U.G.T : une étrange victoire électorale implantation plus forte dans les grandes entreprises, le gouver- membre de la direction des Commissions ouvrières.
U ler octobre au 31 décembre, six millions de travail-
Dleurs de Etat espagnol étaient appeles à participer aux.
élections syndicales générales, les premières depuis 1982, pour désigner leurs délégués.
Le gouvernement du Parti socialiste ouvrier
(PSOE) a modifié la loi électorale afin de favoriser l'Union générale des travailleurs (UGT), la centrale liée aux socialistes, aux dépens des Commissions ouvrières, proches communiste. Sachant que les Commissions ouvrières ont une
Joaquin NIETO
Les travailleurs, et plus particulièrement la gauche syndicale peuvent analyser avec satisfaction les résultats des élections syndicales. Les tentatives du gouvernement et de la direction de l'UGT d'utiliser ces élections pour obtenir un appui à leur politique économique et favoriser l'emprise hégémonique d'un syndicalisme conciliation ont échoué. Même si l'UGT a obtenu plus de délégués que les Commissions ouvrières, elle a perdu les élections dans les moyennes et grandes entreprises, dans la majorité des bastions du mouvement ouvrier et même, dans les banques, les télécommunications et les transports.
LA PROGRESSION
DES COMMISSIONS OUVRIERES
ET DE LA GAUCHE SYNDICALE
Au début du processus électoral, nous faisions l'analyse suivante: « Le
PSOE, depuis le gouvernement, et l'UGT, depuis le terrain syndical, se répartissent le travail pour essayer d'instaurer un synbureaucratique et domestiqué.
Le gouvernement a besoin d'une meilleure couverture sur son flanc syndical pour imposer une politique économique encore plus agressive vis-à-vis des travailleurs et pour asseoir socialement son hégémonie électorale. Le PSOE a besoin de la victoire de l'UGT à ces élections. De là vient le décret qui a repoussé les élections prévues en 1984 et l'appui institutionnel ouvert à cette centrale. L'usure politique du gouvernement et de l'UGT que nous avons vue ces dernières années dans la classe ouvrière, rendra difficile une progression de ce syndicat parmi les travailleurs qui ont participé aux élections de 1982. Ce probablement
Commissions ouvrières ou d'autres formations syndicales qui progresseront en voix et en nombre de délégués dans ces secteurs. Mais, chez les nouveaux électeurs, qui auront un poids décisif dans le résultat final, le terrain risque d'être plus favorable à L'UGT.
espagnol du Parti Elle a plus d'argent, plus de permanents et donc plus de possibilités d'envoyer des gens à la porte de ces petites entreprises où l'organisation ouvrière n'existe pas, où elle pourra bénéficier du soutien implicite du patronat.
« De même, l'appui des institutions, particulièrement des municipalités socialistes, lui sera très utile dans les régions arriérées. Enfin, il faut le reconnaitre, cette frange de travailleurs est plus réceptive au discours d'un syndicalisme modéré et de services que porte l'UGT ». (1).
De cette analyse, confirmée par les événements, nous en déduisions les tâches suivantes: « Pour tous les révolutionnaires qui, depuis des années, essaient de contrecarrer ces tendances conciliatrices du syndicalisme, il est important de poursuivre cette bataille dans ces élections syndicales ».
Les résultats obtenus par les Commissions ouvrières et, en leur sein, par les secteurs les plus révolutionnaires qui ont augmenté leur nombre de délégués, la vitalité démontrée par certains collectifs de la gauche syndicale, sont des faits très
La situation de recul de la conscience et de la force du mouvement ouvrier qui prévaut depuis quelques années, produit de la politique réformiste de démobilisation ouvrière s'exprimant dans les pactes sociaux qui ont suivi la transition post-franquiste, est favorable sion de ce type de syndicalisme conciliateur qu'incarne l'UGT. Pourtant, les élections qui viennent de se dérouler sont un échec de ceux qui voulaient en faire la force hégémonique dans le mouvement ouvrier. Nous devons estimer ce fait à sa juste mesure car si le gouvernement avait atteint ses objectifs, ce qui semblait être le cas dans la première phase des élections, il aurait pu se livrer à une politique antiouvrière plus accentuée. Un appui social accru l'aurait incité à étendre la répression syndicale contre les secteurs ouvriers les plus combatifs, à l'image de sa pratique nement a augmenté la proportion de délégués dans les petites
Ainsi, une entreprises de 49 salariés devait élire
3 délégués et une entreprise de 2 000 personnes, 23 !
