saisi les dirigeants du Parti communiste argentin (PCA), après le comité central de décembre 1985 (voir article précédent). Le 16e congrès du PCA doit se tenir au mois de décembre 1986. L'auteur du texte que nous publions, paru dans l'hebdomadaire du PCA Que Pasa ? est membre de la commission politique (éxécutif) de ce
T E texte que nous publions ci-dessous parti. Fernando NADRA
POUVOIRS, AUTOCRITIQUE ET ALLIANCES Je pense qu'en marge de la responsabilité collective qui nous échoit dans les erreurs commises et que le comité central a assumé, il est indispensable que chaque dirigeant du parti contribue par ses propres réflexions à comprendre ce qui s'est
Il est évident que ces responsabilités ne sont pas identiques pour un militant de base et pour nous, la direction. Il faut reconnaître que nous avons tardé à voir des déviations opportunistes de aussi graves que celle qui a consisté à diluer notre vocation au pouvoir ou a ne pas caractériser une dictature fasciste comme telle et même à mettre des espoirs dans des gens comme Videla-Viola qui, dans la pratique, ont mené la revanche de l'ennemi de classe sur les forces révolutionnaires, la classe ouvrière et le peuple.
Voilà pourquoi le débat du 16e congrès est tellement important. Il ne s'agit pas simplement de briser - comme nous l'avons fait - le mythe de l'infaillibilité mais de reconnaître les lourdes fautes commises. En approfondissant la critique et l'autocritique qui devraient être une méthode et non un recours extraordinaire, nous pourrons ouvrir la voie perfectionnement de notre projet révolutionnaire et ce perfectionnement, à la chaleur des luttes, donnera son sens léniniste, positif et constructif à l'autocritique.
Les erreurs et les défaites, comme le prouve l'histoire du mouvement ouvrier révolutionnaire, peuvent être utiles si elles sont assumées et corrigées. Nous ne jouons pas sur les mots. Assumer les s'inserit dans la vague d'autocritiques qui a erreurs est insuffisant, il faut les corriger vite et bien. A ce projet révolutionnaire correspond un parti qui dépasse les obstacles réformistes et dogmatiques, qui se dote d'une méthodologie adaptée et qui est formé d'hommes disposés à le mener jusqu'au bout. Il n'y a plus de place pour la conciliation.
le disait Lénine, des années de réaction, d'abattement, de dispersion, d'apostat, de pornographie à la place de politique (...) la grande défaite offre aux partis révolutionnaires, à la classe révolutionnaire une leçon hautement instructive, une claire leçon de dialectique historique, de compréhension, de l'art et la manière de mener la lutte politique ».
ASSUMER ET CORRIGER
LES ERREURS La réalité exige d'assumer en toute franchise révolutionnaire l'autocritique menée par chaque secteur de travail pour que l'analyse collective nous aide à rétablir pleinement la confiance entre la base et la direction, à nous transformer en avant-garde effective.
Pour ma part, en appliquant la ligne décidée et en le faisant avec force et discipline, dans les écrits, les discours, J'ai ajouté ma propre pierre aux erreurs communes.
En le reconnaissant et en le corrigeant, nous pouvons commencer à mener une politique d'alliances sur une base de classe au moment où s'épuise la base
3. Sur le plan d'austérité argentin, dit Plan austral, voir l'article d'Inprecor du 21 octobre 1985, numéro 205.
réformisme bourgeois tel que nous l'avons connu jusqu'à maintenant, en nous battant pour une polarisation classiste et des regroupements forts dans toute la société. Comprendre cette démarche est vital pour avancer vers la libération et battre en brèche la dépendance, ouverte ou « modernisée », que nous propose le projet de Raul Alfonsin.
CHANGER LES LEVIERS DE MAINS
Si les classes avancées n'ont pouvoir, si les leviers de ce pouvoir dans la société ne changent pas de mains, il n'y a pas de révolution. Cette conception essentielle du léninisme, la conquête du pouvoir, a été perdue de vue dans notre pratique et ce, circonstance aggravante, pays où se sont épuisées les différentes tentatives pour maintenir les structures actuelles de pouvoir, soit par la dictature ou la réforme.
La thèse et l'intervention en décembre dernier déviation par le fait de ne pas avoir vu à temps, les changements économiques, sociaux et politiques qui se sont produits dans le pays. A mon avis, nous pourrions y ajouter une appréciation incorrecte du rôle de la bourgeoisie nationale et une
« vaccin anti-ultragauche » qui, après une critique juste de notre part des méthodes de ce courant, a rendu très partielle notre analyse théorique des voies de la révolution, de l'initiative qui revient à l'avant-garde dans le mûrissement du facteur subjectif et provoqué une distorsion du système d'alliances tant sur le plan syndical que sur le plan politique.
