Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SALVADOR

Proposition politique du FMLN-FDR

· Inprecor n° 230, 17 novembre 1986 · p. 11-13 · 2 258 mots

El Salvador

E tremblement de terre qui a ravagé le 10 octobre San Salvador, la capitale, risque fort d'aggraver la précarité de la situation du président démocrate-chrétien,

Napoleon Duarte, même si, dans un premier temps, un consensus sur les priorités à dégager pour la reconstruction paraît avoir été trouvé entre Duarte, les forces armées

Pour ce dernier, la catastrophe prend des allures d'affaires juteuses. Le séisme a mis à nu la spéculation immobilière que connaît la ville et la profonde misère dans laquelle vivent les habitants des quartiers ouvriers. On estime que près de 300 000 personnes vivent dans la rue, leur maison étant totalement détruite ou tellement endommagée qu'elle est inutilisable. Les entreprises privées détiennent la majorité dans le Comité d'évaluation technique, chargé du recensement des habitations et des immeubles touchés. C'est cet organisme qui prendra les décisions de démolition et qui planifiera

Par ailleurs, la démocratie-chrétienne s'est adjugée le monopole de la distribution de l'aide internationale qui a afflué au lendemain du tremblement de terre et la distribue par ses canaux clientélistes. C'est là une manière comme une autre de préparer les futures élections. L'activité caritative de l'Eglise elle-même est entravée par le gouvernement. L'Eglise est consciente de l'exaspération populaire que peuvent provoquer les conséquences du séisme si des mesures sociales ne sont pas prises immédiatement. Dans une homélie prononcée le 19 octobre, Mgr. Rivera y Damas, l'archevêque de San Salvador, lançait l'avertissement suivant à Duarte : « Si l'on veut éviter dans le futur des cataclysmes sociaux extrêmement graves, il y a plus important à faire que d'examiner soigneusement si les grands édifices sont habitables ou pas; il faut immédiatement

Il est vrai que la situation sociale n'est pas de tout repos pour le gouvernement

(cf. Inprecor numéro 226 du 22 septembre 1986). Fin septembre, l'approbation du second train de mesures d'austérité depuis le mois de janvier, a provoqué une série de protestations populaires. Le 4 octobre, plus de 30 000 personnes ont manifesté à l'appel de l'Union nationale des travailleurs salvadoriens (UNTS). D'autant que ces mesures, exigées par le Fonds monétaire international (FMI), si elles amputent encore le pouvoir d'achat des secteurs les plus modestes, notamment par l'augmentation d'une série d'impôts indirects, visent aussi à accroître le budget de l'armée : l'une des multiples ponctions fiscales votées par l'Assemblée n'a-t-elle pas pour but de dégager, d'ici la fin de l'année 25 millions de dollars pour les forces armées ? La discussion parlementaire sur la création d'un service militaire obligatoire pour tous les Salvadoriens âgés de 18 à 30 ans sans distinction de sexe a été reculée à cause du tremblement de

Cette augmentation de la militarisation et de la puissance des forces armées se produit au moment où des secteurs grandissants de la population voient dans le dialogue avec les révolutionnaires en armes la seule solution à sept ans de guerre. Aux yeux de beaucoup, Duarte est la cause de l'échec de la troisième session de négociations avec le

Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) et le Front démocratique révolutionnaire (FDR), qui devait se tenir à Sesori, le 19 septembre (2). L'envoi du colonel Mauricio Staben, lié aux escadrons de la mort, pour assurer la « sécurité » des discussions est apparu comme une véritable provocation pour faire échouer le dialogue.

Tout le monde savait que le commandant Joaquin Villalobos, l'un des principaux dirigeants du FMLN, devait aller à Sesori et que les forces armées se sont jurées de l'assas-

La piètre tentative de Duarte de rejeter sur les révolutionnaires la responsabilité de la non tenue des négociations n'a guère fait recette. Il n'est jusqu'à l'Union ouvrière et paysanne (UNOC), organisation pourtant liée au régime, qui n'ait qualifié la prestation du président « d'affront aux aspirations populaires », concluant « que le dialogue est le seul moyen civilisé de parvenir à un arrangement pacifique et de terminer la guerre » (3). Pour sa part, la hiérarchie catholique s'est également prononcée pour des né-

La proposition politique de dialogue faite par le FMLN-FDR en juillet 1986, que nous reproduisons ci-dessous, reflète donc une position de force des révolutionnaires aux dépens du gouvernement (voir encart). Obligeant Duarte à prendre position, elle le met sur la défensive vis-à-vis de la population salvadorienne en même temps qu'elle

2. Les négociations ont commencé en octobre 1984. Voir Inprecor numéros 183 du 5 novem-

EL SALVADOR

Proposition politique du

FMLN-FDR et le secteur privé.

les constructions.

mettre en place une politique de reconstruction des quartiers populaires. » (1)

terre, mais il ne fait pas de doute que les forces armées reviendront à la charge.

siner dès que l'occasion s'en présentera.

gociations avec les révolutionnaires.

renforce la légitimité internationale des fronts.

