Inprecor 1974–2004

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CHINE

Une critique du 7e plan quinquennal

· Inprecor n° 234, 19 janvier 1987 · p. 15-19 · 5 317 mots

Chine URSS et Russie

EPUIS sept ans que la Chine est entrée dans une politique de réformes économiques audacieuses et de grande ampleur (voir l'article précédent), il y a un politique économique est contestée à des degrés divers par certains dirigeants. Dans ce notamment à l'occasion de l'adoption des plans quinquennaux. Ceci a été le cas en ce qui concerne l'adoption du projet du 7e plan quinquennal (1986-1990). Dans l'article ci-dessous, Zhang Kai se fait l'écho de ces débats mais ne s'arrête pas là. Il fait une critique radicale de ce plan, de ses insuffisances et de ses contradictions et donne son opinion sur les conséquences sociales qu'il juge négatives. En effet, il s'agit d'une critique assez fondamentale de la conception de la transition et de la politique éconopassé, y compris par des armes nucléaires, et qui explique en partie le revirement pro-américain de Mao), l'impérialisme américain ne s'alliera jamais avec la Chine contre le Japon. De là découle la nécessité d'un rééquilibrage de la politique étrangère de la Chine, d'une normalisation des rapports avec Moscou (sans pour autant que l'on puisse déjà parler d'un rétablissement d'une alliance sino-soviétique). Gorbatchev a compris le changement de climat à Pékin. Il a fait les premiers pas pour que Deng ne perde pas la face, notamment à l'occasion de son discours de Vladivostok du 22 juillet 1986. Depuis cette démarche s'est poursuivie par le rétablissement des rapports fraternels entre le PCC et le SED est-allemand et le POUP polonais.

Des négociations secrètes en on ne connaît que les trois conditions à la normalisation que Deng aurait posées : la levée de la menace militaire soviétique par le retrait des 600 000 soldats soviétiques de la Mongolie et de la Sibérie méridionale et des fusées soviétiques pointées sur des villes chinoises, ou du moins leur réduction suffisante pour que Pékin ne se sente plus menacé, ainsi que des rectifications de frontière le long du fleuve Amour ; le retrait de l'armée vietnamienne du Cambodge censée « encercler » la Chine ; le retrait des troupes sovié tiques de l'Afghanistan (16).

Gageons que de ces trois conditions, la troisième est la moins importante. La deuxième est négociable (et peut être réinterprétée). Reste la première qui est en fait la seule substantielle. Sa solution modifierait sensiblement la situation stratégique et diplomatique en Asie et dans le Pacifique, c'est-à-dire à l'échelle mondiale. Elle a déjà en partie modifié le contenu des négociations Est-Ouest, puisqu'elle implique une révision des condiretrait des fusées soviétiques d'Europe au-delà de l'Oural. n'est pas seulement une manœuvre économique qui consisterait à reculer pour mieux sauter. Elle a aussi de profondes implications sur les rapports de classe à l'échelle mondiale. Contrairement aux espérances de Nixon-Kissinger d'abord, aux apparences de la fin des années 1970 ensuite, ni la Chine de l'agonie de Mao ni celle de Deng ne s'est réellement insérée dans le jeu impérialiste. La bureaucratie chinoise reste une force non-capitaliste qui a ses intérêts propres et spécifiques à défendre. Et le prolétariat chinois reste dans ce jeu méconnu dont le réveil pourrait bien

Ernest MANDEL, 5 janvier 1987.

16. Le rapprochement de la Corée du Nord avec l'Union s'établir des bases soviétiques dans ce pays accentuent la peur de « l'encerclement » ressentie à Pékin et fera sans doute apparaitre une « quatrième condition » à la normalisation des rapports avec Moscou.

D

débat permanent au sein de la direction du Parti communiste, contexte, chaque décision économique devient l'objet de débats et de mique qui en découle, qui sont celles de l'équipe autour de Deng Xiaoping.

