Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PEROU

Terreur blanche à Puno

Inprecor n° 229, 3 novembre 1986 · p. 10-11 · 1 347 mots

IEN que le département de Puno ne soit pas officiellement soumis à l'état d'urgence, il n'en est pas moins touché par la militarisation. A la violence officielle de l'armée s'ajoute maintenant celle des commandos paramilitaires de l'APRA. Intimidations et menaces de toutes sortes, attentats contre des personnes et des locaux d'organisations se sont succédés ces derniers mois, dans le but d'empêcher le dévelop-

Nous publions ci-dessous un communiqué de presse du groupe parlementaire du

Parti unifié mariatéguiste (PUM), organisation révolutionnaire péruvienne qui, par la place importante qu'elle occupe dans le mouvement paysan, a été tout particulièrement pement de la mobilisation paysanne. visée par cette campagne terroriste. (1) DOCUMENT

Puno connaît une situation de violence structurelle qui résulte de la pauvreté, de l'exploitation et de la marginalisation dont est victime la paysannerie. La cause en est la distribution inégale et injuste de la terre, qui ne prend pas en compte les communautés paysannes.

Cette situation de violence s'est nourrie des frustrations engendrées par les promesses non tenues qu'a faites le gouvernement. Au moment de la campagne électorale, il avait promis :

- le développement de Puno, grâce à des programmes d'extension des terres réservées au blé d'hiver, à de nouvelles variétés de pommes de terre, à l'accroissement de l'élevage des truites.

- des crédits à un taux d'intérêt nul en faveur de l'agriculture : les paysans des communautés n'en ont que peu bénéficié, à cause de leur marginalisation dans

Terreur blanche à Puno la structure de la propriété de la terre.

- de restructurer l'agriculture, en se donnant 120 jours, depuis le mois de février, pour mener à bien cette opération (décret d'Etat 006-MA) : à l'heure actuelle, les terres n'ont toujours pas été remises aux communautes paysannes.

- la régionalisation du département, mais rien n'a été fait.

— Il avait annoncé qu'il porterait secours aux victimes des inondations : l'aide a été des plus minimes et, dans de nombreux cas, répartie de manière peu objective, en fonction de critères politiques.

Ce climat de violence a été aiguisé par les actions terroristes de Sentier lumineux qui se déroulent en marge du mou-

1. Dans un prochain numéro d'Inprecor, nous publierons une interview du sénateur Javier Diez Canseco, l'un des principaux dirigeants de cette organisation révolutionnaire qui, avec UNIR et le PCP, fait partie de IU.

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barbares, sans aucune considération pour la personne humaine, et par la militarisation effective que connaît la province de Melgar, où l'armée a emprisonné illégalement des paysans, les 22 et 26 juin dans le district de Macari et les 22 et 29 juin dans celui de Nunoa. L'armée a mené ces actions sans aucun mandat légal, dans une zone qui n'est pas soumise à l'état d'ur-

Dans cette situation de violence, des secteurs de l'APRA ont développé une campagne centrale contre le PUM, l'Eglise et des associations populaires de Puno, ce

June manière de préparer les conditions psychologiques devant permettre d'accentuer la répres-

Parmi ces attaques, on peut re-les accusations calomnieuses dirigeant apriste A. Romulo Leon contre Javier Diez Canseco, Alberto Quintanilla, Romeo Paca (maire de Puno) et l'institution TECIRA. (2)

— les calomnies d'Alberto Valencia, député de l'APRA, contre Alberto Quintanilla et deux autres députés d'Izquierda Unida (IU), présentant comme des sendéristes infiltrés au Parle-

- la campagne d'intimidation menée par Luis Denas Peralta, ancien sous-préfet de Puno et actuel candidat à la mairie de la ville pour l'APRA. Cette campagne vise le PUM, l'institution TECIRA et elle accuse Hilda Escobedo et Maria Laos, dirigeantes des quartiers populaires, d'être « subversives ».

— les communiqués diffusés par tous et les revues d'importance nationale, accusant le mouvement populaire de Puno d'être pro-sendériste, parce qu'il exige que ses revendications soient satisfaites (communiqués publiés dans la seconde quinzaine de juillet).

