Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

IRLANDE

L'opinion publique amorce un mouvement à gauche

· Inprecor n° 24, 17 mars 1978 · p. 27-31 · 4 478 mots

Irlande Grande-Bretagne

du Parti travailliste et de Fine Gael a subi une défaite électorale retentissante

1) Pour éviter d'entériner au niveau du langage le partage de l'île, on emploie fréquemment les expressions «26 comtés» (divisions administratives) pour désigner l'Irlande du Sud ou République d'Irlande, et «6 comtés» pour l'Irlande du Nord. L'en-

2) Ces élections ont été un test de l'état d'esprit du peuple irlandais des 26 comtés qui affronte une crise économique qui s'approfondit et une répression qui s'accroit. Ce «test» fut décisif : la coalition au pouvoir a été balayée.

- Fine Gael, le plus ouvertement pro-impérialiste des principaux partis n'en a eu que 43; tandis que son allié dans la coalition, le Parti travailliste à la politique droitière et social-démocrate a été réduit à 17 sièges.

L'opinion publique

Gerry FOLEY tion irlandaise, dans la dernière

Après un déclin de quatre ans, sentiment anti-impérialiste le renait en Irlande. Cette évolution a déjà eu une influence importante sur les principaux partis politiques qui recherchent le soutien du peuple opprimé d'Irlande.

Dans les «26 comtés»

Au sud (1), en juin 1977, la coalition nationale ouvertement pro-impérialiste du Parti travailliste et du Fine Gael a subi une défaite électorale retentissante (2). Les résultats ont bouleversé pratiquement toutes les prévisions de la presse bourgeoise qui s'attendait à ce que la coalition conserve le contrôle du

Parlement de Dublin. Les ministres semble de l'île étant désigné comme les «32 comtés».

l'histoire de la République d'Irlande; il a obtenu 84 sièges sur 148.

Irlande amorce un mouvement à gauche

La coalition nationale ouvertement pro-impérialiste dans les 26 comtés. Les résultats ont bouleversé toutes les prévisions.

I. L'EVOLUTION DES PARTIS POLITIQUES

L'article que nous publions ci- dessous est la première partie d'un survol général des développements qui se sont produits dans la situaau Sud et au Nord période.

les plus directement liés à la répression croissante contre les militants anti-impérialistes subirent de graves échecs électoraux. C'est ainsi que

Conor Cruise O'Brien, ministre des

PTT et Patrick Cooney, ministre de la Justice, n'ont pas réussi à conserver leur siège a la Chambre. O'Brien garde tout juste un pied à la Chambre en tant que représentant de l'université au Sénat, corps délibératif destiné à représenter les «professions libérales et le commerce».

Fianna Fail, le parti bourgeois qui possède l'image de marque la plus nationaliste a connu, au contraire, l'une des plus grandes victoires de son histoire. Ce triomphe s'est produit après sept années au cours desquelles les dirigeants de la coalition se sont appliqués à décrire

Fianna Fail comme représentant la tradition du «nationalisme réactionnaire» et de la «violence» dans la politique irlandaise. On disait aussi pendant cette campagne électorale, et surtout O'Brien, qu'une victoire de Fianna Fail encouragerait les «tueurs» et susciterait l'hostilité des protestants pro-impérialistes d'Irlande du Nord. En réalité, l'aggravation de la répression contre le mouvement anti-impérialiste avait commencé avec le dernier gouvernement de Fianna Fail en 71-72 et jusqu'en septembre 77, les partis Fine Gael et Fianna Fail s'étaient mis d'accord sur cette politique. La division qui s'opéra alors reflétait l'opposition grandissante à la répression au sein de la population. Il n'y a pas de différence entre les objectifs fondamentaux de Fianna Fail et ceux de Fine Gael. Cependant, pour des raisons historiques et vu la nature différente de leur base d'appui traditionnelle, Fianna Fail est plus vulnérable aux pressions nationalistes.

Bien que faisant campagne contre Fianna Fail, parti accusé d'alliance avec le parti «violent», O'Brien prétendit, après les élections, que les résultats n'exprimaient en rien le changement d'attitude envers le gouvernement britannique.