Le Tème plan quinquennal (1986-1990) a été adopté par le Congrès national populaire (CNP). Il a été élaboré au milieu de divergences dans la direction du parti sur la politique de réforme et son rythme. La Chine maintenant « semble être devant le choix suivant » : « ou bien faire un petit pas et constituer un modèle économique où le plan serait prédominant et le marché complémentaire, ou bien faire un grand pas et établir rapidement une économie socialiste de marché » (article de Li Minhua, correspondant à Beijing (Pékin) du journal Wen Hui Bao de Hong Kong, 3 avril 1986, (1). « Un grand débat a lieu entre les économistes nouveaux et anciens » (article de Cheng Xiang du Wen Hui Bao en correspondance de Beijing, 31 mars 1986).

Le Tème plan quinquennal a été « adopté dans son principe ». Cela signifie que certaines questions doivent encore être amendées, les décisions restant en suspens après contreverses, ou leurs applications concrètes devant être tranchées plus tard par la direction du Parti communiste chinois (PCC). Cela signifie une réduction de la planification et des possibilités accrues de perte de contrôle.

LES TACHES ESSENTIELLES

DU 7EME PLAN Les tâches essentielles définies par le Tème plan sont : «1. Maintenir un équili-

Centre la demande globale et l'offre, de façon à ce que la réforme se déroule en douceur, et que les bases d'un nouveau type ques chinoises puissent être fondamentalement établies en cinq ans ou plus; 2.

économique continue et soutenue et, à partir d'un contrôle du montant total de l'investissement en capital fixe, renforcer d'une manière importante les grands projets, la réforme technologique et la promotion en fonction du talent (...) ; 3. Sur la base d'un développement de la production et accroissement de la rentabilité économique, continuer a améliorer la vie de la population urbaine et paysanne. »

Une critique du septième plan

quinquennal où la nouvelle critiques, La dernière période du 6ème plan quinquennal a connu un déséquilibre entre la demande sociale globale et l'offre, principalement parce que les investissements en capital fixe étaient excessifs. Le Gème plan, établi en décembre 1982, avait prévu les investissements en capital fixe des entreprises d'Etat de 1981 à 1985 à 360 milliards de yuans. (648 milliards de FF) (2). A cette époque, le rapport du Premier ministre Zhao Ziyang, disait qu'« une telle décision signifie que l'on a tiré les leçons de la trop grande étendue des investissements lourds et de l'inefficacité des investissements du passé ». Pourtant, le montant réel a atteint 530 milliards de yuans (954 milliards de FF), presque 50% de plus que ce qui avait été planifié. La poursuite d'un développement rapide et d'une forte production entraîna un relâchement de l'efficacité et de la qualité et de nouvelles tensions dans le domaine des matières premières, de l'électricité et des transports. Par exemple, Guangzhou connaît un manque d'électricité de 40%, et à Nanjing et Chengdu, le manque d'électricité provoque l'arrêt du travail deux jours par semaine. Il y a eu depuis 1984 une rapide augmentation des fonds destinés au crédit et à la consommation qui a accéléré l'inflation, le déficit du commerce extérieur, le déséquilibre des échanges extérieurs et la dévaluation du RMB. (RMB - renming bi yuan ou la « monnaie du peuple » ; il s'agit de l'appelation officielle du yuan

DES INVESTISSEMENTS EN Cependant, le montant global des investissements sociaux en capital fixe tel qu'il est prévu par le Tème plan est de 1 296 milliards de yuans, (2332 milliards de FF), (dont 890 milliards pour les entreprises d'Etat), c'est-à-dire 2,6 fois le montant inscrit au 6ème plan.

