Inprecor 1974–2004

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CHINE

Pékin systématise sa théorie des trois mondes

· Inprecor n° 23, 3 mars 1978 · p. 10-14 · 4 657 mots

Chine URSS et Russie Allemagne Stalinisme

La théorie de la division en trois mondes, lancee par Mao en 1974, a été reprise au cours de l'année 1977 dans une série de textes chinois intitulés : Le social-impérialisme soviétique, foyer le plus dangereux d'une guerre mondiale; La nature du socialcolonialisme soviétique (parus respectivement dans les numéros de juillet et de novembre du Drapeau rouge) et La théorie du président Mao sur la division en trois mondes, impor tante contribution au marxisme léninisme, élaboré par la rédaction du Quotidien du peuple (Cf. Pékin information, No 29, 45 et 49). Le dernier des trois articles représente l'effort le plus systématique qui ait été fait jusqu'ici pour donner une base théorique et une explication politique à cette conception maoïste. LES THESES DU QUOTIDIEN DU PEUPLE «La théorie du président Mao sur la division en trois mondes - écrivent les rédacteurs du quotidien pékinoisconstitue un bilan scientifique de la réalité objective de la lutte de classe qui se déroule actuellement à l'échelle mondiale... La bourgeoisie internationale n'a jamais formé ni ne saurait former un bloc monolithique et, de son côté, le mouvement ouvrier et international, sous l'influence des classes qui lui sont étrangères, a connu des scissions successives. lutte sur le plan international, le prolétariat doit, en fonction de ses besoins et des possibilités des différentes périodes historiques, s'unir avec tous ceux qui sont susceptibles d'être

Pékin systématise

Les successeurs de Mao subordonnent, comme lui, les luttes des travailleurs et des peuples opprimés du monde aux privilèges de la caste bureaucratique qui dirige l'Etat chinois.

unis, ce qui lui permettra de dévelop- puissance impérialiste qui a surgi après per les forces progressistes, gagner les forces intermédiaires et isoler les forces des jusqu'auboutistes.»

Pour la direction chinoise, à la suite de la dégénérescence de l'URSS, il est devenu impossible de continuer à utiliser la catégorie de «camp socialiste». Il fallait - dit le texte - reconnaitre la nouvelle réalité, à savoir l'émergence de trois mondes: celui des

«deux superpuissances impérialistes»:

l'URSS et les USA, celui des pays socialistes et des nations opprimées, victimes de l'exploitation de l'impérialisme et celui des pays développés qui se trouve entre les deux.

En analysant séparément les trois mondes, le texte rappelle les raisons pour lesquelles l'URSS est elle aussi un pays impérialiste : a) parce qu'elle extorque à l'étranger des profits, bien qu'inférieurs à ceux extorqués par les

Etats-Unis, par le biais de l'«aide économique» et de «l'assistance militaire» et «en achetant à vil prix et en vendant au prix fort aux pays qui reçoivent son aide»; b) parce que par le truchement du Comecon, elle développe des «activités» analogues à celles que l'impérialisme américain développe à travers les sociétés muitiet autres d'agression; c) parce qu'elle dispose à l'étranger de bases militaires et de contingents militaires encore plus nombreux que ceux des Etats-Unis

(Tchécoslovaquie, Angola...).

Qui plus est, PURSS est «l'impérialisme le plus féroce» et «constitue le foyer de guerre mondiale le plus danreux» : 1) parce qu'elle est une grande

Livio MAITAN les Etats-Unis, 2) parce que «en raison de l'insuffisance relative de ses forces économiques, le social-impérialisme ne peut poursuivre son expansion qu'en recourant principalement à la force militaire et à la menace de guerre»; 3) parce qu'elle dispose «d'une économie capitaliste d'Etat plus concentrée que celle de n'importe quel pays impérialiste»; 4) parce qu'elle «exploite encore le prestige de Lénine et arbore le drapeau du "'socialisme'». Il serait donc erroné de «mettre sur le même plan les deux superpuissances sans établir une distinction entre elles».

