Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

YOUGOSLAVIE

Relance du mouvement grèviste

· Inprecor n° 230, 17 novembre 1986 · p. 10 · 593 mots

Europe de l'Est Syndicalisme Économie mondiale Stalinisme

De nombreux objets vus et non identifiés ont été repérés ces dernières semaines en Yougoslavie ! Ce sont les célèbres « Obustava Rada », les « suspensions de travail », formule pudique utilisée par la presse pour parler des grèves. Ainsi, le mercredi 15 octobre une grève générale paralysait les transports publics de Split. (1) La crise sociale - une des facettes décisives de l'ébranlement de la société yougoslave — ne fait que s'accentuer. Le correspondant du quotidien italien La Repubblica, écrivait, début octobre : « L'autogestion et la bureaucratie croisent le fer. » (2) Et c'est vrai. Les grèves atteignent un niveau jamais connu auparavant. La seule étude sociale sérieuse portant sur les grèves en Yougoslavie est celle de Neca Jovanov, intitulée « Les grèves ouvrières dans la République socialiste fédérative yougoslave ». Elle couvre la période 1958-1969. Prudent, le camarade Jovanov ! Durant ces années, la durée de chaque grève ne dépasse pas une journée et le nombre moyen des participants ne va pas au-delà de cent. Un saut qualitatif est donc en train de se produire.

Côté cour de la scène de l'autogestion, le président Mikulic, embarqué dans des négociations périlleuses avec le FMI, déclare : « Nous sommes dans une situation fort grave. Pouvons-nous aujourd'hui prendre le risque d'accroître les tensions sociales ? » (3) Mikulic tente de faire comprendre aux agents du FMI qu'il ne faut pas pousser trop loin, au risque d'une explosion sociale. Mais le jeu est plus complexe. Dans une certaine mesure, Mikulic peut effectivement craindre et résister à une implosion de la fédération yougoslave, événement qui serait catastrophique. Mais il se soucie d'abord de sa position et de celle de ses compères. Il cherche à se déresponsabiliser face aux travailleurs yougoslaves, en désignant avec mollesse un bouc émissaire, le FMI. Il espère ainsi freiner quelque peu la tendance des travailleurs, manuels et intellectuels, à tirer un bilan effectif de la gestion bureaucratique de l'autogestion. L'espoir est vain. Le débat sur le rôle et la responsabilité de la bureaucratie est déjà pratiquement ouvert, depuis les usines jusqu'aux universités. Autre chose est la leçon essentielle qui en sera tirée et donc la dynamique politique de cet essor du mouvement de masse. Cela dépendra en partie de l'aptitude de ceux qui défendent un projet de société autogérée à proposer des issues crédibles à la crise et à organiser effectivement la résistance à toute atteinte aux besoins sociaux et démocratiques de la très large majorité de la population.

Quant aux puissances impérialistes créancières, elles veulent d'abord que la Yougoslavie paye. Jusqu'à présent, elle l'a fait. Plus de 5,6 milliards de dollars ont été versés aux banques impérialistes durant les six premiers mois de l'année 1986. En outre, il y a peu de doutes qu'une fraction de la bourgeoisie occidentale développe des projets plus ambitieux. Elle cherche à utiliser la crise économique pour faire agir ses multiples instruments de pression : depuis les prêts bancaires jusqu'aux importations, en passant par les investissements directs. Son but est de tenter une vaste opération de réintégration complète de la Yougoslavie dans le

C'est un vrai défi lancé aux travailleurs yougoslaves, aux travailleurs de l'Europe de l'Est et de l'Ouest. C'est une vraie tentative de leur arracher leurs conquêtes de 1944 et 1948, après l'expropriation politique déjà accomplie par la bureaucratie. C'est une partie du futur de l'Europe qui est en train de se jouer. •

A. U. 23 octobre 1986. 1. El Pais, 17 octobre 1986. 2. La Repubblica, 10 octobre 1986. 3. La Repubblica, 3 octobre 1986.

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