1. Wen Hui Bao est un journal porte-parole du PCC à Hong Kong.

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Cela indique que le Tème plan quinquennal n'a pas tiré les leçons du passé et il sera difficile d'assurer que les tâches essentielles citées ci-dessus pourront être

Dans les investissements fixe des entreprises d'Etat, les investissements en capitaux comptent pour 500 milliards de yuans dont 375 milliards sont réalisés par le gouvernement central et 112,5 milliards par les gouvernements lo caux. Pour les investissements centraux, l'énergie, les matières premières, l'industrie lourde, les transports et communications, les quatre zones économiques spéciales (Zhuhai, Shenzhen, Shantou, Xiamen) et la centrale nucléaire de Guangdong, près de Hong Kong, comptent au total pour 73,2 %, les « autres secteurs » pour 13,5 %, l'industrie militaire et les projets de défense pour 5,4 %, mais l'agriculture, la sylviculture, l'irrigation et la météorologie comptent seulement 3,9% (14,68 milliards de yuans), et la science, l'éducation, la culture et la santé ne comptent que pour 2,6 % (9,98 milliards de yuans). Les investissements locaux sont prévus principalement

Les investissements dans l'agriculture et l'éducation sont très faibles. Ces dernières années, Deng Xiaoping a souligné le succès de la réforme de l'agriculture,. Cependant, la production globale de céréales a baissé de 7% par rapport à 1984, principalement parce que les revenus de la culture de céréales étant faibles, de nombreux paysans y sont peu enclins et la terre cultivée est en diminution ; en même temps, le prix des engrais, des insecticides et des outils agricoles a augmenté. De plus, les institu*ions locales s'approprient les fonds de l'Etat destinés à encourager

Cette situation se reflète dans les discours de certains députés au Congrès national populaire,. Par exemple, « des députés des provinces de Jiangsu, Jilin, et Fujian ainsi que de Beijing ont souligné que la diminution des investissements en agriculture et en irrigation et le ralentissement des investissements lourds en agriculture doivent être corrigés ». Li Qingkui, de la province de Jiangsu a dit

«la dégénérescence de la terre, le vieillissement des machines, la détérioration de l'irrigation et la mauvaise qualité des semences doivent attirer l'attention. »

Chine nouvelle, 31 mars 1986, dépêche de Beijing). Un des « points de tranchés » lors des discussions commission et des interventions au CNP fut que ce « Tème plan (projet) néglige l'agriculture ». (article de Li Minhua, correspondant du Wen Hui Bao à Beijing).

Suite aux critiques formulées par les députés, un amendement fut apporté au rapport de Zhao Ziyang : « La poursuite du renforcement de l'agriculture, qui est la base de notre économie nationale, est une orientation stratégique décisive pour notre plan de modernisation. Nous devons continuer à nous concentrer sur la production de céréales et nous efforcer d'en assurer une solide augmentation. »

Les critiques faites à ce congrès ont montré un certain soutien au discours qu'a fait Chen Yun (3) devant une réunion du PCC en septembre 1985.

INSUFFISANCE

DES INVESTISSEMENTS DANS L'ÉDUCATION Malgré une certaine augmentation ces dernières années, les fonds destinés à l'éducation sont encore faibles. Zhiwei, ancien rédacteur en chef du Quotidien du peuple et actuellement député au CNP, sur les sommes prévues pour l'éducation par le Tème plan, « 77,7 % sont dépensées pour le personnel et moins d'un tiers sont effectivement consacrées à l'amélioration des actions éducatives. » (Quotidien du peuple, 10 avril 1986, p.4).

Le recensement de 1982 a montré que 23% de la population, soit 230 millions de personnes, semi-analphabète. Liu Bin, directeur adjoint du Comité éducatif d'Etat, a réalisé récemment une enquête dans les provinces de Yunnan et Ghizhou et a « découvert que 15 à 40 % des enfants en âge scolaire ne vont pas à l'école et que si le nombre des anciens analphabètes n'a pas diminué, le nombre des nouveaux analphabètes s'est accru. (...) A l'heure actuelle, les crédits pour les écoles primaires et secondaires sont très faibles. Il n'y a que 102 yuans (183 FF) par an pour chaque élève du secondaire et 33 yuans (59 FF) par an pour chaque élève du primaire (chiffres de 1984). Cette somme couvre les salaires, les bourses d'étude, les frais de déplacements des cadres, d'administration et les charges d'entretien des écoles. (...) Les statistiques de fin 1984 ont montré qu'il reste encore 46 millions de mètres carrés de bâtiments scolaires dangereux et un manque de 37 bureaux avec leurs chaises (correspondant environ à un cinquième des élèves...). Les livres de bibliothèque ainsi que les moyens en laboratoires sont encore plus pitoyables. » (Quotidien du peuple, 8 avril 1986).