Dans la lutte contre les deux superpuissances, le rôle principal appartient aux pays et aux peuples du tiersmonde. En effet, ils représentent «l'écrasante majorité de la population mondiale» et du fait d'avoir été les plus cruellement exploités, ils ont opposé la résistance la plus énergique. Leur lutte pour la libération nationale s'est généralisée depuis la fin de la deuxième guerre mondiale et elle aura un poids décisif encore «au cours d'une période historique relativement longue». Le soutien aux luttes des peuples du tiers-monde est une tâche primordiale du mouvement ouvrier «des premier et second mondes» qui ne peut pas à l'étape actuelle jouer un rôle décisif. «Du fait de la trahison de la clique dominante de l'URSS - écrit le texte - , du déferlement du courant idéologique révisionniste et de la division de la classe ouvrière, le mouvement révolutionnaire dans les pays capitalistes développés se trouve provisoirement, en général, au stade de la

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réorganisation des rangs et de l'accumulation des forces et dans ces pays, il n'existe pas, pour le moment, une situation révolutionnaire». Le second monde est lui aussi une «force susceptible d'être ralliée dans la lutte contre l'hégémonisme». En effet, «le plus grand danger auquel l'Europe occidentale se trouve confrontée aujourd'hui provient manifestement du social-impérialisme soviétique». Sans perdre de vue «l'exploitation et le contrôle que des pays du second monde font subir à des pays du tiersmonde», une distinction s'impose. Cela implique entre autres, qu'il est nécessaire y compris dans les pays du second monde «de formuler aujourd'hui le mot dordre : défense de l'indépendance nationale».

La guerre est inévitable - dit le chapitre final - et elle le sera jusqu'à la révolution socialiste en Union soviétique et aux Etats-Unis. Mais il est possible de repousser les échéances en bouleversant le calendrier des superpuissances. La Chine pourra en profiter qui éprouve le «besoin urgent de jouir d'une ambiance de paix pour une longue période». La guerre impliquera des catastrophes, elle déterminera de très grands changements et «il est même possible que le système impérialiste s'effondre complètement». La lutte contre la guerre doit être menée sur la base d'un front uni dans lequel les pays socialistes et le prolétariat international luttent à côté des pays du tiers-monde et de ceux du second, en rejetant toute politique d'apaisement ou de détente avec le social-impérialisme, danger principal de LES ANTECEDENTS THEORIQUES

Les rédacteurs du Quotidien du peuple ont recours à une série de citations de textes classiques pour tenter de démontrer la légitimité de leur thè-

En ce qui concerne Marx, Engels et Lénine, leur prétention pourvue du moindre fondement. La plupart des citations des deux pre-. miers ne démontre qu'une vérité première, à savoir qu'ils avaient parfaitement compris toute l'importance de la lutte pour la libération nationale, notamment dans les cas célèbres de la Pologne et de l'Irlande. La seule qui soit pertinente par rapport au problème posé, est un passage d'Engels esquissant l'éventualité d'une guerre d'agression du tsarisme contre l'Allemagne : «Nous pouvons déclarer au gouvernement que nous sommes disposés à le soutenir pour combattre l'ennemi extérieur - si on nous donne une telle possibilité, en nous traitant dignement - à condition que le gouvernement mène une guerre impitoyable par tous les moyens, y compris les moyens révolutionnaires... L'existence même de la nation sera alors en jeu et, pour nous, il s'agira de maintenir ces positions et des possibilités pour l'avenir que nous avons gagnées pour nous-mêmes.» (Lettre à Bebel, Œuvres comtome 38). Engels fait donc l'hypothèse d'une guerre qui n'ait pas de buts impérialistes de la part de l'Allemagne, qui met en danger son existence même et qui arrête «le mouvement socialiste en Europe pendant 20 ans». C'est une hypothèse qui ne s'est pas réalisée (en principe, il était difficile que dans une guerre éventuelle, l'Allemagne bourgeoise n'ait pas déjà à l'époque des visées impérialistes). Lorsque la guerre a effectivement éclaté, quelques décennies plus tard, l'une et l'autre des parties belligérantes étaient motivées par leur nature impérialiste et les véritables disciples de Marx et d'Engels dénoncèrent leur propre impérialisme en lui livrant un combat intransigeant.

Ce furent les réformistes contre lesquels Lénine lutta qui estimèrent, pour reprendre les mots du Quotidien du peuple, nécessaire de «sauvegarder l'indépendance nationale et, pour la classes ouvrière, de maintenir ses positions et ses possibilités». Lénine n'exclua pas, a priori, la possibilité de guerres nationales à l'epoque de l'impérialisme et il écrivit même que, si la guerre de 1914 s'était limitée à un conflit entre la Serbie ou la Belgique d'un côté et l'Autriche et l'Allemagne de l'autre, le mouvement ouvrier aurait dû prendre position en faveur des petits Etats agressés par les empires. Mais, encore une fois, c'était une hypothèse-limite qui ne s'est pas réalisée.

