Le Bureau gouvernemental de la femme, vient de publier un rapport sur la place actuelle des femmes dans la société nicaraguayenne.
Depuis 1979 et le renversement de la dictature de Somoza, des milliers de femmes se sont intégrées à la fois dans le monde du travail et dans les organisations politiques et sociales
Sept ans après la victoire, la guerre qui mobilise plusieurs dizaines de milliers d'hommes et la crise économique aiguë qui frappe le pays, ont amené beaucoup de femmes à travailler à l'extérieur du foyer. Les femmes représentent 35% des ouvriers agricoles. Dans certaines zones rurales, souligne le rapport, "les femmes constituent la principale force de travail" et elles assument des travaux réservés jusque-là aux hommes.
Dans les villes et principalement à Managua, la capitale, elles constituent la majorité de la main-d'oeuvre dans le textile, la confection, les conserveries, l'industrie pharmaceutique. Dans beaucoup d'entreprises de ces secteurs, elles représentent 80% des salariés.
nombre encore plus important d'entre elles se retrouvent dans le "secteur informel" (voir article). 70% des commerçants de détail sont des femmes.
UNE DOUBLE JOURNEE DE TRAVAIL
Le rapport détaille longuement les obstacles que rencontrent les femmes et notamment, le poids de la double journée de travail. Dans un pays sous-développé comme le Nicaragua, qui connaît de plus une pénurie criante, les heures consacrées au travail domestique nécessaire à la reproduction de la famille, pèsent lourd d'autant que le partage des tâches est loin de se faire. Dans une famille où l'homme et la femme travaillent à l'extérieur, la femme consacre 56% de son temps au travail domestique contre 9% pour l'homme. Dans les campagnes, la journée totale de travail d'une femme s'élève couramment à 18 heures entre le temps passé à l'extérieur et le travail au foyer ; dans les villes, celle d'une ouvrière est de 16 heures.
Examinant les relations des femmes avec le monde du travail, le rapport constate la discrimination existant en matière de formation et de promotion, et vis-à-vis des femmes enceintes.
Parce que l'avortement est illégal au Nicaragua, de nombreuses femmes meurent chaque année des suites d'un avortement clandestin. C'est d'ailleurs la première cause de mortalité maternelle avec 27% du total de ces décès. La majorité des femmes qui ont recours à l'avortement clandestin ont déjà eu des enfants et seulement 23% d'entre elles sont
"Cette réalité va à l'encontre de l'idée communément répandue selon laquelle l'avortement serait un recours des femmes seules qui ne veulent pas subir d'ostracisme social",
LA PARTICIPATION DES FEMMES A LA VIE SOCIALE la réforme agraire mise en place par la révolution et le développement du mouvement coopératif ont jeté les bases de l'égalité dans les campagnes, mais beaucoup reste à faire pour que cette égalité coopératives ont des femmes comme membres, celles-ci ne représentent toutefois que 6% du nombre total des sociétaires. L'idée prévaut toujours "qu'elles 'aident' leur mari dans le travail agricole, et qu'elles ne sont pas elles-mêmes des producteurs à part entière. Les hommes sont réticents à ce que leurs femmes deviennent membre à part entière coopérative et ils sont peu motivés par le développement de la participation des femmes à la gestion sociale"
Des progrès notables ont été accomplis chez les ouvrières agricoles, même si là syndical est encore loin détre identique a celle des hommes, u leur participation au niveau cause, expliquent-elles, du travail supplémentaire que donnent la garde des enfants et la responsabilité du travail domestique. Toutefois, si ces obstacles demeurent, 81% des ouvrières agricoles sont maintenant syndiquées.
QUELLES MESURES PRENDRE ?
Dans ses conclusions le rapport souligne que certains des problèmes des femmes ont leur source dans les lois héritées
"Les lois anciennes et les lois promulguées par la révolution coexistent créant des obstacles contradictions qui empêchent de résoudre ces Ainsi, bien que de nombreux centres pour femmes battues aient été ouverts depuis la révolution, cette violence faite aux femmes n'est pas sanctionnée par la loi et 51% des femmes qui ont recours à l'aide des Offices de la femme mis en place par AMNLAE fuient la violence domes -tique.
Il en va de même pour l'avortement : "La criminalisation de l'avortement, est un danger pour la santé des femmes, elle augmente la mortalité féminine et grêve le budget des hôpitaux, elle est contradiction flagrante avec l'action gouverne -mentale pour l'amélioration des conditions sanitaires du pays"
Enfin, le rapport conlut sur la nécessité d'une révision de la politique suivie par le gouvernement vis-à-vis des femmes.
"La situation de guerre, la crise économique et les chan -gements sociaux dans le pays ont modifié le rôle des femmes nicaraguayennes. Elles assument aujourd'hui d'énormes responsabilités et sont de plus en plus intégrées à l'ensemble de la production.
Mais jusqu'à présent aucune politique n'a redéfini le rôle qui est traditionnellement assigné aux femmes dans la société. La division sexuelle du travail habituellle n'a pas été remise en question, pas plus que l'idéologie qui attribue leur rôle à chacun des sexes.
Il est nécessaire pour les femmes comme pour la défense de la révolution dans son ensemble, de dépasser les inégalités entre les sexes, de résoudre les problèmes des femmes afin de construire une société nouvelle.
La transformation des structures sociales qui reproduisent cette inégalité implique un changement de politique, des lois civiles et pénales, du système de propriété de la terre, du Code du travail, de l'idéologie comme des attitudes et relations personnelles." •