PRES l'entretien avec Hugo Blanco, responsable de la commission des droits de
A l'homme de la CCP, que nous avons publié dans le précédent numéro di precor,
-nous présentons ci-dessous un entretien qui nous a été accordé par Julian Paucar, secrétaire général sortant de la Fédération départementale des paysans de Puno (FDCP).
Il y expose les questions principales qui furent débattues lors du 3e congres de cette
Restructuration des entreprises associatives, distribution des terres aux communautés, autodéfense paysanne et lutte pour un gouvernement régional furent au centre
Alors qu'un millier de délégués était prévu, ce furent finalement 1 250 personnes qui devaient finalement y participer. La lutte menée aujourd'hui par les paysans de
Nous allons occuper les terres fédération paysanne, des 28 au 31 août derniers.
des discussions.
aujourd'hui l'un des points
Puno constitue contre la politique menée par le gouvernement de l'APRA.
« INPRECOR » : - Quelle est la structure agraire de la région de Puno après les réformes de Velasco ?
Julian PAUCAR : - La réforme agraire a été appliquée à Puno par le gouvernement de Velasco et, dans ce cadre, la majeure partie des terres qui étaient auparavant aux mains des grands profont désormais partie des entreprises associatives.
A Puno, parmi les entreprises associatives qui ont été formées, seize sont des d'intérêt social (SAIS), seize des Coopératives agraires de proprié-
¡uner les terres"
centraux de la mobilisation populaire té sociale (CAPS), et cinq des Entreprises rurales de propriété sociale (ERPS). Ces entreprises associatives concentrent entre leurs mains 1 800 000 hectares de terres. Alors qu'il existait plus de 500 communautés inscrites au registre, 74 seulement ont bénéficié de la réforme agraire avec l'attribution de petites parcelles, souvent faites d'ailleurs de terre aride ou rocailleuse. Les communautés paysannes sont restées marginalisées dans ce processus de réforme agraire. Il faut y ajouter le millier de communautés qui étaient des parcialidades et n'étaient pas de ce fait reconnues officiellement comme communautés.
Elles n'ont eu droit à aucun lopin de terre dans ce processus de réforme agraire.
Pour cette raison dans le département de Puno, la majeure partie des terres est concentrée dans les entreprises asso-
Les communautés n'ont pas la terre. Elles ont été repoussées et marginalisées dans les parties les plus hautes de la sierra, arides, rocailleuses, où il n'y a pas et ne peut y avoir d'irrigation, les entreprises bénéficient de prairies où l'irrigation est aisée, ce qui facilite énormément la pro-
Dans ces entreprises associatives, il y a peu de paysans, la majorité d'entre eux sont dans les communautés ou les parcialidades. Les paysans qui, au départ, devaient être des sociétaires de la coopérative sont devenus de fait des ouvriers
On peut donc résumer de la façon suivante la situation du département de nous avons des entreprises associatives qui regroupent peu de paysans et disposent d'une grande quantiavons les communautés paysannes qui regroupent la plupart des paysans et qui ont peu de terres et de mauvaise qualité.
- En ce moment se tient le troisième congrès de la Fédération, quels sont les de ce congrès et quels sont ses objectifs ?
- Nous tenons en ce moment notre troisième congrès de la Fédération du département de Puno. Dans ce troisième congrès, nous allons examiner le problème de la terre tel qu'il se pose dans notre région. L'un de nos principaux objectifs c'est la restructuration agraire, nous ne sommes pas d'accord avec la distribution de la terre telle qu'elle a été effectuée par Velasco.
Nous voulons une véritable réforme agraire et elle ne se fera qu'au travers d'une véritable restructuration des entreprises associatives. Comme je l'ai déjà dit, ces entreprises concentrent la majeure partie des meilleurs terres et c'est pour cela que nous voulons une restructuration de la tenure de la terre. Nous voulons la associatives à Puno, le modèle associatif n'est pas adapté à ce département, il ne
Nous voulons que leurs terres soient distribuées aux communautés, aux parcialidades et aux gens qui travaillent dans entreprises ont été formées, les gérants et les techniciens sont devenus de nou-
Nous voulons que disparaisse la domination qu'exercent les gérants dans ces entreprises. Les ouvriers qui travaillent la terre doivent pouvoir la gérer eux-mêmes et se regrouper pour former des coopératives agricoles ou des petites entreprises communales. le développement de la production et de la productivité dans le département de
Quelle est la politique du gouve ment face à cette proposition de r structuration ?
