ETATS-UNIS
On dit parfois du mouvement de libération des femmes des années 1970 qu'il est la seconde vague de féminisme aux Etats-Unis. La première vague, ce fut le mouvement qui remporta la victoire du droit de vote pour les femmes en 1920. Après un demi-siècle de calme relatif, le mouvement féministe a ressurgi, de façon très soudaine semble-t-il, lors manifestations du 1970, qui firent descendre dans les dizaines de milliers de femmes. Les racines de ce mouve ment, c'était à la fois les transformations apparues dans le rôle économique et social des femmes, et l'impact autres mouvements pour un changement social. LA FIN D'UN STEREOTYPE
De l'entrée des femmes américaines dans le monde du travail, on a dit que c'était «une révolution dans le monde des femmes». La classe ouvrière américaine s'en est trouvée transformée. Aujourd'hui, pour la première fois, le travailleur américain moyen n'est pas un homme blanc de plus de trente ans. Au contraire, la majorité des travailleurs américains sont des femmes, des membres des minorités opprimées et des jeunes.
la même façon, la femme américaine moyenne n'est plus une maitresse de maison qui reste au foyer et s'occupe des enfants. Le pourcentage de femmes adultes salariées est passé de 34% en 1950 à 37% en 1960 pour atteindre les 55% fin
Les femmes luttent pour leurs droits élémentaires
Elles sont de plus en plus nombreuses à travailler, à faire des études longues, à pouvoir contrôler leurs maternités:
toutes ces transformations ont aidé à la prise de conscience des femmes et ont fait naître une colère grandissante contre parce qu'on leur refuse une véritable égalité des chances.
pourcentage des femmes noires qui travaillent est encore plus important que chez les femmes
Quant au pourcentage de femmes salariées qui ont des enfants de moins de six ans, il a pratiquement triplé depuis 1950: de
13,6%, il est passé à 39% du total des mères salariées.
A la fin des années soixante le nombre des femmes américaines qui travaillaient à l'extérieur de chez elles n'avait jamais été atteint auparavant.
Elles avaient fait des études plus longues que les femmes des générations précédentes et les progrès de la contraception leur avaient donné la possibilité de contrôler leur maternité.
Toutes ces transformations ont aidé à la prise de conscience des femmes et ont fait naître une colère grandissante contre le fait qu'on leur une véritable égalité de refusait chances.
renforcé
Ce phénomène a été quand d'autres couches sociales sont descendues dans la rue durant ces années soixante, pour lutter pour leurs droits. Le mouvement noir, qui menait des campagnes pour l'égalité des droits, et revendiquait la reconnaissance de l'identité et de l'indépendance des noirs, a eu une très forte influence. En outre, les premières dirigeantes du mouvement des femmes étaient issues de groupes étudiants radicalisés et avaient participé au mouvement contre la guerre au
Vietnam.
Matilde ZIMMERMANN
L'Organisation nationale des femmes (NOW), la première organisation féministe qui ait existé à l'échelle nationale, a été à l'initiative de la préparation du 26 août 70, anniversaire de la victoire du droit de vote des femmes. Les trois principales exigences mises en avant au cours de ces manifestations étaient : à travail égal, salaire égal; des crèches ouvertes 24h sur 24; et la liberté de l'avortement. A New York, la manifestation regroupa 30 000 personnes.
Des groupes femmes commencèrent alors à naître dans les universités, les bureaux, les entreprises... dans tout le pays. Bientôt presque partout où il y avait des femmes se menaient des actions féministes. Plus le mouvement s'étendait, plus il produisait des transformations dans le mode de vie et les attitudes. En l'espace de quelques années, la façon dont des millions d'américains envisageaient des problèmes comme la sexualité féminine, la place respective des hommes et des femmes dans la famille, au travail et le rôle des femmes dans l'histoire s'est trouvée modifiée. LA LUTTE POUR LA LIBERTE DE L'AVORTEMENT
Les groupes qui se multiplièrent en 1970 et 1971 s'étaient constitués autour de nombreux problèmes locaux et de plusieurs revendications de plus grande ampleur. Mais l'unité du mouvement s'est faite essentiel-
lement sur une revendication qui dépassait toutes les autres : l'aboliition de la législation réactionnaire sur l'avortement.
