Un nouveau souffle pour l'opposition
RDA
E document que nous publions émane d'un groupe du mouvement pacifiste indépendant en République démocratique allemande (RDA) qui a fondé « L'initiative pour la paix et les droits de l'homme ». Ce texte a été adressé, sous forme d'un appel, au lle congrès du Parti socialiste unifié d'Allemagne (SED) (1) qui s'est tenu à Berlin-Est du
17 au 21 avril 1986.
Ce mémoire marque un renouveau de l'opposition au régime d'Honecker, un approfondissement de son activité et de sa réflexion. En effet, fer de lance de cette opposition, le mouvement pacifiste indépendant, qui comptait au début des années 1980 environ 200 groupes et plusieurs milliers de militants pour la paix, a connu une période d'affaiblissement et de désarroi depuis 1984 (voir encart sur les articles d'Inprecor consacrés à ce thème).
Mais cette situation de découragement n'a guère duré.
La répression qui a touché les militants pacifistes les plus engagés les a conduits à se concentrer sur la question des Droits de l'homme, mais aussi, plus largement sur la structure et le fonctionnement de la société est-allemande.
DOCUMENT
Nous avons vu dans le XIe congrès du parti l'occasion de réfléchir à la situation de notre pays. Nous espérons que le résultat de ces réflexions, que nous avons rassemblées, sera discuté dans le parti.
Nous souhaitons que notre article soit publié sous une forme adéquate et soit rendu accessible aux délégués du parti.
Nous nous permettons d'envoyer en même temps cette pétition au secrétaire général du comité central du SED et au président du conseil national, Erich
Honecker, au bureau politique du comité central du SED, ainsi qu'à la rédaction centrale du journal Neues Deutschland
(organe du SED, ndlr.).
Nous vous souhaitons une discussion ouverte et objective pendant le congrès du parti.
Le XIe congrès du parti tire le bilan de cinq années d'évolution de la société en RDA. Au cours des discussions, dans les décisions, vont s'esquisser les lignes de la politique à venir dans tous les domaines (...).
Mais quel accord, quelle unité peut- il exister dans le parti s'il n'est même pas capable de débattre et de résoudre les désaccords d'une façon positive, après un débat critique ? Certes les statuts du parti font de la discussion ouverte et objective des problèmes liés à sa politique, c'est-àdire à la politique étatique, une condition indispensable à la démocratie interne.
Mais de telles discussions sont rares.
Elles sont étouffées dans l'œuf, qualifiées d'opportunistes, révisionnistes, caractérisées comme des divergences dogmatiques.
Il n'y a ni transparence, ni débat ouvert, au régime l'angle économique. De même, la crètes. ni publications concernant ces questions. Puisque « là où est un camarade est le parti » et que « le parti a toujours raison », la ligne officielle appliquée par chaque camarade, c'est-à-dire par 1/6e des citoyens de ce pays âgés de plus de 18 ans et 1/5e de la population active seulement, doit, comme le dit le parti, se faire omniprésente (...).
QUELLE CROISSANCE
ECONOMIQUE? La politique économique du SED accorde une grande importance aux taux de croissance annuelle de la production industrielle et du revenu national. Ils mesurent les progrès de la société et sont par conséquent le but de tous les efforts. Les statistiques officielles font état de taux de croissance considérables.
planificateur, consommateur ou ment on obtient ces chiffres et connaît l'accroissement de la production, la réalisation des objectifs, l'augmentation des revenus et le ravitaillement de la population à des prix fermes à la consomma-
Mais en admettant même que la soit réellement solide, reste à savoir dans quelles conditions elle été obtenue et quelles conséquences elle
Au cours des dernières années, RDA, du fait de sa puissance économique traditionnelle et de sa situation d'associée tacite du Marché commun, s'en est relativement bien tirée, si on la compare aux autres pays socialistes, du point de vue
Ce texte est une analyse du système, de ses dysfonction-
RDA s'enorgueillit nements, de ses carences, alors que la d'être le pays de l'Est le « plus réussi », en particulier sous contribution de Uwe Bastian, l'un des 21 signataires de l'appel, que nous publions résume les mesures concrètes que proposent les oppositionnels et qu'ils veulent soumettre à la discussion de la société dans son ensemble (voir
Depuis cette adresse au SED, 140 personnes, appartenant elles aussi au mouvement pacifiste et écologique indépendant, ont fait parvenir à la Chambre du peuple, la chambre des député, et au conseil des ministres un appel intitulé « Tchernobyl est partout » qui demande l'ouverture d'un débat sur l'énergie et l'arrêt des centrales en fonctionnement (2).