Mais les conclusions pratiques que les politiciens de Dublin ont tirées du scrutin sont apparues clairement au cours des six derniers mois : ils adoptent un ton plus dur envers Londres. Cela est vrai aussi des partis autres que le Fianna Fail. L'une des appréciations les plus acerbes du résultat des élections fut • émise, à la mi-novembre, par John Kelly, ancien procureur sous le gouvernement précédent et qui s'était fait connaitre par ses tirades contre T'IRA. Les arguments de Kelly lui étaient inspirés par un rapport rédigé par un membre de deuxième catégorie du parti conservateur britannique, William van Straubenzee. Celui-ci expliquait que

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3) Le SDLP jouit de l'appui électoral majoritaire dans la minorité catholique dans les 6 comtés. En dépit de son nom, il représente une alliance entre une majorité de politiciens de la classe moyenne qui recherchent un «partage du pouvoir», (c'est-àdire un gouvernement régional incluant à la fois des partis politiques protestants et catholiques ) comme solution à la crise.

Il est à l'heure actuelle en crise à cause de la non-viabilité de la solution de «partage du pouvoir». Il a des liens solides avec le le gouvernement de coalition irlandais avait été «lâche» en refusant de signer la Convention européenne sur l'extradition des «terroristes». L'ancien procureur général accusa van Straubenzee de mépriser la constitution irlandaise et de vouloir que Dublin établisse un Etat policier au service du gouvernement britannique. Kelly s'emporta si vivement qu'il en vint à soulever des questions dont les implications n'étaient guère flatteuses pour la politique du gouvernement de coalition. Il posa la question de savoir si le gouvernement britannique serait d'accord, lui - comme l'avaient été les gouvernements irlandais précédents - pour supprimer le jury dans les procès politiques ou pour envoyer des gens en prison sur la seule parole, non étayée de preuves, d'officiers de police. Il souligna même que les tribunaux spéciaux irlandais pouvaient «sans changer une ligne de la loi», etre composes d'officiers de l'armée au lieu de juges. Tandis que pendant quatre ans, la mode dans les cercles politiques irlandais avait été de rendre responsables de la situation en Irlande du Nord, les «partisans de la violence» en général, Kelly en attribua carrement la responsabilité à Londres : «Quand, avant 1968, alors que des réformes opportunes auraient pu prévenir la crise au Nord, van Straubenzee ou ses collegues se sont-ils concernés par ce qui s'y passait ? Nous n'accepterons gens-là nous accusent de négligence.»

Dans son éditorial du 9 décembre, l'hebdomadaire en langue gaélique, Inniu, qui suit généralement une ligne de pensée proche de Fianna Fail, publia un éditorial intitulé «Pax Britannica» qui déclarait :«Il est devenu évident, avec le temps, que le gouvernement britannique n'a nullement l'intention de jouer un jeu honnête avec la minorité du nord de l'Irlande, ni avec la majorité du peuple irlandais». La véritable politique irlandaise, selon Inniu, visait à intégrer complètement l'Irlande du Nord au Royaume-Uni.

Fianna Fail en République d'Irlande.

Le 8 janvier 1978, le premier ministre de Dublin, Jack Lynch, leader du Fianna Fail, affirma dans une interview à la radio irlandaise que le gouvernement britannique devrait proclamer son intention de se retirer, politiquement et militairement, un jour ou l'autre de l'Irlande du Nord. Les unionistes pro-impérialistes s'emparèrent de ses déclarations pour faire grand bruit sur «l'ingérence» du gouvernement irlandais dans les affaires du Nord. Lynch n'a rien fait d'autre que de réitérer la politique traditionnelle de son parti.

