Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ARGENTINE

Un peu d'histoire du PCA

Inprecor n° 232, 15 décembre 1986 · p. 14 · 836 mots

Argentine et Chili URSS et Russie

A la fin des années 1920, après les purges anti-trotskystes, le PCA est ultra-gauche, fidèle à la politique « classe contre classe » de la troisième période de l'Internationale communiste. Le gouvernement populiste du radical Hipolito Yrigoyen, qui arrive au pouvoir en 1916 puis de nouveau 1928, porté par le vote des masses rurales et urbaines, petites bourgeoises et prolétariennes, est alors pour le PCA, le « gouvernement de la réaction capitaliste » avec « toutes les caractéristiques du national-fascisme ».

Après le Te congrès de l'Internationale communiste en 1935, s'ouvre la politique des fronts populaires : le PCA vire brusquement et impulse alors un front avec les « paysans démocratiques » de Lisandro de la Torre, avec les radicaux qualifiés jusqu'alors de « nationaux fascistes » et avec le Parti socialiste de Nicolas Repetto la veille encore « social-fasciste»». Après la Restauration conservatrice et avec en toile de fond la fraude électorale de la « décennie infâme » qui va de 1930 à 1943, le PCA en arrive à soutenir la candidature du radical de droite Mescelo T. de Alvear, contribuant ainsi à légitimer la fraude et, en 1938, le candidat de l'ordre conservateur, Robert M. Oritz, qui gagne l'une des élections les plus frauduleuses de l'histoire de l'Argentine, pourtant riche en la matière. Le tournant vers les secteurs « démocratiques » du pays va de pair avec un tournant en direction de l'« impérialisme démocratique », la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, qui promettent alors d'appuyer l'Union soviétique contre Hitler.

La signature du pacte germano-soviétique en 1939 amène le PCA sur une position de neutralité, caractérisant alors la guerre comme impérialiste. Il ne parle plus guère alors du front antifasciste, mais de front national. La lutte contre le fascisme cède la place à la lutte contre l'impérialisme. Cette politique s'achève avec l'attaque de l'armée allemande contre l'Union soviétique en juin 1941. Le PCA rompt la neutralité et remet à l'ordre du jour le front antifasciste avec les secteurs « démocratiques » représentés selon lui par les radicaux d'Alvear et le Parti conservateur. Peu importe que l'Argentine et l'ensemble de l'Amérique latine soient dominés par l'impérialisme anglais, qui peu à peu cède le pas à la domination nord-américaine, le PCA dénonce « la pénétration des capitaux allemands en Argentine », il lance un appel aux peuples, aux gouvernements d'Amérique latine et aux « Etats-Unis afin d'assurer la défense du continent contre l'agression intérieure et extérieure des fascistes nazis ».

¡toire du PCA

La mobilisation de masse du 17 octobre 1945, qui arrache de la prison le général Juan Peron, alors secrétaire d'Etat au Travail et à la Prévoyance, et le conduit à la présidence peu de temps après, est pour le PCA l'irruption du « lumpen et de la canaille (...) de hordes de va-nu-pieds (...) de la canaille recrutée par la police et les fonctionnaires du secrétariat au Travail et à la Prévoyance pour effrayer la population ». En opposition à la candidature « néo-fasciste » de Peron, il intègre un front, l'Union démocratique, avec l'Union civique radicale, le Parti socialiste et le Parti conservateur, bruyamment appuyé par l'ambassadeur nord-américain Pruille Braden. Quand se produit le coup d'Etat militaire qui renverse en 1955 le gouvernement de Peron, le PCA se situe du côté des putschistes : il appuie le régime de la Révolution libérale, voyant dans l'amiral Isaac Rojas, un à l'impérialisme, le « courant le plus démocratique du gouvernement provisoire ».

Après des décennies d'anti-péronisme, il se repent et appelle à voter pour les candidats péronistes au second tour des élections d'avril 1973, élections qui portent de nouveau au pouvoir le général Péron et son épouse Isabel. En 1975, il lance la ligne de convergence « civico-militaire : pour la formation d'un cabinet civico-militaire de large coalition démocratique », tandis que l'Etat militarise à toute vitesse, le gouvernement d'Isabel Peron préparant les conditions du coup d'Etat militaire et de la contre-révolution. Quand se produit le putsch, en mars 1976, il donne son appui à « l'aile démocratique des forces armées », représentées selon lui par le président lui-même, le général Jorge Rafael Videla, arguant que le coup d'Etat « préventif » de mars a évité un « putsch pinochettiste ».

Ce faisant, le PCA veut négocier une semi-légalité. C'est la seule organisation de gauche que ne dissout pas la junte militaire en échange d'une légitimation de gauche de l'Etat terroriste. Sans doute le resserrement des liens commerciaux et diplomatiques avec l'Union soviétique dans la période 1976-1983, entre autres facteurs, n'est-il pas totalement étranger à cette politique. La terreur dictatoriale persécute pas systématiquement le PCA, même si la répression de ces années-là ne fait guère de discrimination entre ses victimes. Le fossé entre la ligne capitulatrice de la direction et la répression dont sont victimes les militants finit par s'exprimer dans une crise larvée, qui s'approfondit en 1983, quand le PCA appuie les candidatures péronistes aux élections présidentielles et qui éclate au grand jour en décembre 1985 avec la parution de l'autocritique.

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