Après la grande campagne réalisée par Napoléon Duarte pour être élu président de la République, secteurs de la population qui l'avaient appuyé et faisaient confiance à son projet n'ont plus aujourd'hui aucune illusion. Il faut se rappeler que la promesse la plus populaire de la campagne de la Démocratie chrétienne (DC) était que Duarte s'engageait à obtenir la paix. Ce dernier s'était alors présenté comme le champion de cette revendication mais, une fois élu président, il a démontré qu'il n'avait pas le moindre intérêt à la recherche d'un accord politique.
De larges secteurs des masses ont pris leurs distances par rapport au gouvernement, favorisant ainsi la résurgence de puissantes organisations sociales qui ont mis la paix au centre de leur activité politique. En même temps, ce processus de réorganisation des travailleurs a permis la création de fronts uniques qui sont en train de lutter pour améliorer les conditions de vie du peuple salavadorien.
Les divergences entre les différents partis du patronat - notamment entre la Démocratie chrétienne et ARENA (1) - sur les moyens à mettre en œuvre pour affronter le FMLN-FDR s'approfondissent.
Le soutien électoral de ces deux partis s'affaiblit. Selon des enquêtes qui ont été réalisées, seulement 22% des Salvadoriens voteraient aujourd'hui pour la DC alors que seulement 16 % voteraient pour ARENA et que plus de 60 % d'entre eux seraient décidés à ne pas participer à des élections où ne seraient pas présents les candidats du FMLN-FDR.
On assiste à un changement relatif de la part de la hiérarchie catholique, qui commence à prendre ses distances par rapport au gouvernement de la DC. La hiérarchie ecclésiastique a compris que, si elle veut continuer à maintenir une certaine capacité de contrôle sur des secteurs des masses, elle doit répondre aux sentiments de paix du peuple salvadorien.
Le gouvernement et l'armée salvadorienne sont manifestement incapables d'infliger une défaite militaire au FMLN-FDR. Malgré des conditions naturelles défavorables - un pays si petit et sans grandes chaînes de montagnes -l'armée révolutionnaire a pu maintenir des zones entières du pays sous son contrôle. Cet élargissement de la guerre n'a fait que prouver l'appui grandissant des masses au FMLN-FDR conjugué à un saut qualitatif dans la consolidation militaire de la part de celui-ci.
Enfin, le gouvernement de la Démocratie chrétienne s'identifie totalement au gouvernement de Reagan. Après quelques tentatives timides de montrer certaines distances, le gouvernement de la DC s'est aligné complètement sur la politique belliqueuse des Etats-Unis.
C'est dans ce contexte que nous devons comprendre l'actuelle proposition de dialogue national faite par le FMLN-FDR. Elle vise à profiter de l'actuelle situation de faiblesse du gouvernement de la Démocratie chrétienne et à répondre aux sentiments d'une grande partie de la population salvadorienne qui est, sans conteste, lasse de la guerre. Le FMLN-FDR met ainsi au pied du mur le gouvernement de la DC.
Trois aspects de cette nouvelle proposition retiennent l'attention.
A la différence de la proposition antérieure, le Gouvernement de large participation (GAP) (2), le FMLN-FDR propose maintenant la formation d'un gouvernement. transitoire qui ait pour simple tâche la préparation d'élec-
On ne parle plus de la formation d'une armée unique - entre le FMLN et l'armée salvadorienne actuelle - mais du maintien des deux armées et, dans le cadre d'un nouveau gouvernement, de la recherche d'une solution négociée.
Enfin, le FMLN-FDR envisage maintenant explicitement la possibilité de participer aux élections, ce qui est lié aux enquêtes dont nous avons parlé.
En même temps, l'insistance est mise sur le point clé pour parvenir à quelqu'accord que ce soit : « Le gouvernement des Etats-Unis doit cesser son ingérence dans ce conflit national et cesser sa participation militaire et politique à ce conflit ». C'est la question la plus compliquée pour le gouvernement de Duarte et le point central de la politique des révolutionnaires parce que c'est le problème numéro un du peuple et de la nation salvadorienne comme
Devant les élections qui s'approchent, le gouvernement de Duarte veut retrouver une certaine aura de paix et de négociation et c'est dans ce but qu'il a recommencé ses déclarations sur l'éventuelle reprise de discussions avec le FMLN-FDR. Mais jusqu'à présent, il n'a formulé aucune proposition concrète pour parvenir à une solution négociée. Il est clair qu'il s'agit là fondamentalement d'une manœuvre afin de rétablir son image de marque. En faisant connaître cette proposition de paix, le FMLN-FDR apparaît face à la population salvadorienne comme l'unique force qui propose une solution concrète au problème de la guerre
Il va être très compliqué à Duarte de revenir se présenter devant la population salvadorienne comme le champion de la paix. En revanche, dans le camp des révolutionnaires, on assiste à la reprise du mouvement de masse et, en même temps, le FMLN-FDR a retrouvé l'initiative politique en maintenant son pouvoir militaire.
Jacobo JARAMILLO, Bandera Socialista, Mexico, 4 août 1986. 1. Alliance républicaine nationaliste, organisation d'extrême droite dirigée par le major d'Aubuisson.
2. Sur le GAP, voir Inprecor numéro 181 du 8 octobre 1984.