Les rédacteurs du Quotidien du peuple, qui citent à plusieurs reprises des textes du Ile congrès de l'Internationale communiste, oublient que les thèses sur la question nationale et coloniale de ce congrès affirmaient, entre autres, que «toute la politique de l'Internationale communiste sur la question nationale et coloniale doit être fondée principalement l'union des ouvriers et des masses travailleuses de toutes les nations et de tous les pays dans le combat révolutionnaire commun pour le renversement des propriétaires et des bourgeois» (thèse 4). Quant au passage où Lénine - toujours au Ile congrès de l'IC - inclut dans la même catégorie les colonies opprimées et les pays démembrés comme la Perse, la Turquie et la Chine, et les pays vaincus, dont l'Allemagne, il est évident qu'il s'agit d'une classification tout à fait empirique et conjoncturelle. Les événements qui ont suivi ont démontré - aussi bien après la première qu'après la deuxième guerre mondiale - que l'Allemagne pouvait reprendre assez rapidement son rôle de puissance impérialiste. Mais, ce qui est plus important, Lénine et les autres dirigeants bolchéviks, tout en exploitant toute nouvelle marge de manœuvre pour des opérations diplomatiques (Kapallo), n'ont jamais tenté de créer un front uni entre PURSS et l'Allemagne vaincue. Ils ne se sont jamais tu sur les tâches révolutionnaires du prolétariat allemand constamment à l'ordre du jour des congrès de l'Internationale communiste.

En continuant leur moisson, nos auteurs citent deux passages de Sta-

, l'un de 1939 à propos de la caractérisation de l'Allemagne, de l'Italie et du Japon comme pays agresseurs et de la Grande-Bretagne, de la France et des Etats-Unis comme pays non agresseurs, l'autre de 1942 qui distingue la coalition italo-allemande coalition anglo-soviéto-américaine. Evidemment, nos zélés chasseurs de citations oublient la période 1939-1941, celle du pacte germano-soviétique... Mais de toute façon, une classification entre pays agresseurs et pays agressés mettait, en réalité, la sourdine sur la nature de classe d'une des deux coalitions, en l'enjolivant et ouvrant ainsi la porte aux compromis de Téhéran, Potsdam et Yalta, à la division du monde en sphères d'in-

Enfin, l'article évoque une thèse du dernier livre de Staline selon laquelle «l'inévitabilité des guerres entre pays capitalistes reste entière». C'est une thèse pour le moins discutable dans la mesure où l'existence d'une série de pays où le capitalisme avait été abattu, représentait - beaucoup plus qu'avant la guerre - un frein à l'extension de ces conflits.

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L'implication d'une telle thèse, à savoir qu'une guerre entre des pays capitalistes serait plus probable qu'une guerre entre pays capitalistes et pays collectivistes, est de toute évidence encore plus discutable. L'URSS EST-ELLE UNE PUISSANCE IMPERIALISTE ET LE FOYER LE PLUS DANGEREUX D'UNE GUERRE MONDIALE ?

Le premier et principal argument par lequel on veut démontrer que 'URSS est un pays impérialiste est carrément faux. Contrairement aux Etats-Unis et aux pays de ce second monde avec qui Pékin fait des tours de valses, elle n'extorque pas de profits à l'étranger par l'exportation de capitaux. Le texte lui-même parle de spécifiques d'exploitation. Mais ces formes spécifiques n'impliquent pas la création d'entreprises de propriété soviétique. Les entreprises que l'URSS a bâties dans des pays comme l'Inde, sont propriété indienne.

Il est vrai qu'il a existé après la guerre, surtout dans certains pays d'Europe orientale, - et il existe encore dans quelques cas - des sociétés mixtes avec participation de l'Etat soviétique. Cela a provoqué à l'époque des polémiques serrées notamment de la part des communistes yougoslaves. Mais ce fut un phénomène transitoire et, de toute façon, limité : personne ne saurait prétendre qu'il représentait une nécessité intrinsèque de l'économie soviétique et, en fait, les sociétés mixtes ont pu être abolies sans répercussions un tant soit peu importantes.