Mais la politique bourgeoise, dans la partie formellement indépendante de l'Irlande, avait eu tendance à cesser de s'intéresser aux problèmes du Nord. Si la montée de la pression publique n'avait pas entraîné un renversement de cette tendance, Fianna Fail aurait certainement composé avec elle. En fait, il avait déjà effectué quelques glissements en ce sens. Les déclarations de Lynch reçurent l'appui d'un éditorial de l'Irish Times du 9 janvier, le plus sérieux des quotidiens de Dublin, qui n'a pas de tradition nationaliste. Ce journal écrivait : «Le patriotisme des 26 comtés n'existe pas; la patrie, c'est l'ile tout entièavant ces élections, O'Brien avait entamé une campagne pour l'abrogation de l'article de la Constitution irlandaise qui renvendique la souveraineté du gouvernement de Dublin sur toute l'ile. Il continua ses tentatives même après sa défaite. Au cours d'un débat à Oxford le 17 septembre, il produisit les résultats d'une enquête montrant selon lui, qu'une majorité de la population de la partie indépendante du pays était opposée à l'unification avec le Nord.

O'Brien déforma les conclusions de ce rapport d'une façon tellement évidente qu'il devint un facteur de gêne pour le Parti travailliste, déja démoralisé. Le 20 septembre, il démissionna du groupe parlementaire travailliste. Son départ de la direction du parti fut accueilli avec soulagement par le président, Frank Cluskey. Le 25 octobre, O'Brien expliqua à l'Institut des Affaires internationales de Londres que l'administration directe de l'Irlande du Nord par les Britanniques «est le cadre le plus proche d'une solution satisfaisante, dans les circonstances actuelles». Il en est venu à s'identifier totalement avec la défense de la politique britannique en Irlande. Mais dorénavant, il est certain que le rôle d'O'Brien se limitera à celui d'un mandarin retranché derrière les murs protecteurs des institutions «intellectuelles» bourgeoises; il ne pourra plus désormais jouer de rôle politique actif. Dans les «6 comtés»

Le sentiment anti-impérialiste grandissant a naturellement eu un impact politique encore plus important en Irlande du Nord. Depuis approximativement la visite de la Reine dans ses «dominions» irlandais, à la mi-août 1977, le SDLP (Social Democratic and Labour Party - Parti travailliste et social-démocrate), qui est le plus gros parti électoral et qui s'appuie sur le vote des habitants des ghettos catholiques, a fait des efforts ostensibles pour redorer son blason anti-impérialiste (3). Ce tournant du SDLP fut particulièrement remarqué, non seu. lement à cause des huées qu'il provoqua chez les impérialistes et les pro-impérialistes, mais parce que la politique conciliante du parti envers l'impérialisme dans le passé avait été spécialement abjecte. Il y a tout juste deux ans, en février 76, une page entière de publicité du News Letter de Belfast, le principal quotidien catholique, a été achetée par le SDLP pour apporter un soutien total au Royal Ulster Constabulary (RUC), la police d'Irlande du Nord, pour son « impartialité dans lapplication de la loi et sa recherche des criminels quels qu'ils soient». Le RUC est détesté par la population catholique comme police de la do-

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mination protestante. C'est ce corps de répression qui mena les pogromes de 1969 contre les ghettos catholiques.

Les députés du SDLP espéraient que le gouvernement britannique et les unionistes feraient suffisamment de concessions à la communauté catholique pour gagner son soutien à la «loi et à l'ordre». Cependant l'etfacement progressif espéré de la suprématie protestante ne s'est pas produit.En effet, lorsque le mouvement de masse pour les droits civiques déclina, la police et les militaires accentuèrent leur campagne d'intimidation contre la population catholique. De plus, l'isolement croissant de l'IRA provisoire et la disparition progressive de sa campagne de guérilla n'entraînèrent aucune diminution de l'oppression exercée par l'armée et la police sur les secteurs catholiques. Au contraire, ces forces tentèrent d'écraser totalement les catholiques. La visite de la Reine fut l'apogée de ces tentatives de destruction de l'âme de la population catholique une bonne fois pour toutes. Elle parada en Irlande du Nord derrière un écran massif de forces de répression, comme pour marquer un symbole de l'unionisme triomphant, le retour à «la loi et à l'ordre» sous la couronne des «trois royaumes» (Angleterre, Ecosse, Irlande), et de l'Empire. La «visite royale» ne différa en rien des défilés orangistes aux yeux des catholiques : «soumettez-vous, papistes !». Bien sûr, le message fut présenté dans un langage plus élégant que celui couramment utilisé dans les hymnes orangistes et dont on trouvera un exemple parlant dans le couplet suivant : «Nous sommes les gars de Guillaume; nous baignons dans le sang des Fenians (catholiques) jusqu'aux genoux; soumettez-vOuS ou bien vous crêverez».