Depuis le mois de juillet, nous avons recensé les actions de terreur blanche contre le mouvement populaire de Puno. Voici quelques exemples de ces attaques, qui ont eu pour cible :

- la Fédération départementale des paysans de Puno ;

- l'Eglise ; — des institutions populaires comme TECIRA ;

- des dirigeants populaires ; - des candidats de IU (des élections municipales doivent avoir lieu en novembre, ndlr.) ;

— des dirigeants politiques de gauche. L'attentat le plus grave a eu lieu pendant que se déroulait le 3e congrès de la Fédération paysanne, le 30 août à 22 h 50. Deux bombes de forte puissance ont été déposées devant l'entrée de l'université de l'Altiplano où se déroulait le congrès.

Cet attentat aurait pu avoir des conséquences fatales, y compris la perte de vies humaines. C'est grâce à l'intervention du responsable de la garde paysanne qu'il populaire, avec des exécutions n'y a eu aucun blessé. En effet, après avoir découvert l'une des deux bombes, il l'a transportée loin de l'édifice, tandis que les autres membres de la garde paysanne ont regroupé les 850 délégués présents au centre de la salle, les éloignant ainsi de l'endroit où explosa la deuxième bombe.

Au moment de l'explosion, étaient présents dans la salle du congrès les sénateurs Javier Diez Canseco et Andres Lunas Vargas, le député Alberto Quintanilla, Hugo Blanco, Ricardo Letts, président du CUNA, et Saturnino Corimayhua, secrétaire général de la CCP. Mille deux cent délégués assistaient au congrès, mais environ 400 d'entre eux avaient quitté l'édifice et se trouvaient dans la ville de Puno personnes étaient donc présentes lors de exigeons que les plus hautes autorités du gouvernement central et de l'APRA fournissent des éclaircissements sur les points suivants:

- pour quelle raison et dans quel but Carlos Pacheco Giron et Felipe Padilla Diaz (militants de l'APRA, ndlr.) se trouvaient-ils à Puno au mois d'août ? Le premier se présente comme étant conseiller technique du ministère des Transports. Il est bien connu pour ses activités paramilitaires, au même titre d'ailleurs que son frère Arturo. Le second est censé être conseiller gouvernemental dans le secteur du logement. Ces soi-disant conseillers ont causé une certaine peur à l'hôtel où ils étaient descendus, accompagnés par des personnages bizarres tous armés de mitraillettes.

- quelles sont les activités de la « brigade de sécurité intérieure et extérieure de l'APRA », dirigée à Puno par Antonio Olave, qui a été aperçu le 7 août à midi aux alentours de la maison du député Quintanilla et des locaux de TECIRA, alors qu'au cours de la même nuit

LE PEROU EN CHIFFRES

Dix-neuf millions d'habitants

(1984), dont 46 % d'Indiens, 38 % de

Métis,

15 % de Blancs; 63% de la population est concentrée dans les villes.

Lima: 5,5 millions d'habitants,

500 bidonvilles occupant une superficie de 2,5 millions d'hectares.

Arequipa : 800 000 habitants.

Cuzco (dans les Andes) : 924 000 habitants.

Mortalité infantile

100 pour 1 000 naissances ; dans les zones indiennes des Andes, 250 pour

1 000.

Espérance de vie

58 ans (62 ans il y a dix ans); 45 ans dans les Andes.

Produit national brut par habitant

1982, 1260 dollars; 1983, 1040 dollars.

Population active (entre parenthèses, part du PNB)

agriculture 39 %

(12 % du PNB)

industrie 18 %

(40 % du PNB)

services 43 %

(48% du PNB)

Inflation (chiffres officiels)

1980 : 59,2% ; 1981 : 75,4 %; 1982 :

64,4 %; 1983:111,2%; 1984 : 110 %.

Dette extérieure (en milliards de dollars

1980: 9,6 (56% du PIB) ; 1985 :

13,9 (80 % du PIB).

Chômage (chiffre officiel)

12 % de la population active

Sous-emploi (chiffre officiel)

58% de la population active.

eurent lieu les attentats que nous avons

- que signifient les différentes versions données sur l'entraînement reçu par cette brigade dans les îles d'Amantani sur le lac Titicaca, à Ventanilla et sur le mont

Cancharri à Puno ?

- quelles sont les missions exactes des innombrables conseillers et membres de commissions qui se trouvent à Puno pour le compte du gouvernement?

-les forces de police pensent-elles mener une enquête sur les attentats que nous avons signalés, afin d'en découvrir les auteurs?

Bureau de presse du groupe parlementaire du PUM,

Lima, le 3 septembre 1986.

2. Les trois premiers sont des militants du

PUM. TECIRA est une institution d'aide et de soutien aux paysans.

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