E Mouvement du Premier mai (Kilusang Mayo Uno, KMU)
est la principale centrale ouvrière « lutte des classes » des
Philippines (1). Au moment de sa création en 1980, il comptait 50 000 adhérents. En 1985, il annonçait 500 000 et en
1986 le nombre de ses adhérents est estimé à plus de 600 000
(ce dernier chiffre est cité par la Far Eastern Economic Review du 28 août 1986). La Fédération nationale des travailleurs sucre-Alimentation et métiers dont l'île de Negros est l'un des bastions, est affiliée au KMU.
L'interview dont nous publions de larges
Russell JOHNSON : - Comment le mouvement ouvrier réagit-il à l'ouverture apparue avec la chute de Marcos ?
Bob ORTALIZ : - Par suite de cette nouvelle situation, le bloc progressiste au sein du mouvement ouvrier est aujourd'hui en train de s'unir en un seul grand regroupement qui se nomme le Conseil consultatif du travail (LACC). Ainsi qu'il l'a été convenu avec le ministre du Travail, ce regroupement sera l'organisme consultatif pour les principales questions sociales. Nous sommes ainsi en train de jeter les bases de l'unité entre les participants au LACC.
- Quels sont les syndicats qui en sont partie prenante ?
Le LACC réunit le Mouvement du
Premier mai (Kilusang Mayo Uno, KMU), la Fédération des travailleurs libres (FFW), des affiliés de la Fédération syndicale mondiale (FSM) et des syndicats indépendants.
- A l'exception du Congrès syndical des Philippines (TUCP)?
- Le TUCP (2) a participé à la première réunion, mais il a fini par prendre ses distances par rapport au LACC parce que son secrétaire général, Herrera, disait que le TUCP et le KMU ne pourraient jamais s'unifier pour des raisons idéologiques.
Donc, pour l'instant, le TUCP reste à l'extérieur du LACC, mais nous essayons toujours de l'amener à une forme d'unité, même s'il ne s'agit que d'établir les bases d'une coopération dans le mouvement avons déjà plusieurs réunions avec le gouvernement et, cours de la première réunion tripartite appelée par le gouvernement entre les syndicats, les employeurs et le gouvernement, c'est même le LACC qui y représenta le mouvement syndical.
Nous envisageons de transformer le
LACC en une centrale syndicale parce que nous pensons que les tendances actuelles - le fiasco de l'Hôtel Manila et la politique de déstabilisation menée par les loyalistes (de Marcos, ndlr.)
et les militaristes - ont rendu la situation politique politique tellement mouvante qu'un
Interview d'un dirigeant syndical
des travailleurs du sucre généraux (NFSW-FGT), extraits ci-dessous a coup d'Etat est possible (3).
C'est pourquoi nous voulons l'unité du mouvement syndical, pour que ce secteur puisse aider à protéger les acquis démocratiques que nous avons obtenus depuis ce qu'on appelle le soulèvement
- Venons-en à la situation travailleurs du sucre à Negros. La presse a parlé d'un regain d'opérations militaires sur l'île de Negros. Quelle est la situation exacte ?
- En réalité le processus de militarisation n'est pas limité au Sud de l'île comme cela a été rapporté par la presse. Récemment, dans le centre de l'île de Negros, près de la ville de Bacolod, les gens ont été harcelés parce que les propriétaires des plantations du sucre avaient réclamé une protection militaire. En réponse à cette campagne militaire, des paysans sont allés à Bacolod et ont installé leur camp dans la capitale de la province. Ils y campent toujours.
- Quels progrès ont été effectués dans la campagne menée par le NFSW pour obtenir la redistribution de lopins de terre en faveur des travailleurs du sucre en chômage partiel pour les aider à se
- Il y a eu un tel afflux d'aide économique, étrangère et intérieure, pour Negros en particulier, que la tendance du gouvernement a été de coopérer avec le NFSW sur ce projet. Il y avait même un ministre du gouvernement canadien qui
Pourtant l'acquisition des terres pour les lots fermiers coopératifs des travailleurs du sucre rencontre toujours des difficultés. Alors que nous proposons d'attribuer gratuitement aux travailleurs des terres mises sous séquestre et même celles hypothéquées et reprises par les banques, il semble que ce projet soit contesté par les organisations des propriétaires de plantations et même par le gouvernement. L'ouverture de la saison de broyage du sucre, s'il y en a cette année, est toujours pour le mois de novembre. Et alors qu'il y a ce débat sur la façon dont vont être organisés ces lots fermiers coopératifs, les gens continuent à avoir faim.
été donnée à Russell Johnson par Bob Ortaliz, qui est à la fois président du NFSW-FGT et secrétaire général du KMU. Elle est parue dans le numéro du 12 septembre 1986 de l'hebdomadaire
Militant, publié à New York et qui exprime les positions du
Parti socialiste des travailleurs (SWP), organisation fraternelle de la IVe Internationale. Dans cette interview, Bob Ortaliz, après avoir traité de l'état du mouvement syndical aux Philippines et du contexte politique six mois après la chute de Marcos, passe à la situation à l'île de Negros.
- Y-a-t-il eu des agressions récentes contre des responsables du NFSW ?
- Oui. En effet, la répression récente dont le NFSW a été l'objet est une réaction aux plaintes qu'il avait déposées au sujet des « salvaging » (4). Les témoins du « salvaging », de la torture et de l'assassinat de trois de nos responsables en janvier dernier se cachent aujourd'hui parce qu'ils ont peur après avoir été menacés. En fait, les policiers responsables des assassinats ont tiré sur le témoin principal devant le bureau du NSFW à
Bacolod. Heureusement, il n'a pas été tué.
Propos recueillis par Russell JOHNSON,
Manille, 22 juillet 1986.
Voir l'interview de Rolando Olalia, publiée dans Inprecor numéro 186 du 17 décembre 1984.
Le Congrès des syndicats philippins
(TUCP) fut organisé en 1975 par le régime
Marcos sous la loi martiale. Il annonce en 1985
1 200 000 membres.
ration internationale des syndicats libres (CISL)
comme FO en France et l'AFL-CIO aux Etats-
Unis, le TUCP a été compromis par sa collaboration avec le pouvoir durant une décennie.
3. Le 6 juillet 1986, au cours d'un rassemblement de loyalistes de Marcos, Arturo Tolentino, candidat à la vice-présidence aux côtés du dictateur déchu aux élections de février 1986, s'est fait proclamer président par intérim en attendant le retour du dictateur. En effet, toujours que ces derniers ont gagné les élections malgré les preuves de fraudes massives. Appuyé par un certain nombre d'officiers de l'armée philippine (parmi lesquels quatre généraux) et commencé à annoncer les noms des membres d'opérette n'a duré que 40 heures et, en l'absence de Cory Aquino en tournée en province, le ministre de la Défense Juan Ponce Enrile a obtenu la reddition des rebelles sans effusion de sang. Mais ce qui a été retenu par la gauche surtout la très grande indulgence dont ont bénéficié Tolentino et ses partisans et les complicités dont ils jouissaient au des forces armées. Dans ce contexte, le rôle ambigu d'Enrile lui-même a été souligné.
4. Le terme « salvaging » vient de l'argot de l'armée américaine, d'où il a été repris par les militaires philippins. Signifiant « faire disparaître », il désigne effectivement la « disparition » de militants syndicaux ou politiques de gauche qui sont enlevés officiellement officieusement par les forces de l'ordre et dont les cadavres sont retrouvés plus tard, portant souvent des marques de tortures.