Chacun des 50 Etats avait sa propre loi sur l'avortement; cela allait des restrictions à l'interdiction. A cause de ces lois, chaque année des milliers de femmes étaient obligées d'avoir recours à des avortements clandestins, humiliants et dangereux. En 1971, en Floride, une jeune femme fut condamnée pour assassinat pour s'être fait avorter.
Avant l'apparition du mouvement des femmes, les efforts faits pour obtenir la réforme des lois sur l'avortement avaient été des campagnes destinées aux législateurs, pour les persuader d'augmenter le nombre de cas ou l'avortement pourrait etre autori sé par la loi. Certains de ces premiers réformateurs étaient des partisans du contrôle démographique; leurs arguments étaient parfaitement racistes et ils voyaient dans l'avortement le moyen de limiter le nombre d'enfants qui avaient besoin de l'aide publique. Au début des années 70, pour la première fois, la possibilité existait de se battre contre les lois sur l'avortement avec l'argument le plus fort : c'est un droit démocrati. que des femmes que celui de choisir n elles veulent ou non un entant.
Pour transformer cette possibilité en réalité, les trotskystes américains du Parti socialiste des travailleurs (SWP - Socialist Workers Party), et de l'Alliance des ieunes socialistes (YSA - Young Socialist Alliance) ont joué un grand rôle. Ils ont travaillé avec d'autres féministes à la construction du WONAAC (Campagne nationale des femmes pour l'avortement). La première organisation nationale s'est constituée spécifiquement pour mener la lutte pour la liberté de l'avortement en mettant en avant le droit des femmes à choisir. Les manifestations, les réunions et les prises de paroles organisées par le WONAAC WONAAC, en coordination avec d'autres groupes, ont fait de la revendication de l'avortement une question de politique nationale, sous les feux de l'actualité. C'est ce type d'initiatives qui a permis de remporter la victoire: en janvier 1973, la Cour suprême légalisait l'avortement.
Ces quelques premières années de la seconde vague du féminisme ont vu aussi d'autres victoires. Sous la pression d'un mouvement de femmes combatif, le Congrès vota en 1972 l'Amendement sur l'égalité des droits
(ERA- Equal Rights Amendment), qui était tombé dans l'oubli depuis qu'il avait été introduit un demi-siecle plus tot. Il fallait que les deux tiers des Etats le ratifient pour qu'i devienne loi: à cette époque, il semblait que cela se ferait rapidement. Les femmes obtinrent aussi que soient prises un certain nombre de mesures, du même genre que celles pour lesquelles les Noirs s'étaient battus dans
60, et qui leur permirent d'accéder à des métiers bien rémunérés dont elles avaient été traditionnellement exclues. Mais à la base de ces acquis, il y avait le « boom» relatif des années 60. Les capitalistes pouvaient encore se permettre des concessions envers les couches de travailleurs les plus combatifs à l'époque... et au début des années 70, ce furent souvent les femmes. ET LES TEMPS DEVINRENT DURS
Alors arriva la crise économique de 1974/75. Les capitalistes trouvèrent que les femmes ne se comportaient pas comme une armée de réserve bien docile. Au travail, quand tout allait bien, elles étaient censées l'abandonner quand les temps deve naient durs. Pendant la grande dé pression des annees 30, par exemple.