Ces diverses manifestations traduisent par le choix des thèmes, la volonté du mouvement oppositionnel de se consacrer plus profondément aux préoccupations et aux problèmes quotidiens de la population et d'y apporter des réponses condes possibilités d'exportation et de l'endettement à l'égard des pays occidentaux.
La soif de devises et l'orientation exclusive vers la technologie occidentale ont été à l'origine d'une série de manipulations périlleuses du commerce extérieur et de la production destinée à l'exportation, comme lorsque la croissance a connu un brusque coup d'arrêt en
1983. Cela s'est manifesté sur le marché à la fin 1983 par des difficultés aiguës de ravitaillement résultant d'une politique d'exportation systématique, conditions exceptionnelles, à court terme et à des prix sacrifiés. Le profit tiré à l'exportation du faible coût de la main est-allemande est de notoriété. Il est difficile pour les économistes et, à plus forte raison, pour la population de mesurer cette dépendance à l'égard de l'exportation et d'en évaluer les conséquences. Au cours des années qui ont suivies, une série d'emprunts à la signification politique douteuse, dont les conditions d'adjudication et l'importance politico-économique n'étaient pas très claires, a été obtenue.
Cette situation n'est pas propre l'exportation, elle concerne toute l'économie. Les décisions touchant à certains
1. Le Parti socialiste unifié d'Allemagne est issu de l'unification, sous la houlette soviétique, du Parti social-démocrate (SPD) et du Parti communiste allemand (KPD) en 1946.
alors que les autorités est-allemandes faisaient leur possible pour minimiser les conséquences de l'accident, la population, elle, a spontanément cessé d'acheter des légumes et des produits frais qu'elle soupçonnait d'être contami-
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manifestation typique ni comme une qualité inhérente au socialisme, mais bien comme le résultat des déformations liées à l'évolution de ce dernier. Ces déformations vont à l'encontre d'une évolution socialiste vers le communisme, elles s'opposent à l'existence d'une société libre dont la condition sine qua non est la liberté de chacun et le dépassement de l'Etat en tant que facteur historique. Dépasser ces contradictions présuppose une analyse conséquente et publique qui tions foncièrement étrangères au socialisme. Cette réorientation doit s'appuyer sur la démocratisation de la société et sur un processus de transition vers l'autotutions sociales et de quartiers directement élus et contrôlés par les travailleurs.
Dans tous les domaines et à tous les niveaux de la société, les conseils expriment la volonté majoritaire, ils coordonnent les intérêts économiques et politiques locaux avec l'intérêt général et occupent des fonctions de direction. Les représentants des conseils sont révocables à tout moment et procèdent à une rotation setation des intérêts des membres du personnel des entreprises. Leur devoir est de défendre les droits des travailleurs et de contrôler la rentabilité du procès de production, car c'est de lui que dépendent la réduction régulière du temps de travail, l'accroissement du temps de loisirs et la satisfaction des besoins sociaux, dont la protection de l'environnement. L'instauration de la démocratie interne aux syndans le domaine économique comme dans le domaine politique, il faut qu'existe une transparence du processus de prise de décision, parallèlement à la préservation des droits démocratiques fondamentaux. Si par rapport à la démocratie partravailleur l'élargissement des espaces de liberté sociaux, elle ne peut qu'impliquer une régression et elle discrédite l'idéal de société communiste devant l'opinion mondiale plus qu'elle ne contribue à l'édifier. Il est indispensable que chaque groupe social et chaque individu puissent aussi avoir acces aux médias, afin de pouvoir exprimer publiquement leurs critiques et exiger des instances sociales signés sous le vocable de « paragraphes muselière » (paragraphes de censure, va pas sans l'autre. Nous savons, au moins depuis Rosa Luxemburg, que « sans élections générales, sans liberté de la presse, sans liberté de rassemblement, sans libre combat d'idées, la vie s'éteint dans chacune des institutions publiques, la cours stratégique, non seulement en raison d'intérêts internes au pays, mais aussi en raison de la responsabilité collective qui est la nôtre à l'échelle internationale.