1. Inforpress Centroamericana numéro 713 du 30 octobre 1986.

bre 1984 et 192 du 18 mars 1985.

3. Inforpress Centroamericana numéro 710 du 30 octobre 1986.

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DOCUMENT

La société salvadorienne est victime d'une profonde crise économique, politique et sociale qui se prolonge et devient plus évidente après ces six années de

Depuis 1984, le gouvernement de Duarte s'efforce de se présenter comme une alternative à cette crise nationale. Après deux années de gouvernement, nous pouvons en apprécier le résultat. La guerre s'est aggravée, la souveraineté nationale est toujours bradée aux intérêts de l'administration Reagan, le pays plus d'inflation, pôts, plus de chômage et de misère, plus de pertes humaines, plus de destructions. La réalité s'est chargée de démontrer que le gouvernement démocrate-chrétien est incapable de résoudre cette crise.

Les organisations regroupées dans le FMLN-FDR luttent depuis pour trouver une solution à cette crise, en combinant moyens militaires et politiques. Depuis plus de cinq ans, nous insistons sur la nécessité d'une politique à ce conflit car nous avons malgré l'engagement militaire croissant des nord-américains au Salvador, le FMLN ne peut être militairement vaincu.

dialogue avec le gouvernement, initié à La Palma, a été unilatéralement suspendu par le gouvernement et reprise prochaine semble d'une tentative du régime de redorer son de marque politique détériorée que d'un effort sérieux visant à trouver une solution politique négociée au conflit.

Le processus de regroupement des forces sociales dans le pays auquel nous assistons se caractérise par la recherche de solutions à l'actuelle crise nationale. Il est chaque jour plus évident, et chacun le ressent, que sans résoudre le conflit na-

Oil sera impossible de redresser l'économie. (...)

L'expérience de ces deux années montre que le dialogue entre le gouvernement et nos fronts, bien qu'il soit une aspiration générale de la population, est terriblement précaire parce que le gouvernement l'a déjà interrompu pendant 19 mois. Nous sommes convaincus de la nécessité du dialogue entre les parties en conflit, mais nous sommes aussi convaincus de ses limites et insuffisances. Aussi, dès la première réunion à La Palma, le FMLN-FDR a dit qu'il était nécessaire d'intégrer tous les secteurs de la nation au processus de solution politique.

En adressant cette proposition à toutes les forces politiques et veut faire un pas de plus dans la construction d'un dialogue national qui permettra d'orienter le pays dans une nouvelle étape de reconstruction et de progrès social, économique et politique. Si l'avenir de ce pays appartient à tous, nous devons tous apporter notre contribution pour une solution politique.

Le FMLN et le FDR déclarent : Nous sommes disposés à participer à un dialogue national avec toutes les forces et secteurs intéressés par une solution politique, patriotique et démocratique au conflit que vit notre pays, pour conquérir la paix, la justice et la dignité auxquelles aspire le peuple salvadorien.

Nous nous engageons à dialoguer avec tous les secteurs sans faire de distinction de caractère social, politique et idéologique, entre les civils et les militaires qui sont véritablement intéressés à l'élaboration d'un projet de solution politique et à lutter pour en faire une réalité.

Nous sommes décidés à nous engager dans le projet politique et démocratique - de consensus national qui s'élabore dans ce large dialogue.

C'EST AUX SALVADORIENS EUX-MEMES DE TROUVER LA SOLUTION

La solution doit être cherchée et trouvée entre Salvadoriens.

Elle devra impérativement rétablir la souveraineté et l'indépendance nationale et c'est seulement de cette manière que le peuple salvadorien pourra faire valoir son droit à l'autodétermination et à la démocratie et décider de son propre destin. Cela signifie concrètement que le gouvernement des Etats-Unis doit cesser de s'ingérer dans le conflit national et cesser sa participation militaire et politique à ce conflit.

La solution politique doit assurer le non-alignement de notre nation, c'est-à-dire le refus de toute alliance militaire avec d'autres pays ou blocs, le refus de l'alignement politique prédéterminé sur d'autres pays ou puissances pour tous les problèmes, sauf ce qui concerne la paix mondiale, le désarmement et l'unité de la des intérêts communs latino-amé-

UN GOUVERNEMENT PLURALISTE

ET LARGEMENT REPRÉSENTATIF solution politique le résultat d'une participation pluraliste, tant dans son élaboration que dans son application. Le régime qui naîtra de cette solution devra également être le garant du pluralisme idéologique et poli-

Pour assurer et garantir l'application de l'accord politique conclu, le gouverneintégrer les représentants de tous les sations, personnalités. Seuls en exclus ceux qui rejettent cette solution

Il existe des secteurs qui tout en étant favorables à une solution politique, sympathisent et se sentent proches idéologiquement des Etats-Unis, droit et nous le respectons, tout comme on doit respecter celui des autres secteurs à défendre leur propre idéologie et à lutter pour elle démocratiquement.