Loin d'élaborer une juste ligne d'unité de la gauche liant la lutte idéologique et le dépassement de nos propres limites, comme l'ont fait les camarades cubains et
Schaffick Handal, commandant du FMLN, nous n'avons pas vu les causes objectives de l'apparition de courants de dans les années 1960, pensant qu'ils disparaîtraient avec notre polémique énergique. Cela n'a pas favorisé les correcdes autres organisations révolutionnires qui ont pour objectif la prise du pouvoir, nous nous sommes affrontées à elles et nous avons stimulé les conceptions réformistes dans nos propres rangs.
Nous avons privilégié les accords généraux, démocratiques en les opposant aux accords de fond, stratégiques. L'unité avec un révolutionnaire, avec qui nous avions des divergences tactiques et même idéologiques, était repoussée face à un vulgaire politicien bourgeois de centre arrogant ou qui nous regardait TACTIQUE ET STRATÉGIE Nous avons rompu la relation dialectique qui unit la stratégie et la tactique au profit de cette dernière. Nous citions le principe léniniste selon lequel il n'y a pas de tactique juste qui ne contribue au succès de la stratégie, ou qu'il ne peut y avoir de triomphe stratégique qui ne soit basé sur une tactique juste, mais, dans la pratique, nous nous sommes éloignés de
Je pense que c'est pour cette raison, que nous avons insisté sur les formules du Front démocratique national (FDN) et d'Accord national démocratique (CND)
les franges jeunes les plus combatives vibraient au cri de « libération ou dépendance », contradans la pratique, détendait dans la lutte quotidienne, parfois par dessus les formules rituelles qui parve-
Nous n'avons pas vu les changements qui s'opéraient dans ce que nous appelions jusqu'alors la « bourgeoisie nationale », changements qui venaient de loin et qui se sont approfondis avec la politique de la dictature. Une partie de cette bourgeoisie s'est transformée en associée de l'impérialisme, l'autre s'est consacrée à la finance et la spéculation, et, en géné-
La été également corrompue par l'impérialisme américain et l'anti-étatisme des transnationales. La bourgeoisie non monopoliste a perdu son poids économique et, de ce fait, son importance politique. Peut-être les réactions que nous avons eues contre les propositions extrémistes d'aller tout de suite au socialisme ont été les œillères qui nous ont empêché de voir ces changements fondamentaux et de préciser le caractère des forces motrices de la révolution. Notre système d'alliances nous a réduits à être une simchargée d'assurer « l'élargissement » de l'éventail des forces démocratiques.
En définitive, nous avons travaillé pour un hypothétique et incompréhensible CND et non pour le Front de libération nationale et sociale (FLNS), mis à l'ordre du jour de notre congrès, le contenu différent, révolutionnaire est clair comme de l'eau pure.
FORCE D'APPOINT OU FORCE RÉVOLUTIONNAIRE En privilégiant, les alliances tactiques, en marginalisant ou reléguant les alliances stratégiques, tous les efforts ou les sacrifices des militants et de chacun de nous ont fait de nous une sorte de soutien de ce que nous considérions comme « un moindre mal », une espèce de gauche du Nous nous sommes comme une force d'appoint de secteurs « progressistes » mais encore teurs de la bourgeoisie réformiste que comme une force révolutionnaire de la classe ouvrière avec une alternative et
Cette détérioration de l'indépendance de classe a affaibli nos alliances tactiques mêmes, qui ne dépassaient pas le stade formel au lieu d'être de véritables accords que nous n'avions pas la force d'imposer. C'est ainsi que l'on peut expliquer que, tout en étant les promoteurs et les principaux créateurs de fronts comme la Multipartis au moment de sa constitution, la bourgeoisie nous a laissés hors de ce regroupement avec des d'hypocrite cordialité bourgeoise.
Notre faiblesse profonde réside dans le fait que nous n'avions pas constitué auparavant un noyau unitaire des forces de gauche, ce qui est décisif. Nous ne le comprenions pas ou bien le repoussions et c'est ce qui a contribué à ce que nous ayions été incapables de altenative électorale pour 1983, obligeant
Get non à décider, avec un certains suivisme vis-à-vis des bué à l'ampleur de notre défaite électo-
PAS AMONCELLEMENT La non compréhension dialectique concept d'unité niveaux a aussi été l'une de nos erreurs. Sur le plan tactique, l'unité peut s'appliquer dans la lutte pour une ou plusieurs revendications concrètes - salaires, libertés - ou pour un objectif immédiat, faire face au coup d'Etat. Sur le plan stratégique, l'unité doit se concevoir comme la lutte pour un programme de transformations révolutionnaires et, avec les forces de gauche péronistes ou non péronistes, comme noyau pour développer les luttes et les différentes formes d'unité.