l'emploi des femmes avait chuté bru-
Mais les femmes travailleuses ne retournèrent pas volontiers au foyer en 1974 et en 1975. En fait, quand arriva la morte-saison, les femmes, comme les Noirs, se battirent contre le vieux système du «dernier embauché-premier licencié» qui leur faisait supporter une part tout à fait disproportionnée des licenciements. L'inflation qui continuait à augmenter, en même temps que le chômage, rendait de plus, indispensable pour les familles ouvrières un second salaire. Cela amena les statisticiens du gouvernement a se plaindre de ce que le pourcentage de chômeurs était gonflé artificiellement par le nombre de femmes à la recherche d'un emploi. Ce qu'ils affirmaient, c'est que toute femme est en réalité une ménagère qui prétend être un travailleur au chômage. La détermination que les femmes mirent à défendre leur emploi et leurs conditions de travail fut illustrée par la création du Regroupement des femmes syndiquées (CLUW - Coalition of Labour Union Women) en mars 1974. Plus de 3000 femmes syndicalistes, dont un cinquième de femmes noires, participèrent au congrès de fondation. Mais la taille et les potentialités de cette orranisation diminuérent ensuite, fur et à mesure que sa direction tis sait des liens plus serrés avec les bureaucrates de l'AFL-CIO, la plus importante fédération syndicale du pays. DES ATTAQUES CROISSANTES CONTRE LE DROIT DES FEMMES
Un des aspects importants de l'attaque qui se mène actuellement contre le niveau de vie des travailleurs, c'est de convainere les femmes qu'elles sont d'abord des ménagères et qu'elles n'exercent un emploi salarié que par épisodes, et à la limite contre leur gré. Les patrons espèrent ainsi renvoyer au foyer pas mal de femmes et, ce qui est encore plus important, convaincre les femmes qui travaillent qu'elles doivent accepter de bas salaires et une talbie d'emploi. Les employeurs n'ont pas du tout apprécié que les femmes travailleuses commencent à croire à leurs droits pour l'égalité des salaires, à des possibilités de promotion professionnelle, à des conditions de travail décentes, et même à un certain respect en tant qu'êtres humains. De leur point de vue, de telles idées avaient une très mauvaise influence sur l'ensemble des travailleurs. Voici par exemple ce qui arriva dans les usines automobiles de Detroit, quand les femmes obtinrent des élévateurs pénibles: hommes se sont opposes aux femmes jusqu'à ce qu'ils s'aperçoivent que cela les aidait bien» ,explique un re présentant du syndicat automobile; «maintenant ils disent : pourquoi est ce que je devrais me briser les reins ? Qu'on me donne à moi aussi un élé vateur I» (New York Times du 29 novembre 1977).
La glorification du foyer et de la famille fait partie de la politique gouvernementale dans cette campagne contre les femmes. Dans un memorandum élaboré par le ministère du Travail et publié en mars 1977, il est expliqué qu'il faut mettre sur pied des programmes pour renforcer la famille nucléaire composée d'un père qui travaille et d'une mère qui reste au foyer : «Il faut, à l'aide de stimulants appropriés, faire en sorte que les individus préfèrent cette solution. Les salaires devraient dépasser largement le montant des aides publiques de façon à encourager les gens à rester ensemble, ou à inciter les femmes seules avec des enfants à se remarier. Il est important de donner à l'homme chef de famille la possibilité de travailler.» Les sommes
destinées à la garde des enfants ont été très largement réduites : on nous explique que c'est dans l'intérêt des enfants qui ont absolument besoin des soins de leur mère.
Mais les idées féministes ont eu malgré tout un impact très fort sur la société américaine. La période de l'après-Seconde Guerre mondiale durant laquelle les femmes furent renvoyées au foyer grâce au mythe de «la femme» ne se répétera pas.
Le gouvernement mène campagne pour dépouiller les femmes des droits légaux et des gains économiques bien limités, qu'elles ont acquis au début des années 70. L'attaque la plus grave a été celle contre l'avortement légal. En juin 1977, l'amendement Hyde voté au Congrès l'année précédente, supprima les subventions fédérales destinées à permettre davantage
LES
47 d'avortements. Il en résulta d'énormes problèmes pour les femmes pauvres et tout particulièrement pour celles des minorités opprimées. La très forte diminution des allocations de garde d'enfants a obligé les mères d'enfants en bas âge soit à rester chez elles soit à laisser leurs enfants sans garde convenable. A l'heure actuelle, il n'y a de place dans les crêches ou garderies que pour 25% seulement des six millions d'enfants de moins de six ans dont la mère travaille.
