Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ALLEMAGNE (RFA)

Les élections législatives de janvier 1987, une demi-victoire de la droite

· Inprecor n° 237, 2 mars 1987 · p. 5-6 · 2 128 mots

Allemagne Paix et armements Syndicalisme

L nète accusa une remontée des cours au tendemain des

A Bourse de la deuxième puissance impérialiste de la plaélections du 25 janvier 1987. En effet, l'alliance des partis conservateurs et libéraux, l'Union démocrate-chrétienne (CDU), l'Union social-chrétienne bavaroise (CSU) et le Parti libéral démocrate (FDP), avaient gagné et se trouvait à nouveau au gouvernement. On avait ainsi évité le « chaos rouge-vert » redouté par les milieux d'affaires ouest-allemands et le gouvernement américain, c'est-à-dire une majorité pour le SPD

Winfried WOLF

Les partis gouvernementaux, CDU,

CSU, FDP, ont dans l'ensemble obtenu

53,4% des voix et par là une majorité assez grande dans la répartition des sièges parlementaires, suivant le mode de scrutin proportionnel qui existe en RFA.

Le SPD arrivait à 37% et les Verts obtenaient 8,3%. Si l'on additionne leurs scores électoraux, les partis "rouge" et

"vert" parviennent ensemble à 45,3% des voix, manquant ainsi la majorité de presque 5%. Sous cet angle, la victoire électorale du gouvernement Kohl paraît convaincante.

On peut apprécier différemment l'issue de ce scrutin en considérant l'arrière-fond des élections passées et l'ambiance régnant en RFA depuis la deuxième moitié de 1986.

En septembre 1982 s'est close l'ère des treize années de gouvernements

"sociaux-libéraux"

, formés du SPD et du petit parti libéral FDP. A ce moment là, le FDP, sous la pression des milieux de la finance et des grandes industries, changea de partenaire pour former une coalition et un gouvernement avec la

CDU-CSU. Lors des élections qui eurent lieu en mars 1983, le CDU-CSU et le

FDP atteignirent ensemble presque 56% des voix. Le SPD obtenait 38% et les

Verts 5,6% grâce auxquels ils accédaient pour la première fois au parlement de

Bonn, ayant franchi la barrière des 5% désignée a exclure des petits partis du

Ce succès électoral des conservateurs fut de manière générale ressentie comme une lourde défaite dans la gauche et parmi les

Dans la période qui suivit et jusqu'au milieu des années 1986, il y eut une série de développements qui nourrirent l'espé - rance que ce gouvernement Kohl pourrait être remplacé après les élections au

Une demi-victoire pour la droite Bundestag de 1987 par un gouvernement SPD qui collaborerait sous une forme ou une autre avec les Verts. Le gouverne -ment Kohl avait été impliqué dans un grand nombre de scandales ; le mouvement ouvrier avait connu des grandes mobilisations partiellement victorieuses, pour la semaine de 35 heures et en défense du droit de grève(1) ; un nouveau mouvement anti-nucléaire se développait, surtout après la catastrophe de Tchernobyl.

LE TOURNANT DE 1986

A la mi-1986, six mois précisément avant les élections au Bundestag, il y eut un retournement massif de l'opinion, dû essentiellement à cinq facteurs.

Premièrement, à partir de la mi-1986, les mouvements susnommés ne parvin -rent plus à s'élargir, au contraire ils s'épuisaient tous pour différentes raisons. Les directions syndicales en particulier n'étaient pas prêtes à poursuivre leur campagne contre la réduction du droit de grève après une première victoire. Au lieu de cela, elles renvoyaient élections de janvier 1987.

Dans cette attitude des directions syndicales, un rôle important revient à un deuxième facteur, l'affaire du scandale de Neue Heimat, société immobilière propriété du syndicat, qui était jusque là la plus grande d'Europe.

Des révélations dans les médias et une commission d'enquête parlementaire constatèrent que les directeurs syndicaux, également membres du SPD avaient conduit la firme à la faillite non seulement par suite d'erreurs de gestion mais aussi par détournement de fonds dans leurs propres poches.