Je crois qu'en même temps nous devons démystifier le concept d'unité comme tel, l'unité pour l'unité, qui se réduit à un simple amoncellement de forces. Nous sommes partisans de l'unité tour d'objectifs de classe, de l'unité pour la lutte et pour la révolution.
L'unité implique toujours la lutte des contraires, à cause de différences de position. Unité et lutte idéologique sont deux faces d'une même médaille et nous ne l'avons pas toujours pris en compte. Partant du sage conseil léniniste qui nous demande de chercher l'unité même si c'est sur un seul point ou pendant un conciliatrice, en oubliant l'autre moitié de l'enseignement léniniste : pour unir, il faut d'abord délimiter les camps. L'unité telle que nous l'avons appliquée s'est réduite à se retrouver avec les radicaux, les péronistes, les intransigeants et autres, en nous gardant bien de les critiquer pour des « raisons d'unité » mal comprises. Nous ne pouvons répéter cette erreur, l'authentique unité suppose le débat avec nos alliés sur les questions qui nous préoccupent, depuis la tactique et la stratégie jusau'aux voies, aux formes de lutte, les étapes et les compromis possibles. C'est ainsi que nous nous éduquons et que nous éduquons les masses en élevant la conscience révolutionnaire.
UN FRONT SOUS HÉGÉMONIE PROLÉTARIENNE Le caractère global de la crise ne laisse pas de marge à une solution réelle
qui ne soit pas fondée sur un projet libérateur, sur les transformations révolutionnaires contenues dans notre programme. Ce programme, ce n'est pas un front démocratique sous hégémonie bourgeoise qui le mènera à bien mais bien le FLNS sous hégémonie prolétarienne, sans lequel le pays ira de frustration en frustration.' Ce front est l'instrument adéquat pour affronter les projets économiques, idéologiques et politiques de l'ennemi de classe, pour la conquête d'un pouvoir de type nouveau qui tranchera l'alternative libération ou dépendance en faveur de la presocialiste est caractérisée comme populaire, anti-impérialiste et anti-oligarchique. Ce processus unique ne peut être métaphysiquement découpé en étapes séparées, quasiment opposées entre elles, l'étape démocratique et libératrice, d'un côté, et l'étape socialiste, de l'autre. Il faut le dire clairement : nous avons également commis cette dans les faits, séparant les étapes et privilégiant la démocratie. Cette erreur s'est nous faisions allusion, le FDN et la CND jusqu'à la malencontreuse « convergence a été une caricature dramatique de l'analyse marxiste léniniste sur le travail en direction des forces armées, que reconnaissent toutes les avant-gardes révolude la dictature aurait été bien différente, bien différents auraient été le passage à la démocratie et les fruits de la lutte que nous aurions recueillis, si nous avions construit une 1983. Ce n'est pas de notre seule responsabilité, mais nous devons dire que nous n'avons rien fait pour le construire.
Comme je l'ai déjà déclaré de façon autocritique au comité central, avons cherché le Front et les alliés là où ils n'étaient pas. Et ils nous ont échappé comme s'échappe l'eau entre les doigts. Il ne nous restait rien ou quasiment rien.
Nous pouvons dire, même, que dans l'élaboration de notre ligne politique nous n'avons pas pris en compte l'expéexalté les fronts et les révolutions de Cuba, du Nicaragua, du Chili, d'El Salvador, d'Uruguay ou du Pérou et nous nous en sommes solidarisés mais nous n'avons pas étudié à fond ces riches expériences. Nous avons considéré avec hauteur ce qu'il y avait de général et de particulier dans chaque cas sans en tirer des leçons
COMMENT S'EXPRIME LA RÉSISTANCE AU FRONT DU PEUPLE
La création du front du peuple est un pas important dans l'application du projet révolutionnaire. Elle a l'énorme mérite de constituer un exemple concret et démontre qu'il est possible que les révolutionnaires dépassent leur éclatement et marchent unis vers la libération nationale et le socialisme. Voilà pourquoi nous ne pouvons pas, nous ne devons pas commettre une nouvelle erreur qui réduirait à néant cette riche ex-
Notre tâche est aujourd'hui de consolider le FREPU avec les organisations qui le composent, dans l'action et dans la l'élargir ou le refonder en y intégrant de nouveaux secteurs ouvriers et populaires du péronisme, les intransigeants, les chrétiens, d'autres courants socialistes, les secteurs les plus avancés du radicalisme ou de ceux qui votent
Cette tâche historique de construire, renforcer et développer le front demande de tous et de chacun de nous une compréhension profonde et non formelle de notre projet révolutionnaire, un esprit unitaire, une flexibilité et une attitude créatrice face à tout obstacle surgi soit de la coordination avec nos alliés soit inventé par les campagnes de divisions de l'enne-
La création du Front du peuple a été discutée de façon profonde, dense et salutaire, avec nos alliés et à l'intérieur du parti où l'incompréhension rencontrée reflète bien à mon avis, une incomprédu projet révolutionnaire que nous esquissions dans la thèse politique.
