Dossier L'émergence des impérialismes ouest-allemand et japonais comme des puissances industrielles, commerciales et financières de premier ordre au cours des quinze dernières années est la contre-partie du déclin relatif de l'hégémonie que l'impérialisme américain avait acquise à tous points de vue sur le monde capitaliste à la fin de la deuxième guerre mondiale. La chute libre du dollar par rapport au DM et au yen, loin d'être simplement une manœuvre de l'impérialisme américain pour faciliter ses exportations de marchandises, est l'expression concentrée de ces changements des rapports de forces interimpérialistes. Dans un climat économique maussade pour l'économie capitaliste internationale, cette modification des rapports de forces signifie : exacerbation de la concurrence et des luttes interimpérialistes. Chaque camp s'efforce d'imposer à sa propre classe ouvrière, ainsi qu'à la classe ouvrière internationale, les frais de ce combat de géants. Ce combat concerne des branches industrielles aussi importantes que l'automobile (20% des automobiles vendues aux USA en 1977 étaient importées, avant tout du Japon et de la RFA), la sidérurgie, la construction navale, les appareils électriques, les calculatrices de poche, les textiles synthétiques, voire des «branches d'avenir» (quel avenir !) comme l'électronucléaire et les ordinateurs. Dans le dossier «Japon» que publie ce numéro d'Inprecor, on trouve côte à côte l'analyse de la guerre commerciale à peine évitée entre le Japon et les Etats-Unis et du désarroi qui a frappé le mouvement ouvrier organisé au Japon devant les effets de la récession, de la fin du plein emploi et de l'offensive patronale. On se rappellera qu'à la suite du «scandale Lockheed» (pots de vin acceptés par les plus importants politiciens bourgeois du pays, y compris un Premier ministre, de la part de la firme d'aviation américaine), le principal parti bourgeois du Japon, le PLD, au pouvoir sans interruption depuis 30 ans, traversa une crise d'une exceptionnelle gravité. Cela en dit long sur l'impuissance et la veulerie politique des réformistes du PS et du PC, qu'ils n'aient pas réussi à profiter de ce concours de circonstances exceptionnellement favorables pour mettre fin au règne parlementaire du PLD et qu'ils soient sortis de la crise politico-économique affaiblis par rapport à la bourgeoisie et sur la défensive, en pleine retraite idéologique et politique. Les coups qui vont pleuvoir sur les travailleurs japonais dans les mois à venir risquent d'être graves, surtout en matière d'emploi. Les marxistes-révolutionnaires de ce pays s'efforcent d'assurer la riposte nécessaire des masses laborieuses sur une base aussi large que possible, par une politique d'alliances et d'unité d'action, et agissent principalement au sein du mouvement syndical.