Un socialisme réel et digne de ce nom à l'Est élargira l'influence de tous les mouvements progressistes à l'Ouest, il accélèrera de manière décisive le processus de transformation socialiste international et conjurera par là-même les dangers
DEMOCRATIE ET SOCIALISME
Nous ne considérons pas les désagréments et les maux existants comme une doit être mise à l'ordre du jour du parti et de la société.
Les déformations essentielles, ou plutôt leurs tendances, sont les suivantes :
— le processus d'aliénation transformant la propriété du peuple tout entier en propriété d'Etat gérée bureaucratiquement ;
son influence dans la pratique s'affaiblit ;
cratique, c'est-à-dire un commandement unilatéral par le haut ;
le remplacement du pouvoir des travailleurs par un pouvoir de délégatio
• S exercant pas en leur nom et ne detendant pas leurs interets. ou s'expriman en leur nom mais ne représentant pas leurs intérêts ;
corps dirigeant tire de ses fonctions.
Il faut changer le cours stratégique du parti pour surmonter ces manifestagestion populaire.
Ce qui nous amène à proposer les modifications politiques suivantes :
— Le pouvoir du peuple s'exerce au travers des conseils d'entreprises, d'instilon des rythmes déterminés d'avance.
dicats doit permettre d'y parvenir.
— Pour garantir un réel contrôle populaire sur l'activité des fonctionnaires lementaire, la democratie socialiste ne garantit pas tres concretement a qu'elles leur rendent des comptes.
Les fondements juridiques des paragraphes du code pénal communément déndir.) doivent être abolis.
La condition du socialisme, c'est la démocratie et réciproquement. L'un ne
Nous estimons qu'il est de notre devoir de pousser le parti à modifier son croissants qui découlent de l'impérialisme.
- la propagande sur le rôle dirigeant de la classe ouvrière, alors même que la soit-disant justice sociale et la situation matérielle privilégiée que le
Les syndicats doivent en outre correspondre à une authentique représen-
Ue BASTIAN,
Frankfurter Rundschau
Francfort-sur-le-Main, 21 mai 1986.
secteurs de l'économie, à la répartition des investissements, au profil de production, aux choix de la planification ne sont soumises à la discussion ni à l'intérieur, ni à l'extérieur des entreprises. Les économistes, les planificateurs, les constructeurs ou les ingénieurs eux-mêmes n'accèdent qu'aux informations de détail et ne peuvent donc opérer, dans le meilleur des cas, que des rectifications mineures.
Nombreuses sont en RDA les branches industrielles dans lesquelles le gaspillage d'énergie et la pollution représentent dès maintenant, sans parler de l'avenir, une lourde menace pour les équilibres écologiques. La conciliation entre satisfaction des besoins et la nécessité de préserver l'environnement n'est pas assurée ; et la RDA détient le record européen de la pollution de l'air et des eaux et de l'épuisement des sols. Là encore, ceux que concerne ce phénomène sont consciemment trompés. Devant les conséquences qu'il peut entraîner, on évoque, pour les consoler, les possibilités réparation offertes par le développement technique. Le caractère irréparable dommages causés à la nature, vérité de La Palice, effleure à peine la conscience des autorités.
On refuse de voir qu'il pourrait exister des alternatives à l'industrialisation destructrice et aux moyens transports individuels préjudiciables à l'environnement. De même, les dangers résultant du développement imposé l'énergie nucléaire sont un sujet entièrement tabou.