Mais la population catholique n'en comprit pas moins clairement la signification. Aussi, la visite de la Reine a-t-elle placé le SDLP devant un dilemme. Elle a fait pression dans le sens d'un «partage du pouvoir», c'est-à-dire pour un gouvernement commun unionistes-SDLP en Irlande du Nord. Le SDLP accepta donc la «Constitution» : la souveraineté de l'Etat britannique, formellement chapeauté par la Reine. Cependant, il pouvait difficilement participer de façon très enthousiaste à la célébration de l'hégémonie protestante; c'est pourquoi la manière un peu «fraîche» dont les dirigeants de ce parti accueillirent la Reine a donné lieu à de très larges commentaires dans la presse. Les unionistes proclamèrent corps et à cris que le SDLP avait prouvé qu'il était resté un parti profondément déloyal. Tout cela dans la continuité de la tradition des orateurs orangistes qui aiment parler des catholiques en tant que «rebelles peureux qui cherchent à détacher cette province loyale (les six comtés) des dominions de sa MajesLE SDLP EXPULSE UN DE SES PLUS ANCIENS DIRIGEANTS

Tandis que le SDLP était sous le feu des unionistes à qui la présence de «sa Majesté» avait insufflé de nouveaux accès de «loyauté», une scission se produisit dans ses rangs. A la fin août, l'un des principaux dirigeants et fondadeurs du SDLP, Paddy Devlin, ancien membre du Parlement de Belfast pour le quartier de Bas-Fall (ghetto catholique), attaqua publiquement la majorité de la direction du parti, l'accusant d'un glissement vers le nationalisme. Devlin expliqua plus tard qu'il en était arrivé à cette conclusion à partir de fuites parues dans la presse sur un changement de politique à venir. Dans une émission de la BBC, le 5 septembre, Devlin déclara que les dirigeants du SDLP s'étaient écartés de leur objectif d'origine qui était de gagner les voix des «unionistes modérés» par un programme de réformes sociales et économiques. Ils faisaient maintenant marche arrière vers des positions nationalistes anti-unionistes.

Quand le SDLP fut fondé en 70, il représentait un conglomérat issu de l'ancien parti nationaliste bourgeois, de dirigeants modérés des droits civiques, tel John Hume, et de quelques politiciens prétendant représenter le travaillisme.

L'actuel président du SDLP, Gerry Fitt, était à la tête de l'aile opposée à la partition de l'Irlande dans le vieux Parti travailliste en Irlande du Nord. A l'époque de la création du SDLP, ce regroupement n'était plus rien d'autre que sa machine électorale personnelle. Devlin, un ancien de TIRA, venait du Parti travailliste nord-irlandais qui acceptait la division du pays. Avant la montée du mouvement pour les droits civiques, le Parti travailliste de l'Irlande du Nord avait su attirer à la fois les catholiques et les protestants, sur une base purement économique. Cependant, tout espoir d'unité des travailleurs des communautés en son sein avait été balayé par la polarisation qui se développait lorsque les catholiques commencèrent à lutter contre leur oppression. Le vieux parti nationaliste était la section de l'ancien parti partisan de l'autonomie, supplanté presque partout ailleurs en Irlande, en 1919, par les séparatistes.

pression exercée par la communauté colonisatrice protestante empêcha une différenciation très nette entre les partisans de l'autonomie et ceux du séparatisme au Nord. L'écrasante majorité des catholiques continua à compter sur les nationalistes pour représenter ses intérêts dans le cadre parlementaire. Le parti nationaliste restait cependant très passif et fut dépassé par la montée du mouvement pour les droits civiques. Il essuya une sé rie de défaites électorales au profit de dirigeants des droits civiques et y compris d'une socialiste révolutionnaire déclarée, Bernadette Devlin. Cela rendait nécessaire la formation d'un nouveau parti à l'image de marque rénovée. Mais le SDLP n'était pas et ne pouvait pas être fondamentalement différent du parti nationaliste. Jamais il n'y eut la possibilité d'attirer «unionistes modérés». Les membres protestants du parti étaient en fait venus au nationalisme et avaient rompu, volontairement ou non, avec la communauté des colons. Ces protestants «renégats» prennent souvent des positions plus tranchées sur la question nationale que les politiciens catholiques eux-mêmes.