Troisièmement, avec Johannes Rau comme candidat au poste de chancelier et le programme qu'il représentait, le SPD avait défini une position qui se fondait et les Verts. Autre caractéristique apparemment contradictoire de ces élections : l'état d'esprit régnant dans la gauche et dans les entreprises, les bureaux, chez les syndiqués et les militants et militantes des différents mouvements peut se résumer ainsi :

« On a encore eu de la chance cette fois-ci, nous avions redouté bien pire ». Si l'on examine précisément le résultat de cette élection et si on la considère sur l'arrière-fond des évolutions politiques et économiques de ce pays, alors on découvre d'intéressantes explications à cette apparente contradiction.

sur l'exclusion des Verts, la tentative de les pousser au-dessous des 5% de voix et ainsi hors du parlement, et pariait sur la possibilité d'une majorité absolue pour le seul SPD comme objectif électoral. Un tel objectif, unique dans l'histoire de la

RFA, ne paraissait pas crédible; la mise à l'écart des Verts fut également ressentie comme sectaire par une large partie de la base du SPD. En déclarant qu'ils ne collaboreraient en aucun cas avec les

Verts après les élections, Rau et le SPD refusaient l'unique alternative parlementaire imaginable gouvernement CDU-CSU-FDP.

Quatrièmement, la RFA a traversé, comme la plupart des autres pays impé - rialistes, une période d'expansion écono - mique en 1983-1986. Celle-ci coïncida exactement avec la législature du gou - vernement libéral-conservateur, ce que ce utilisa au mieux : la crise précédente de 1981-82 fut mis à la charge des sociaux-démocrates et l'expansion portée à leur propre crédit.

Cinquièmement, à l'automne 1986, le

SPD subit deux revers électoraux cin - glants, aux élections régionales des

Länder de Bavière et de Hambourg. Le contexte de ces deux scrutins étaient déjà fortement marqués par la perspective des élections législatives. Il en ressortit clairement qu'il n'y avait aucune chance pour une majorité "propre" et absolue du

SPD. Cependant la direction du SPD se cantonna dans sa tactique d'exclusion vis- à-vis des Verts. A Hambourg, où elle avait perdu sa majorité absolue à ces

ABONNEZ-VOUS,

RÉABONNEZ-VOUS

A « INPRECOR » I

Page 6

élections mais disposait d'une majorité "rouge-vert" potentielle avec les élus de la liste alternative verte (GAL), elle écarta toute collaboration avec les Verts et fit les premiers pas en direction d'une "grande coalition", ', de la collaboration avec la CDU.

Dans cette situation, les partis au pouvoir partirent à l'automne 1986 à l'offfensive. La CDU-CSU se présenta avec une ligne encore plus orientée à droite : "L'avenir au lieu du rouge-vert" tel était leur slogan dans la phase finale de la joute électorale; partout sur les murs s'étendait le danger d'un "chaos rouge-vert". Dans le même temps, on joua sur le ressort de l'anticommunisme avec des provocations calculées telle la comparaison entre Gorbatchev et Goebbels ou l'affirmation qu'existent en RDA des camps concentration. La direction CDU-CSU et les instituts de sondage d'opinion répandaient l'affirmation qu'une écrasante vic -toire de la coalition gouvernementale était certaine ; imaginable une majorité absolue pour la seule CDU-CSU.

C'est dans ce contexte que le parti libéral FDP jouait comme une assurance contre un raz-de-marée de la CDU-CSU et une réactivation subséquente de la guerre conservateur "national". Les grands magazines allemands Der Spiegel et Stern , les seules périodiques de masse qui aient soutenu la coalition social-libérale dans les années 1970, appelaient aussitôt au vote pour le FDP comme étant le "moindre mal" dans une victoire malgré tout certaine de la coalition gouvernementale. Si l'on pense que le public de ces périodiques se situe entre 4 et 5 millions de lecteurs et que le FDP avec 9,1% des voix reçut environ 3,5 millions de voix (alors qu'il était tombé à 7% auparavant et que l'on craignait sa disparition du Bundestag), on mesure l'influence de cette prise de partie.

DES RESULTATS

DIFFERENCIES

Ainsi le FDP fut l'unique parti de la coalition qui puisse se targuer d'un léger plus avec une augmentation de 2,1% des voix, tandis que la CDU et son orga -nisation sœur la CSU enregistraient un minus de 4,5%. Ils obtenaient ainsi leur plus mauvais résultat depuis les pre -mières élections au Bundestag de 1949 et descendait en dessous du résultat de l'année 1980 où le candidat à la chancel -lerie Franz-Josef Strauss, dirigeant de la CSU échoua contre le chancelier socialdémocrate Helmut Schmidt. Même en additionnant les voix CDU-CSU et FDP, la coalition dans son ensemble perd quand même 2,4%.

Avec une chute de 1,2%, la perte du SPD est moindre que celle généralement attendue. Mais ici aussi on enregistre une chute historique : c'est le plus mauvais résultat depuis 1961. Les grands gagnants à gauche sont les Verts : ils obtiennent 2,7% de plus par rapport aux élections de 1983 et voient leur électorat augmenter d'environ 50%. A côté des pertes de la CDU-CSU et de l'affaiblissement relatif des partis gouvernementaux, le succés des Verts est sans aucun doute ce qui suscite gauche et parmi le syndiqués l'impression que "ça n'est pas si grave".