De plus, à cause des faibles salaires des enseignants - dans de nombreuses écoles de campagnes, seulement 20 à 30 yuans (36 à 54 FF) par mois pour les instituteurs —, de nombreux enseignants changent de travail et la quantité et la qualité des enseignants est faible.

Le Tème plan quinquennal prévoit de dépenser 201,6 milliards de yuans budget d'Etat dans les cinq prochaines annees pour l'education, la science, la culture et la sante, et on instaurera graduellement 9 ans de scolarité gratuite. Pourtant Tao Dayong, professeur à l'école normale de Beijing a souligné que « le problème actuel est que l'on ne prête pas suffisamment attention à l'éducation de base dans le primaire et le secondaire et que les crédits à l'éducation sont insuffisants (…..). Les autorités acceptent bien d'exempter des frais d'inscription scolaires mais sont réticentes à exempter des 680 millions de yuans par an que représentent les charges diverses. Sans l'exemption de ces charges, la simple exemption des frais d'inscription n'est que du vent car les frais d'inscription peuvent prendre la forme de ces charges diverses. Je continue à penser qu'il devrait y avoir une grosse augmentation de l'investissement dans l'éducation. » (Ming Pao, 4 avril 1986).

LE RYTHME DE LA CROISSANCE

AGRICOLE ET INDUSTRIELLE Le Tème plan fixe à 4% le taux de croissance annuel moyen de la production agricole dans les cinq prochaines années (à 6% si l'on inclut les industries villageoises). Le taux de croissance pour l'industrie (légère et lourde) est de 7,5 %. Il est en augmentation de 87,5% par rapport à l'objectif que s'était fixé le bème plan, mais il ne correspond qu'à 60 % du taux de croissance effectivement réalisé durant la période du 6ème plan:

Selon ces taux de croissance, le Revenu national brut (RNB) de 1990 sera de 1 117 milliards de yuans, en augmentation de 44 % par rapport à celui de 1985. Si la population de 1990 est estimée à 1,113 milliard d'habitants (4), alors le revenu par tête sera d'environ 1000 yuans (1800 FF), ce qui correspond à environ 312 dollars. On est encore loin des 1000 dollars prévus par Deng Xiaoping pour

Dans notre article « A propos Gème plan quinquennal » (October Review, Numéro 1, 1983), nous avons critiqué le taux de croissance moyen prévu de 4% dans l'industrie et l'agriculture comme étant trop faible. De fait, le taux réel a été plus fort que le taux prévu. Il y a même dans l'industrie un danger d'un rythme trop soutenu : 14 % d'augmentation de la production brute industrielle de 1983 à 1984 et une croissance de 22,8 % de janvier à juillet 1985 par rapport à la même période de 1984. Chen Yun a lancé l'avertissement : « Nous ne pouvons pas continuer à un tel rythme, parce que actuellement notre énergie, nos transports et nos matières premières ne peuvent répondre à un tel rythme. » Le gouvernement central demanda aux ministères de l'industrie nationale un coup de frein d'urgence. Malgré tout, le taux de croissance de 1985 a été de 18%.

La raison du rythme trop soutenu de développement industriel est la suivante : il y a perte de contrôle des investissements en capital fixe ; plus il y a d'investissements, plus s'accroit l'industrie légère et de transformation et plus augmente la demande en matières premières ainsi que l'incitation à accélérer les cadences dans l'industrie lourde.

Le Tème plan souhaite d'une part un ralentissement dans le taux de croissance

3. Chen Yun est membre du comité permanent du bureau politique du PCC. Il souvent présente comme chef de d'un courant « conservateur » qui s'opposerait courant « réformateur » de Deng Xiaping.

D'après le dernier recensement, juillet 1982. la population de la Républipopulaire de Chine était de 1,032 milliard d'habitants.