La Cour suprême des Etats-Unis, fer de lance des attaques contre les droits des femmes, a décidé que les travailleuses enceintes n'avaient pas droit à l'indemnité pour incapacité de travail.
On vide de tout contenu les programmes de mesures préférentielles destinées à surcompenser les inégalités. Toutes les bases légales de cette revendication sont remises en question dans le procès pour «discrimination à rebours» •intenté par Allan Bakke auprès de la Cour suprême. (1). LE ROLE DE NOW
Toutes ces remises en cause ont ému beaucoup de gens, mais elles n'ont pas encore reçu de réponse adéquate de la part des défenseurs des droits des femmes. La possibilité d'une telle riposte existe pourtant. Un très large courant de l'opinion est favorable à l'amendement sur l'égalité des droits et à la liberté de l'avor tement. D'après un sondage effectué pour l'Associated Press et le journal de la NBC, la majorité de la population approuve l'affirmation suivante : «Toute femme qui souhaite se faire avorter doit pouvoir le faire.» Le droit à l'avortement est maintenant très bien accepté aux Etats-Unis, et pas seulement par le million de femmes qui chaque année a pu obtenir un avortement légal. Il ne sera pas facile aux gouvernants d'interdire à nouveau l'avortement, même après l'amendement Hyde.
Mais par sa stratégie, la direction de NOW accepte des compromis sur les besoins de l'ensemble des femmes et trahit ceux des femmes les plus opprimées. NOW est la plus importante et la plus influente organisation féministe des Etats-Unis. Les femmes rejoignent NOW en grand nombre car elles espèrent y trouver une stratégie, des forces pour se battre. En octobre et novembre 1977, NOW recruta 20 000 nouveaux membres. Au début de décembre 1977, l'organisation affirmait avoir 770 groupes locaux; chaque jour, il s'en crée 3 ou 4 nouveaux.
Ce qui a été un phénomène très important pour le mouvement des femmes tel qu'il s'est développé au début des années 70, et qui lui a donné de larges possibilités, c'est qu'il n'y avait en son sein aucune direction réformiste établie qui puisse dévoyer les luttes de masses. Il était en cela totalement différent du mouvement noir et du mouvement ouvrier. La direction de NOW tenta de fermer la brèche. Sa stratégie, c'est la confiance dans les politiciens capitalistes : il s'agit de canaliser le mécontentement vers ce fossoyeur des mouvements de protestation qu'est le Parti démocrate.
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Cela signifie être aussi polies et inoffensives que possible pour ne pas se heurter aux politiciens bourgeois et ne pas les gêner. Cela signifie que des revendications, telles que l'avortement, la plus dangereuse pour des politiciens capitalistes, doivent être abandonnées. Karen de Crow, présidente de NOW, affirmait que l'avortement n'était pas une revendication à mettre en avant pour les élections de 76. Les dirigeantes de NOW pensent que l'on peut gagner la bataille de l'amendement sur l'égalité des droits, à condition que les femmes acceptent de laisser tomber ou du moins de ne pas trop mettre en avant l'avortement. Alors que durant cinq mois, le Sénat américain et la Chambre des représentants ont ergoté sur les termes d'un texte à propos de l'avortement médical, les dirigeantes de NOW sont tombées dans le piège : elles ont soutenu la version du Sénat, parce que plus «libérale», du décret contre l'avortement !
La stratégie de NOW à propos de l'Amendement sur l'égalité des droits a consisté à organiser des femmes pour soutenir et élire des législateurs supposés être favorables à cet amendement : ces derniers ont bien souvent voté contre ! Dans la dernière période, NOW n'a pas mobilisé largement les femmes, même pas pour de simples campagnes de «pression». Seules quelques femmes «experts» voyagent à travers le pays pour persuader les dirigeants des grosses sociétés et d'autres organisations de ne pas tenir de congrès dans des Etats qui n'ont pas ratifié l'amendement. Elles tentent aussi de persuader le Congrès de repousser de 7 ans la date limite de ratification de l'amendement (2).