Il est vrai aussi que, dans ses rapports avec d'autres pays, l'URSS a pu bénéficier de l'échange inégal, ce qui est la conséquence du fait que le marché mondial capitaliste reste, en dernière instance, le régulateur décisif. Mais, y compris en ce qui concerne des pays de sa sphère d'influence, l'URSS exporte des matières premières et importe des produits industriels et, en principe, elle fait donc les frais de l'échange inégal. Finalement, elle a réalisé avec certains pays des accords de longue durée qui ont eu un effet stabilisateur sur les prix des matieres premieres a l'avantage -à moyen et à long terme - des pays exportateurs (ce fut le cas du sucre

Tout cela prouve à quel point l'analogie entre les activités de la «Communauté socialiste» et les activités des sociétés multinationales est arbitraire. Cela n'exclut pas que le Comecon, aussi bien que d'autres «instruments» - tels que les bases militaires et l'armée d'occupation -soient utilisés par Moscou dans le but d'imposer sa volonté et de sauvegarder son hégémonie sur les pays «frères». Mais ce que les théoriciens chinois n'ont jamais réussi à démontrer c'est que l'analogie dressée entre les «superpuissances» hégémoniques recouvre une identité fondamentale de socio-économiques "URSS et aux USA. Si le capitalisme avait été effectivement restauré en URSS, il serait possible de décrire très précisément ce processus de restauration : ce qu'aucun texte chinois n'a pu faire jusqu'ici. Les théoriciens de Pékin n'ont pas échappé à deux contradictions majeures. Ils datent la dégénérescence de l'URSS à partir de 1956 ou de la mort de Staline et en même temps ils indiquent comme preuve de cette dégénérescence des phénomènes qui s'étaient déjà produits sous Staline. Tout en insistant sur la nécessité de la violence révoluconnaire pour la conquête du pouvoir par le prolétariat, ils adoptent, par contre, y compris dans le texte que nous analysons, une conception gradualiste, «réformiste» en ce qui concerne la restauration du capitalis-

PEKIN SOUTIENT L'INTERVENTION IMPERIALISTE

AU ZAIRE

Pékin prône contre «l'hégémonie soviétique», le renforcement de l'uni-. té du second et du troisième mondes. La direction chinoise n'hésite pas à pousser jusqu'au bout la logique de cette position en saluant ouvertement l'intervention directe et militaire d'un impérialisme - en l'occurence français - volant du régime réactionnaire de Mobutu au Zaïre, à l'occasion de l'attaque des «gendarmes katangais». Pékin information du 6 juin notait en effet à ce sujet : «Lorsque, à l'instigation de l'Union soviétique, des mercenaires ont envahi le Zaïre, la France et certains pays de l'Europe occidentale lui ont accordé une aide militaire et logistique. C'est ainsi que la tendance à s'unir entre l'Europe occidentale et l'Afrique pour s'opposer à l'hégémonisme est en bonne voie de se renfor-

Aux arguments, fondés encore une analogies abstraites, selon lesquelles l'URSS serait la puissance la plus agressive et représenterait «le foyer le plus dangereux d'une guerre mondiale», il suffit d'opposer des questions tout à fait élémentaires. Qui fut à l'origine de tous les conflits militaires les plus importants des dernières années, depuis la guerre de Corée jusqu'à celle du Vietnam ? Qui fut le protagoniste d'une agression caractérisée contre un Etat ouvrier comme Cuba ? Qui soutient celui qui est effectivement au Moyen-Orient, le foyer le plus dangereux d'une guerre, à savoir l'Etat sioniste

Comment pourrait-on expliquer, sur la base des «théories» actuelles des maoïstes que dans toutes les confrontations majeures des dernières années - Corée, Vietnam - , PURSS se trouva du côté de ceux que les maoistes eux-mêmes considèrent comme des «pays socialistes» (Cuba du moins à l'époque des agressions yankees) et que Cubains et Vietnamiens aient constamment souligné l'importance capitale qu'a eue pour eux l'aide soviétique ?

Est-ce qu'il est sérieux d'opposer à ces faits massifs les événements d'Angola ou... du Zaïre ? Comment pourrait-on ignorer qu'en Angola ce n'est pas l'URSS qui a provoqué la guerre, mais qu'elle n'a fait qu'aider militairement l'une des parties en lutte et, plus précisément, contre qui s'étaient mobilisées toutes les forces les plus réactionnaires, avec• les racistes sud-africains au premier rang ? Et comment déceler dans le conflit zaïrois une machination de Moscou et comment présenter Mobutu comme un héros de la lutte pour l'indépendance de son pays ! LE TIERS-MONDE EST-IL «FONCIEREMENT ET ESSENTIELLEMENT REVOLUTIONNAIRE» ET LE «SECOND MONDE» EST-IL SUSCEPTIBLE DE SE RALLIER A LA LUTTE CONTRE L'IMPERIALISME ?