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de développement industriel et intensifie. re progressivement le nombre varié de et d'autre part augmente les investissements totaux en capital fixe de 1,4% comparés aux chiffres réellement réalisés par le 6ème plan. Une telle contradiction entraînera inévitablement un fort rythme ra la croissance de la production au mé. pris de la qualité et de l'efficacité.

PRIORITÉ A LA RÉFORME Le premier principe de base donné à l'orientation du Tème plan quinquennal est de « persister à prioriser la réforme ». Les tâches et objectifs de la réforme de la structure économique tels qu'ils sont fixés par le Tème plan sont précisés. Premièrement, il s'agit de « renforcer la vitalité des entreprises, en particulier des entreprises d'Etat grosses et moyennes, de façon à ce qu'elles deviennent véritabledes entités économiques relativement indépendantes, et deviennent des producteurs socialistes de marchandises et des administrateurs qui soient autonomes et responsables de leurs propres profits et pertes. » Alors que les grosses et les moyennes entreprises d'Etat pratiquent une gestion à différents niveaux, de nombreuses petites entreprises sont gérées par des collectifs ou par des individus. Cela signifie qu'elles sont gérées de manière privée par le biais de contrats de concession ou de location. Les produits deviennent des marchandises vendues sur le marché et produites dans ce but.

Deuxièmement, on doit « continuer à développer le marché socialiste, et améliorer progressivement le système de marché. » Ce dernier objectif signifie « réduisubventions allouées par l'Etat, et diminuer leur proportion sur l'ensemble des subventions ; étendre le marché des biens de production ; ouvrir et organiser systématiquement des marchés de capitaux, des marchés de technologie, et un flux rationnel de main d'oeuvre. »

La réduction du rôle de l'Etat dans l'allocation des ressources allant de pair avec « la réduction progressive du champ de la planification impérative », transformera la majorité des produits en marchandises vendues sur le marché. Leurs prix seront touchés par la loi de l'offre et de la demande du marché. Le Tème plan pré voit, « en tenant pleinement compte de la capacité de réception de l'Etat, des entreprises et du peuple, de pousser activement et résolument en avant la réforme du système de prix qui correspond plus ou moins à la valeur et puisse refléter la relation entre l'offre et la demande, et de former progressivement un système de gestion des prix qui combine des prix imposés par l'Etat, des prix soutenus par l'Etat ajustés par la marché. » Pour ce qui est de la formulation concrète de la formation du système de prix, le Tème plan stipule d'abord, qu'en

Ouvrière dans une usine de mécanique légère. (DR) ce qui concerne les biens de consommation, mis à part les prix fixés par l'Etat pour une minorité de marchandises importantes, les prix de l'ensemble des mar chandises seront progressivement libérés selon la loi de l'offre et de la demande du marché. Ensuite, concernant les biens de production, qu'il faut ajuster les prix prévus par le plan pour les ressources importantes et réduire progressivement la proportion de produits dont les prix sont fixés par l'Etat, de façon à ce que les prix d'Etat et les prix de marché se rejoignent petit à petit. Enfin, en ce qui concerne les tarifs ou les prix des services publics essentiels et des principaux services, l'Etat continuera à les gérer et à les réajuster conformément au plan ; les prix des autres entreprises de service seront progres-

La tendance est donc à ce que la majorité des produits deviennent des marchandises vendues sur le marché des prix « correspondant plus ou moins à leur valeur et réfléchissant la relation entre l'offre et la demande ». L'idée d'un « plan qui prédomine et du mécanisme de marché qui soit un supplément » pourrait devenir dépassée.

Avec un tel objectif, tenir compte de la « capacité de réception » à la réforme des prix signifie en fait de vérifier à quel point l'ensemble de la population est prête à se serrer la ceinture et à tolérer la situation sans se lancer dans une résistance généralisée.

