A réunion plénière du Comité central du Parti communiste de l'Union Soviétique
(PCUS), ajournée à plusieurs reprises, s'est finalement tenue les 27-28 janvier 1987 ı (1). Le rapport-fleuve de Mikhail Gorbatchev, qui a duré dix heures, marque une accélération incontestable du cours de réformes que le secrétaire-général avait initiées dès son arrivée au pouvoir en mars 1985. Le fait nouveau, c'est que le centre de gravité de ces réformes se déplace du terrain économique et socio-moral, de la lutte contre
Les trois principales mesures proposées concernent les structures politiques proprement dites. Pour la première fois depuis quarante-cinq ans, on convoquera une conférence extraordinaire du parti au début de l'année prochaine. Le mode de sélection des candidats aux élections des soviets locaux et régionaux sera modifié. Il n'est pas sûr que cette réforme s'étendra également au choix des candidats pour le Soviet suprême. Le mode de scrutin des responsables du parti, à plusieurs échelons successifs, sera également modifié. De nouveau, il n'est pas sûr que l'introduction du scrutin secret s'appliquera également à l'élection des délégués pour le congrès du parti, ainsi peut poursuivre sa politique d'alliance avec le SPD sans problèmes. Depuis un an les Verts étaient en Hesse des parte -naires dans une coalition avec le SPD. Le dirigeant réaliste Joschka Fischer était ministre de l'Environnement et ce dans un des Länder de RFA avec l'une des plus grandes centrales nucléaires d'Europe. Après de multiples réclamations pour une "sortie" de ce Land de la production d'énergie nucléaire, cette coalition a finalement éclaté autour d'un conflit sur l'avenir de la centrale nucléaire de Hanau.
Cependant, il est tout à fait possible que les Verts parviennent à l'avenir à une orientation sur une "collaboration rouge-vert", en particulier au niveau des Länder. La structure d'organisation des Verts ap -porte ici une importante explication : on y compte officiellement 45 000 membres. En réalité, on ne peut compter que 15 000 membres comme plus ou moins actifs. Dans le même temps, les Verts ont 8 000 représentants dans les organes parlementaires aux niveaux communal, municipal, régional et fédéral sans prendre en compte les permanents du parti. Cela signifie que la majorité des membres actifs qui viennent surtout aux assemblées des membres du parti, sont occupés à une fonction parlementaire ; la grande majorité de ces représentants parlementaires des Verts doit être comptée dans l'aile "réalo".
Cela n'enlève rien au fait que les 3,1 millions de personnes qui ont voté pour le parti Vert à ces élections législatives, votèrent pour le programme le plus pro -gressiste qui existait à ces élections. Cela n'enlève rien non plus au fait que la grande majorité des 14 millions d'électeurs du SPD se prononçait dans le même temps pour une "coalition rouge-vert", et critiquaient ainsi le SPD par la gauche. Les Verts et le SPD auraient eu des centaines de milliers de voix en plus et une chance d'obtenir à eux deux une majorité, si une telle majorité rouge-verte avait aussi été décrite comme une possibilité politique.
Sans aucun doute dans les discussions à venir, vu la nouvelle crise qui s'amorce et la nouvelle grève attendue pour le prin -temps concernant la semaine de 35 heures, une telle "alliance rouge-verte" apparaîtra comme l'unique alternative par -lementaire imaginable au gouvernement conservateur-libéral de Kohl.
Cologne, le 13 février 1987.
1 Voir les articles de Peter Bartelheimer, "La bataille des 35 heures" numéro 174 du 28 mai 1984, "Le bilan de la lutte pour les 35 heures" publié dans Inprécor numéro 183 du 5 novembre 1984, et "Grève pour le droit de grève" publié dans Inprécor numéro 215 du 17 mars 1986.
l'alcoolisme et la corruption vers le terrain purement politique. qu'à l'élection des membres du Comité central du PCUS.
Certaines des réformes annoncées par Gorbatchev étaient déjà dans l'air : on en discutait non seulement au sein de l'appareil du parti mais aussi dans l'intelligentsia des hôtes étrangers. Une des propositions débattues n'a d'ailleurs pas (encore ?) été retenue, telle l'introduction du principe de la rotation obligatoire des hauts dignitaires du parti et la limitation des mandats - y compris au Comité central et au Bureau politique —
Néanmoins, il semble bien que Gorbatchev a créé son effet de surprise. Alors qu'un projet de rapport avait circulé parmi les membres et candidats du Bureau politique, des détails précis concernant les nouveaux modes de scrutin en avaient été omis. Ils ont, paraît-il, fait l'effet d'une bombe au sein du Comité central.