A la base de toute la construction politico-théorique des maoïstes, il y a l'idée qu' «à en juger par le comportement objectif et la tendance opprimées d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine au cours de plus de trente ans de lutte politique internationale, ces

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nations sont foncièrement et essentiellement révolutionnaires, progressistes...» Par cela nos théoriciens font disparaître toute analyse différenciée des formes d'avènement des pays coloniaux à l'indépendance. Tous sont des révolutionnaires, ceux qui ont conquis l'indépendance par une lutte prolongée et par de très larges mobilisations des masses aussi bien que ceux qui ont bénéficié de manœuvres colonialistes par en haut: Bokassa vaut bien Boumédienne, Samora Machel, Houphouet-Boigny. L'existence de classes dominantes indigènes n'est mentionnée qu'en passant, comme s'il s'agissait d'un facteur absolument secondaire.

Des phénomènes extrêmement importants comme les changements induits par l'industrialisation partielle de pays comme le Mexique ou le Brésil et le renforcement relatif de couches bourgeoises nationales, plus strictement liées aux entreprises économiques de l'impérialisme, complètement ignorés. Par conséquent, les implications politiques et militaires qui en découlent sont ignorées aussi. Par exemple, on garde le silence sur les liens avec l'impérialisme américain des classes dominantes brésiliennes et iraniennes et sur le rôle de gendarmes que Brésil et Iran jouent dans leurs zones d'influence respectives. Evidemment, il serait difficile de dénoncer tout cela et en même temps de faire les éloges du bourreau Rehza Palevi et présenter sous un jour favorable certaines démarches du gouvernement Geisel!

Comme nous l'avons mentionné, la Chine est inclue dans le tiers-monde. Le critère fondamental de ce choix n'est pas celui de la nature de classe de l'Etat, mais celui du niveau arriéré de développement économique qui l'oppose aux «pays riches». Par ailleurs, le texte ne précise pas qui sont les autres pays socialistes. Les dirigeants chinois incluent certainement dans cette catégorie - à l'heure actuelle - les trois pays d'Indochine et la Corée du Nord. Quant aux pays d'Europe orientale, la situation est plus fluide. L'Albanie reste un pays socialiste, mais risque d'être rétrogradée, si ses rapports avec Pékin se détériorent davantage. La Yougoslavie, par contre, pourrait faire formellement sa rentrée. La Roumanie était présentée comme socialiste depuis un certain nombre d'années.

Ce flou est déterminé par le souci de pouvoir inclure ou exclure tel ou tel pays de cette catégorie d'après les exigences conjoncturelles.

Quant à l'analyse selon laquelle le «second monde», y compris des pays engagés dans des entreprises néocolonialistes de toutes sortes comme la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne fédérale, peut et doit être gagné au front uni contre l' «hégémonisme», elle a le tort de glisser sur la nature de classe et le rôle effectif des pays concernés. Ce n'est que par une application aberrante du concept simpliste de l' «ennemi principal» qu'ont peut faire oublier que le Japon, l'Allemagne, la Grande-Bretagne etc. représentent des piliers essentiels du système impérialiste mondial. Un Etat ouvrier peut certes tenter d'utiliser à son profit les contradictions interimpérialistes. Mais c'est une chose toute différente de présenter des adversaires comme des alliés; d'effacer les clivages de classe; de faire des ouvertures aux pires réactionnaires à la Nixon, Joseph Strauss, Fanfani et Sa Carneiro; d'œuvrer au renforcement de la Communauté écono-, mique européenne qui exprime la tendance à la concentration du capital, ou de la coalition militaire atlantique dont le but est la préservation du «monde libre», c'est-à-dire du système capitaliste mondial...