L'orientation vers les «unionistes modérés» représentait en réalité l'espoir que les forces bourgeoises catholiques obtiendraient quelques avantages en coopérant avec l'impérialisme britannique et avec les unionistes. Si un tel arrangement

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4) Le NILP est un parti créé sur des bases semblables à celles du Parti travailliste britannique mais presque entièrement confiné à une couche de syndicalistes protestants. A cause de sa capitulation devant l'idéologie unioniste il a dégénéré, se transformant réussissait, alors on pourrait attendre de «réformes économiques et sociales» qu'elles apportent en Irlande du Nord des conditions plus proches de celles du reste du Royaume-Uni. Mais ces réformes ne pouvaient, au mieux, qu'être un simple adoucisseur pour rendre moins amère la pilule de la soumission à l'impérialisme. Le virage que le SDLP a maintenant négocié montre que c'est exactement ainsi que les politiciens les plus astucieux du parti l'avaient envisagé.

Devlin fut laissé sur la touche. Il devenait source d'embarras pour son parti, un peu comme O'Brien, mais d'une façon bien plus aiguë. Pendant le week-end du 10 au 11 septembre 1977, il fut démis de la direction et expulsé du parti une semaine plus tard. FAIRE FACE A LA REALITE

La direction du Parti travailliste d'Irlande du Nord (NILP - Northern Ireland Labour Party) (4) recherchant maintenant son affiliation au Parti travailliste britannique déclara qu'elle accueillerait volontiers Devlin sous son aile. L'Irish Times du 12 septembre écrivait : «Le vice-président du NILP, M. Alan Carr a dit qu'un nouveau groupe de pression pourrait inclure le NILP, M. Deulin, et d'autres personnes désireuses de se joindre à la lutte pour l'égalité totale avec la Grande-Bretagne et la mise en application d'une politique socialiste dans tout le Royaume-Uni. Félicitant M. Deulin pour son opposition à la politique du SDLP, M. Carr ajoutait : Paddy a retrouvé son bon sens et a dénoncé tous ses anciens collègues comme des nationalistes réactionnaires. Les socialistes seront heureux qu'il reconnaisse que les sinistres aspirations nationalistes du SDLP ne peuvent servir qu'à perpétuer les divisions sectaires.'». La position de Devlin fut accueillie en termes identiques par le mensuel de l'aile gauche du Parti travailliste, La Tribune : «Les critiques du dirigeant SDLP expulsé se sont centrées sur le document politique adopté par la direction au moment même où elle l'excluait». Voici quelques exen à peine plus qu'une secte protestante droitière.

traits de ce document intitulé : «Faire face à la réalité» : «Sur le front constitutionnel, le bloc loyaliste a fait preuve d'une intransigeance totale en dépit de nos efforts et de notre volonté déterminée de négocier. Sa conduite dans les nouveaux conseils régionaux a confirmé que non seulement les terribles événements des huit dernières années ne leur avaient rien enseigné sur la nécessité d'une réconciliation et d'une justice authentique dans cette communauté, mais elle prouve qu'ils ont réellement fait marche arrière.

«A la lumière de cette intransigeance qui est un refus clair de la politique approuvée massivement par le Parlement britannique, nous avons adressé une série de questions au gouvernement britannique. Ces questions équivalaient à demander aux autorités britanniques si elles étaient désireuses ou capables d'accomplir la volonté démocratique du Parlement britannique au sujet de l'Irlande du Nord et de prendre en considération les conséquences de leur échec dans la réalisation de cette volonté.

«Nous n'avons reçu aucune ré ponse. Au lieu de cela, nous nous trouvons face à la réalité honteuse d'un gouvernement travailliste qui entre en pourparlers et envisage des actions communes avec les unionistes à Westminster, ce qui équivaut à l'abandon de ses objectifs politiques...