Cet effet de surprise, l'ajournement répété du plénum, l'interruption de séance, le nombre d'interventions qui ont suivi le rapport du secrétaire-général (au moins trente-quatre), le fait que la résolution finale adoptée ne mentionne pas toute une série de propositions les plus radicales, tout cela atteste des résistances auxquelles Gorbatchev se heurte au sein du sommet de la bureaucratie. Le fait que le renouvellement du Bureau politique ait été plus modeste que prévu - Vladimir Chtcherbiski est resté membre alors que Boris Eltsine n'a pas été élu membre titulaire (2) - souligne davantage encore
Ces résistances ne sont que le reflet, au sommet de la bureaucratie, du conservatisme de la majorité de l'appareil bureaucratique. Celle-ci a peur de tout changement profond, de tout ce qui n'est pas purement superficiel. Elle se méfie des
Où va Gorbatchev ?
s'accélère deux mots d'ordre centraux de Gorbatchev, glasnost (transparence, c'est-à-dire information plus sincère, plus réaliste, plus complète) et perestroïka (restructuration, refonte, réforme radicale).
LA CRISE DE LA GESTION BUREAUCRATIQUE Cela ne signifie pas non plus que Gorbatchev représente un élément fondamentalement anti-bureaucratique, rénovateur au sens socio-politique du terme, dans la vie de l'Etat et du parti, ou qu'il soit largement isolé du reste de la société. Il représente l'aile la plus lucide de la bureaucratie - avant tout parmi l'intelligentsia et les technocrates, mais également, paraît-il, dans l'appareil policier et militaire - qui a pris conscience de la gravité de la crise dans laquelle la gestion bureaucratique a fourvoyé l'Union soviétique. Les dimensions de cette crise de système nous étaient connues depuis longtemps. Nous les avions analysées à diverses
Si Gorbatchev la décrit maintenant en termes dramatiques dans son rapport devant le CC ; s'il parle de plus en plus d'une véritable « révolution » qui serait nécessaire, c'est pour sauver le régime bureaucratique, non pour le renverser. Les divergences entre lui et la fraction dite « conservatrice » portent sur la sousestimation criminelle de la crise par les con-
1. D'après Giulietto Chiesa, correspondant à Moscou du quotidien du Parti communiste italien, L'Unita, cette réunion avait été reportée quatre fois (L'Unita du 30 janvier 1986).
Chtcherbitski, premier secrétaire du parti en Ukraine, est le dernier brejnevien qui garde sa place et son siège au Bureau politique. Eltsine est un des chefs de file du courant réformateur et premier secrétaire du parti à Moscou.
servateurs, - « criminelle » justement du point de vue des intérêts d'ensemble de la bureaucratie. Devant la profondeur de la crise, les brejneviens refusent les mesures chirurgicales que propose Gorbatchev.
On pourrait donner de nombreuses preuves des objectifs de défense de la dictature bureaucratique fournies par le rapport de Gorbatchev. Le principe du parti unique est défendu avec acharnement, de même que le dogme de son rôle nécessairement dirigeant dans le domaine politique. Gorbatchev a fait l'éloge du KGB (qui le lui a demandé?) en tant qu'institution. Le « principe » du centralisme démocratique tel qu'il fonctionne depuis la victoire de la fraction stalinienne, donc en réalité le centralisme bureaucratique, est considéré comme pierre de touche de tout le système politique. Son extension du parti aux organisations de masse et aux structures d'Etat est célébré comme le nec plus ultra du marxisme-léninisme, avec lequel il n'a évidemment rien à voir.
Indicatif du désir de défense de la dictature est l'attitude adoptée par Gorbatchev sur la question nationale en URSS. Dans son rapport devant le CC, l'accent est mis sur la lutte contre le « nationalisme bourgeois » de nationalités minoritaires en URSS, et non contre le nationalisme grand-russe. Cet accent acquiert un sens plus concret et plus négatif à la lumière de l'épuration du premier secrétaire du parti pour la République de Kazakhstan, Dinmoukhamed Kounaev, qui a conduit aux manifestations d'Alma Ata en décembre 1986. Sur la base des informations dont nous disposons, il est difficile de savoir s'il s'est agi réellement d'une réaction populaire ou d'un conflit interbureaucratique qui a abouti à une manipulation de quelques secteurs des masses par la bureaucratie locale, de toute manière largement corrompue. Mais pour un Grand-Russe comme Gorbatchev, concentrer le feu sur le nationalisme des minorités ethniques opprimées et soutenir la nomination de dirigeants russes dans les républiques fédérées est en tout cas profondément réactionnaire.
C'est en jaugeant le but poursuivi par Gorbatchev à l'aune des moyens proposés pour l'atteindre, que le dilemme avec lequel il est confronté apparaît de la manière la plus nette. Depuis près de soixante ans, tout fonctionne en Union soviétique sur la base du commandement vertical, du haut vers le bas, sans initiative ou auto-organisation des masses. « L'intéressement matériel » des bureaucrates en tant que moteur pour réaliser le plan et faire marcher la machine économique soustend cette dictature bureaucratique. Monopole de pouvoir et de privilèges matériels se déterminent mutuellement. Normalement, c'est donc du haut vers le bas que Gorbatchev a commencé par appliquer ses réformes.