- Le gouvernement d'Alan Garcia n'a pas écouté cette revendication avancée par les paysans de Puno depuis des années. Dernièrement, au cours lutte dans la province de Melgar, nous avons occupé des terres d'une entreprise
Get nous avons ainsi récupéré plus de 10 000 hectares. Dans une autre partie du département, Acura, nous avons récupéré de la même manière 15 000 hectares. Cela nous a permis de faire progresser notre lutte et de faire ainsi pression sur le gouvernement qui s'est vu obligé de promulguer le décret 006 portant sur la restructuration des entreprises assogouvernement s'était engagé à faire appliquer cette loi dans un délai de 120 jours. Le cap de ces 120 jours est passé et le décret n'a pas été appliqué. Le délai de 15 jours pour faire appel est éga résultats. L'engagement qu'avait pris Alan Garcia pour les région est resté au stade des paroles. En pratique, rien n'a été fait. Il avait également promis de donner 700 000 hectares aux communautés paysannes, c'est aussi
Au total, il s'était donc engagé à donner plus d'un million d'hectares aux gens des différentes communautés mais rien n'a été tenu. En conséquence, dans ce congrès nous allons décidé d'appliquer nous-mêmes la restructuration, telle que nous l'entendons. Les feudatarios participent à ce congrès. Ensemble, nous allons nous mettre d'accord pour restructurer nous-mêmes les entreprises associatives. Nous allons nous battre pour que la restructuration mise en place soit légalisée.
- Les occupations et les prises de terres sont donc un des principaux objectifs de ce congrès ?
- C'est effectivement là un objectifs centraux de notre congrès, prendre nous-mêmes les terres dont nous notre temps à attendre le bon plaisir et la bonne volonté de ces messieurs du
Nous avons fait l'expéavec le gouvernement précédent, celui de Belaunde Terry, nous avons fait des centaines de mobilisations pour faire pression. Il nous a promis la restructuIl peut se produire exactement la même mêmes cette restructuration par le biais
- Quelle va être, à votre avis, la réponse du gouvernement à ces tions ? La violence ? Si c'est le cas, comment allez-vous faire face à ce problème ?
- Le gouvernement essaie de nous imposer la violence. Par exemple, dans la de Melgar qui fait partie du département de Puno, le gouvernement a répondu aux revendications des paysans par la militarisation. Cette militarisation vise pas cette seule province l'ensemble des communautés paysannes de la région. Nous devons donc poser le problème de la militarisation au sein de ce congrès et non seulement en paroles, en se contentant de dire « nous ne voulons pas de la militarisation », car le gouvernement l'a déjà faite, l'a déjà mise en pratique, nous sommes déjà militarisés.
Dans ce troisième congrès, nous allons poser le problème de l'autodéfense paysanne, nous discutons largement afin de garantir dans la pratique la non-militarisation du département de Puno.
Ice contexte, quel est le rôle de Sentier lumineux ?
- Sentier lumineux est apparu dans 1980. Je crois que la racine du problème, c'est que tous les gouvernements qui se sont succédés ne se sont jamais préoccupés des paysans ni même plus largement de tous les travailleurs. C'est pour cela que le groupe est apparu comme un groupe armé parce qu'il n'y a plus de solution par les simples paperasses. Il est apparu en disant qu'il faut d'abord prendre le pouvoir afin de garantir qu'on s'occupe de Puno, de notre département au niveau national. Sentier lumineux ?
- Dans le congrès, nous n'avons pas senti la présence des sendéristes, dans les campagnes, nous ne la sentons pas non plus.
- L'autre objectif du congrès, c'est la lutte pour la régionalisation et pour un gouvernement régional. Quelle est la signification de cette revendication ?
- Nous voulons que Puno Certains d'entre dans ce congrès sont parfaitement conscients qu'il ne pourra exister dans le
Ice système. ce système, le remplacer par un autre, pauvres. C'est la vraie garantie d'un gouvernement régional. Mais nous nous battons dès maintenant pour que Puno ait son propre gouvernement régional, un gouvernement autonome.
Dans ce pays, tout dépend de Lima. Nous ne sommes pas d'accord. Nous voulons pouvoir résoudre nous-mêmes les problèmes qui se posent à nous. Prenons par exemple le cas de la restructuration des entreprises associatives de Puno, c'est un problème spécifique au département. C'est donc ici qu'il doit être résolu. Voilà pourquoi nous luttons pour un gouvernement régional.