«Le besoin de bien expliquer sa stratégie à long terme pour l'avenir le trente. de l'Irlande du Nord, ainsi que ses relations avec le reste de l'Irlande, se fait nettement sentir pour le gouvernement britannique. Tant qu'il refuse de le faire et tant qu'il conserve comme unique perspective fondamentale, à long terme, son engagement continuellement réaffirmé en faveur de l'union, il ne trouvera chez les unionistes aucune bonne volonté pour concéder un pouce de leur attitude intransigeante actuelle.

«Pourquoi le feraient-ils alors qu'ils savent que l'incapacité d'atteindre leur premier objectif - la restauration du Parlement de Belfast -leur laisse simplement la solution de rechange tout à • fait acceptable pour eux d'une intégration plus étroite avec la Grande-Bretagne ?». LES «REALITES»

La première «réalité» que le nouveau document du SDLP dut affronter, c'est que les politiciens britanniques et les partisans de l'hégémonie protestante n'avaient rien concédé et avaient même en fait une ligne plus dure envers la communauté catholique.

La deuxième «réalité» découle de la première. L'abolition du Parlement de irlande du Nord, domi né par les protestants, ne fut pas une victoire favorable aux réformes comme on le pensait généralement à l'époque. Elle ne servit pas de prélude à la disparition progressive de domination protestante l'égide des Britanniques. Au contraire, les impérialistes ont à la fois maintenu la caste des colons comme instrument essentiel de leur potique et gagné une marge de manoeuvre plus large pour reconsolider leur main-mise sur l'enclave irlandaise.

Dans son discours clé au congrès du SDLP les 5 et 6 novembre 77, Gerry Fitt expliqua le dilemme politique devant lequel son parti s'était trouvé : «Nous ne pourrons parvenir à un arrangement ni à la confiance si cela implique que nous devions feindre d'ignorer ou taire ce qui se passe dans les centres d'interrogatoire, notamment celui de Castlereagh (ou les 'aveux' des prévenus politiques sont arrachés par la torture) et nous croyons que ce qui se passe à Castlereagh et dans toute l'Irlande du Nord porte atteinte à toutes les conceptions de la dignité humaine et des droits de l'hom-

«Si les unionistes disent : 'Vous devez vous taire, sinon, nous n'aurons rien à faire avec vous', nous ne nous tairons pas. Si pour arriver à un accord, on nous demande de brandir le drapeau anglais et de

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5) Parti nationaliste nouvellement formé, l'IPP se fonde sur la tradition du Parti nationaliste qui avant la montée des luttes à la fin des années 60 était la force électorale principale parmi la population catholique des 6 comtés. En conséquence. la création du SDLP a mené à la disparition de fait du Parti nationaliste, mais la crise actuelle du SDLP a créé dans le spectre politique rendre hommage à la famille royale, il n'y aura aucun accord possible. Nous avons, nous aussi, nos traditions et nos coutumes propres et nous chérissons les idéaux de réunification de ce pays par des moyens pacifiques et nous ne leș abandonnerons pas.»

Fitt s'embrouilla lui-même en essayant à la fois de reconnaitre le cadre «constitutionnel» britannique et de contester le rôle réel de la monarchie dans la politique nord-irlandaise : «Il était tout à fait juste que la Reine ouvre la session parlementaire la semaine dernière à Westminster; elle ne l'a pas fait car elle voulait agir comme chef de file de sa fraction politique».

Le congrès adopta à l'unanimité une motion stipulant « qu'il déplore le mauvais traitement infligé aux suspects et aux prisonniers par les forces de sécurité, qu'il appelle à la destruction immédiate et à la mise en accusation des responsables et qu'il tient le gouvernement Westminster pour totalement responsable de tels actes.»