Les résultats ont été à la hauteur des espérances du pouvoir puisque l'UGT a gagné les élections avec 200 000 voix de moins que les Commissions ouvrières (voir encart). Nous publions ci-dessous une analyse de ces élections syndicales, faite par un camarade de la Ligue communiste révolutionnaire
(LCR), section de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol, et dans les campagnes andalouses. Aujourd'hui, bien que ses objectifs demeurent les mêmes, les conditions lui sont moins favorables.
positif
L'effet que vont avoir résultats électoraux sur l'avant-garde ouvrière, est tout aussi important. Ils confirment la nécessité d'une politique syndicale offensive et combative.
QUELQUES ÉLÉMENTS D'ANALYSES
- Quelles sont les raisons du succès des Commissions ouvrières ?
Si cette organisation n'avait pas modifié ces dernières années des points importants de sa politique, si elle n'avait pas adopté des positions plus combatives, il ne fait aucun doute qu'elle n'aurait pas obtenu ces résultats. La démobilisation et le recul de la classe ouvrière auraient été plus importants, le vote pour les syndicats modérés plus fort, et les Commissions ne seraient pas apparues comme une alternative claire à l'UGT. Cette dernière aurait poursuivi sa progression comme les années précédentes. Entre deux syndicats présentant le même profil de conciliateurs, les travailleurs auraient choisi le plus apte à jouer ce rôle, c'est à dire l'UGT.
- Les travailleurs ont fait payer sa modération à l'UGT.
La presse espagnole, qu'on ne peut soupçonner de sympathie pour le mouvement ouvrier le plus radical, analysait les résultats de l'UGT en ces termes: « Le syndicat socialiste a dû subir les conséquences de ses positions modérées. Là où il avait choisi la négociation et non la confrontation avec le patronat, c'est la déroute.
Ce sont les servitudes des liens avec le pouvoir. » (2).
De façon moins brutale, les propres dirigeants de l'UGT ont dû se rendre à lévidence, au vu de leur échec spectaculaire dans les entreprises publiques. La
1. Combate, numéro 417.
2. Diario 16
Près de trois millions et demi de travailleurs, appartenant à 78.000 entreprises ont
Près de 1.200.000 ont voté pour les Commissions ouvrières et près d'un million
170.000 délégués ont été désignés. 61.000 sont affiliés aux Commissions (35%)
et 69.000 à l'UGT (39,9%). C'est à dire, l'UGT avec moins de voix obtient plus de délégués. Cette différence est due au système électoral qui exige un plus grand nom - bre de voix pour obtenir un délégué dans les moyennes et les grandes entreprises que
Si nous prenons les 500 plus grandes entreprises, 1.085.593 électeurs, repré - n'auront élu que 25.000 délégués soit, 15% du nombre total de délégués. Dans ce secteur, les Comissions ouvrières ont obtenu 11.132 délégués (41,8%) et l'UGT,
Dans les entreprises de plus de 50 personnes, T'UGT obtient 37,2% des délégués soit 2,3% de moins que les Commissions qui obtiennent 39,5%, améliorant ainsi leur score tant en nombre de délégués qu'en pourcentage par rapport à 1982, l'écart
Si l'on fait une analyse plus fine de ces entreprises, les Commissions ouvrières obtiennent 14 points de plus que l'UGT dans les entreprises de 251 à 500 travail - leurs; 10 points de plus dans celles de 501 à 750; 15 points de plus dans celles de
Mais finalement, l'UGT obtient globalement quelque 8 500 délégués de plus que les Commissions ouvrières, c'est à dire près de 5% de plus, à cause de son avantage conciliation n'a rien apporté aux travailleurs, sinon des trahisons, ils s'en sont souvenus au moment du vote. Maintenant, la direction de l'UGT essaie d'améliorer son image de marque, mais il est difficile de changer l'image sans changer la pratique.
- La fraude électorale a été scandaleuse.
Même si l'on ne connaît pas encore les résultats définitifs, on sait qu'elle a porté sur des milliers de voix dans les petites entreprises. La fraude n'a pas été une somme de faits isolés, ce fut une stratégie électorale de l'UGT. Non seulement, elle modifie indubitablement le scrutin final mais aussi, ce type de pratique jette l'opprobe sur l'ensemble du mouvement syndical.
- Les élections syndicales sont un instrument de mesure des différentes organisations syndicales et du soutien que leur apportent les travailleurs. Mais ce n'est ni le seul ni le plus important.