Beaucoup de camarades ont dépassé ces désaccords mais, à mon avis, d'autres les maintiennent, même si maintenant ils s'expriment de manière indirecte.
Comment ces réserves se traduisent- Quand on met l'accent sur le Front de libération nationale et sociale mais qu'on passe sous silence, comme s'il n'existait pas, le Front du peuple qui est le chemin réel et non abstrait vers le FLNS dans son existence actuelle et non hypothétique.
- Quand on reconnait l'existence du Front du peuple mais qu'on ne fait rien ou très peu pour le construire ou le développer ou qu'on le fait à contrecœur.
- Quand on dit que c'est un instrument électoral important mais rien de plus, point à la ligne.
- Quand on dit, avec raison, qu'il ne faut pas appliquer la conception du Front du peuple mécaniquement à d'autres secteurs sociaux (syndicaux, jeunes, quartiers, etc.) mais qu'on ne fait rien pour le construire ni mécaniquement ni créativement.
- Quand on met l'accent sur nos soi-disantes alliances « de vingt ou trente ans que nous ne pouvons abandonner », alors que le problème est précisément d'en finir avec la routine et le schéma naif en la matière et, sans « abandonner » personne, de privilégier nos alliances straon exprime sectaires vis-à-vis des péronistes ou bien, au contraire, quand on a une politique suiviste consistant à dire que le Front du peuple nous éloigne d'eux, alors que la réalité a prouvé qu'avec le FP se sont ouvertes des possibilités nouvelles de travail en commun. C'est dans le seul cadre des projets frontistes de libération que nous pouvons contribuer au développement d'une gauche péroniste capable d'intégrer organisationnellement de grandes masses à la lutte pour la libération et la révolution.
- Quand on formule des objections « insurmontables » aux secteurs de gauséparés d'eux par des questions idéologiques ou tactiques qu'ils soient socialistes, intransigeants, chrétiens, néotrotskystes, ex-maoistes, ex-combattants armés
Sur ce terrain également, regarder le reste du continent. L'Amérique latine nous apprend que la constitution d'une avant-garde unie des forces révolutionnaires et la synthèse théorico-politique s'obtient dans la lutte de masse pour le pouvoir. Avec le critère sectaire et plein de préjugés, qui fut le nôtre, dont nous avons pati et avec lequel il faut rompre rapidement, cubaine, ni la révolution nicaraguayenne n'auraient été possibles et on ne combattrait pas avec les armées du FMLN au
IL NE SUFFIT PAS DE SE SENTIR COMMUNISTE, ENCORE FAUT-IL L'ETRE Ces réflexions se veulent une contribution au débat du 16e congrès, dont le meilleur produit serait l'élaboration d'une analyse scientifique de la réalité nationale et de nos tâches ; permettre que l'ensemble du parti et chaque camarade fassent le bilan des succès obtenus, pointent nos erreurs et nos insuffisances comme leurs causes réelles afin de les corriger vite et bien ; mettre fin à la roule bureaucratisme et les schématismes et impulser avec force notre projet révolutionnaire.
Pour un communiste, il est vital de ne pas se rouiller avec la fuite des dures années de combat, de ne pas sombrer dans la léthargie sous le poids des embûches qui parsèment notre dur chemin. Il ne suffit donc pas de continuer à se sentir profondément communiste, il faut continuer à l'être avec l'esprit de sacrifice, l'initiative politique, la vocation au pouvoir et toute la richesse que renferme cette qualité déjà légendaire de communiste, typique de la nouvelle époque que vit l'humanité.
Au dire de Marx, tout est lutte dans la vie. La lutte entre le neuf et le vieux
Get la joie de l'existence humaine. Lutter, donc, pour le neuf, pour ce qui naît, contre le vieux qui meurt dans l'Argentine d'aujourd'hui, c'est aussi l'essence et la joie suprême de notre propre existence de commu-
Sans lutte, comme le dit le camarade Fidel, il n'y a pas de révolution. Et le théorie, s'il est notre guide pour l'action, la lutte nous donnera la victoire.
Fernando NADRA, Que Pasa ?, mai 1986.