Une large participation de toutes les forces dans le gouvernement sera la garantie du respect des décisions adoptées lors du dialogue pour résoudre la crise nationale. Le FMLN-FDR sera une des composantes de ce gouvernement.

Ce gouvernement aura un caractère transitoire et accomplira les tâches élémentaire définies dans l'accord, notamment l'organisation d'élections honnêtes et libres afin que le peuple puisse décider lui-même du chemin qu'il entend suivre et à qui reviendra le pouvoir.

Nous aspirons à exercer le pouvoir. C'est là une aspiration légitime pour laquelle nous luttons. Dans le cadre d'une solution politique juste et une fois réunies les conditions permettant des élections libres et honnêtes, nous y participerons. Nous reprendrons donc la voie qui a été avilie par la dictature, nous obligeant à mener une guerre révolutionnaire qui se poursuivra si le gouvernement des EtatsUnis fait obstacle à une solution politique.

Le gouvernement issu de telles élections devra mener une action ferme et énergique pour mettre fin à la corruption et commencer un processus d'assainissede l'administration, en particulier dans son échelon supérieur.

Pour permettre au gouvernement d'appliquer les mesures prévues dans l'accord politique, un cessez-le-feu est indispen-

Le FMLN-FDR s'engage à signer un gouvernement s'installera et à contribuer à la création et au maintien des conditions nécessaires à la réalisation des mesures prévues dans

Une fois le cessez-le-feu signé, le FMLN et les forces armées gouvernementales maintiendront leurs armées respectives. Dans le cadre du gouvernement qui se mettra en place, on cherchera une solution négociée au problème de l'existence des deux armées. Le FMLN s'engage à participer de toute bonne foi à ces négo-

La solution politique tiendra compte des exigences de justice sociale, du respect des intérêts économiques de tous les secteurs impliqués dans cet accord. Le gouvernement appliquera les mesures sui-

— Supprimer les mesures économiques qui s'attaquent directement aux intérêts de la population. -

- Mettre en route les réformes fondamentales élaborées dans le dialogue national, en particulier la réforme agraire, celles du système bancaire et du commerce extérieur. La réforme agraire doit résoudre le problème de la terre dans l'intérêt des travailleurs et des petits et moyens producteurs agricoles.

- Elaborer un programme de redressement économique qui amorce une solution au problème du chômage et se fixe comme objectif une distribution équita-

- Respecter le droit à la propriété privée et à la libre entreprise de tous ceux qui s'engagent dans la solution politique dans les limites des projets de

- Développer un système d'économie mixte combinant, de façons variées,

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Le gouvernement issu de cette solu- térieurement doivent être les bases de l'entreprise privée et la propriété sociale tion négociée assumera une

La solution politique doit déboucher régionale de paix, de non-intervention, sur un processus authentique de démocratisation et sur le rétablissement des Droits

Il devra également encourager des solude l'homme afin de garantir :

tions politiques aux conflits en Amérique fin de la répression et des viocentrale et forger des relations lations des Droits de l'homme sous toutes l'intérêt mutuel.

effectif des apparelis repressifs vilant les Droits des sur l'égalité des droits, le respect récipro-

— le retour des populations déplacées que, la souveraineté et l'indépendance naet réfugiées sur leur lieu d'origine ;

- le respect absolu de toutes les libertés et droits démocratiques, indivisommes conscients de notre responsabi-

- la création des conditions organination. Nous l'assumons en nous faisant sationnelles et politiques permettant la réalisation d'élections générales, libres et honnêtes et leur organisation pratique.

contribution et les propositions faites andiscussion pour parvenir à un accord qui permettra de sortir de d'autodétermination et d'indépendance.

la profonde crise que vit notre pays

Avec l'appui de tous ceux qui aspirent à une paix juste, dans la démocratie et l'indépendance, tous les Etats basées d'atteindre cet objectif.

Nous répétons notre volonté de paix, nous faisons confiance aux capacités de

Il facilitera des relations amicales et lutte de notre peuple qui en a fait la de collaboration avec les Etats-Unis basées démonstration tout nous tenons également répéter notre décision de continuer la lutte au cas où l'intervention américaine

En formulant cette déclaration, nous bloquerait la solution politique à laquelle aspirent notre peuple et nos fronts.

Comité exécutif du FDR, nous voulons fructueux. Cette

Commandement général du FMLN,

El Salvador, 10 juillet 1986.

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