- Comment la question des Que-
chuas et des Aymaras s'intégre-t-elle dans pouvons lutter de façon isolée dans notre le cadre de cette régionalisation ?
- Quechuas et Aymaras sont deux nationalités que nous trouvons dans le département de Puno. Au Nord, on parle quechua et aymara au Sud. Nous travaillons tous de façon organisée au sein de la fédération. Il n'existe aucune discrimination. Nous utilisons chacun notre langue et je ne crois donc pas qu'il y aura beaucoup de problèmes dans le cadre d'un gouvernement régional.
Nous sommes conscients que la majeure partie de la population de Puno est paysanne et, donc, nous nous battrons pour que les paysans soient majoritairement représentés au sein du gouvernement régional.
- Quel bilan tirent les paysans des différentes organisations et formations politiques, l'APRA, la Gauche unie ?
- Voilà un an que l'APRA est au gouvernement, nous l'avons vu à l'œuvre, elle ne résoud pas les problèmes des paysans, de la campagne. Et pas seulement les nôtres mais plus largement ceux de tous les secteurs populaires. provoquées par la crue des eaux du Lac Titicaca. Le gouvernement a fait la sourde devant ce problème, se contentant, comme d'habitude, de nous offrir des paroles de réconfort. Dans les faits, rien. Certaines aides ont pourtant été endépartement d'organismes internationaux. ces gouvernementales dans la région n'ont pas réparti cette assistance sous les prétextes les plus divers. Elles l'ont gardée et, maintenant que nous approchons de la campagne électorale, elles la répartissent afin de faire voter en faveur du parti au gouvernement, l'APRA.
Nous disons que ce gouvernement est un gouvernement anti-paysan, incapable de résoudre les problèmes des paysans. Alan Garcia, lors de sa campagne torale, nous fit beaucoup de promesses. Malheureusement, à ce jour, avons pas vu le début de la réalisation.
IU joue un rôle très important dans la région de Puno. Comme Fédération paysanne, nous avons préparé un projet de loi de restructuration, celle que nous voulons pour Puno. Mais nous ne sommes pas des parlementaires et nous ne pouvons pas la présenter. Des députés doivent le déposer et les camarades de IU nous ont beaucoup aidés en ce sens. Nous avons dans le département trois députés d'IU qui ont présenté à la Chambre cette question de la restructuration. Ils n'ont pas été écoutés, le projet n'a pas été discuté et, la loi qu'a fait voter le gouvernement en alternative à notre projet, il ne l'a même
- Quelle place occupe la Fédération dans l'ensemble du mouvement populaire péruvien ?
- Les paysans doivent lutter, mais l'expérience nous a appris que nous ne coin. Nous devons unifier toutes les forces populaires au niveau départemental et national. Comme Fédération paysanne, nous allons participer à la seconde rencontre préparatoire de l'Assemblée populaire qui doit se tenir en janvier prochain. Nous serons présents à cette rencontre et à l'Assemblée sommes une des composantes. Nous y ferons connaître le point de vue des paysans et les alternatives que nous proposons. A Puno, nous avons l'habitude des assemblées populaires, parce que nous pensons qu'elles sont le meilleur moyen de regrouper toutes les forces populaires du département, à tous les niveaux. Par exemple, lors de la dernière occupation de terres à Airibiri, nous avons fait une assemblée populaire. Le peuple y a décidé une grève d'appui aux paysans et nous avons alors procédé à l'occupation des
- Quel type de gouvernement la Fédération propose-t-elle pour l'ensemble
- Nous voulons que le Pérou ait un gouvernement qui réponde aux aspirations et aux besoins du peuple. Lors des dernières élections, ce sont les partis de droite qui l'ont emporté, l'APRA. Les paysans ont été trompés par les promesses d'Alan Garcia, mais la politique démagogique de ce dernier aura fait long feu.
que notre rôle comme fédération consiste également à éclaircir les questions politiques et notre tif, c'est un gouvernement ouvrier et
- Quel est le rôle des femmes au sein de la Fédération ?
— Dans sa dernière année, à Puno, nous avons organisé une fédération départementale de femmes paysannes. Cela fait partie du plan d'organisation de la Fédération. Parfois, les hommes sont partie prenante de la Fédération mais nos compagnes sont marginalisées. De cette façon les femmes s'organisent pour renforcer le fédération départementale. Pour réaliser nos objectifs, nous avons besoin de tous, hommes et femmes.
Propos recueillis par Frank Slegers, Puno, le 31 août 1986.