Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

Voilà 75 ans, naissait l'ANC

· Inprecor n° 236, 16 février 1987 · p. 12-13 · 1 565 mots

Afrique australe Syndicalisme

E Congrès national africain (ANC), princip 1 mouvement politique sud-africain, vient de fêter ses 75 al soexiste ent

/ Créé le 8 janvier 1912, il était alors un démocratique d'Africains réclamant l'émancipation des leurs. La société sud-africaine était à cette époque une société coloniale au sens strict du terme. Métis et Indiens pouvant encore y Dominique LEGRAND

L'ANC était à ses origines un mouvement strictement nationaliste, largement légaliste et petit bourgeois. Dès la fin des années 1930, alors que la situation sociale et économique du pays est en pleine mutation, l'ANC connait une crise interne sérieuse qui amènera, quelques années plus tard, la jeune génération à prendre les rênes. Parmi celle-ci, se trouvaient Nelson Mandela et Oliver Tambo. C'est un changement important pour l'ANC. Il s'agit pour lui de se tourner plus vers le mouvement de masse, plus vers les mobilisations concrètes et de cesser de s'en remasses indiquaient d'ailleurs déjà cette direction : la montée du syndicalisme africain et la grande grève des mineurs de mars 1947 exprimaient ces nouveaux be-

L'ANC restait pourtant un mouvement nationaliste ouvert aux seuls Afri-

Sa conception d'une Afrique du Sud démocratique était celle d'une société pluri-ethnique dans laquelle les lois garantiraient un certain espace juridique spécifique à chaque nationalité pour préserver la coexistence entre toutes. Cette concep tion se retrouvera d'ailleurs dans la rédaction de la fameuse Charte de la Liberté de 1955. L'ANC met donc en pratique une politique de front unique assez particulière, qui correspond à sa conception de la question nationale. Elle est fondée sur l'adjonction de mouvements équivalents représentant les Métis, les Indiens et les Blancs. De là naitra le Congrès du peuple qui lança la Charte au nom de cinq organisations, l'ANC, le Congrès indien sud-africain, le Congrès des démocrates, le Congrès métis et le Congrès sud-africain des syndicats (SACTU).

Durant les années 1950, l'ANC s'en tiendra à cette ligne. Alors que le gouvernement met en place par la force tous les mécanismes de l'apartheid, l'ANC cherche l'appui des représentants libéraux, qui constituaient fraction significative du grand capital, et qui furent censés représenter une solution possible pour la mise en place d'un gouvernement démocratique. tière se bat alors pour son indépendance et l'Afrique du Sud, conçue à tort à cette

Voilà 75 ans, naissait l'ANC

Regroupement vements noirs d'Afrique lement culturelle et époque comme une société coloniale classique, se devait, elle aussi, d'accéder à un régime de majorité noire. Malheureusement, c'était ne pas compter sur les particularités de ce pays et sur les besoins de l'impérialisme. Le régime de l'apartheid ne cèdera pas de terrain et mettra en place un système de répression et de contrôle du travail des Noirs qui s'avèrera utile à tous les capitalistes sud-africains, compris aux plus « libéraux » d'entre eux, pendant environ vingt ans.

L'ANC connaîtra alors une scission de ceux qui lui reprochent de n'être plus réellement le défenseur jaloux de la population africaine. De ce point de vue, ses relations avec les Blancs et aussi avec le Parti communiste leur apparaissent comme un changement qualitatif. La Charte de la Liberté, bien que fondamentalement fédérative, laisse peut-être à leurs yeux, la ouverte pour une Afrique du Sud où la majorité noire devrait partager son finissent par rompre l'ANC et créent le Congrès pan-africaniste

LE TOURNANT DES ANNÉES 1960

Le PAC et l'ANC, entre lanceront à cette époque dans de vastes campagnes contre le passeport intérieur imposé aux Africains. Le PAC appelle le 21 mars 1960 à de grandes manifestations au cours desquelles devaient être brûlés symboliquement les passeports : la répression s'abat à Sharpeville et l'ANC et le PAC sont interdits, les directions passent à la clandestinité.

Ce sera un second tournant majeur pour l'ANC. A la lumière de la révolution algérienne, confronté à la répression la plus systématique, aidé par le Parti communiste, il fait le choix de la lutte armée.

Mais Sharpeville a bel et bien constitué l'aboutissement d'un recul du mouvement de masse. C'est la marque de la défaite. La lutte armée de l'ANC et du PAC démarrent donc à contre courant de la situation réelle. A peine commencée, elle affaiblie. Beaucoup des principaux dirigeants sont arrêtés, jugés pour haute trahison et sanctionnés de peines de prison à vie. Mandela est parmi ceux-là.

Il reste à choisir l'exil et à reconstrui.

disposer de certains droits, à la différence des « indigènes ». Leur libération rentrait en résonance avec les premiers mou-

Get des Caraibes, regroupements d'intellectuels au travers d'une prise de conscience essentieldémocratique. re le mouvement tout en maintenant le principe d'une guérilla à l'intérieur.