Pour l'instant, cette date limite est mars 1979 et l'amendement est bloqué depuis un an faute de la ratification de trois Etats.
Là où NOW a failli le plus gravement, c'est d'avoir refusé de défendre les droits des femmes les plus opprimées : Noires, Chicanas, Portoricaines et membres des autres minorités opprimées. Aucune campagne sérieuse n'a été organisée contre l'amendement Hyde, tout simplement parce qu'il ne remettait pas en cause les possibilités des femmes de la classe moyenne blanche américaine caine d'obtenir des avortements. d'obtenir des (C'était tenir un raisonnement à court terme et raciste car l'amendement Hyde est une étape avant d'en finir avec l'avortement légal lui-même).
NOW a été très équivoque sur les programmes de mesures préférentielles et n'a pas lancé de campagne contre Bakke. A Minneapolis, un des groupes de NOW a publié un rapport raciste où il est dit que les programmes en faveur des Noirs sont le principal obstacle à la promotion professionnelle des femmes. Le congrès national de NOW d'avril 1977 a refusé de dénoncer ce rapport.
NOW a été hostile aux luttes des Chicanas, des Noires et des Indiennes contre les abus de la stérilisation et tout particulièrement à la revendication de prolongation du délai entre le consentement à la stérilisation et la stérilisation elle-même. Abordant le problème du point de vue des femmes blanches privilégiées, les dirigeantes de NOW ont accordé plus de poids aux inconvénients que causerait une période d'attente de 30 jours qu'à la recherche désespérée de la part des femmes des minorités d'une protection contre les conséquences de la stérilité forcée.
Les dirigeantes de NOW veulent rendre plus rendre plus avenante l'image du mouvement des femmes, non pas pour le rendre plus attirant pour des masses de femmes aux Etats-Unis, ma mais pour le rendre plus acceptable à ceux qui ont le pouvoir. Eleanor Smeal, présidente de NOW, se vante d'être une femme au foyer qui n'a jamais travaillé un seul jour de toute sa vie d'adulte pour un salaire.
«Nos adversaires, se plaint Smeal, essayent de donner l'impression que le mouvement des femmes est un amas de lesbiennes, de communistes et de carrièristes qui veulent détruire la famille américaine». A la Conférence nationale de l'année internationale des femmes, en novembre à Huston, quelques membres de NOW poussèrent cela à l'extrême en tentant de se montrer plus patriotes et plus «ardents défenseurs de la famille» que la droite. UNE STRATEGIE ALTERNATIVE POUR NOW
NOW cependant, est davantage qu'un groupe de dirigeantes avec un programme réformiste. De très nombreuses femmes américaines espèrent que c'est l'organisation qui va prendre la tête des luttes contre les coups qu'elles se sont vues infliger.
Des membres de NOW veulent discuter de la façon dont les femmes peuvent répondre à ces attaques, bien qu'elles rencontrent une très forte résistance à l'ouverture d'un tel débat de la part de la direction.
Pour préparer la conférence nationale de 1977, un groupe de membres de NOW fit circuler un ensemble de propositions contenues dans un document intitulé : Défendre les droits des femmes. Ce texte exigeait que NOW se tourne vers les femmes des nationalités opprimées. Il proposait une stratégie d'indépendance et d'action de masse pour répondre aux attaques qui touchent d'abord et surtout les femmes démunies et celles des minorités, mais qui, à terme, remettent en cause les droits de toutes les femmes. Les membres du SWP et de la YSA soutenaient ce texte et contribuèrent à sa circulation à l'intérieur de NOW. Ce texte permit l'ouverture d'un débat dans NOW et contribua à éclaircir pour beaucoup de membres les véritables positions des dirigeantes. La direction répondit en déclenchant une chasse aux sorcières contre celles qui avaient soutenu le texte et en faisant circuler une motion qui remettait en cause le droit des membres du SWP et de la YSA d'appartenir au NOW.