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La constitution de marchés de capitaux signifie que le capital peut circuler librement sur le marché, collecter des intérêts sans limitation du taux d'intérêt, et des usuriers, comme ceux qui existent sous le système capitaliste, pourront réapparaître dans toute la Chine (d'ailleurs cela est déjà apparu dans certains endroits ces dernières années). Le marché des titres pourra exister. La technologie pourra devenir une marchandise. Quant à la force de travail, bien que la formule « la force de travail n'est pas une marchandise » (en fait une non-reconnaissance de l'exploitation) soit toujours en vigueur, elle a les caractéristiques d'une marchandise, car elle peut circuler librement et les travailleurs peuvent être renvoyés ou démis-

Bien que le Tème plan utilise l'expression « orientation par la planification », il ne montre pas comment le plan pourra jouer un rôle décisif de façon à ce que le marché lui soit subordonné. LES ARGUMENTS POUR AFFIRMER LA NATURE SOCIALISTE DU RÉGIME

La théorie officielle et le Tème plan couronnent la production de marchandises en Chine, l'économie et le mécanisme de l'épithète « socialiste ». L'argumentation est la suivante : la production socialiste de marchandises est fondée sur la propriété publique socialiste des moyens de production et sur le travail de travailleurs qui ne sont pas exploités. (Voir le « Dictionnaire abrégé d'économie politique » de Xu Lixin, 1983, page 494). Dans son rapport sur le Tème plan Zhao Ziyang a déclaré que « l'économie marchande que nous voulons développer est dans l'ensemble une économie socialiste marchande qui est basée sur la propriété publique, pratique le principe à chacun selon son travail, et se trouve planifiée et

Examinons de plus près les trois conditions proposées par Zhao Ziyang, en commençant par la question de la propriété publique. Aujourd'hui en Chine, les moyens de production sont propriété publique ou d'Etat ; c'est un critère important pour défendre l'idée que la Chine est un Etat ouvrier et non pas un pays capitaliste. Cependant, selon le 7ème plan, pour les entreprises d'Etat grosses et moyennes on fera une claire distinction entre le droit de propriété et le droit d'usage, et le droit d'usage sera exercé par le directeur ou le gérant de l'entreprise. En ce qui concerne les petites entreprises d'Etat, beaucoup sont maintenant dirigées par des collectifs ou des individus. Le droit de propriété n'a dans ce cas de sens que pour les rapports de propriété. Le droit d'usage a une signification beaucoup plus importante. La production est faite marché ; les prix sont réglés par l'offre et la demande du marché. L'auto-responsabilité vis-à-vis des profits et des pertes a pour conséquence une production en fonction du profit et non pas des besoins. Il y aura compétition entre les entreprises plutôt que coopération. Cela est la conséquence de la loi du marché, particulièresi la production marchande est « pleinement développée ».

Du point de vue de la production sociale brute, aujourd'hui, la valeur produite par les entreprises d'Etat représente environ la moitié de la production brute. Prenons 1985 comme exemple. Les chifdu Bureau statistique d'Etat indiquent que la production brute de l'année est de 1624,2 milliards de yuans, 624,7 milliards de yuans (38,5 %) pour les industries d'Etat, 233,2 milliards pour les industries collectives (5), 357,5 mil-

93,5 milliards pour les industries villageoises, 168,5 milliards pour la construction, les transports et le commerce ruraux et 128,8 milliards pour le reste (comprenant la construction urbaine, le commerce et les transports d'Etat, les communications et le commerce). La majorité des industries collectives ont été concédées par contrat entre des mains privées, la terre est contractée à long terme pour la petite production marchande, presque toutes les industries rurales (et une grande part des industries urbaines), le commerce, la construction, les transports et les services fonctionnent collectivement ou d'une manière privée, et les fermes d'Etat ne produisent que 3 à 4% du Produit agricole brut. Dans la mesure où le taux de croissance de la production des entreprises collectives et individuelles est beaucoup plus fort que celui des entreprises d'Etat, si la tendance se poursuit, le poids des entreprises d'Etat continuera à décroître. Le Tème plan prévoit qu'en 1990, la production brute des entreprises rurales s'accroîtra de 100 % par rapport à 1985, alors que le taux de croissance des entreprises d'Etat est bien inférieur pour la même période.

plan quinquennal prévoit 160 milliards de yuans d'investissement en capital fixe pour les entreprises collectives et 240 milliards de yuans pour les entreprises individuelles. Le tout correspond à 44,6 % des investissements des entreprises d'Etat. C'est également la première fois que l'on inclut les investissements des entreprises individuelles dans un plan quinquennal. La rapidité avec laquelle s'est accru le capital privé ces dernières années est frappante.