Seulement voilà : l'appareil résiste, s'avère d'une lourdeur insoupçonnée même par ses critiques les plus lucides, sabote ou, pis encore, fait systématiquement obstruction. Il faut donc le secouer. On commence par secouer administrativement les administrateurs. Nouvelles obstructions, nouvelles manifestations éclatantes d'inertie, nouveaux échecs partiels, nouveaux retards et ajournements. Mais la bombe à retardement de la crise du système fait entendre sa minuterie impitoyable. Le temps écoulé, c'est du temps perdu. Et ce temps perdu aggrave la crise. Alors, il faut faire agir d'autres acteurs sociaux. En dehors de la bureaucratie, il n'y a que les masses qui puissent etre le sujet de la « véritable révolution » dont l'URSS besoin, selon Gorbatchev. L'intelligentsia technocratique et culturelle qui appuie ce dernier avec de plus en plus d'enthousiasme, ne fait pas le poids devant des millions de fonctionnaires et de contrôleurs qui défendent leur vie pépère et leurs privilèges.
Mais comment mobiliser les masses contre les bureaucrates, tout en faisant contrôler et canaliser leurs mobilisations par les bureaucrates ? Les exemples de la Hongrie, de la Tchécoslovaquie, de la Chine et surtout l'exemple le plus terrifiant, celui de la Pologne de Solidarité, confirtelle aventure. Comme 1'« Empire libéral » de Napoléon III et celui des derniers tsars, la « dictature libérale » de Gorbatchev est littéralement prise entre deux feux. Les divisions au sein de la bureaucratie élargissent la
UN DIAGNOSTIC INCOMPLET DE LA CRISE... Si Gorbatchev parle de la crise système dans les termes les plus graves, voire alarmistes, il ne peut offrir une expli. cation adéquate de comment l'URSS en est arrivée là. C'est que, comme tous les idéologues et politiciens de la bureaucratie, il est incapable de présenter et d'analyser celle-ci en tant que force sociale. Elle n'est pour lui qu'un phénomène psychologique, qu'une somme de défauts et d'erreurs de comportement, à la rigueur un système d'idées inadéquat. Les racines sociales de ces phénomènes superstructurels
Ainsi, quand la période stalinienne dans des termes purement idéologiques, si bénins qu'ils paraissent une insulte aux victimes de la terreur : « les circonstances que l'on sait... (au cours desquelles) les appréciations et les jugements d'autorité étaient devenues des vérités indubitables qu'il s'agissait uniquement de commenter ». Les millions de déportés ? Un million de communistes assassinés ? La terreur universelle ? La classe ouvrière atomisée, terrorisée, rendue impuissante à agir ? La proclamation de la toute-puissance des directeurs au sein des entreprises ? La suppression du droit de grève ? L'énorme extension de l'inégalité sociale ?
Quoi d'étonnant que dans ces conditions, la condamnation de l'ère Brejnev apparaisse comme plus radicale que celle de l'ère stalinienne. Celle-là est dépeinte à grands coups de brosses: stagnation dans tous les domaines ; inertie ; manque de respect des lois; corruption élargie; déclin de la moralité ; blocage des réformes ; progrès économique et social freiné ; non-prise en compte des problèmes sociaux. Décidément, le secrétaire-général n'y va pas de main-morte.
... ET DE SES RACINES Il est vrai qu'une relance de la déstalinisation explicite, comme cela a été fait au XXe Congrès du PCUS en 1956 ainsi qu'au XXIIe Congrès en 1961 n'est pas exclue. On parle dans la presse du testament de Lénine, surtout de son jugement négatif sur Staline, sans republier pour le moment ce testament in extenso, pour ne pas soulever les questions délicates des procès de Moscou, de la composition du BP à l'époque de Lénine, du jugement globalement positif que le testament formule sur les dirigeants bolcheviks tués par Staline, avant tout, Trotsky et Boukharine. Ces dirigeants sont pourtant censés apparaître sur la scène, comme personnages d'une pièce de théâtre de Mikhail Chatrov, La Paix de Brest, qui devrait être présentée au théâtre Vachtangov à Moscou à partir de mai 1987. Le grand romancier Antoine Rybakov aurait écrit un roman consacré au meurtre de Kirov, intitulé Les enfants d'Arbad, dans lequel la responsabilité de Staline et la terreur stalinienne seraient mises au pilori.