Mais la conséquence la plus négative des analyses erronées sur le second monde et de la conception chinoise du «front uni contre l'hégémo-

Dans son numéro du 6 février 1978, Pékin information reproduit un article du Renmin Ribao, publié originellement le 18 janvier et intitulé «Le second monde et la défense de l'indépendance nationale». Il résume dans sa conclusion l'analyse maoïste des tâches qui incombent aujourd'hui aux masses en Europe : préparer l'union nationale avec leurs bourgeoisies. L'URSS, en effet, mena-

Il faut «dévoiler à fond les machinations de guerre tramée par le Kremlin», «s'opposer à la politique d'apaisement» et «se tenir prêts pour une guerre contre l'agresseur». Et les auteurs de conclure : «Si cette évenles prolétaires de ces pays doivent être les premiers à nisme» est la sous-estimation explicite du rôle et des potentialités du mouvement ouvrier du premier et du second monde. Le texte est clair en la matière. Le texte du Quotidien du peuple glisse d'une façon cavalière sur tout ce qui s'est passé en Europe occidentale à partir de 1968 ! Depuis longtemps, la presse chinoise avait oublié ce qu'elle avait elle-même écrit à propos de mai 68 en France; elle n'a pas analysé dans leur portée réelle les grandes luttes sociales et politiques qui ont secoué l'Italie une décennie durant; elle a été d'une discrétion extrême en ce qui concerne l'Espagne; elle a minimisé les événe ments au Portugal, ne s'attachant qu'à mettre en relief les manœuvres qu'y aurait opérées le «social-impérialisme soviétique». Dans le texte que nous analysons, qui pourtant a l'ambition d'une synthèse globale, la montée ouvrière en Europe occidentale est tout simplement ignorée et les auteurs s'efforcent par contre de démontrer qu'il n'y a aucune perspective de situation révolutionnaire. UNE «THEORIE» POUR JUSTIFIER UNE PRATIQUE POLITIQUE

Lorsque la polémique entre le PC chinois et le PCUS a commencé, Pékin reprochait à Moscou de poursuivre une politique d'apaisement avec l'impérialisme américain. d'hui, il reproche non seulement au «second monde», mais aussi u Etats-Unis une attitude trop molle envers l'URSS. Teng Hsiao-ping l'a SE PREPARER A LA GUERRE NATIONALE EN EUROPE s'engager dans la guerre nationale et à combattre pour la survie et l'indépendance de leurs nations».

Il n'est donc pas étonnant que Pékin information dans ses rares notes internationales, mette l'accent sur les réunions au sommet de l'OTAN, organisation militaire atlantique l'impérialisme. Ces conférences, note l'hebdomadaire, ont «souligné la né cessité de renforcer la défense face à la croissance de la menace militaire soviétique». Et «les ministres de la défense des pays ouest-européens ont exigé des Etats-Unis qu'ils ne fassent pas trop de concessions à l'Union soviétique». (Pékin information du 26 12.77). L'Etat-major de la contré. révolution européenne ne pouvait es pérer meilleur soutien idéologique !.

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dit dans une entrevue : «J'espère que l'effort (pour détruire le plan global de guerre de l'URSS) sera déployé par le monde entier, tiers-monde, second monde et même le premier, les Etats-Unis». (Le Monde, 23/24 octobre 1977). Cela suffit à démontrer quels changements ont connus non seulement les analyses, mais aussi les critères des dirigeants chinois et de leurs porte-parole.

A ce propos, il y a un manque de logique flagrant dans les analyses chinoises. S'il était vrai que l'URSS avait basculé dans le camp impérialiste, à la suite d'une dégénérescence que les Chinois eux-mêmes ont définie comme une «tragédie historique» et si, par surcroit, il était vrai que le mouvement ouvrier de la plupart des pays capitalistes n'a connu aucun essor depuis plus de trente ans, on ne comprend pas sur quoi se fonderait cet optimisme sans faille qui affirme - pour reprendre les mots du rapport de Hua au Xle congrès - que la situation internationale est «très bonne, très bonne, pas seulement bonne ou assez bonne».

Toutes ces incongruités analytiques et ces contradictions ne doivent pas, toutefois nous faire perdre de vue les éléments de continuité idéologique et encore moins la base réelle des innovations théoriques maoïstes. Les éléments de continuité qui se reflètent dans les nombreuses citations de Mao se référant à des époques différentes, aussi bien que dans celles de Staline, consistent d'un côté dans l'application mécaniste dans la forme et opportuniste dans le contenu du concept de l'«ennemi principal», de l'autre dans un empirisme autojustificateur d'origine stalinienne. Lorsque les dirigeants chinois, en répondant à leurs critiques, et en premier lieu aux défenseurs albanais de l'orthodoxie stalinienne, rappellent les alliances de Staline avec des puissances capitalistes, ils ont un terrain • solide sous leurs pieds. La continuité entre eux et Staline ne se limite d'ailleurs pas aux formules idéologiques ou à la démarche méthodologique. Le fait essentiel reste que de même que FURSs stalinienne et post-stalinienne, la Chine maoïste et post-maoïste subordonne les intérêts du mouvement ouvrier et des masses exploitées du monde entier à ses intérêts étatiques, aux besoins du maintien de la position hégémonique et des privilèges de la caste bureaucratique dirigeante. C'est pourquoi, autres, elle reste fidèle à la théorie du socialisme dans un seul