Examinons maintenant la question du « à chacun selon son travail ». Si ce principe est indispensable dans une période de transition ou une période socialiste, il ne peut à lui seul garantir le socialisme. Alors que le Tème plan propose de « surmonter et empêcher les différenciations de revenus non raisonnables et excessives » il « continue à encourager » aussi certaines régions, entreprises ou individus à s'enrichir avant tout. Zhao Ziyang utilise également ce principe pour éluder la question du socialisme fondé sur le « travail des travailleurs non-exploités ». Au lieu de cela il se fait l'avocat de la « promotion du libre flux circulatoire du tra-

Enfin, en ce qui concerne la question de la planification et du contrôle : un svstème général de marché est « formé progressivement » et si les prix et la production réglés par le marché deviennent pré.

dominants, alors l'économie planifiée sera par l'économie Chen Yun a fait remarquer pour part que « la régulation par le marché signifie l'absence de planification avec une production qui se fait en fonction des modifications de l'offre et de la demande du marché. Cela signifie une régulation

LE STATUT ET LE MODE DE VIE

Les réformes économiques devraient viser à l'affirmation du rôle dominant du prolétariat dans la production. Le Tème plan quinquennal n'en parle même pas. Dans le chapitre « stimuler les activités des entreprises » sous le titre « réforme structurelle » il propose « d'améliorer la direction des entreprises, de mettre en place progressivement le système de responsabilité de directeurs ou de gérants d'usine, de faire s'exercer pleinement l'enthousiasme et l'initiative des administrateurs » mais ne fait pas mention de la classe ouvrière. Dans le Tème plan il y a une référence générale à la « démocratie socialiste et au système légal » mais ces mots décoratifs n'apparaissent même pas dans le rapport de Zhao Ziyang.

Pour assurer une réalisation en douceur du Tème plan, l'enthousiasme et l'initiative des travailleurs doivent être mobilisés. Pour cela il faut que leurs conditions de vie et de travail soient améliorées de manière significative. Que prévoit le Tème plan de ce point de vue ?

prévoit qu'en 1990, le revenu moyen net annuel des paysans sera 560 yuans (1008 FF), en augmentation de 41,1 % par rapport à 1985. Cependant le taux d'inflation de 1985 serait de 9 %. Si ce taux élevé se maintient cela signifierait que la croissance du revenu net pay-

Il annonce que l'augmentation annuelle moyenne des salaires des ouvriers en termes réels sera de 4 %. Cela correspond à peu près à la moitié du taux de croissance annuel de la production industrielle brute qui est de 7,5 %.

Selon les rapports officiels, le taux d'inflation n'est pas élevé. Des rapports non officiels indiquent cependant que ces dernières années le taux d'inflation était à deux chiffres. Le Bureau statistique d'Etat a par exemple annoncé à la fin du mois de février de cette année que le revenet moyen paysan a augmenté en 1985 de 11,8%, alors que les prix n'ont augmenté que de 3%. Le 27 mars on annonça que l'indice général des prix de détail de 1985 avait augmenté de 8,8 % par rapport à 1984. Comme l'a fait remar-

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quer l'économiste Qian Jiaq, un tel chiffre ne représente pas la situation réelle car il établit une moyenne englobant la baisse des téléviseurs, réfrigérateurs, machines à laver, appareils photos, montres, etc... et l'augmentation des prix des légumes et des produits quotidiens, sous-estimant ainsi le taux de hausse général. Cheng Zhiping, le chef du Bureau d'Etat des prix, de même fit remarquer que « les prix des denrées alimentaires non essentielles, qui affectent beaucoup le mode de vie des gens, ont augmenté jusqu'à 23 % de 1984 à 1985 ; l'augmentation des légumes est de 34,5 %, des produits de la pêche de 37,4 %, des journaux et des liures de 32,5 %. » (Wen Hui Bao, 28 mars 1986).