Interrogé par Monty Johnstone, de la revue eurocommuniste anglaise Marxism Today dans son numéro de février 1987, Fjodor Burlatsky, commentateur politique de la Literatournaya Gazeta et proche de Gorbatchev lui-même, s'exprime pourtant encore de manière évasive et sibylline au sujet de la réhabilitation des compagnons de Lénine, victimes de Staline : « Nous devons changer le style d'enseignement de l'histoire de notre parti. Elle est maintenant sans personnalités. Il faut faire des recherches sur le rôle de tous les dirigeants politiques, des membres du Politbureau, et expliquer ce qui est arrivé à l'époque de Lénine, à l'époque de Staline et après l'époque de Staline, traitant de chaque personne. C'est notre devoir. Mais je ne peux répondre aujourd'hui au sujet des personnalités que vous mentionnez (les condamnés des procès de Moscou. Remarquons que Monty
One mentionne pas Trotsky), car c'est une grosse question, c'est une quesréponse dans un avenir pas trop lointain. » Selon le quotidien du Parti communiste italien L'Unita, du 28 janvier 1987, la réhabilitation de Boukharine serait en voie de préparation. Voire...
Toutes ces questions ne sont pas seulement historiques ou symptomatiques. Elles vont au cœur du problème. C'est la raison pour laquelle Khrouchtchev avait trébuché sur cette même question.
On ne peut réhabiliter en bloc les vietimes des purges staliniennes sans condamner en bloc leurs bourreaux, leurs geôliers et leurs dénonciateurs, c'est-à-dire le gros
de l'appareil bureaucratique (3). De même, on ne peut mettre en cause cet appareil dans son ensemble sans dévoiler les mécanismes de pouvoir politique grâce auxquels ces crimes monstrueux ont pu être commis, et les raisons pour lesquelles la bureaucratie a toléré (ou voulu) qu'elles soient commis. Cela nous ramène à la question des privilèges matériels de la bureaucratie, et notamment des magasins spéciaux, des salles réservées dans les hôpitaux et les centres de vacances, des datchas et des voitures de fonction mis à sa disposition. Le XXVIIe Congrès du PCUS en février 1986 en a quelque peu parlé mais depuis lors le silence est retombé. Gorbatchev ne semble pas les avoir mentionnés dans son rapport au Comité central des 27-28 janvier 1987.
PRODUCTION ET CONSOMMATION
Là se manifeste le deuxième dilemme auquel Gorbatchev est confronté. Il stigmatise la véritable « corrosion morale » que la société soviétique aurait subie depuis l'ère Brejnev. Il affirme que les valeurs occidentales de la société de consommation se sont affirmées en URSS : « Des groupes se sont étendus, parmi eux beaucoup de jeunes pour lesquels le but de l'existence s'est réduit à la recherche du bien-être matériel, au lucre à n'importe quel prix. La position cynique de ceux-là a pris les formes les plus aigues, et a empoisonné la conscience de ceux qui les entouraient » (compte-rendu du rapport dans L'Unita du 28 janvier 1987). A ainsi critiquer la société de consommation, il devrait logiquement dire ce qu'il pense de la version prônée par Nikita Khrouchtchev, et connue sous le nom du « socialisme du goulash ».
Gorbatchev fait donc un vibrant éloge des stimulants moraux et de l'« idéal communiste ». Mais comment ne pas se rendre compte que tout cela sonne faux, aussi longtemps que survivent les énormes privilèges matériels accordés aux sommets de la bureaucratie ? L'austérité pour les les travailleurs, les producteurs, les petits fonctionnaires, les bénéficiaires des allocations sociales ; l'« intéressement matériel » pour les technocrates et les bureaucrates de haut rang : croit-on un seul instant que le peuple ne s'apercevra pas de la supercherie ? On ne peut pas sortir de ce dilemme sans frapper la bureaucratie au cœur (au-dessus duquel se trouve le portefeuille), sans en finir avec la mystification cynique de la lutte « contre l'égalitarisme petit-bourgeois » (il serait infiniment plus correct de parler de l'opposiqu'on retrouve encore dans le rapport de Gorbatchev, dans la plus pure tradition
Ce dilemme en recouvre un troisième. Depuis un an, Gorbatchev est en train de déplacer imperceptiblement l'axe de la réforme économique de la sphère de la consommation vers celle de la production. Au XXVIIe Congrès du PCUS, on avait encore accordé beaucoup de place à l'amélioration du niveau de vie des masses, et notamment à la promesse d'un logement moderne et confortable pour tous d'ici l'an 2000. Mais en filigrane se dessine de plus en plus une nouvelle pression productiviste. C'est elle qui rend méfiants les travailleurs. Burlatsky l'admet à demi-mots dans l'interview accordée à Marxism Today, mentionnée plus haut.