Le débat sur la stratégie se poursuivit après la conférence avec la publication par des membres de NOW de la Lettre ouverte pour la défense des droits des femmes. LES OCCASIONS MANQUEES DE 1977
Le mouvement des femmes a largement progressé Tannée Celles qui soutenaient la Lettre ouverte pour la défense des droits des femmes menèrent campagne pour que NOW prenne la tête des luttes qui éclataient. Dans la campagne en faveur de l'Amendement pour l'égalité des droits, l'aspect le plus prometteur a été l'organisation en Virginie, par des syndicalistes, en particulier des femmes noires syndicalistes, d'une «Union syndicale pour l'égalité des droits tout de suite». (La Virginie est un des Etats qui n'a pas encore ratifié l'Amendement).
Cette Union appela à une manifestation qui réunit 3000 personnes.
Les femmes trouveront un important soutien à leurs luttes pour l'égalité des droits dans les syndicats et les organisations qui militent pour les droits civiques, si elles consacrent davantage de forces à gagner ces alliés et moins à faire la cour aux politiciens et aux hommes d'affaires. Les rencontres de l'Année internationale des femmes qui se tinrent tout au long de 1977 (3) prouvèrent à l'évidence la propagation féministes. Ces rencontres furent suivies par 130 000 femmes, plupart n'avaient jamais participé à la moindre réunion sur les femmes auparavant. Elles se déclarèrent pour la liberté de l'avortement, l'Amendement sur l'égalité des droits, droits des homosexuels, des subventions pour les garderies d'enfants, la défense des droits des travailleuses enceintes. Des motions furent votées à la rencontre de Houston du 18 au
21 novembre, mais les organisatrices de cette rencontre masquèrent complètement le fait que l'administration
Carter a un programme exactement opposé à celui-là.
Le rôle de NOW aurait dû être de mobiliser les femmes pour aller à
Houston : y aller pas seulement pour être plus nombreuses que la droite qui, elle avait mobilisé, mais aussi pour dénoncer la politique vis-à-vis des femmes suivie par le gouvernement qui parrainait cette rencontre.
Pour la première fois depuis de nombreuses années, des femmes appartenant à divers mouvements féministes d'Europe sont parvenues à coordonner leur action pour mettre sur pied un 8 mars véritablement internationaliste. Certes, il ne s'agit là que d'un premier pas.
Les capacités à étendre cette coordination au-delà des frontières européennes se sont avérées limitées. Les débats ont été plus techniques que politiques. La jonction avec les femmes militant dans les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier est encore faible.
Mais cet. hiver, des réunions ont rassemblé, à plusieurs reprises, à Paris, des femmes venues d'Allemagne, d'Angleterre, d'Autriche, de Belgique, d'Espagne, de France, des Pays-Bas, d'Italie et de Suisse, sans oublier la présence d'exilées d'Afrique et d'Amérique latine, ni le soutien écrit parvenu du Portugal, du Danemark et de Suède. A partir de là, les deux projets dont nous avions déjà parlé dans Inprecor ont pu voir le jour. (Numéro 16 du 10.11
1977).
