fiabilité des médias des pays impérialistes, de constater
L est tout à fait édifiant, quant à « l'objectivité » et à la comment lesdits médias - si prompts à monter en épingle la moindre incartade de la guérilla communiste aux Philippines, pour ne citer que cet exemple - mythifient la « résistance afghane » et passent presque entièrement sous silence des réalités qui crèvent les yeux.
Ainsi, les télévisions des pays occidentaux diffusent inlassablement des reportages « sensationnels » sur des opérations des moudjahidin, qui sont autant de remakes sur le même scénario, mais se gardent bien - sauf exceptions rarissimes - d'explorer l'envers du décor : l'extraordinaire corruption de la bureaucratie des partis de Peshawar, le luxe insolent qu'atti-
Salah JABER
En deçà des mythes, examinons de plus près l'éventail des principales organisations de moudjahidin. Leur seul dénominateur commun, en positif, est la référence à l'Islam ; ce ne saurait être le regard nationalisme en de hétérogénéité ethnique de la société afghane, qui ne constitue pas, à proprement parler, une nation - ni une quelconque idéologie politique, terrain sur lequel les divergences sont considé - rables entre khoméinistes à une extrémi - té, et les royalistes à l'autre. L'Islam comme unique étendard unificateur, est d'ailleurs une caractéristique que le
Pakistan - sécession islamique de l'ex-
Empire britannique des Indes - partage avec les moudjahidin afghans, et qui contribue à expliquer la facilité avec laquelle le régime de Zia ul-Haq - intégriste à sa manière, de surcroît - a accueilli ces derniers sur son territoire, exploitant leur présence pour sa campagne d'islamisation qui est le seul argument idéologique dont il dispose. La référence commune à la religion n'empêche cependant pas les moudjahidin de se regrouper suivant la secte de l'Islam à laquelle ils appartiennent : les sunnites d'un côté, liés au Pakistan, et les chiites de l'autre, liés à l'Iran.
LES PARTIS SUNNITES DE
PESHAWAR
Côté pakistanais se regroupent donc les partis sunnites, qui représentent la grande majorité des moudjahidin - le sunnisme étant majoritaire à plus de 80% dans la société afghane. En avril 1985, les sept organisations principales basées à Peshawar ont constitué l'Alliance
Islamique des Moudjahidin Afghans, en
Peshawar ou le Royaume saoudien. fusionnant, sous la pression de leurs commanditaires, les deux alliances riva -les qui coexistaient plutôt mal que bien jusque-là : l'alliance des intégristes et celle, dite "modérée", des royalistes. Les intégristes
Les quatres organisations intégristes sont, dans l'ensemble, plus fortes que leurs rivales. Mais la rivalité entre elles est tout aussi réelle, et souvent aussi sanglante, qu'elle l'est entre intégristes et traditionnalistes. Bien que plus "idéologiques", les organisations intégristes ne se fondent pas moins, pour leur recrutement, sur les allégeances ethniques, régionales et tribales, sans parler de la vénalité commune à tous les partis de Peshawar. Ce sont :
1) Le Jamiat-i Islami (Groupement chent leurs dirigeants, le détournement d'une partie des armes qu'ils reçoivent vers le marché noir, leur participation au trafic des narcotiques, les atrocités couramment commises par les moudjahidin, les violentes batailles qui éclatent souvent entre eux et qui relèvent, à la fois, de la guerre tribale et de la guerre des gangs, le fanatisme bêtifiant des intégristes, l'extrême arrié.
ration des mœurs sociales et politiques en vigueur du côté de
Peshawar, l'oppression moyenageuse des femmes, et autres aspects de l'islamisme réactionnaire qui font la une des médias outragés, lorsqu'ils ont pour théâtre Téhéran, mais deviennent folklore anodin, voire sympathique, lorsqu'ils ont pour théâtre islamique) de Rabbani. Fondé au début des années soixante par son dirigeant actuel, professeur de théologie, le Jamiat- i est le pendant du Jamaat-i Islami pakistanais, organisation intégriste ultra- réactionnaire qui a contribué au renverse - ment du premier ministre Bhutto en
1977 et soutenu la dictature islamique de
Zia ul-Haq. Le Jamiat-i afghan a com - mencé son action armée après le coup d'Etat "républicain" du prince Daoud en
1973, accusant celui-ci d'être l'agent des soviétiques !. Il est étroitement lié au régime pakistanais actuel.
2) Le Hezb-i Islami (Parti islamique)
de Hekmatyar. Fondé en 1968-1969 à l'Université pour s'opposer à l'expansion de la gauche - le "C.V." de Hekmatyar comprend le meutre d'un étudiant maoïste
PAKISTAN
Pestiever
Pashtun
Ouzbek
Tajık
Turkmène
Beloutch
Hazara
Nouristani plus de 3000 m d'altitude!
en blanc en Afghanistan
200
300 km
100
nibide
Les moudjahidin, des organisations plus souvent en 1970 ! - le Hezb-i s'apparente au Mouvement des frères musulmans, fer de lance de la réaction au Proche-Orient. A la suite du coup d'Etat de Daoud en 1973, le Hezb-i passa lui aussi à la lutte armée contre le nouveau régime. En fait, le parti de Hekmatyar allait se étroitement au régime pakistanais de Bhutto, puis à ses successeurs, qui en feront leur instrument islamique pour combattre le nationalisme pachtoune de Daoud. Depuis l'arrivée du PPDA au pouvoir, le Hezb-i a diversifié ses sources de financement et tissé des liens, aussi bien avec les Saoudiens qu'avec l'Iran khomeiniste. C'est le parti le plus fanatique et le plus sectaire de l'Alliance.
