Du nouveau en Helvétie ! L'initiative Pour une Suisse sans armée a abouti et a été déposée le 12 sep.
à Berne, la capitale fédérale. 130 000 signatures ont été récoltées et la voie est ouverte à un référendum qui aura peut-être lieu en 1991. Cela peut paraître un peu lointain à certains qui vibrent d'impatience de voir disparaître les militaires de la Confédération helvétique, mais pour les consoler, précisons qu'il s'agit là d'une date hautement symbolique puisqu'elle correspondrait au 700ème anniversaire de la fondation de la Confédération helvétique en 1291. Cette coïncidence n'est d'ailleurs pas sans faire frémir la presse bien pensante.
La réussite de cette initiative constitue un petit miracle politique, résultat des des militants du Groupe pour une Suisse sans armée (GSOA), qui se sont démenés jusqu'au bout sans disposer d'une infrastructure digne de ce nom ni du moindre permanent payé. Sans parler des chicaneries de toutes sortes que divers responsables communaux s'ingéniaient à trouver. Décidée l'an dernier, la récolte des signatures a d'abord connu un départ fulgurant puis a connu un ralentissement net et inquiétant entre novembre 1985 et mars 1986. A cette date, il n'y avait que 61 000 signatures de collectées alors qu'il en faut 100 000 pour que la proposition de référendum soit prise en considération. L'initiative était virtuellement en danger et d'ailleurs, certains étaient déjà tout prêts à l'enterrer. Mal leur en prit. Les militants du GSOA ont redoublés d'efforts et nos camarades du Parti socialiste ouvrier (PSO), la section suisse de la IVe Internationale, aussi. La décision du PSO de récolter 20 000 signatures jusqu'à l'été a eu un effet encourageant indéniable. Le sprint final dans la course aux signatures fut gagné dans les deux derniers mois.
L'aboutissement de l'initiative du GSOA témoigne d'une conscience pacifiste croissante qui s'est exprimée ces dernières années dans les mobilisations des jeunes comme dans les manifestations pour la paix. Mais c'était aussi beaucoup leur premier engagement politique. La campagne du GSOA, que des beaux esprits qualifiaient d'« utopique », contribuera sans aucun doute à revitaliser une gauche helvétique passablement endormie dans le consensus.