Celles qui ont publié La lettre ouverte pour la défense des droits des femmes poussent NOW à se battre pour défendre et étendre les prode mesures préférentielles. Des millions de femmes n'en ont pas encore bénéficié comme l'atteste le fait que les travailleuses sont encore reléguées dans sous-qualifiés où les salaires sont les
L'écart entre les salaires masculins et les salaires féminins continue de s'accroître. En 1956, les salaires féminins représentaient 63% des salaires masculins, en 1970, 59% et en 74, 57%. La seule façon de sortir de cette situation passe par des mesures préférentielles et par l'établissement de quotas obligeant les patrons à embaucher, former et promouvoir des femmes. Cela signifie mobiliser dès maintenant les femmes pour faire annuler le décret «Bakke» contre les mesures préférentielles. Les Noires, les Portoricaines, les Chicanas, doivent jouer un rôle dirigeant dans les luttes de libération des femmes. Ce sont elles qui souffrent le plus de toutes les attaques, elles qui bénéficient le plus de chaque victoire. Si NOW ne reconnaît pas et tourne le dos à ces femmes et à leurs luttes, cette organisation ne pourra jouer aucun rôle dans la libération des femmes. Plusieurs campagnes importantes du mouvement des femmes, par exemple celle menée sur les garderies, celle contre les stérilisations forcées, ont été dès le départ dirigées par les femmes des minorités opprimées.
APRES LE 8 MARS : LE 20 MAI, CONTRE LA REPRESSION grand nombre de langues possibles. lier, en Espagne.
LES REVOLUTIONNAIRES ET
LE MOUVEMENT DES FEMMES
De la première réunion nationale aux manifestations pour lavortement et l'Amendement sur légalité des droits du début 78, les marxistes-révolutionnaires ont joué un grand rôle dans le mouvement fé-
Alors que le PC tentait de défendre sa politique d'opposition à l'Amendement, que des groupes sectaires d'extrême-gauche abandonnaient le mouvement des femmes parce que
«d'inspiration certaines organisations étaient déchi rées par des regroupements féministes et antiféministes, le SWP a fait de la lutte des femmes pour leur libération un de ses axes prioritaires.
Les féministes respectent les trotskystes américains parce qu'ils ont toujours défendu l'autonomie du mouvement des femmes, parce qu'ils se sont toujours élevés contre toute tentative de liquidation du mouvement. Certaines de ces féministes ont rejoint le SWP et la YSA. Beaucoup de femmes qui y sont maintenant ont rencontré pour la première fois des trotskystes dans des groupes
«femmes», à des réunions pour l'avortement, à des commissions
Il s'agit d'un communiqué commun, résultat de longues discussions et d'une affiche reproduite dans le plus
Ces réunions ont également permis de poursuivre le débat à propos d'une campagne internationale contre les formes de répression spécifique que subissent les femmes emprisonnées. La date d'une journée internationale d'action a d'ores et déjà été retenue : le 20 mai prochain. Elle devrait se traduire par des piquets ou des manifestations devant les prisons là où c'est possible.
Ces initiatives seront centrées sur les thèmes de mobilisation les plus brülants selon les pays, qu'il s'agisse de la répression touchant les militantes politiques en Amérique latine, en Afrique, en Allemagne ou en Irlande, ou de la répression touchant toutes celles qui sont emprisonnées pour des «crimes» tels que l'adultère, l'avortement ou la prostitution comme c'est le cas, en particu-
«femmes» dans leurs syndicats, dans des groupes militent pour l'amendement sur l'égalité des droits ou dans des groupes de NOW.
Dans sa résolution Vers un mouvement féministe de masse adoptée en 1971, le SWP montrait la part importante du mouvement des femmes dans la révolution. Dans ce document, les trotskystes américains disaient : «En menant la lutte pour leur libération, les femmes font ce dont on leur a toujours appris qu'elles étaient incapables : elles se battent, elles dirigent, elles élaborrent, elles se mobilisent en masse pour des luttes décisives contre le système capitaliste.»
NOTES 1) Allan Bakke est un ingénieur blanc de 37 ans qui ne put s'inscrire en faculté de médecine car 16 places avaient été réservées pour des étudiants des minorités. Il obtint de la juridiction californienne un arrêté estimant que l'Université avait exercé à son encontre une «discrimination à rebours». 2) Cet amendement a été adopté en 1972 par le Congrès. Il deviendrait caduc si les 2/3 des Etats ne l'avaient pas ratifié en mars 1979. 3) Après 1' « année internationale de la femme» de 1975, une structure permanente a été mise en place, sous ce nom, qui organise des rencontres de femmes aux EtatsUnis.
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