La tendance du début de 1986 a été forte. Selon les statistiques publiées par le Quotidien du paysan de Beijing, l'augmentation entre décembre 1985 et la fin de février 1986, pour les prix des principaux produits agricoles subsidiaires relevés dans environ 50 marchés ruraux et urbains est de plus de 50% pour le riz, le blé, le soja, les poules, les pommes, les oranges ; presque de 100% pour l'huile de sésame et le boeuf ; de 90% pour le porc, de 75% pour les carpes, de 58% pour les oeufs, de 150% pour le gingembre. (Ming Pao, 28 mars 1986, page 17). L'augmentation en deux mois est vraiment frappante. Les prix sont les prix du marché. Il y avait au total à la fin de 1985, 61 000 marchés réalisant un chiffre d'affaires de 70,5 milliards de yuans. Les prix dans les magasins d'Etat sont plus bas. Cependant, seuls sont contrôlés les prix du riz et de l'huile de cuisine. Les prix de tous les produits agricoles et secondaires ont été libérés. De plus, 75 % des petites boutiques d'Etat sont passées à une gestion collective ou individuelle. Les chiffres de l'évolution des prix dans les magasins d'Etat pour la même période ne sont pas encore disponibles, mais ils ont sûrement été affectés par les augmentations des prix sur le marché.

Une telle situation montre que l'augmentation prévue des salaires de 4% est loin d'être suffisante pour couvrir l'inflation. La subvention mensuelle de 7,5 yuans versée à tous les citadins suffit tout juste à acheter 2 catties (un catty équivaut à une livre, ndt) de viande sur le

Les citadins doivent supporter une augmentation du coût de la vie. Quant aux paysans, les avantages qu'ils ont obtenu il y a quelques années, ont été en grande partie repris par l'Etat par le biais de la hausse des prix des engrais, des produits

Get des outils agricoles. croissement de la tension sociale s'exprime par l'augmentation des grèves et des grèves du zèle.

DES CONTROVERSES

CONTINUELLES DANS LE PARTI

Les tensions sociales et les luttes dans le Parti communiste chinois s'expriment par l'intensification des divergences et des contreverses. Elles se sont développées ces dernières années.

quent que des contreverses sérieuses existent au sein du PCC sur la question de la réforme, et en particulier sur ses mesures concrètes, les étapes, le rythme, l'enver-

, l'intensité etc. Des divergences existent également au sommet de l'appareil et elles ont été partiellement révélées dans le discours de Chen Yun devant le parti en septembre 1985. Certaines théories positions « traditionnelles » du PCC sont en train d'être révisées, et des questions encore non tranchées sont exprimées en cette situation. Il ne dit pas comment la planification pourra prédominer sur la régulation par le marché. Ses mesures concrètes vont cependant dans le sens d'un établissement et d'un perfectionnement d'un marché généralisé. Mais il n'est pas encore clair à quel point le Tème plan a l'intention de réduire le champ de la planification et d'augmenter celui du mécadu peuple chinois en iutte pour la démocratie

Où va la Chine ? S'approche-t'elle de l'objectif socialiste ou s'en éloigne-t'elle ? Défend-t-elle sa ouvrier - propriété d'Etat, économie plamonopole du commerce rieur - ou la modifie-t-elle progressivement pour en fin de compte l'abandonner ? Le 7ème plan ne répond pas d'une qu'il contienne des indications inquiétan-

Le rapport de force entre les différentes forces sociales en Chine et au niveau international affecteront le dévelopclasse ouvrière chinoise défendra ses intérêts présents et historiques et ne permettra pas que l'on balaye ses acquis « en douceur ». C'est une des principales raisons pour lesquelles il serait difficile de restaurer le capitalisme en Chine.

Hong Kong, 28 avril 1986 Solidarité avec le combat

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