UNE CHANCE POUR LES "ROUGE-VERT" FACE DU SPD

Le SPD accomplit aprés les élections un rapide et surprenant tournant. Déjà au lendemain des élections, le candidat chan -celier Rau déclarait que sa "tâche" était "terminée" et qu'il "n'était disponible pour aucune autre fonction" ce qui signifierait qu'il ne se présente pas comme candidat à la succession de Willy Brandt, qui doit se retirer au plus tard en 1988 de la présidence du SPD. Dans le même temps, Oskar Lafontaine, ministre-président de la Sarre, déclarait dans la nuit des élections que le refus du SPD d'une alliance avec les Verts avait été une faute décisive. Il annonçait ainsi indirectement sa candidature comme prochain candidat à la chancellerie, voire comme successeur à Willy Brandt.

Oskar Lafontaine était jusqu'ici l'homme de l'aile gauche dans le SPD. Il était déjà en 1979 le plus important porte-parole s'engageait contre la double décision de TOTAN, le stationnement des Pershing II et des fusées Cruise. Il plaidait pour une sortie de la production d'énergie atomique et s'opposait à l'OTAN. The Economist du 31 novembre 1986 voit en Lafontaine un homme politique "dont les opinions se fondent sur les orientations proécologie, anti-nucléaire et anti-OTAN des Verts". Avec un SPD "qui se tournait vers les Verts, les sociaux-démocrates feraient sursauter les alliés de l'Allemagne".

Il est tout d'abord surprenant de cons -tater le peu de résistance que rencontrent les ambitions de Lafontaine à l'intérieur du SPD. L'ex-candidat à la chancellerie Rau déclarait que son refus des Verts valait "seulement pour ces élections". Auparavant des fédérations droitières du SPD, comme celle de Bavière, se sont déjà prononcées pour Lafontaine comme prochain candidat à la chancellerie. De grands journaux bourgeois ont également pris position pour Lafontaine, soulignant avant tout que la tâche du SPD était maintenant de réaliser "l'intégration" des Verts.

De son côté, Lafontaine dans un débat avec la représentante des Verts Jutta Ditfurth, parue dans Der Spiegel du 2 février 1987, fit des offres publiques aux Verts pour s'engager à l'avenir dans une politique commune et même dans des coalitions. En effet, dans la même discus -sion, il explicita sur les trois thèmes "sensibles" que mentionnait The Econo -mist qu'il était prêt à de larges compro -mis tout autant pour lier la droite du SPD que pour ne pas effrayer la bourgeoisie. La sortie du système d'énergie nucléaire ne doit être obtenue qu'à moyen terme ; celle-ci ne pourra être réalisée que lorsqu'une majorité y sera acquise non seulement au parlement de Bonn mais aussi dans les régions et communes ainsi que dans les entreprises d'Etat d'approvisionnement en énergie -ce qui reflète sur cette question le concept officiellement bien compris du SPD d'un "concensus national".

Il en va de même pour l'organisation du retrait du stationnement des fusées Pershing II : le Bundestag devrait en cas d'une majorité rouge-vert "exiger"des Etats-Unis qu'ils reprennent leurs fusées. Lafontaine part du principe "qu'une démocratie comme l'Amérique respectera la décision d'un parlement d'un autre pays". Le plus intéressant est le recul de Lafontaine sur la question de l'OTAN S'il comptait au début des années 1980 comme un adversaire de l'OTAN, il se prononce depuis quelques temps pour un modèle "comme dans le cas de la France ou de l'Espagne" : membre de l'OTAN sans intégration militaire. Maintenant, avant son bond en avant, il précise dans l'interview susmentionnée à Der Spiegel sa formule : "Hors de l'OTAN n'est pas ma position(...) Je tiens l'OTAN pour réformable - bien entendu je souhaite plus de souveraineté pour la RFA..."

Et les Verts ? l'analyse de The Econo -mist est ici encore pertinente : "Ils sont profondément divisés entre une aile réal -iste, favorable à des liens d'une manière ou d'une autre avec les sociaux-démocrates et les fondamentalistes qui ne le sont pas" . On ne peut qu'approuver la conclusion : "Cette division s'approfondit plutôt au fur et à mesure que le parti grandit et s'établit".

L'AVENIR EN ROUGE ET VERT ?

La présente offre faite pour la première fois par le SPD de procéder à une collaboration rouge-vert à un niveau national tend à renforcer l'aile "réalo" au sein des Verts. Pourtant les fondamentalistes, qui sont majoritaires dans la direction du parti, se sont renforcés dans le nouveau groupe parlementaire. Même l'aile "réaliste" ne

Une erreur sur cette page ?