Incapable de présenter des perspectives d'amélioration pour la population catholique, le SDLP se rendit compte qu'il était allé trop loin en cherchant des compromis avec les autorités britanniques et les unionistes. L'apparition d'un nouveau parti nationaliste bourgeois, le Parti de l'indépendance irlandaise (IIP - Irish Independence Party) qui cherche à tirer profit de la revendication du retrait des Britanniques, en fournit une preuve (5). LE BLUFF DU SDLP

David McKittrick, le principal correspondant au Nord du quotidien de Dublin, l'Irish Times, fit le commentaire suivant le 5 novembre 1977 : «L'IIP est le signe d'un changement de l'opinion apparemment sans retour au sein de la minorité et du SDLP; elle s'éloigne de l'idée qu'il est possible de travailler dans le cadre de l'Etat actuel d'Irlande du Nord à la réalisation de son objectif à long terme : l'unité irlandaise. L'année dernière, John Hume,

Gerry Fitt et compagnie firent en sorte de contenir ce courant. Cette année, ils ont été obligés de lui faire des concessions importantes pour éviter d'être débordés. A moins que quelque chose ne se produise dans l'intervalle, l'année prochaine pourrait être l'occasion pour ce parti de franchir le pas crucial en avant ou en arrière selon le point de vue, d'opter pour le retrait des britanniques».

Si l'on compare avec l'année précédente, il y a sans doute une grosse différence dans ce qui fut dit au sujet de la présence britannique en Irlande du Nord au congrès du SDLP de cette année. Par exemple, au dernier congrès, Sean Farren, membre de la direction du SDLP a dit, selon le résumé de son intervention paru le 6 décembre 1976 dans PIrish Times : «L'engagement britannique en Irlande du Nord n'est pas le problème. Une déclaration britannique de retrait ne serait une victoire que pour le nationalisme irlandais traditionnel et une victoire d'une partie sur une autre est quelque chose dont les nord-irlandais sont plus que rassasiés.» Ces paroles peuvent avoir une résonnance ironique pour les oreilles des notables du SDLP aujourd'hui, s'ils s'en souviennent. L'année dernière leur a forcément rappelé qu'une partie seulement avait remporté la victoire sur l'autre depuis 400 ans en Irlande du Nord, les colons protestants sur les descendants de la population vaincue par la conquete anglaise; et il n'apparait nullement qu'ils en «aient assez» de cette vic-

Au congrès de 1977, la direction du parti sentit qu'elle ne pouvait pas plus longtemps apporter un soutien ouvert, même critique, à l'armée britannique en tant que garante du meilleur des mondes possibles.

En réalité, il n'est guère vraisemblable que le SDLP opte vraiment pour le retrait. A aucun moment de son histoire, la bourgeoisie catholique d'Irlande n'a été partisane du retrait. Les éléments bourgeois qui s'opposèrent aux Britanniques pendant la guerre d'indépendance de 1918-21 furent projetés dans ce conflit par les pressions de la base et ils s'en retirèrent aussi vite que possible, c'est-à-dire dès que les Britanniques offrirent des concessions qui pouvaient fournir quelque substance à une perspective de «progrès par la négociation».

Il ne semble pas que le SDLP fera pleinement face à la réalité, lui non plus. Etant le parti d'une classe moyenne catholique faible et vacillante, son existence repose exclusivement sur sa capacité à empêcher la population opprimée de réaliser que seule une lutte révolutionnaire de masse contre le système impérialiste dans son ensemble pourrait mettre fin à son exploitation. Le fait est que les Britanniques et les unionistes n'ont rien accordé au SDLP qu'il puisse offrir à sa base et c'est pourquoi il a adopté la seule solution possible : le bluff.

Le tournant amorcé par le gouvernement de Dublin représente exactement la même chose. La seule différence, c'est que les pressions dues au conflit ne pèsent pas aussi immédiatement sur le régime du Sud que sur le SDLP et c'est pourquoi ses revirements ne sont pas aussi accentués.

Le problème des impérialistes et de leurs partisans, comme des forces bourgeoises irlandaises, c'est que les confrontations ont tendance à s'intensifier rapidement et à échapper au contrôle des directions nationalistes bourgeoises.

Ce conflit, aujourd'hui vieux de dix ans en Irlande du Nord, a été jalonné d'une succession de lunes de miel et de querelles entre les impérialistes britanniques et les forces bourgeoise catholiques, marchant la main dans la main et avec des périodes d'illusions réformistes parmi les masses opoprimées, alternant avec des explosions révolutionnaires.

(à suivre)

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