Pour que la réforme économique soit accepte par les masses, pour que les tras'en affirment partie prenante, qu'ils en constituent l'aile marchante, il ne suffit pas d'en appeler à l'« idéal », surtout dans une société aussi saturée de scepticisme, d'hypocrisie, si ce n'est de cynisme qu'est la société soviétique d'aujourd'hui. Il faut que les travailleurs aient des garanties qu'un effort supplémentaire ne se retourne pas contre eux, ne remette surtout pas en question le plein-emploi, n'aggrave pas l'inégalité. Mais comment ces garanties en accroissant en des entreprises, et en jouant à fond stimulants matériels, ce qui reste le sens fondamental de la réforme économique ? Gorbatchev en comparant sa situation à celle de Deng Xiaoping en Chine. Le vieux majeur. Ses réformes économiques pouvaient fortement accroître les revenus d'une fraction de la paysannerie, fût-ce au prix d'une inégalité croissante au sein de celle-ci. Or, la paysannerie représente la grande majorité de la population chinoise. Mais la grande majorité de la population de l'URSS n'est composée ni de paysans, ni de bureaucrates. Elle est constituée par de simples salariés. Or, ceux-ci, Gorbatchev n'a pas grand-chose à leur offrir sur le plan matériel. L'amélioration de l'approvisionnement, même en vivres, par l'extension du secteur coopératif, a pour contrepartie une hausse vertigineuse des prix. Dans les « magasins coopératifs » ouverts à Moscou, on trouve de la charcuterie de qualité sans devoir faire la queue. Mais elle coûte cinq fois le prix appliqué dans les magasins d'Etat. Dix roubles le kilo de saucisson pour un ouvrier même qualifié qui gagne 300 roubles par mois, c'est inabordable (l'équivalent en France, vu le niveau des salaires, serait aux environs de 250 à 300 FF le kilo !).
La seule échappatoire de Gorbatchev, dans ces conditions, c'est d'offrir quelque chose sur le plan institutionnel, mais les contours et le contenu de l'offre sont beaucoup trop vagues pour surmonter le scepticisme.
Un débat intéressant se déroule actuellement en URSS au sujet de l'autogestion des entreprises. Malgré tout le bruit fait autour de la « transparence », on n'en a qu'un écho indirect, notamment par l'article de Lev Tolkounov, membre du CC du PCUS et président du Soviet de l'Union (une des deux chambres du Soviet suprême) de l'URSS, paru dans le
3. Il est vrai qu'à la différence de l'époque de Khrouchtchev, ceux qui avaient été les instruments direct et les complices actifs des crimes de Staline, d'Ejov, de Beria et d'autres sont aujourd'hui de moins en moins en place et en vie. Cela réduit quelque peu les réticences et les résistances personnellement intéréssées à ce que toute la lumière soit faite sur cette sombre époque.
numéro d'octobre 1986 de la Nouvelle Revue Internationale.
Les contradictions de la position «officielle » défendue par Tolkounov sont si manifestes qu'elles font peine à voir. « Notre parti (...) a résolument rejeté les conceptions du 'communisme de caserne' qui nie les formes démocratiques d'autogestion des travailleurs pour donner la primauté aux méthodes militaro-bureau-
Dans le même temps, le parti s'est prononcé et se prononce toujours avec conséquence et résolument contre les théories petites-bourgeoises anarcho-syndicalistes de l'autogestion ouvrière'. Ces dernières sont inacceptables pour nous, parce qu'elles opposent l'Etat socialiste à l'autogestion des collectifs de travailleurs. En réalité, comme le montre l'expérience, l'Etat socialiste agit en commun avec les organisations socialistes et les collectifs de travailleurs, en tant qu'ind'autogestion C'est la méfiance à l'égard des travailleurs qui caractérise l'équipe Gorbatchev. C'est la méfiance à l'égard de l'équipe Gorbatchev qui caractérise l'attitude des travailleurs. Des deux côtés, cela ne reflète point un manque de lucidité. Cette méfiance réciproque circonscrit bien les dilemmes de Gorbatchev. On ne la surmontera pas avec de la propagande. Jusqu'ici, Gorbatchev s'est avéré un grand expert en relations publiques, il est resté fort peu expert en dialogue avec la classe ouvriere.
NAISSANCE D'UNE CONSCIENCE
SOCIALE Au cours des dernières années, une véritable opinion publique s'était progressivement constituée en URSS. Mais il s'agissait d'une opinion publique enfermée dans des « micro-milieux » sociaux, c'est-à-dire éclatée, fragmentée, et reflétant du même fait une conscience éclatée et fragfait nouveau auquel on assiste actuellement, et auquel l'offensive de Gorbatchev au sujet du glasnost n'est évidemment pas étrangère, c'est la naissance d'une conscience sociale embrassant des problèmes sociaux sur un plan beaucoup plus étendu. Evgueni Evtouchenko a résumé cette situation en ce qui concerne la jeunesse avec la formule lapidaire suivante : « Ceux et celles qui passent actuellement leur bac s'intéressent davantage aux sciences de l'esprit maines et sociales) qu'aux sciences naturelles ou qu'aux affaires techniques » (Der Spiegel, 2 février 1987).
Deux exemples illustrent à la fois la portée et les limites de cette nouvelle conscience sociale.