La structuration dans les entreprises, la qualité des militants, les capacités de mobilisations et de lutte sont tout aussi importantes pour jauger la force des syndicats. Surtout, elles sont plus utiles dans la défense quotidienne des travailleurs que les élections syndicales. C'est encore plus vrai pour ces élections-là. C'est le gouvernement qui a établi les normes électorales, ingérence flagrante dans la vie du mouvement ouvrier. Il a soutenu ouvertement les syndicats les plus modérés pour qui la publicité et le nombre de délégués obtenus comptent plus que l'implantation en profondeur ou l'organisation réelle des travailleurs. L'exemple des « agents électoraux » de l'UGT rémunérés au nombre de délégués élus est particulièrement honteux. Dans le découpage électoral, le gouvernement a favorisé les petites entreprises où il fallait moins de voix pour obtenir un délégué, sachant parfaitement que c'est dans ces secteurs que l'UGT pouvait faire une percée. Enfin, l'instauration d'un mandat de quatre ans favorise la bureaucratisation et la coupure entre les délégués et la base qui les ont élus. Il faut remettre en question ce modèle de scrutin pour les prochaines élections syndicales. Bien sûr, ce sera plus difficile maintenant que lors de sa mise en place par l'UCD.
- Le reste de la gauche syndicale, à l'exception de la Confédération nationale du travail (CNT), anarchiste, a obtenu de bons résultats.
Les résultats de la CNT sont infimes. En revanche, la majeure partie des syndicats et des collectifs syndicaux radicaux maintiennent leur implantation. En Euskadi, LAB, proche d'Herri Batasuna, double ses voix (3). Pareil dans les Asturies pour la CSI qui, avec une centaine de délégués, maintient une forte implantation dans les grandes entreprises de la région de Gijon. Par contre, en Galice, l'INTG accuse sa scission : les deux parties obtiennent des résultats identiques, soit chacune la moitié des deux mille voix recueillies en 1982, mais les deux perdent leur représentativité légale. Quant aux collectifs d'entreprises qui peuvent exister, ils se élu leurs représentants syndicaux. pour l'UGT.
dans les petites.
sentant plus de 30% du total 8.133 (31,6%). avec l'UGT s'agrandissant.
751 à 1000 et 6 points dans les entreprises de plus de 1000 personnes.
dans les entreprises de moins de 50 salariés. maintiennent en Euskadi mais leur présence décroît dans le reste de l'Etat.
- Les travailleurs du tertiaire n'ont pas voté pour les syndicats modérés.
Les fossoyeurs du syndicalisme combatif prédisaient la mort du syndicalisme revendicatif traditionnel en se basant sur les mutations structurelles de la classe ouvrière, et le poids plus important des travailleurs du secteur tertiaire. Les résultats de ces élections infirment cette analyse. La soi-disant image moderne de l'UGT ne lui a pas été très utile dans les banques et les centraux téléphoniques où elle a subi une défaite cinglante au profit des Commissions ouvrières. Il faut souligner certains fait intéressants, comme par exemple la progression de LAB qui s'est faite dans les secteurs administratifs, dans les banques, la santé, l'enseignement, les grands magasins, où le poids du réformisme est moindre, où la main d'œuvre est plus jeune et plus sensible au sentiment nationaliste radical. Pour conclure sur ce point, les nouveaux secteurs de la classe ouvrière ne sont pas condamnés « par nature » à être modérés. Bien au contraire, ils peuvent parfaitement être gagnés à un syndicalisme de combat.
NE PAS DILAPIDER
L'ACQUIS DE CES RÉSULTATS Les attaques que nous allons devoir affronter sont identiques à celles de la période écoulée : offensive contre les salaires et les conditions de travail lors des négociations collectives et surtout, la fameuse flexibilité de l'embauche, des ho-
LES RESULTATS DES ELECTIONS SYNDICALES des travailleurs qui ont participé aux élections, raires et des emplois afin de rendre ces derniers encore moins stables et les licenciements plus faciles.
Les travailleurs ont besoin d'un syndicalisme de lutte et de solidarité de classe. Les résultats de ces élections devraient servir à renforcer ce type de syndicalisme dans toutes les commissions ouvrières, parce qu'il a démontré qu'il était plus utile aux travailleurs que le syndicalisme de conciliation et de collaboration.
voie ne semble pas être par la direction des Commissions ouvrières depuis les élections.
Par exemple, à la Telefonica où les Commissions ont fait un score impressionnant, la direction du syndicat au lieu de prendre une position offensive, abordé la négociation de la convention collective de façon timorée, en réclamant des augmentations de salaires inférieures à celles réclamées par la direction confédérale et ce, dans une entreprise qui a fait cette année 30 milliards de pesetas de bénéfices, soit 20% de plus que l'an dernier.
Nous allons devoir faire face à la mise en place de la flexibilité. Dès maintenant il est nécessaire d'organiser une mobilisation d'ampleur contre ce projet en s'appuyant sur le soutien qu'ont apporté les travailleurs aux syndicats combatifs dans ces élections et en profitant de l'échec du
Joaquin NIETO, Combate, 17 janvier 1987. 3. Sur le pays basque, voir Inprecor numéro 234.