Le SED proclame que la croissance économique n'est pas un but en soi mais doit contribuer, par l'unité des politiques économique et sociale, à la « satisfaction toujours croissante des besoins matériels, spirituels et culturels de la classe ouvrière ». Derrière l'apparente évidence du slogan « pour le bien du peuple », la question de savoir qui décide ce qui est bien et comment il sait ce qui est bon pour les autres reste entière. Ce n'est pas pour satisfaire la soif de consommation de la population que le parti installe des hôtels ou l'on paie en devises, des magasins de luxe et des palaces renommés. Il veut anesthésier et soumettre la population grâce à l'accroissement de la consommation individuelle. Ce pacte tacitement fondé sur la consommation fonctionne encore assez bien pour remplir les escarcelles et pour que chacun ait encore sa part du gâteau (...).
QUELLE POLITIQUE SOCIALE ?
Cette politique n'a rien à voir avec une quelconque responsabilité sociale, pas plus qu'avec une soi-disant « perspective socialiste ». Pour les générations futures, les cités satellites désertes, les paysages ravagés et l'effondrement des relations familiales seront des problèmes vitaux. C'est surtout dans le domaine de la politique sociale, l'un des fleurons de la RDA, que cette myopie devient particulièrement frappante. On ne saurait nier les efforts entrepris sur le plan de la construction de logements. Mais l'accent
mis sur la rénovation des anciens appartements et sur la préservation du milieu urbain comme du milieu rural est intervenu beaucoup trop tard et ne fait pas l'objet d'une politique conséquente.
Les initiatives autonomes dans ce domaine se heurtent plus souvent à des obstacles qu'elles ne rencontrent de soutien. L'aménagement de Berlin comme vitrine de la République s'est fait aux dépens de nombreuses villes et régions totalement négligées (...).
soutien aux familles devrait laisser l'espace à diverses formes de relations entre partenaires, de vie en commun et de coexistence entre générations. La fixation sur le stéréotype qu'est la famille nucléaire dont les conséquences se voient à la taille des appartements, aux mesures sociales et aux interdits en vigueur n'est pas faite pour encourager l'égalité entre les sexes ni l'émancipation des handicapés sociaux, pas plus qu'elle n'incite à de nouvelles formes de communication et de contacts sociaux.
Les diverses mesures d'aide et les allocations sont définies à partir de critères unilatéraux hyper conformistes. Des horaires flexibles, le travail à temps partiel pour les hommes et pour les femmes, la réduction du travail en équipes (au lieu de son extension) seraient à même d'alléger la double journée de travail de la femme et la pression s'exerçant sur la
Malgré des développements importants dans ce domaine, les soins médicaux restent insatisfaisants. L'équipement et les conditions de travail dans beaucoup médicaux, les délais d'attente et l'approvisionnement insuffisant en médicaments sont autant d'éléments qui contrastent avec l'équipement des salles et des hôpitaux spécialisés réservés à la clientèle aisée ou privilégiée.
Les soins médicaux visent avant tout à préserver l'aptitude des gens au travail. Ce but l'emporte sur le souci de la santé de la population, en particulier de celle des retraités qui apparaît comme un élément marginal dans le cadre de la politique sociale et médicale (...).
La prétention à s'élever au plus haut niveau international en matière de sciences sociales n'est soutenue par aucune réalisation sérieuse. Les tendances progressistes, l'examen critique des points de vue traditionnels, qui ont acquis beaucoup d'importance dans les vingt dernières années, en particulier dans le mouvement démocratique et anti-impérialiste des pays capitalistes développés, restent à peine connus. Même les interrogations et les thèses apparues au sein du mouveouvrier communiste international ne sont pas abordées. Des points de vue officiels tels que ceux, par exemple, du Parti communiste français, du Parti communiste italien, du Parti ouvrier socialiste hongrois, du Parti ouvrier unifié polonais besoin, repoussés comme des « diversions révisionnistes ». « Apprendre de l'Union soviétique, c'est apprendre à gagner » : les discours du secrétaire général du PCUS n'en sont pas moins parfois censurés dans les publications est-alle-
Les besoins culturels n'émanent pas de la population, ils sont artificiellement créés et manipulés par le parti, selon des critères pragmatiques. Sous la direction du parti, la politique culturelle devient un d'imprégnation idéologique dans tous les domaines de l'art et de la culture et un frein à la créativité artistique.