Premier exemple, la catastrophe de Tchernobyl a déclenché un véritable débat qui, malgré toutes les références au glasnost reste encore largement ignoré du grand public. Voici comment Burlatsky, dans l'interview Today, traite cette question : « Mais au informel, il y a des points de vue différents, surtout parmi les savants et les
Get il y a des opinions qui sont assez similaires de celles des Verts dans les pays occidentaux. Certains écrivains estiment que nous ne devrions pas construire des centrales nucléaires près des villes ou des rivières, mais peut-être seulement en Sibérie ou dans d'autres endroits où cela ne serait pas dangereux. On peut le voir mentionné dans certains discours ou articles par des écrivains. Mais, je le répète, Tchernobyl est une question très doulou-
Voilà pourquoi, il n'y a pas une discussion aussi large et ouverte à ce pro-
Par ailleurs, la conscience féministe a avancé par bonds au cours des derniers mois. La sous-représentation des femmes dans les organes de direction du parti et de l'Etat fait aujourd'hui figure de véritable scandale. L'équipe Gorbatchev a réagi. Des discussions ont lieu au sujet de l'insti-
Bien que cette idée puisse apparaitre comme un moyen de contourner la repré sentation directe des femmes dans les organes de pouvoir proprement dits, elle permet en même temps un débat sur les revendications sociales particulières des femmes : non seulement offensive contre la discrimination en matière de salaires, mais aussi et surtout, sur les revendications concernant une extension radicale des services sociaux collectifs, sur l'amélioration du système de distribution et de transports en commun pour réduire les pertes de temps, sur le réexamen du problème de l'attitude officielle à l'égard de la famille nucléaire dont la décomposition est manifeste. Ce dernier problème enfin discuté plus franchement dans la presse, au lieu d'être escamoté hypocritement derrière celui de la « montée des divorces », comme ce fut le cas pendant
Il faut souligner que cette réapparition d'une conscience sociale plus ample en accompagnée d'une véritable politisation de couches sociales plus larges, même au sein de l'intelligentsia. La raison en est double. D'abord, les dirigeants eux-mêmes la découragent. Quant Monty Johnstone pose la question à Burlatsky s'il envisage la possibilité que des groupes de citoyens qui adoptent des positions similaires à celles reçoivent la permission de s'organiser et d'exprimer leurs points de vue dans le cadre d'une société raliste, il reçoit une réponse tres seche : « Cela n'est pas la coutume dans notre
Ensuite, les masses elles-mêmes hésitent à s'engager dans cette voie : un événement récent l'atteste. La sensation du moment à Moscou - plus que le Plénum du Comité central - c'est la représentation du film « Le Repentir » de Tenguiz Abouladze qui est une critique violente de la terreur stalinienne, mais sous forme allégorique, sans que le dictateur défunt ne soit nommé (ce n'est évidemment pas fortuit ; ni que le dictateur paraisse sous des traits qui rappellent ceux de plutôt que ceux de Staline). A la sortie du cinéma, des groupes se forment qui discutent avec entrain sinon avec passion le message du film et le bilan de l'époque stalinienne. Ces discussions paraissent tout à fait spontanées et libres. Mais, du moins jusqu'ici, elles se limitent au passé.
touchent point les questions d'actualité, ni celles des struetures politiques actuellement en place, ni celles des réformes de Gorbatchev.
L'hebdomadaire britannique The Observer signale de même dans son édition du 8 février 1987, que lors d'un concert de musique pop dans un faubourg de Moscou, un jeune chanteur a fait allusion dans sa chanson à l'absurdité de la guerre d'Afghanistan et aux pertes humaines occasionnées (on trouve une allusion similaire dans un film récent de Yuris Podnieks). L'auditoire jeune lui a fait une ovation, mais sans discussion politique aucune ; seule la mort de jeunes Soviétiques
La discussion politique, la critique politique, la prise de conscience politique, ne peuvent résulter pour des masses plus larges que d'une pratique et d'un apprenpolitiques spontanés, à la base. Marx s'est moqué de ceux qui, sous l'absolutisme éclairé du royaume croyaient pouvoir enseigner à nager sans permettre que l'élève ne descende dans l'eau. Il ridiculisa ces « maîtres à sauter » qui cherchaient à préparer le dépassement d'un précipice à l'aide d'un mètre à ruban.
Le paternalisme éclairé de Gorbatchev se heurte à un obstacle semblable. De même que la science ne peut progresser sans discussion libre, l'apprentissage politique des masses a besoin d'activité libre pour s'épanouir. Cette liberté politique n'est pas prévue par les réformes de Gorbatchev.