Les changements d'orientation dans la politique internationale de la Chine - qui par certains aspects ont conduit à une relance de positions adoptées moins systématiquement et durablement à d'autres époques - ont été, en dernière analyse, le résultat du tournant opéré à partir de 1970 par l'impérialisme américain. Ce dernier se résigna à accepter la réalité de la Chine nouvelle, en renonçant à sa stratégie des vingt années précédentes, en ouvrant la porte aux accords politiques et économiques et en s'efforçant d'établir un modus vivendi plus ou moins stable.

La direction maoïste donna une réponse favorable, entre autres, par l'invitation spectaculaire de Nixon à Pékin au moment où l'attaque impérialiste contre le Vietnam battait son plein. Toutes les rectifications idéologiques successives - jusqu'à l'adoption de la théorie de la division en trois mondes - s'inscrivent dans cette orientation nouvelle qui, de la part de Pékin, vise non seulement à un apaisement, mais aussi à un compromis sur une assez large échelle. Par là, les dirigeants chinois espèrent aussi, sinon éviter, au moins retarder l'éclatement d'une guerre et pouvoir ainsi gagner du temps dont ils ont besoin pour renforcer les assises économiques du pays.

Quelqu'un pourrait penser que, si cela est vrai, la politique chinoise n'est pas si • désastreuse, indépendamment des pseudo-théories s'efforcent de la justifier. Ce n'est pas le cas. Tout d'abord, le conflit sino-soviétique (dont la responsabilité, pour toute une période - il ne faut pas l'oublier - a incombé aux bureaucrates de Moscou) a offert dans le passé (Vietnam) et offre aujourd'hui des marges de manœuvre considérables à l'impérialisme. En deuxième lieu, la concentration du feu contre TURSS implique automatiquement un affaiblissement de la lutte contre l'impérialisme américain. En troisième lieu, l'orientation impliquant des compromis politiques substantiels

UN SOUTIEN OUVERT A L'ASEAN

L'Association des nations du sud-est asiatique, l'ASEAN, regroupe cinq Etats dictatoriaux : ceux de Malaisie, de Singapour, d'Indonésie, des Philippines et de Thailande.

La direction chinoise plus aujourd'hui son soutien à l'ASEAN, pourtant si longtemps dénoncée comme un instrument néocolonial. Pékin information salue la réunion à Kuala Lumpur de sa deuxième conférence au sommet, août dernier, et affirme que «L'Association des nations d'Asie du sud-est (...) a poursuivi en 1977 sa marche en avant». Les négociations économiques qui se sont déroulées à cette occasion, les entretiens poursuivis avec «les chefs d'Etat du Japon, d'Australie et de Nouvelle-Zélande», les contrats noués avec la CEE et le Canada méritent d'être soutenus.

En effet, «toutes ces activités ont obtenu des résultats positifs pour développer les relations économiques avec les pays du second monde dans des conditions relativement favorables». (Pékin information, du 16 janvier 1978). Toutes ces activités tendent aussi à renforcer la domination impérialiste dans la région et à assurer la stabilité de régimes militaires et policiers, remparts de la contre-révolution. avec les pays capitalistes du «second monde» a inévitablement des implications négatives pour la lutte de la classe ouvrière de toute une région décisive et les compromis avec les Mobutu et les Nimeyri et les attitudes scandaleusement ambiguës envers Pinochet ne sont pas sans conséquences graves non plus. Dans la mesure où l'orientation et les conceptions énoncées se traduisent tant soit peu dans la pratique, la tâche des pires ennemis de la classe ouvrière et des peuples opprimés en est facilitée et la lutte contre l'impérialisme et pour le renversement du capitalisme est compromise ou sérieusement entravée. Voilà la réalité au-delà de toutes les mystifications.

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