Une nouvelle donne à Beyrouth
Au moment de la rédaction de cet article, de violents affrontements éclataient à Beyrouth, entre les miliciens du mouvement chiite Amal, d'une part et ceux du PCL et du Parti druze et Walid Joumblatt, d'autre
LIBAN part. Depuis, part. Depuis, ces affrontements ont des six jours", et se sont soldés, destructions considérables, par la troupes syriennes dans la capitale
La guerre des camps est le principal révélateur du changement qualitatif de la situation libanaise après l'invasion israélienne de l'été 1982 (1). Elle témoigne de cette vérité souvent oubliée qui fait qu'un lutte de libération n'est pas forcément nature sociale de sa direction reste, aux
Run critère décisif. caractère de masse est indéniable et qui a participé au combat contre l'armée d'oc -cupation israélienne au Liban sud, n'en est pas moins l'instrument politico-militaire de la fraction chiite de la bourgeoisie libanaise.
Amal s'est retourné contre les Pales -tiniens, affirmant son opposition absolue au "retour à la situation d'avant l'invasion", c'est-à-dire au retour des organisations de la résistance palestinienne dans les camps de refugiés de Beyrouth et du Sud Liban, dont elles avaient été expulsées par l'armée israélienne. Amal s'appropriait et défendait ainsi un des résultats de l'invasion de 1982.
SOLIDARITE AVEC LES CAMPS PALESTINIENS
Amal, dans un cas comme dans l'autre, bourgeoisie chiite de "pacifier" le Sud Liban, région dont elle est majoritairement originaire et propriétaire. Il lui faut, dans ce but, empêcher que recommen -ce le cycle des représailles israéliennes contre une résistance palestinienne dont la principale base de départ était précisément le Liban sud. Aux mobiles propres d'Amal, s'ajoute l'intérêt du régime syrien, son allié, soucieux d'empêcher en particulier Yasser Arafat, de réimplanter ses troupes au Liban. En toute hypocrisie, Amal, présenta d'abord son assaut des camps comme un combat "contre Arafat". Personne ne fut dupe, y compris les combattants palestiniens des organisations liées à la Syrie, qui participèrent, et continuent de participer, à la défense des camps contre Amal.
Damas, tout en soutenant Amal, laisse faire ses alliés palestiniens et autres, comme le Parti socialiste progressiste (druze) de Walid Joumblatt et le Parti
Men une véritable "guerre outre les nombreux morts et les intervention massive des libanaise, depuis 1982. communiste libanais (PCL), dont les symD'autre part, le régime iranien, Damas et ennemi juré d'Arafat depuis que celui-ci s'est rallié à l'Irak, n'en joue pas moins au médiateur, secondé sur le terrain par l'intermédiaire du Hezbollah ("Parti de Dieu", intégriste chiite , khomeiniste).
En fait, tandis que Damas semble s'être accommodé d'une hégémonie totale d'Amal sur les camps qui passe par leur désarme - différents alliés du régime syrien, tous rivaux d'Amal à un titre ou à un autre, préfèrent que les camps restent contrôlés par les dissidents palestiniens, pour les uns Joumblatt, le PCL ou les intégristes, autres Iran, Hezbollah.
Face au siège organisé par Amal, il faut se solidariser avec les camps pales -tiniens, réclamer la levée du siège, défendre le droit des camps à l'autodéfense, c'est-à-dire à l'armement autonome.
LA RESPONSABILITE DE LA DIRECTION ARAFAT
Cependant, cette solidarité nécessaire avec les habitants des camps palestiniens, ne saurait empêcher de critiquer Arafat, qui porte la responsabilité de mener les Palestiniens de défaite en défaite et de les avoir placés dans l'impasse historique où ils se trouvent.
Il y a , d'une part, responsabilité évi -dente de la direction Arafat de l'OLP dans la haine que voue aujourd'hui la grande majorité des masses chiites du Liban à la Résistance palestinienne. Les masses chiites, opposées aux Phalangistes, aux sionistes et aux impérialistes, n'en sont pas moins opposées également aux orga -nisations palestiniennes, pour avoir subi pendant sept ans (1975-1982) leur comportement bureaucratique arrogant, et d'autant plus "sereinement" qu'elles per -çoivent l'OLP comme une organisation capitularde, alliée à la réaction arabe.
Il y a , d'autre part, responsabilité tout aussi évidente de la direction Arafat dans son choix politique délibéré, depuis1983, de s'opposer au régime syrien pour s'allier aux régimes égyptien et irakien, en sus du régime saoudien, son allié de toujours, et chercher à collaborer avec le pouvoir jordanien en vue de négociations hypo -
Israël, sous patronage
Il y a, enfin, responsabilité directe de cette demière dans les combats en cours et la prolongation du siège. En effet, tous les observateurs ont pu noter que, dans cette "guerre des camps", , la direction Arafat a tout fait - en dépensant même des sommes énormes - pour reconstituer sa force armée dans les camps, tout sachant pertinemment à quoi cela les condamnait inévitablement, et ce, dans le seul but de réaffirmer sa présence sur l'échiquier régional, pour lui permettre de poursuivre sa politique droitière. Elle n'a pas hésité à s'acoquiner ostensiblement avec les Phalangistes, contre Amal et la Syrie. Elle a incité ses troupes à occuper le village libanais de Maghdouché, du périmètre du camp d'Ain-el-Héloué, près de la ville de Saïda au Liban sud. Elle les a exhorté à "tenir bon" l'évacuation posée par Amal pour lever le blocus des camps de Beyrouth, Chatila et Bourj-elBrajneh et de Tyr, Rachidieh,.
Cette termeté, qui contraste fortement avec la capitulation empressée direction Arafat face au siège israélien de Beyrouth en 1982 - alors que les condi -tions se prêtaient bien mieux à la fermeté, et que l'étau israélo-phalangiste qui mena -çait les camps, était beaucoup dangereux pour les Palestiniens, civils y compris - cette fermeté, a pour but évident, comme lors de la bataille de Tripoli en 1983, de faire monter les enchères politiques pour mieux couvrir une politique de compromission droitière : en 1983, c'était la réconciliation avec le régime égyptien, signataire d'un traité de paix avec Israël. Aujourd'hui, alors qu'Arafat affirme, de manière grotesque qu'il se passe au Liban "un génocide semblable à celui qui a motivé le procès de Nuremberg"(cf. Le Monde du 12 février 1987), il exhorte les puissances impérialistes à reconstituer leur "Force Multinationale" qui était intervenue au Liban en 1982, ou à y faire intervenir les forces de l'Organisation des nations unies (ONU) et annonce, candidement que son alter ego, Abou Jihad, "va retourner très bientôt à Amman (d'où il avait été quasiment expulsé, quelques mois auparavant) pour participer à la réunion du comité jordano-palestinien" .Arafat inflige ainsi un nouveau camouflet au Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) de Georges Habache et au Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP) de Nayef Hawatmeh qui, suivant les conseils de Moscou, avaient renoué avec la direction de l'OLP, échange de sa promesse de renoncer officiellement à l'accord conclu à Amman, entre Arafat et le roi Hussein, en février 1985.
23 février 1987 Salah Jaber (1) Cf. Inprécor numéros 198 du 10 juin 1985 et 228 du 20 octobre 1986 (2) Cf. La crise de l'OLP : un bilan, dans Quatrième Internationale, numéro 21 du 21 septembre 1986.