3) Le Hezb-i Islami - tendance Khales. Scission du précédent, ce groupe est dirigé par un mollah, Khales, chef tribal de surcroît.
4) Le Ittihad-i Islami (Alliance islamique) de Sayyaf, professeur de théologie, emprisonné en 1974 par Daoud et relâché en 1980 - ironie du sort - par Karmal. Désigné à la présidence de la première version de l'Alliance des moudjahidin, peu après sa libération, Sayyaf est devenu le fondé de pouvoir des Saoudiens, et notamment de la secte puritaine des wahhabites dominante dans le Royaume arabe. Ces liens lui ont per -mis de disposer de fonds considérables qui lui permettent d'entretenir des groupes armes.
Il est à noter que les quatre organisations susnommées ont toutes commencé leur combat bien avant l'intervention soviétique, et même avant la prise du pouvoir par le PPDA. Elles qu'alliées (DR) ne sont donc pas les expressions spécifiques d'une lutte nationale, mais bien des forces poursuivant des objectifs ultra-réactionnaires, "progressisme" autochtone ou étranger. L'intervention soviétique leur a permis de gonfler leurs rangs de manière inespérée, en détor Jant le sentiment national des masses afghanes au profit de leur programme intégriste. Les traditionnalistes
Les trois traditionnalistes représentent les nostalgiques de la monarchie afghane. Elles sont passées à la lutte armée sous Amin, ou à la suite de l'intervention soviétique. Ce sont :
1) Le Harakat-i Inqilab-i Islami (Mouvement révolutionnaire islamique) de Mohammadi, député sous l'ancien régime. C'est l'organisation des mollahs représentant le traditionnaliste.
2) Le Mahaz-i Melli Islamiye (Front national islamique) de Gailani. Grand propriétaire terrien, homme d'affaires important (concessionnaire Peugeot) et ex-conseiller du roi Zaher Shah, Gailani est de surcroît sayed ("descendant du Prophète"), chef d'une confrérie soufi (mystique) et leader tribal. Il symbolise, seul, toute l'ancienne classe
3) Le Jabha-i Nejat-i Melli Afghanistan ( Front de de l'Afghanistan) Moujaddedi. Bien que l'Islam ne figure dans l'appellation de son mouvement, Moujaddedi est lui même professeur de théologie, et mem bre d'une des familles les plus riches et les plus influentes sous l'ancien régime, qui avait contribué à renverser avec l'aide des Britanniques, en 1929, le roi moderniste, Amanullah.
LES PARTIS CHIITES DU
HAZARADJAT montagneuse centrale de l'Afghanistan ; sa population chiite représente près de 15% de la population totale du pays. De 1979 à 1982, le Hazaradjat était dirigé de facto par une sorte de gouvernement autonome, représentant l'alliance des mollahs (en particulier, les sayyad, "descendants du Prophète") et des propriétaires fonciers. Des partis et groupes se développèrent, en outre, dans la région, dont les principaux
1) Le Harakat-i Islami (Mouvement islamique) de l'ayatollah Mohseni - seul mouvement chiite non exclusivement hazara (Mohseni Pachtoune), entretenant de bons rapports avec les partis de Peshawar et des conflictuels avec l'Iran khomeiniste.
2) Le Nasr (Victoire), d'origine étudiante ; khomeiniste.
3) Le Sepah-i Pasdaran, qui, comme son nom l'indique, est en fait une section afghane des pasdaran (Gardiens de la révolution) iraniens, milices de la République khomeiniste.
A partir de 1982, une véritable guerre civile allait éclater entre chiites pour le contrôle du Hazaradjat. Des combats meurtriers opposèrent la choura aux
Sepah et d'autres groupes khomeinistes. Ils se soldèrent, en 1984, par la victoire des derniers, qui ne tardèrent pas à s'entretuer à leur tour. Un accord fut conclu sous égide iranienne, en 1985, pour stabiliser la situation, sorte que le Hazaradjat est aujourd'hui sous l'hégémonie des khomeinis tes, eux-mêmes contrôlés par l'Iran.
Jusqu'en 1985, le gouvernement de Kaboul avait choisi pratiquement de ne pas intervenir au Hazaradjat : pour ne pas trop se mettre l'Iran à dos, mais aussi parce que les partis chiites étaient plus occupés à s'entretuer qu'à combattre les troupes sociéto-afghanes. Cette politique a d'ailleurs valu au régime des ralliements de Hazaras. Toutefois, par suite de la cessation des conflits entre partis chiites et de la volonté de l'Iran de jouer un rôle plus important dans la crise afghane, le Hazaradjat est devenu à son tour, depuis plus d'un an, un théâtre d'affrontement avec l'armée soviéto-
Salah Jaber 15 mars 1987