L'ANC commence une traversée du désert : l'exil peut être une solution transitoire nécessaire, il peut être aussi une impasse. La situation à l'intérieur du pays va changer plus vite que les tenants de l'apartheid ne l'espéraient. L'industrialisation obtenue grâce à la haute rentabilité du capital a fait surgir une nouvelle classe ouvrière. En 1973, première expression de ce changement, se déroule une grève générale dans la province du Natal d'où naîtront les premières équipes syndicales de la nouvelle génération. A cette époque se développe dans la jeunesse africaine un courant nationaliste radical qui combine prise de conscience culturelle et refus de toute collaboration avec le systè« éclairé ». Ce mouvement dit de la « conscience noire » est celui qui influence et organise la révolte de juin 1976 à Soweto. Ces deux événements marquent un début de radicalisation et l'ANC en est largement

Autour de 1980 et 1981, il devient évident que l'ensemble du système de domination est entré en crise et que le mouvement populaire continue à se radicaliser. L'ANC existe, il dispose alors dans le pays d'une assise certaine en cadres et en influence. Mais il est loin de pouvoir prétendre à une hégémonie sur le mouvement de masse en construction.

Au cours de ces dernières années, cependant, l'ANC va évoluer sur toute une série de questions importantes. Ce n'est pas le lieu dans cet article d'interpréter ces changements. Mais il est important par contre de les signaler. Il va faire un effort considérable pour se construire au cœur des townships en utilisant au mieux son réseau de militants. Il va relativiser ses prétentions sur la « lutte armée » et attacher plus d'importance au travail de masse. L'ANC va savoir utiliser tous les moyens tactiques pour construire un vaste mouvement démocratique pluri-classiste autour de lui, en gagnant la confiance de cercles démocrates blancs et des Eglises. Cela aboutit au lancement en août 1982 du Front démocratique uni (UDF) qui fédère un grand nombre d'associations communautaires, La Charte de la Liberté en est

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Largement contesté dans le mouvement syndical, par des directions radicalement anti-capitalistes, il tourne après la fondation du Congrès des syndicats sud-africains (COSATU) en novembre 1985 et adopte un profil plus ouvert envers ceux qu'il condamnait auparavant, et cherche à les gagner politiquement à son propre projet stratégique.

Seul mouvement à avoir construit un vrai réseau de représentation à l'extérieur, l'ANC peut alors bénéficier d'appuis très divers et précieux. Il se dote d'une vraie diplomatie étrangère, renoue avec les libéraux et le grand patronat sud-africain, s'affirme comme un partenaire nécessaire dans les consultations internationales sur l'Afrique du Sud. La rencontre récente entre Oliver Tambo et Shultz est la marque de cette diplomatie mondiale.

Enfin, ce qui peut apparaître tradictoire, c'est l'affirmation de ses liens structurés avec le PC sud-africain qui place son secrétaire général, Joe Slovo, à la direction nationale de l'ANC au congrès de ce dernier en juin 1986.

L'ANC a ainsi reconstruit une force très importante à l'intérieur du pays. Quelles que soient les divergences qui le sépare d'autres courants et organisations, il est incontournable. Car au-delà de son existence en tant que mouvement politique centralisé, l'ANC ou plutôt « la tradition chartiste » est aussi un vaste mouvement social qui unifie, souvent sans les organiser, des milliers de jeunes et de travailleurs qui se reconnaissent dans le combat de Nelson Mandela ou qui s'identifient à ce mouvement et ses 75 ans d'histoire.

Même sans continuité réelle, l'ANC a acquis une crédibilité qui s'alimente de ces 75 années de lutte, de souffrance et de répression. Ce mouvement a toujours été durement frappé. Des centaines de ses militants ont été assassinés par le régime raciste sans que cela n'affecte la détermination des nouvelles générations qui le rejoignaient.

La révolution sud-africaine n'est pas pour demain et bien des programmes et des tactiques seront modifiés à l'avenir. La question du socialisme est de plus en plus débattue. L'avenir du mouvement syndical et particulièrement du COSATU est étroitement lié à la construction d'un mouvement ouvrier politiquement indépendant. Comment l'ANC s'insèrera dans ces débats et pèsera sur ces événements, il est impossible de le prévoir aujourd'hui.

Le passé de l'ANC appartient à l'histoire. Il doit être discuté et débattu en toute liberté. Quant à l'avenir, l'ANC à lui seul n'a pas les réponses à toutes les questions stratégiques qui se posent et qui sont l'objet de débats complexes. Ces deux constatations autorisent une discussion ouverte et sans sectarisme. Mais, il doit demeurer un espace pour la solidarité - bien sûr - et aussi pour le respect. L'ANC, comme tous les autres mouvements sud-africains, écrit une des pages les plus glorieuses de la résistance des masses laborieuses contre le racisme, la répression et l'exploitation. •

Dominique LEGRAND, 2 février 1987

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Danemark : Sanctions contre l'Afrique du Sud

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