DES TESTS IMPORTANTS
C'est dire que toute une série de tests sont attendus par les masses - avant tout les travailleurs et les jeunes — pour juger de la portée réelle de ces réformes. peuvent être résumés dans les points qui suivent à titre d'exemple (on pourrait facilement ajouter plusieurs points supplémentaires) :
- suppression de la censure. Droit pour tout groupe déterminé de citoyens de publier librement des livres, brochures, revues, organes de presse périodiques, tracts etc. ;
4. Selon le quotidien français Libération du 3 février 1987, le rapport de Valentina Terechkova à la conférence de l'Union des femmes soviétiques du 30 janvier 1987 à Moscou a été véritablement explosif. Selon ce rapport, majeure partie des femmes soviétiques doivent toujours travailler à des tâches manuelles pénibles et non qualifiées. Elles perdent des heures tous les jours à faire la queue pour des produits de mauvaise qualité et à effectuer des travaux ménagers qui constituent à eux seuls une deuxième journée de travail. Le rapport stigmatise le manque de place dans les garderies et les crèches, l'absence de précautions sanitaires responsable de l'augmentation de maladies contagieuses touchant les enfants, l'accroissement de la mortalité infantile qui se situe au niveau double de celui des pays capitalistes les plus avancés.
- suppression des articles pénal qui limitent la liberté d'expression, notamment celui qui interdit « l'agitation anti-soviétique » et « la calomnie du pouvoir soviétique », articles qui concernent clairement ni l'espionnage ni des activités criminelles (terrorisme etc.) mais institutionnalisent le délit d'opinion et empêchent ou entravent l'exercice des droits démocratiques par les masses (5) ;
- libération de tous les prisonniers politiques, c'est-à-dire de tous ceux qui se trouvent en prison et dans les camps pour délits d'opinion ;
- instauration de l'habeas corpus. Toute personne arrêtée doit être confrontée avec une accusation précise et écrite 24 heures après son arrestation, a le droit à un avocat librement choisi pour assurer sa défense, avocat qui doit avoir accès au droit de recours devant les soviets locaux de toute personne arrêtée. Droit des soviets locaux d'interroger de manière autonome, hors présence de la police, toute personne arrêtée qui exerce une telle requête. Droit d'enquête des soviets sur les opérations de police ;
- droit de tout groupe de citoyens, au-delà d'un nombre minimum, non seulement de proposer des candidats pour les élections aux soviets (y compris au Soviet suprême) dans les assemblées de sélection des candidats mais aussi aux élections elles-mêmes, si un minimum déterminé de voix a été obtenu dans les assemblées de sélection par ces candidats ;
- droit de ces candidats de défendre et de faire publier des plate-formes, de les faire distribuer à tous les électeurs, même si elles sont différentes de celles du PCUS, sans restriction politique aucune ;
- élection libre des délégués syndicaux, des membres des « conseils des travailleurs » et des « conseils de femmes » dans les entreprises, avec le droit de proposer plusieurs candidats, sans restriction d'aucune sorte. Pendant une période tranGorbatchev lui-même, la liberté de ces élections est assurée par le scrutin secret ;
- droit pour les délégués syndicaux librement élus de se consulter et de s'organiser «verticalement » dans la même branche d'industrie, et surtout « horizontalement », au niveau des quartiers pour les métropoles, des villes, des districts, des régions et des républiques. Suppression du principe du « centralisme démocratique » au sein des syndicats, des groupes d'entreprises, des « conseils leurs » et de toutes les organisations de
Ce principe, même sous sa forme léniniste originelle (c'est-à-dire réellement démocratique), n'a de sens qu'entre personnes librement associées par conviction commune, non au sein d'organismes de classe ou d'Etat. A ce niveau là, pour assurer l'exercice du pouvoir réel par les masses, c'est le principe de la délégation fondée sur mandat, avec révocabilité des élus au gré des élections, notamment en fonction de l'exécution du mandat, qui doit être la règle ;
- rétablissement et garantie du droit de grève et de toute action revendicative des travailleurs ;
- contrôle ouvrier généralisé sur toutes les activités économiques, à tous les
Léonid Brejnev (centre) en 1945 (DR)
échelons du plan et de la gestion : stocks et flux (envois, transports, arrivées) des matières premières ; utilisation et demandes d'équipement ; calcul des coûts des productions courantes ; établissement des normes de production et de objectifs du plan dans l'entreprise et dans d'autres entreprises ; priorités globales des plans ; contrôle de l'emploi ; droit de veto sur les licenciements ou autres formes de réduction d'emploi etc. C'est là une mesure-clé pour accroftre la participation réelle et pas seulement formelle, fictive des travailleurs à la gestion. C'est un pas décisif vers la démocratie économique dont les gorbatcheviens parlent tant, et qui est supposée être la version actualisée de la « démocratie des producteurs », dont on parlait au lendemain de la révolution d'octobre ;
- suppression des magasins spéciaux et des sections réservées dans les hôpitaux, centres de vacances, restaurants, etc. Contrôle ouvrier (et des comités de citoyens et de citoyennes) sur l'application de ces
- introduction du principe qu'aucun fonctionnaire d'Etat, y compris aux niveaux les plus élevés, ne doit avoir un revenu (y compris les avantages en nature) supérieur à celui d'un ouvrier qualifié.