Les ressources financières sont attribuées selon des critères politiques. Fait particulièrement inquiètant, on n'hésite pas, pour réaliser du profit, à brader d'irremplaçables biens culturels (antiquités, pièces de musée).
On comprend mal, quand on voit les problèmes mondiaux des années 1980, que la politique culturelle soit orientée selon une image optimiste des rapports sociaux, relevant du wishful thinking (vœu pieux, ndlr.). La production artistique et culturelle tend toujours davantage à satisfaire le besoin de divertissement, l'aspiration au délassement du public, le désir d'enjolivement de la réalité. Les clichés du réalisme-socialiste ne marchent plus, alors on met l'accent sur la culture triviale et sur un ersatz de l'art. Traditionnel ou sous ses formes modernes, le kitsch joue le rôle d'une soupape de sûreté et s'op pose au développement de la conscience
La politique culturelle fait peser de telles contraintes sur les artistes et les créateurs que, même parmi ceux qui jouissaient de privilèges (en termes de biens matériels ou de possibilités de travail et de voyage), beaucoup ont préféré choisir l'exil, ce qui a transformé le pays en dé-
L'objectif d'un système d'éducation et de formation devrait viser au plein développement de tous les citoyens, de manière à ce qu'ils soient capables d'exercer leurs responsabilités dans la compréhension de la démocratie. C'est ce à quoi la politique d'éducation direction de la jeunesse en RDA, mais
Inprecor a publié - « Le mouvement pacifiste est- allemand contre la militarisation et la bureaucratie », Anna Libera, numéro
129 du 28 juin 1982.
- « Liberté pour les pacifistes de
Cottbus », numéro 156 du 12 septembre 1982.
- « Interview de Roland Jahn, animateur du cercle de la paix de
Iéna, tiré du Tageszeitung », numéro
159 du 24 octobre 1983.
- « Les femmes pour la paix », document ; numéro 164 du 9 janvier
- « Liberté pour les "femmes pour la paix" », Philippe Ludwig, numéro 166 du 6 février 1984.
- « Appel de Rostock du mouvement pacifiste indépendant », document, numéro 166 du 6 février
- « Le mouvement pacifiste indépendant après le déploiement des euromissiles en RFA », Laura Salmann, numéro 173 du 14 mai 1984.
elle est incapable d'y parvenir dans les donné qu'elle est basée sur l'écrasement de la personnalité une vision conformiste du comporte-
La militarisation du système seignement commence des le plus jeune âge (au jardin d'enfants). Elle se poursuit avec les cours de préparation militaire à vu la place grandissante qu'y occupent la Société pour le sport et la technique (3) et l'entraînement militaire. Durant les étapes suivantes de formation et au cours de la vie professionnelle, l'appartenance à la Protection civile (ZV) est extrêmement importante. Il est quasiment impossible d'accéder au baccalauréat, d'obtenir un contrat d'apprentissage ou de faire des études supérieures sans suivre d'entraînement pré-militaire. C'est particulièrement flagrant dans le cas de l'attribution des places d'études où le critère d'évaluation n'est autre que l'engagement à faire un service militaire prolon-
LA PAIX ÉTATISÉE ?
