forces armées chiliennes ; ayant à l'esprit dans la conjoncture présente l'importance de bonnes relations entre nos deux pays, en particulier en ce qui concerne les liens militaires » (L'Unita, 8 août 1986). Sur cette base, l'administration Reagan s'ef forca de désamorcer la bombe en cherchant une solution de rechange à Pino-
Conscients des risques qui s'accumulent, des secteurs de plus en plus amples de la bourgeoisie se réalignent politiquement. Le grand patronat, très attaché à la
stabilité, fait des ouvertures vers l'oppomoyennes » chent à chapeauter la mobilisation contre
Le démocrate-chrétien Andrès Zaldivar, même s'il présente les choses de façon un peu extrême pour les besoins de sa cause, révèle bien les vrais soucis des politiciens bourgeois : « Que se passera-t-il si demain 150 000 personnes des quartiers populaires, qui aujourd'hui sont humiliées, trouvent une direction politique et descendent dans les rues de Santiag0(...) Nous savons que dans certaines poblaciones il y a eu des tirs croisés entre les militaires et les civils. Celui qui ne voit pas cela est aveugle. Nous sommes au bord de la catastrophe » (ASPI, 14-27 donc point un hasard si le dirigeant démocrate-chrétien de l'Ascivile, José menacé les forces du Mouvement démocratique populaire (MDP) - représentées dans l'Assemblée au travers des organisations professionnelles et syndicales - de les dénoncer « au cas où elles susciteraient la violence » (International Herald Tribune, 8 juillet 1986) alors qu'elle n'est militaires et à la police.
Le Parti communiste chilien et le Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), réunis dans le MDP ont opéré un tournant politique après les 2 et 3
Le Parti communiste se dit accepter un gouvernement militaire sans Pinochet, qui appliquerait ment les revendications incluses l'Accord national, pacte signé en 1985 par les forces bourgeoises et social-démocrates, sous la houlette de l'archevêque de Santiago, Mgr Fresno.
Le MIR, quant à lui, caresse l'idée « d'un gouvernement d'urgence » mais est contre un « pacte social » avec les forces bourgeoises. Conjointement, il appelle au « renforcement de l'armement popu-
Le Parti communiste chilien semble donc ouvrir la voie à une stratégie impliquant des négociations avec les forces armées, pour autant qu'elles le désirent !
orientation traduit-elle un retour en force de ce qui constitue sa tradition stratégique ? Ou bien mise-t-il sur le refus de Pinochet de toute alternative ? Et, dès lors, chercherait-il simplement, en faisant ouverture, à accroître la difficulté pour les forces bourgeoises de le marginaliser politiquement et d'endiguer à leur profit le mouvement de masse, en se présentant, dans la dernière étape, comme les artisans du retour à la démocratie ? Ces questions méritent d'être posées.
La réponse sera fournie dans les semaines à venir. Les forces du MDP montreront si elles sont prêtes ou non à subordonner l'organisation propre des masses populaires et leur mobilisation sur leurs revendications démocratiques et sociales, y compris dans le cadre de l'Assemblée civile, laquelle appelle à une nouvelle protestation le 4 septembre, aux exigences de la recherche d'un accord avec les forces armées pour un changement dans la continuité. Au moment où la révolution centro-américaine siégée, le dénouement du combat antidictatorial au Chili marquera empreinte l'avenir des peuples d'Améri.