Vu l'étroite imbrication entre l'Etat et le PCUS en URSS, l'extension d'une sé.
de revendications concernant le glasnost aux structures du PCUS reflète non des illusions sur la nature de ce parti mais des exigences démocratiques élémentaires. Puisque pour le moment les seuls débats politiques réels se déroulent au sein du Comité central du PCUS, il est normal que les citoyens critiques exigent que ces débats soient publiés. Puisque Gorbatchev propose que les membres des comités du PCUS soient élus à bulletin secret, il est normal que les citoyens réclament que ces élections ne soient pas de simples simulacres, mais puissent opposer des candidats se différenciant par des véritables plates-formes contradictoires. Cela n'enlève évidemment rien à l'importance de la revendication du pluripartisme, c'est-à-dire du droit des ouvriers et des paysans soviétiques de constituer librement les partis politiques de leur choix.
La défense de telles revendications en URSS est-elle excessive et prématurée ? Renforce-t-elle la position des conservateurs opposés aux réformes de Gorbatchev ? C'est un argument des plus éculés. Déjà à la veille de la révolution de 1848, les libéraux accusaient les communistes de l'époque de faire le jeu de la réaction conservatrice avec leurs revendications excessives. Le vrai problème est ailleurs. Il
5. Burlatsky et d'autres gorbatcheviens utilisent la formule : liberté de discussion, mais pas de liberté pour les idées anti-socialistes. Deng Xiaoping et Peng Zhen utilisent des formules analogues en Chine. Mais comment expliquer dès lors qu'on tolère en URSS de nombreux écrits nationalistes chauvins grand-russes et ouvertement anti-sémites, comme ceux de Tseran Solodar, alors qu'on interdit les écrits de communistes, de socialistes et d'anarchistes farouchement anti-capitalistes ?
réside dans la nature de classe de l'activité politique, dans les intérêts sociaux diffé renciés qu'il s'agit d'exprimer et d'articuler.
PAS DE DÉMOCRATIE SOCIALISTE
SANS MOBILISATION DES MASSES
Croire qu'on puisse opérer des changements réellement révolutionnaires dans l'Union soviétique telle qu'elle est aujourd'hui sans que bouge la classe ouvrière est illusoire. Croire qu'on puisse faire bouger la classe ouvrière sans en appeler à ses intérêts, c'est tomber dans l'utopie idéaliste et volontariste la plus stérile. Les grands axes de « l'intéressement », tant matériel que moral des travailleurs dans les sociétés postcapitalistes passent par des voies bien connues depuis plus de 30 ans : solidarité, justice, égalité, pouvoirs de décision réels.
A ceux qui rétorquent qu'on ne peut aller trop vite sans accroftre les obstacles, répondons que jusqu'ici ça a bougé trop lentement. Selon le Sunday Times du 14 février 1986, un rapport rédigé par des dizaines d'académiciens soulignait la gravité de la crise (« une pagaille effroyable ») et réclamait l'accélération des réformes. Aux gorbatcheviens qui disent que le peuple ne s'adapte que lentement, à l'apprentissage de la démocratie, signalons que leur paternalisme les enferme dans une impasse. Rien de tel que leurs propres slogans pour révéler la profondeur de leur contradiction qui touche au ridicule : « N'ayez pas peur d'avancer hardiment, de façon décidée ». Dans le monde réel, les audacieux se caractérisent par le fait que par définition ils n'ont pas peur, que personne ne peut les effrayer. Ce courage, les masses l'acquerront par leur propre pratique et leurs initiatives, comme pendant la révolution de 1917, non sur commandement ou d'après des règles rigoureusement établies et limitées par en haut.
Parlant le 19 juin 1986 devant un groupe d'écrivains, affirmé : « L'ennemi (mieux vaudrait dire la bourgeoisie internationale) ne craint pas les fusées nucléaires soviétiques. Mais il craint l'extension de la démocratie en URSS », (New York Times, 22 décembre 1986). Une Union soviétique où règnerait une véritable démocratie socialiste serait une force d'attraction pour les masses du coup toute la situation mondiale. A condition qu'il s'agisse d'une démocratie socialiste réelle, qui donne aux travailleurs non seulement plus de droits et de pouvoirs économiques, mais encore plus de droits et de pouvoirs politiques que dans les pays capitalistes les plus avancés. Une telle démocratie ne sera pas le produit des initiatives de Gorbatchev, elle viendra de de Gorbatchev ouvrent une brèche par laquelle cette action pourrait s'infiltrer quand les espoirs soulevés auront
Ernest MANDEL,
----- pull-quotes on this page -----
Interview de Youri Orlov