isation du traité de l'Atlantique Nor (OTAN) et par sa composante la plus puissante, les Etats-Unis, sert à justifier dans notre camp non seulement la pression accrue que notre grande puissance, l'Union soviétique, exerce sur ses alliés, mais aussi celle qui pèse sur les citoyens des Etats membres de notre alliance. Cela se traduit en particulier par la militarisation permanente de la société avec, pour corollaire, le renforcement d'une pline qui suppose le quo politique. A cet égard, on peut remarquer que les relations entre politique intérieure et politique extérieure étrange mécanisme, phère occidental : plus il y a de contacts bi- ou multilatéraux au niveau étatique (ce qui est une bonne chose), plus on cherche à empêcher les contacts politiques se développant indépendamment de l'Etat. En pratique, cela signifie que Honecker rencontre Strauss, Bangemann, le directeur de Krupp, Beiz et bien d'autres encore, mais que les Verts de RFA ou les représentants d'autres organisations du mouvement de la paix, auxquels on refuse un visa d'entrée, n'ont pas la possibilité de discuter avec les partisans est-allemands du mouvement de la paix. Si bien que les idées du mouvement international de la paix sur le désarmement unilatéral, la dé fense alternative, la dissolution des blocs militaires, le départ des troupes étrangères, discutées dans le monde entier, sont officiellement ignorées dans ce Nous pensons qu'il est absolument nécessaire que de telles idées soient discutées, d'autant plus qu'à l'Ouest, d'éminents hommes politiques s'en font publiquement l'écho, tel Oskar Lafontaine (dirigeant du SPD, ndlr.), interlocuteur appré-
3. Cette dénomination anodine désigne une organisation de l'Etat, dont l'activité princi pale est l'embrigadement militaire.
cié d'Erich Honecker -, qui préconise le retrait de la RFA de l'OTAN. (...)
Une politique à moyen terme visant en particulier à sortir de l'alliance militaire à laquelle appartient la RDA (le Pacte de Varsovie, ndlr.) devrait accélérer le processus de démilitarisation de l'Europe centrale. Cela s'applique notamment au retrait des troupes étrangères de notre territoire, sans oublier leurs moyens de destruction massive. (...)
Dans le cadre du traité d'obligations liant les Etats du Pacte de Varsovie, la RDA n'a visiblement pas su saisir l'occasion de mettre l'accent sur les activités traçant la voie d'une politique de paix. C'est ainsi que d'innombrables suggestions émanant du mouvement pacifiste n'ont pas été retenues quand elles n'ont été explicitement repoussées, prétexte qu'elles étaient inutiles, telles les propositions — pour n'en mentionner que quelques-unes — d'interdire les jouets de guerre, d'abolir les cours militaires à l'école, de mettre fin aux pressions exercées sur les jeunes pour qu'ils effectuent un service militaire prolongé, ou mettre fin au favoritisme en matière de places d'étude au bénéfice de ceux qui se plient à ces pressions.
De nombreux problèmes relatifs au service militaire n'ont pas été abordés jusqu'ici, tel le refus de la participation des temmes aux préparatifs de mobilisation, la demande d'une modification de la loi sur le service militaire afin de permettre aux réservistes de renoncer à leur serment au drapeau, et l'emploi des objecteurs de conscience uniquement dans la construction civile (Bausoldaten) (4).
A l'époque du nucléaire, il faut se poser la question de l'utilité d'une armée régulière et y répondre de manière radicalement novatrice. On pourrait à ce propos envisager des étapes mesurées dans le processus de désarmement, par exemple sous la forme d'une diminution progressive de la période de service militaire obligatoire
La politique de paix et de sécurité ne peut demeurer l'apanage du parti et du gouvernement, car la paix est un droit de l'homme. En conséquence, tout ce qui touche à ce droit doit pouvoir faire l'objet de discussions et de décisions collectives de la part de tous les membres de la
Uwe Bastian, Monika Haeger, Stephan
Bickart, Annedore Havemann, Michael
Bohley, Lutz Nagorski, Bärbel Bohley,
Gerd Poppe, Sabine Börner, Ulrike Poppe, Martin Böttger, Edelbert Richter,
Rainer Dietrich, Walter Schilling, Katrin
Eigenfeld, Regina Templin, Frank Eigenfeld, Hans-Jochen Tschische, Werner
Fischer, Mario Wetzky, Peter Grimm. 4. Selon une loi passée au début des années 1960, les objecteurs de conscience doivent effectuer leur période sous les drapeaux dans la construction militaire, d'où leur nom de Bausollittéralement « soldats de la construc-