Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFGHANISTAN

La IVe Internationale et l'Afghanistan

· Inprecor n° 239, 30 mars 1987 · p. 9 · 827 mots

Salah Jaber était le pseudonyme de Gilbert Achcar, dirigeant de la section libanaise et, à partir de 1983, membre du Bureau de la IVe Internationale ; plus tard professeur à la SOAS (université de Londres).

Afghanistan IVe Internationale URSS et Russie

La Ive Internationale et l'Afghanistan En janvier 1980, un mois après le début de l'intervention soviétique en Afghanistan, le Secrétariat unifié de la IVe Internationale se réunissait. Alors qu'une minorité soutenait T'intervention soviétique, la qualifiant de « progressiste », la majorité du SU critiquait l'intervention, mais rejetait l'appel au retrait des troupes soviétiques, soutenant celles-ci contre les moudjahidin en appelant à « choisir son camp contre l'impérialisme et les forces conservatrices » ; seule une petite minorité se prononçait pour le retrait (1).

Les partisans de ce dernier mot d'ordre, cependant, expliquaient leur position à partir de considérations sur la nature de classe des camps en présence en Afghanistan, identiques à celles qui avaient inspiré les deux autres positions. Leur résolution minoritaire, après avoir condamné l'intervention soviétique en tant que « violation grossière du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes », argumentait de ce que : « Toute prolongation de la présence des troupes soviétiques en Afghanistan ne peut qu'alimenter les tendances suivantes:

La) la tendance de la rébellion afghane à s'accroître en force et en popularité, profitant du ressentiment national afghan contre l'intervention soviétique et de l'appui impérialiste prenant prétexte de cette même intervention. Le Kremlin est en train de s'embourber dans une guerre qu'il ne pourra jamais mener à terme, dans la mesure où il est tout à fait illusoire de vouloir supprimer une guérilla dans un pays montagneux, quand celle-ci dispose, de surcroît, de deux bases d'appui : le Pakistan et l'Iran (...). »

La résolution minoritaire se terminait par la définition des tâches, qui suit :

« Les marxistes révolutionnaires se doivent de prendre part et d'impulser les actions de pression politique du mouvement ouvrier et anti-impérialiste sur l'URSS, pour un retrait immédiat des troupes soviétiques d'Afghanistan. (...). Ils doivent aussi exercer leur devoir de solidarité envers les afghanes anti-féodales et anti-impérialistes, expliquant que la demande du retrait des troupes soviétiques ne saurait en aucune façon être confondue avec un soutien aux

C'est cette même position qui sera finalement adoptée, en mai 1981, par la majorité du Comité exécutif de l'Internationale (CEI) (2). Alors qu'une minorité se situait dans la continuité de la position majoritaire du SU de janvier 1980, la majorité du CEI reprenait et développait, avec certaines nuances propres, l'argumentation de la minorité pro-retrait de 1980. Ainsi, la résolution majoritaire de mai 1981 se situait dans le cadre du « combat contre toutes les forces de la réaction, contre les mouvements islamiques intégristes et autres à Peshawar », et jugeait que l'intervention soviétique « favorise la contre-révolution ».

Tout en affirmant que la « défense réelle des intérêts des travailleurs et des paysans comme des peuples d'Afghanistan passe par une lutte intransigeante contre les forces réactionnaires afghanes et contre l'impérialisme », la résolution majoritaire du CEI se prononçait pour le « droit à l'autodétermination des peuples d'Aghanistan » et pour le retrait des troupes soviétiques, précisant que ce dernier mot d'ordre « ne s'oppose en rien à une défense inconditionnelle des militants et sympathisants du PPDA contre la réac-

La résolution se terminait par la définition des tâches, « Les marxistes révolutionnaires feront campagne pour dévoiler l'hypocrisie de l'impérialisme qui, tout en se faisant le « défenseur de la liberté du peuple afghan », apporte son appui aux forces réactionnaires (...). Ils s'opposent à toute orientation de soutien indifférencié à la 'résistance afghane. Ils axeront leurs initiatives sur les thèmes suivants: contre toute intervention impérialiste dans la région ; pour le soutien aux travailleurs et paysans et aux organisations qui luttent contre la réaction et contre la répression soviétique (3) ; pour la défense du droit des peuples afghans à l'autodétermination et pour la souveraineté politique de l'Afgha-

Il est d'autant plus utile de rappeler qu'elle était, et reste, la position de la Quatrième Internationale sur l'Aghanistan, que beaucoup confondent encore le fait de se prononcer clairement pour le retrait des troupes soviétiques avec une attitude de soutien aux moudjahidin, voire même de pression sur les pays impérialistes" pour une aide accrue aux guérillas réactionnaires les plus riches du monde ! •

S. J 1. La résolution majoritaire a été publiée dans Inprecor, numéro 69 du 07.02.1980 ; les résolutions minoritaires, dans le numéro suivant : numéro 70 du 21.02.1980.

2. Les résolutions du CEI de 1981 ont été publiées dans Inpre. cor numéro 105 du 06.07.1981.

3. Il s'agissait des rares organisations afghanes d'inspiration maolste, qui étaient à la fois « progressistes » et opposées à la présence soviétique. S'il était correct de noter leur existence comme un fait positif, il était erroné de croire qu'elles « pourraient devenir un pole d'opposition actif aux forces intégristes islamiques ou pro-impérialistes ». C'était sous-estimer la formidable polarisation de la société afghane par suite de l'intervention soviétique et de l'escalade guerrière. Ceux, parmi les progressistes autonomes afghans, qui ne se sont pas ralliés au gouvernement de Kaboul ou à l'un des partis islamiques, ont été décimés par les moudjahidin, autant sinon plus que

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